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assis là sur un banc


  • vastes territoires. territoires blind

      il y a là quelqu’un, quelqu’un
      qui n’ose se dire personne
      on en ouvre un dedans ses bras: c’est un feu-lieu
      une histoire de compas
      je ne m’aime pas dedans, je ne m’aime pas
      dehors non plus je ne m’aime pas
      j’y laisse des traces, stigmates de l’absence
      tags de pur ennui, minuscules billes bleues
      de la dératisation

      contre toute attente aime-moi
      et l’attente a le dos lourd
      des piquants imperceptibles à l’œil nu
      l’odeur d’un cahier de mots léchés, croisés, pipés
      dans l’air le plus précieux j’encule un cheveu
      tu me demandes comment je fais, ou comment je m’y prends
      pour enculer un cheveu
      sans même souffler dessus

      l’étroitesse de l’esprit on s’y morfond
      un homme bat un homme – aux cartes, aux dames
      à la matraque
      y a t-il une marge à tout, oui mais y a t-il une marge absolue
      une marge totale, qui ne soit
      la marge de rien, une marge au vide
      sans faire exprès, je marche dessus

      petit tour canapé, allez hop, petit tour canapé
      y a qu’une chaise dure
      dure au cul, dure à la longue
      je n’attache guère d’importance
      en général, ou par principe
      quand un enfant casse son jouet, il pleure
      un homme, pareil – nul ne mérite ça

      mourir épuise
      j’ai donc fait quatre points de suture, comme quatre vis au cercueil
      afin que de l’horizon, le ciel ne se déboîte de la mer
      mourir épuise, mais là n’est pas l’essentiel
      ni les points de suture ne referment la plaie
      la plaie ne se referme pas
      ou alors sur rien d’autre que moi

    7 juillet 2019

  • l’être grave

      conjugaison de n’être rien
      un pipeau mal embouché
      une courbe hors l’espace
      qu’y a t-il, que te sent-il
      futiles possessions de la mémoire
      objets fétiches en fond de cale
      masculin féminin, féminin comme en primeur
      un sac, presque un aveu
      on se retient pourtant, pourtant on
      ferme sa gueule. sa gueule

      un chemin de traverse
      bombe à retardement, une couille
      je prends la prochaine à gauche
      en pivotant, en dansant sur un pied
      l’homme d’en bas
      l’écuelle la gamelle, ou même la serpillière
      pour l’homme d’en bas
      d’en bas de rien, le fond d’un jour férié

      mutilation réminiscence
      presque envie de pleurer
      à moins que de gerber
      métaphoriquement s’entend
      on a dit le matelas gonflable, dégonflable
      on fait oui de la tête, non des viscères
      non aux humiliations
      braves bêtes condescendues
      les genoux sur la tête
      la colère vissée aux tripes, vieille colère…

      on meurt déchu
      mais on ne meurt pas toujours
      pas tout le temps
      pour les doux yeux d’une pieuvre
      je me regarde dans la glace
      ou se regarde en moi la glace
      ni l’un(e) ni l’autre
      ne nous y reconnaissons
      il a fallu fraterniser, un moment
      un moment précis, ce moment justement
      où l’on ne mourait pas

    l'être grave
    6 juillet 2019

  • mon ami picard. my picard friend

      j’aime être d’aimer avoir été, quoi qu’il m’en coûtât
      et le jouir et la mort, lentes à leur tour, scarifications rituelles du gland
      je t’aime un peu, beaucoup, subitement, et cela grandit le temps dis, approfondit profondément
      le vide à tout venant

      j’aime un petit cheval blanc
      son corps sa nuit, m’illumine de nuit
      j’ai peur avec toi comme j’ai peur sans toi
      bientôt je ne sens rien, tout le ciel une corde
      une corde sans fin
      sans fin déjà sans âme

      la vie c’est la matière du poème, mais pas encore le poème – et donc pas encore la vie
      bruxelles n’est pas encore bruxelles, bruxelles se trouve à quelques jets de pierre de bruxelles, bruxelles
      ramasse des prunes quand ce n’est pas la
      saison des prunes. des mûres. mais des genoux cagneux

      touche-moi le cul, s’il te plaît touche-moi le cul, avec tes yeux si tu as des yeux
      et que peut-on avoir de plus que des yeux, des yeux pour rester muet, des cils pour pas ciller je ne cille pas, oh my lord je ne bouge pas d’un poil, je suis le sexe impur, le sexe qu’on lave tous les jours
      mais qui reste comme ça

      je suis le mort d’en face, ich bin
      ich bin le mort d’en face, ma mère
      ma mère a tous les droits, elle se permet tout, ich bin
      ou ich bin nicht, la petite pierre d’opale, le genou bout de jade ich bin
      le petit mort d’en face, d’en face de moi d’en face de toi d’en face du mort
      du mort d’en face

      on s’aimait bien, toi et le petit marin, à pluie constante
      désormais c’est autre chose, désormais pue du slip, on se pardonnerait presque
      d’exister – on attrape une branche, on se croit à l’abri, on se sent sain et sauf: la branche d’une croix
      ou la croix d’un carrefour…

