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assis là sur un banc


  • je ne parle plus je tète

      je crois bien cette fois n’avoir pas le vertige. vent ne me pousse, ni ne me tient. j’en ai fini avec tout ça, je ne parle plus aux figures du destin. du haut d’un pas j’épouse le vide, le vide sans confusion

      si quelqu’un me crache au visage c’est qu’il ne m’a pas vu. et s’il ne m’a pas vu, c’est que je ne me cache plus. derrière mon doigt on a coupé le doigt. derrière les apparences, on a dissout les apparences

      il y a les amis morts à la fenêtre, et les vivants aussi les accompagnent. ils font la fête ensemble. quel genre de fête je n’en ai pas la moindre idée. ils me regardent mais ne semblent pas vouloir s’adresser directement à moi. pas même un signe de la main

      un carnet, un stylo, vivre ne sert à rien. je compte revenir demain, retâter le terrain, me dire c’est bon, cette fois c’est bon, et repartir bredouille. parce que repartir c’est comme ça, toujours bredouille. seul partir fait mouche

      le seul oubli, la mer. elle ne décolle pas. tu arraches mes vêtements avec tes dents. tu fais le reste avec la langue. et le reste ne pleure pas, le reste est brave. le reste est plongé nu dans un froid immense, une notion toute intérieure

      dans un autre endroit tu danses. avec le ventre notamment. tu danses avec le ventre. ici rien, tandis qu’il vente. tout simplement, il vente. sinon rien

    23 juillet 2019

  • le reflet dans l’moteur

      je n’habite pas dans ma maison. je n’habite pas dans mon pays. je n’habite nulle part j’ai l’impression. où m’accueilleras-tu donc?

      dans ma main. tu ne prends rien dans ma main. en forme de pierre, c’est qu’elle n’ouvre pas. en forme de rien, c’est qu’elle ne ferme pas. petit bouquet d’orties

      sans s’inquiéter vraiment, sans se faire de mouron – de la paisible insouciance précédant les hécatombes. il faut y aller maintenant, et qu’importe où

      je ne parle plus je tète. un sceau à la main va savoir de quoi, les yeux bandés peut-être. si ce n’est dans ce sens on part dans l’autre sens. entre les deux manque une marche

      une petite cuillère, et tout ce tas d’inepties. je n’y arriverai pas. je n’y arriverai pas je crains. mon doigt ressort intact, entier – autre chose s’est dilué

      tu marches dans la rue. si on passe le film à l’envers, je veux dire rembobine, tu marches à reculons. dans la même rue exactement. celle où je ne passe pas

      pour la dernière fois, fais semblant de m’écouter, semblant de me comprendre. hoche la tête là où il faut, ponctue d’un regard à l’oblique impeccable. une fois pour toutes n’entends-tu pas
      ce qu’ils ont fait de ma chanson?

    le reflet dans l'moteur
    21 juillet 2019

  • m’aimeras-tu mendiant baveux, tout biscornu?

      de quelle vache es-tu le gardien, de quelle contrée le trou de serrure, le regard sec. tu te présentes à moi sous l’instinct d’une fille et moi tu sais bien je ne lis pas de livres – je ne lis que les lettres qu’on ne m’envoya jamais, et je n’ai pas déboursé le prix d’un timbre toutes ces années durant, ces années durant lesquelles, et ce n’est pas fini

      elle s’y prête à moitié. c’est comme si le cancer m’avait déjà bouffé un sein, et le truc du coup c’est, mais à quoi peut donc servir l’autre désormais. désormais tout est nickel, raide mort mais d’aspect net, courtois. je te suce le nez tu ne dis rien, je te suce la bouche tu te retiens. nos bouteilles sont vides, brisons nos bouteilles vides

      un homme disait tout un tas de rossignols là-haut au petit matin, et ma femme ne jouit pas. je jouis tout seul dedans et c’est bien triste, mais là-haut si haut, dessus des gens de la plaine au tout petit matin, c’est dingue, cette pagaille de rossignols

      tu as bu dans mon verre. c’est que ce n’était déjà plus vraiment mon verre. dans mon verre trempe un cloporte, un unique cloporte. un cloporte très vieux, déjà. tel un marrant éjaculant dans la dentelle, le dire mort ou vivant ce cloporte, qui l’oserait? je me mets à ta place – par pur bonheur ou par simple hasard la place est libre, vacante

      jusqu’à la nuque aller-retour. le capital décès. tu peux raconter ce que tu veux maintenant, tout ça ne compte plus. lève les bras au ciel si tu ne crains pas les chatouilles. lève les bras au ciel si le ciel ne craint pas les chatouilles. dieu le marteau et dieu la pince. dieu la croix dieu le gitan. dieu la résurrection, et nos provisions de nougat…

      de toute ma salive, j’ai fabriqué un plongeon – suis-je un trou, tout être ne renferme t-il pas l’abîme, puits de nescience, acropole inversée. tout être ne se transforme t-il pas
      en crapaud dès qu’on lui pisse dessus
      un baiser mal claqué? et alors tout reviendra ce qu’il n’aura jamais cessé d’être: regard oblique, message non reçu que dites-vous, répétez je vous prie, message non reçu

    20 juillet 2019

  • nord-têtard, la voleuse d’âme

      je ne manque de rien, il pleut, il ne pleut pas
      il pleut, il ne pleut pas
      de grandes bassines renversées qu’on aurait soudées au ciel, des bassines funéraires
      je ne manque de rien, la mort viendra combler ce vide
      ce vide venu combler la mort

      depuis peu un humain, un malin, un cafard vient manger dans mon assiette. dès lors je m’amaigris. à vue d’œil m’amaigris, d’une gamelle au dépourvu. depuis peu un cafard, un humain, un trou dans le contexte

      tu me traites de girouette, je me cherche un clocher. il y a l’amour, et puis il y a l’amour par-dessus tout. par-dessus par-dessus encore, régnant le manque, la corde dure. tu me prêtes une chanson et moi je m’en frictionne les couilles

      elle pleure. dès que je l’aperçois, elle pleure. alors faisant semblant de ne pas l’apercevoir, je m’aperçois qu’elle fait semblant
      de ne pas pleurer non plus, pas pleurer pour un sou. nous nous cachons pour ces choses-là, nous nous cachons pour préserver notre douleur

      j »ai mis deux jours sur quoi la motte, avant de commencer à pourrir, avant de commencer à sentir
      que la nuit belle en ce temps-là, radotant l’infinité des fonds, le chant flétri. à l’effroi s’est substitué le néant pur et dur, l’anus primordial, le petit mouchoir en papier dont on s’essuie les coulements

      on ne s’embrasse pas. on laisse la langue pendre jusqu’à terre, traîner dans la poussière mais on ne s’embrasse pas. on ne picole pas. on s’ahurit de n’être pas déjà mort, l’œil qui cloche et la peau du zob coincée dans la fermeture. si on a soif ce n’est pas parce que l’eau; si on a soif ce n’est pas parce que le nuage; si on a soif ce n’est pas parce que la soif

    nord-têtard, la voleuse d'âme
    17 juillet 2019

  • un orage exprès, un orage mutant

      j’ai à peine pu dormir. des crampes dans les jambes toute la nuit. heureusement que je ne travaille pas. heureusement que les hommes ne travaillent pas. le travail n’existe pas. seules les crampes. les nuits d’où aucune aide ne peut venir

      on n’attend donc aucun secours d’où que ce soit. il faudra bien que la mort nous accueille quelque part. que la mort ait un lieu, au sens figuré fut-il. que notre néant s’intègre de quelque façon dans la trame du cours universel, universel imaginaire, des choses

      je t’ai pressé un citron, ou deux. tu peux l’avaler tel quel ou le diluer dans du jus d’orange. tu peux le prendre d’une rasade au-dessus de l’évier, ou à petites gorgées devant la fenêtre. tu peux attendre mon retour en feignant de ne pas y croire. même s’il n’y a pas de retour possible, où d’autre nous diriger que vers le lieu dont nous venons?

      l’idée-même d’une fin suggère un au-delà à cette fin. ce sont les bouts qu’on ne peut joindre, d’une corde rompue. je reste tout près du téléphone, prêt à décrocher, au cas où. le regard ne pouvant se détacher du fil arraché, de la prise débranchée…

      bientôt la mer. son odeur de tapis usé, son odeur de pourri. ce qui sort de la mer comme miraculeusement neuf. elle touille son café noir. pourquoi tu touilles ton café noir alors que tu n’y mets pas de sucre? c’est quelque chose d’autre, de bien plus mystérieux, qu’elle touille dans le noir

      les humains partent en vacances. moi pas. moi je garde les maisons, je nourris les bêtes. dépoussière les photos de leurs femmes nues, me cache sous les lits. je veille sur leur absence – c’est exactement ça: je veille
      sur leur absence…