    4 juillet 2019

  • et la terre entière se mit à pleurer sur les genoux du maigre

      la tête empaillée d’une femme dans mon lit me rassérène
      la nuit aussi je compte beaucoup
      je fais le tour de mes dépossessions, je r’mets un j’ton, j’écrase un
      mégot là
      j’aime qu’on vive malgré tout, sans mon je même et sans mon j’aime

      tête de mort, jolie tête de mort, semblable à toute autre
      tête de mort comme moi à un vivant, vivant de souche
      écorché vif sous l’illustre anonymat
      j’habille un ch’val, j’habille tout seul, et je lui dis: te voilà bien seul à présent
      bien seul et nu

      je rêve de te dire les choses telles qu’elles sont
      mais petit un, ce n’est qu’un rêve
      petit deux, les choses elles-mêmes ignorent ce qu’elles sont
      petit trois ce que je dis boomerang, n’en dit rien boomerang
      mon tout à son dernier souffle admet que seul l’amour ne crève
      ou ne crève pas

      je m’achète un torchon, un gros mouchoir – c’est trop pour un seul homme
      je ne pleure pas beaucoup cet an-ci – j’ai mal à mon stérilet, mon stérilet me manque beaucoup
      veuf de vivre comment le dire. et si je le tais qui me croira?

      ma brosse à dents peut-être, mais vu le peu de gens qui passent…
      peu de gens font le tour
      d’un vide de circonstance, d’un vide au grand complet – résultat:
      du mauvais vin pour les mauvais garçons et des filles qui s’ennuient
      c’est toujours mauvais signe ça, les filles qui s’ennuient

      exister par soi-même a creusé un grand trou
      il a fallu déblayer le sable, les gravats, desserrer un peu la cravate au pendu
      – tiens, tu pleures? me dit-elle en boitant, et j’ai les reins fragiles
      bref, on était sur la bonne voie…

    et la terre entière se mit à pleurer sur les genoux du maigre
    3 juillet 2019

  • parties communes

      briseur de rêves, et buveur
      d’eau de mare
      en contrebas aussi
      en allant vers là-bas
      de carence en silence
      et j’y descends souvent – il pleut
      sur le linge mouillé
      le linge comme avant

      où tu fais route, la fausse route
      le verger faut qu’on goutte
      toute bruine bruinant
      au travers de mon corps
      pauvre corps
      pauvre petite
      fleur des terrains vagues
      et des neuves jachères

      tourner en rond
      en rond sur la roue de secours
      héberger froid
      la conscience tranquille de
      l’arrosoir sous la pluie
      posé là sous la pluie
      prenant l’eau

      fenêtre d’angle
      vent sans conteste, vue sur
      les petits pois
      cela ne marche pas
      il, ne marche pas
      un peu de traviole quand même, l’amour crapule
      – à son sexe une ampoule
      achève le décor

      de ton toit il ne reste
      qu’une gouttière, et le paratonnerre
      un pont sur la drina
      et même plus de drina
      à grandes enjambées le sol
      se couche sur le sol
      c’est là que tu décrois
      ramasses une pelle
      et ressuscites un sac

      seuls marchent droit les aveugles
      dans un monde obstinément
      méandreux, de pelouses tondues
      d’émissaires sans missives
      je tends ma main au nord, et le nord
      il en croit pas ses yeux
      ses yeux de nord, son crane rasé

    1 juillet 2019

  • tu vois les fleurs de cognassier?

      il ne va pas ailleurs
      ni pour clore l’existence.
      se rachète un rasoir
      qui rase de plus près
      ou de toujours plus loin,
      jusqu’au parc où le banc…
      en bout de temps le banc…

      de courte traversée
      d’un ondée passagère,
      par les champs le ferry…
      je ne suis pas monté, ni
      vraiment redescendu
      – il faisait froid alors
      un peu comme aujourd’hui

      mon in-destin, mon amour interlope
      la cuillerée de sable fin –
      je marche à l’envers, je
      tremble à reculons
      vers l’ennui, disons-le vers l’ennui,
      de la queue à la tête le
      scorpion qui se vide

      partir devant, partir à pied
      ou en camion –
      au sud du premier venin, la route qui dit non
      les cheveux au henné, parfois aussi
      les distances écourtées,
      le semblant de tendresse…

      d’un téton à l’autre, le
      chemin parcouru:
      vieux drames dans de vieilles culottes.
      le pourboire dans l’écuelle
      de la dame-pipi
      – s’en va casser sa pipe, le têtard

      mine de rien, cela n’explose pas
      cela rentre chez soi
      par les rues cannibales.
      nul n’y peut, nul n’en peut :
      on caresse le guidon, le guidon
      n’y voit goutte
      – c’est à cela qu’on vit

    tu vois les fleurs de cognassier?
    30 juin 2019

  • bête de somme

      tiens bon
      la rame – elle se vide
      dans le
      bon sens du terme, ou dans l’autre. la vague
      arrive trop tard
      et renverse un espace
      déjà mort.
      la rame