    16 juillet 2019

  • d’une arête, ressusciter le poisson

      je marchai longtemps, longtemps, et toujours comme il faut. ma main droite tenant mon bras gauche au niveau de son creux en passant par derrière mon dos. et marcher comme ça, irréprochablement. marcher comme s’il n’y avait nul lieu où arriver, rien de prédestiné vraiment, et que c’était très bien ainsi

      je crois que tu peux retirer ta main maintenant, je n’en aurai plus besoin. je ne sais plus comment te dire. je ne sais plus comment te dire ceci, comment te dire cela – les choses les plus élémentaires. je crois bien qu’il n’y a personne d’autre  que moi assis sur cette banquette, et cependant je n’en ressens pas même mon propre poids

      ce que j’aime avec l’été, c’est de se réveiller tôt, très tôt, avant même les oiseaux. sortir un bol de l’armoire, le déposer sur la table. mettre de l’eau à bouillir. verser des croquettes dans la gamelle du chat qui bientôt se présente à la fenêtre. puis d’une pensée à l’autre se remémorer tout ce qu’on aurait voulu garder sous les sceau de l’oubli

      tu ramasses ce qui traîne. c’est une habitude chez toi, de ne rien laisser traîner. mais que faire de tout ce qu’on ramasse, si ce n’est de l’abandonner de nouveau un peu plus loin? tout traîne, et soi le premier. tout traîne, et soi le dernier

      plus un jour sans nager. au fond, en l’air ou même à sec, plus un jour sans flotter. sans poser un verrou sur le désir humain, sur l’urgence d’exister. je nage dans un sens puis dans l’autre. dans un sens et dans l’autre. plus un jour sans ressortir vivant de ce trou malfamé

      j’ignore d’où tu me broutes, et pour quel polichinelle tu me prends. j’arrose les plantes les plantes croissent normalement. je n’écoute pas la radio. je regarde la route la route file normalement. je rentre chez moi quand chez moi est en ruine. alors tu sonnes à ma porte.

    d'une arête, ressusciter le poisson
    15 juillet 2019

  • en haut, en bas

      tu manges avec moi. tu manges avec moi de côté, et il me suffirait d’oser lever les yeux pour contempler ton profil. je préfère imaginer des trucs sexuels sur toi, des trucs qu’on n’aborde pas pendant les repas. pas la bouche pleine

      un homme me met en joue. il parait qu’on n’entend pas le coup partir – alors comment savoir si je ne suis déjà mort, déjà absent. le dernier rêve est perpétuel, dit-on, puisqu’on ne s’en réveille pas, dit-on. on prétend tant et tant de choses, et sur tant de sujets…

      je m’arrange comme je peux, je m’arrange du mieux quand tu viens. je me coiffe le poil, je me brosse le gland – je me fais presque beau. je garde l’odeur sous les bras ça je ne m’en sépare jamais. j’aurais trop l’impression de ne pas exister sans sentir sous les bras. l’origan sauvage

      peu importe ce que tu crois de moi. peu importe ce que tu penses de moi. c’est comme si on voulait donner une forme à la mer – ça n’a pas de sens. ou un nom (un projet, une destinée) à une mouche. il y a quelque chose de brutal en moi qu’on ne peut éteindre que brutalement. il faut y réfléchir avant. il faut y réfléchir à deux fois

      je me trompe peut-être de chambre. je ne pensais pas venir à bout de ça, ni d’autre chose d’ailleurs. j’espère que tu ne m’en veux pas. et que tu ne m’en veuilles pas non plus que je te tutoie, que j’use du subjonctif. je peux laisser ma brosse à dents – pour le cas par exemple où je reviendrais. ou tu perdrais la tienne. un prétexte à repasser mais je ne pense pas: il ne m’est jamais arrivé encore de repasser où que ce soit

      je vis vieux. c’est dans mes habitudes. je veux dire, ça rentre dans le cadre de mes habitudes. c’est comme un homme dont on n’aurait rien su s’il ne nous avait légué quelque papier, quelque lettre, l’endroit marqué où il a enterré son chien. peut-être n’a t-il jamais connu de femme.

    13 juillet 2019

  • l’âme en l’état

      surtout ne lui dis rien, genre parle avec les mains. mais pas en langue des signes, non, juste en langue des mains, réduite à l’essentiel. ou du moins à pas grand  chose

      j’habitais toujours quelque part plus haut que chez moi, comme si j’enjambais un obstacle, une bouse, une claque. je me suis retrouvé au crépuscule du lieu, où même ce qui parle fait silence. car le bruit délivré du sens ne porte pas

      je t’embrassais bien sur les coudes, et de l’autre côté aussi, au creux du bras. nous mesurons les conséquences, nous évaluons la situation, tout cela grandeur nature. franchement grandeur nature

      je parle d’un très doux esprit. non, je n’en parle. pas, j’y pense simplement. non je n’y pense pas: il émane en quelque sorte des choses telles que je ne les avais pas prévues, du monde tel que j’ai du mal à l’imaginer, mais l’imagine tout de même

      ce regard froid, ce regard angulaire, ce regard qui met à nu toute ma fragilité. car je suis fragile vois-tu – du coup j’évite de me raser. j’évite de serrer des poignes, ce claquer ces plâtreuses bises qui rapprochent dangereusement les visages. les visages pleins de crocs

      si elle se souvient de moi c’est qu’elle n’a pas tout à fait sa tête. c’est qu’elle ne sait plus lequel de ses pieds danse en l’air et lequel s’appuie sur terre, où va l’un où reste l’autre. elle ne sait plus. elle se souvient de moi sans se douter de qui il s’agit, sans savoir qui je suis, ni à quoi me relier. sur ce coup-là elle n’a peut-être pas tort

    l'âme en l'état
    12 juillet 2019

  • le gîte et la pitance

      vils reflets
      je veux dire la soupe opaque
      où se noie ma chanson

      personne ne t’attend
      peut-être même pas dieu – pourquoi donc dieu t’attendrait-il, ou attendrait quoi que de soit?
      il est de chacun et pour toujours l’éternel déjà-là

      transmuer la douleur en conscience n’atténuera pas la douleur, mais en approfondira la conscience, douleur de la douleur au-dessus de toute douleur…

      prendre conscience de ma conscience refoule le néant, tout en instaurant le lieu et la condition de son surgissement – incarnation de l’absence comme dure à surmonter, perpétuel manque à gagner,
      l’écume du crottin…

      j’achève de t’embrasser
      c’est maraude à la dérive dans le petit matin pale, presque aussi pale que toi, vêtue du seul baiser mortuaire qui me vienne à la bouche
      « il faudra les recoudre », en parlant de mes lèvres comme d’une
      innocence perdue…

      ce qu’il y a au-dessus de dieu m’épouvante et cependant m’attire irrésistiblement
      j’ai des puces à foison, des puces sur tout le corps, tandis qu’au-delà de l’au-delà je crève d’un rêve muet, d’une minute
      d’éternel silence…

    10 juillet 2019

  • tout ce système nerveux

      elles m’ont dit
      que le jeu n’en valait pas la chandelle, que
      je ferais mieux de rentrer chez moi, retourner d’où je vais, n’en parler à personne, alors elles m’ont dit
      de ne pas faire de bruit, de ne pas ébruiter l’affaire, que tout ça passerait, que tout passe, que la résurrection enfin
      n’apporte pas les beaux jours

      l’ennui c’est une souris
      morte depuis des années, et dont je conserve le corps tout au fond du casier. l’ennui
      meurt avec moi. l’ennui ne me dit pas bonjour, ni bonjour à personne. l’ennui chie par le nombril
      pas vraiment du persil

      ce qu’un homme est heureux, il faut le rendre heureux
      pourrir sa vie ne lui rendra pas ses rêves, pas plus que pourrir son matelas ne lui allégera le sommeil
      car le sommeil a été abrogé
      de toute part, en tout pays et de tout temps, le sommeil ne marche plus

      conforme à ce qu’on n’a jamais attendu de moi, près de revivre un peu – elles ont dit
      ne te cache pas derrière ton petit doigt, derrière ton gros doigt non plus, ni ton orteil
      c’est la forêt qui cache l’arbre, la mort qui te protège
      elles ont dit de ne pas y aller voir, que je n’avais pas à fourrer mon nez là-dedans, ou autre chose
      elles n’en référeraient pas, pour cette fois

      tout cela va mal finir, qui finit mal déjà, toujours mal. ou si pas toujours, du moins la plupart du temps. et la plupart du temps c’est déjà beaucoup. beaucoup trop même
      alors je lève un pouce, voir ce qui peut en advenir
      s’il n’en advient rien, admettons qu’il n’en advienne rien, je pourrais toujours essayer
      avec l’autre pouce

    9 juillet 2019

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