      coqueli
      cots les bien dansants, on s’en
      dort un peu chez soi, on se
      paume entre le lit, la table
      et les toilettes – nulle
      trace de soi dans ce monde inhabité: qu’un monde en friche, un monde
      parfaitement habituel

      mourir
      ne f’ra pas de vieux os, j’en veux pour preuve
      tout le temps que je mets
      à éplucher le temps, la vis que l’on serre
      entre ses doigts les ongles ras, les ongles longs si ça te chante non,
      ça ne te chante pas

      malgré ces crissements de regards, malgré la toux rampante, je navigue à vue, à vau et à l’eau
      qu’est-ce qui pourrait m’arrêter, tu crois que tu vas m’arrêter, la mort va m’arrêter
      je lui dirai: laisse-moi passer

      il a tiré le rideau
      de droite à gauche, ou bien de gauche à droite je ne sais plus
       pour dégager, ou pour boucher je ne sais pas, la vue, il a
      tiré le rideau, il n’en
      dira pas davantage…

    29 juin 2019

  • le brame du cerf-volant

      il s’enracine dans
      le néant profond,
      le néant profond où
      nagent les têtards
      . il ne faut pas
      pleurer

      qu’il pleuve ou bien qu’il pleuve, un seul vivra debout
      rame à la verticale
      et les cheveux mouillés

      quelque chose, là
      sur terre ou à côté
      en plein nulle part je crois
      quelque chose
      rien
      nada
      . l’anthropocène

      indépendamment
      du temps qui passe, pierre à chagrins, mon lit
      fané de roses
      rentre ses crocs

      présuppose un ballon, lancé
      vers le fond du jardin.
      présuppose un enfant, clouté
      à la porte des brumes
      . ne rentre pas ce soir

      il s’en fout, il ne
      fait rien de sa vie, dans sa vie
      ni de son temps, il ne
      s’appartient pas, ne lui
      appartient rien, il s’en
      fout: il souffre
      un point c’est tout

    le brame du cerf-volant
    27 juin 2019

  • en bout de course un doigt / déclenche l’avalanche

      manger la fée.
      regarde tout ce qui sort de notre esprit, ces mondes à la fois.
      insensément une vague
      recouvre une autre vague
      sans arrière-pensée vraiment
      ni fondement érogène

      il  me manque quelque chose
      peut-être la tête la première, de plonger dans le vide
      un vide idéalement situé, entre la pensée telle qu’elle vient
      et le vaste infini, toujours plus vaste à mesure
      qu’il se rapproche…

      sensé ne rien dire
      rien de concret en fait, que de l’approximatif, de la douteuse ambivalence
      juste un tourbillon sonore, la voix ensorcelant l’esprit
      une porte s’ouvre, essentiellement une porte s’ouvre, mais ne s’ouvre sur rien
      essentiellement rien

      prière d’insérer.
      la voix fascine les animaux, le facteur quant à lui les humains
      du moins ceux qui demeurent, ou qui ont encore de la famille au loin, au-delà des frontières factices, voire chétives
      ou même de l’océan

      tout ne viendra pas de soi
      on possède donc des yeux, au cas où l’ailleurs se verrait venir
      je n’y crois pas vraiment – il faut dire que je ne crois pas vraiment
      je parle pour ne plus avoir à entendre ce que je tais, ne m’en veuilles pas

      bifurque sur un pied, pivote un pas sur deux, quelque chose d’incertain vient là de se produire.
      je n’aurais pas du tenter de m’interposer
      et effectivement je ne me suis pas interposé
      mais de telle sorte que cela a pu interférer, peut-être même porter à conséquence
      . ivre d’inconséquence je soupèse, mais qu’est-ce donc que je soupèse?

    26 juin 2019

  • la nuit s’en garde à vue

      et c’est pour pas crever qu’on aime, juste ça, rien que ça
      le reste c’est pas grave – on entend néanmoins
      le petit corps qui grince, peu de volume
      le petit corps qui grince, mais cependant ne cède…

      un stylo, une tente, un mort – je n’ai pas de réponse
      quelqu’un parle tout seul. tout bas. vraisemblablement bas
      on suppose qu’il se coupe les ongles, de temps à autre
      mais n’en profite guère…

      j’ai tort
      tort d’insister, alors
      je lâche un ballon, voir où le vent le porte, un bout de bois
      dans le foutu canal s’il y avait un canal, et s’il était foutu
      quant au ballon, d’où me viendrait un ballon, qu’on gonfle et se dégonfle?
      le vent certes souffle ce soir, mais de l’autre côté…

      ne m’embrasse pas. ne m’embrasse pas partout frénétiquement comme ça – on pourrait se douter
      on pourrait même se demander
      fais donc semblant de m’ignorer, de passer devant moi sans t’en apercevoir
      t’apercevoir de quoi d’ailleurs, puisqu’il rentre chez soi
      convaincu de mort lente

      tous les animaux ne dorment pas la nuit
      les prédateurs, les humains non plus
      je veille sur une fosse
      chacun vaque à ses occupations. les fainéants non plus
      n’ayant rendez-vous nulle part, je ne peux le manquer

    la nuit s'en garde à vue
    24 juin 2019

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