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assis là sur un banc


  • une autre couche de gris

      mourir me dit adieu, comme s’il en avait le pouvoir. mourir me souhaite bonne nuit – or bonne fut la nuit. je ne mange pas de ce pain-là j’ai dit. je ne bois pas de cette eau-là non plus. je retourne là d’où je ne viens pas, comme ça, juste en faisant un tour sur moi-même

      elle débloque. je crains le pire, mais elle débloque. elle se change. puis elle se change en ceci, ou en cela, faisant d’une pierre deux couilles. elle s’abrite sous l’aisselle innocemment. certes, mon aisselle n’est pas bien grande

      très peu de vent cette année, très peu de vent. certains diront trop peu. d’autres ne diront rien. ils dénonceront à mi-mots la déliquescence morale de leurs contemporains. puis iront s’asseoir au fond de la classe, pour quelles cochonneries j’imagine même pas

      mieux vaut se montrer prudent. ou ne pas se montrer du tout, par amour. ou encore faire diversion en se montrant exactement tel qu’on n’est pas, et auquel on ne ressemble pas au fond. car au fond, ce auquel on ressemble s’en fout, tant à ses propres yeux il semble faux

      je meurs seulement par principe. par petits bouts ou par défaut. au fur et à mesure de quoi je le suppose. rien ne sert de mourir clandestin, et malgré cela… – j’annule tout: d’un œil inquiet, d’un œil morne, je les regarde passer blondes, je les regarde passer brunes. les filles châtains m’émeuvent par-dessus tout

    8 août 2019

  • j’attache une corde

      mon ventre dansait. et que faire d’un ventre qui danse, dont le nombril ne reste pas en place. le punaiser au tableau noir, ou l’encastrer dans celui d’une fille, passablement fille, et quelconque

      je ne marche pas. dans ce sens-là du trottoir je ne marche pas. et dans celui-ci non plus. qu’importe que ce soit sur place ou de place en place par petits sauts de biche: il s’agit d’un même piétinement. et je ne marche pas

      vu d’ici je ne m’embrasse pas. ou me manque à chaque coup. à chaque coup patinent les lèvres, tombe la joue – barrent les dents, racle la langue. vu d’ailleurs je ne me regarde pas

      elle et son nom, dès qu’elle se prénomme. toujours un autre, jamais le même, outre qu’il ne change pas. nous nous attaquons au mensonge simultanément de face et de profil, plus rarement de dos. des profondeurs nous l’extirpons. même s’il ne répond pas

      les fraises sont mûres. ce qui semble sexuellement pertinent. sexuellement raconte-moi, une histoire notamment. un parcours exemplaire, qui finisse par un splatch ou je n’sais quoi. sexuellement retire un doigt

      j’abrège, mais je n’abrège pas. alors j’exhorte, à une certaine forme de conjonction. je ne m’attends pas à ce que tu portes ton attention de ce côté-ci – je veux dire du côté où t’épie tout un néant. néant sexuellement transmissible, ceci dit

    j'attache une corde
    6 août 2019

  • biberonne les morts

      les merveilles reviennent à celui qui se perd. les horreurs à tous, indifféremment
      que fais-tu là devant mon gland, à contempler l’néant, te demandant par quel bout le prendre, par quel bout le suspendre
      ma vie n’est pas finie, et je crains que la mort ne suffise à y mettre un terme
      à la source de l’achéron, je n’ai vu qu’un tas de gravats…

      pisse-moi dessus et je te dirai qui tu es. belle si myope, un cheveu sur la langue réinventera le monde
      tortillant comme un ver l’amour fera semblant
      de s’appeler l’amour

      les morts apprennent à marcher debout mais ça prend du temps, or le temps est toute l’éternité dont nous ne disposons pas
      rien ne surgira de rien, sauf à frauder – c’est comme les magasins fermés du dimanche, un paquet de clopes résolument vide,
      plus envie de baiser quand l’autre en veut encore…

      ferme les yeux. profondément ferme les yeux. une fois les yeux passablement fermés, commence à voir:
      il y a ce qu’il y a évidemment, à peine dépassant ce qu’il y a subsidiairement
      l’humain lance des pierres dans une mare sans rive. l’humain pend à la rive. et la rive comme elle cède…

      si je dois tout au hasard ce n’est pas un hasard. j’écoute les béquilles
      tu me vois venir de loin, et de plus loin que moi – las me manquent les pas de te rejoindre, de parvenir où que ce soit en général: j’erre à distance
      tandis que ce qui reste de vie ouvre grand la gueule en priant qu’une goutte tombe au dedans
      ou au moins sur le bord, accessible à la langue…

    4 août 2019

  • pas d’arbre dans la ville

      noie le poisson et le voilà qui ressuscite, vague au dos rond, vent taquinant le
      téton des cimes.
      doux le naufrage certes, mais il faudra prendre garde à ce que ne
      fuite le toit…

      la maison ne représente pas grand chose: un tas de pierre sur un tas d’herbe mais c’est là que je vis, dans l’indétermination profonde
      se rogner les ailes comme si c’étaient des ongles, se ronger les sangs comme s’ils étaient de corde, et la corde trop longue
      nous ne nous parlons pas, nous nous affamons

      un chien traversant la rue ne regarde ni à droite ni à gauche, d’ailleurs il ne sait pas nager
      personne ne lui a jamais appris à nager
      personne ne lui a jamais appris à noyer ses petits – il les noie malgré lui tentant de les sauver, car lui seule de tout l’univers
      sait le salut

      tu pourras me dire aime-moi, et je ne t’aimerai pas
      tu pourras me dire prends-moi comme ci sur le côté, et je ne te prendrai pas
      que les chemins sont longs, qui tournent indéfiniment en rond
      sortie la tête de l’eau le temps était au sec, les lèvres mécaniquement réclamaient la sucée

      doucement très doucement, comme on aborde l’air de rien, pour ne pas l’effrayer, un sac en plastique empli de vent, et partiellement déchiré
      je n’ai jamais su m’habiller – même nu, je semblais mal fagoté
      tant mon corps ne servait que de ligne de défense…

    pas d'arbre dans la ville
    2 août 2019

  • moins que passante

      mon amour est incomplet, il traîne des pieds, il veut se faire prier. et pourtant que le ciel semble haut, la mer à son sommet. et puis je peux comme je vis, à l’envers de toute utopie, de tout ce qu’il advint – je n’ai jamais renoncé qu’à moi-même…

      pierre sur pierre, le reste c’est du décor… stylo à date fixe, phallus troglodyte, j’ai la lumière tranquille, la lumière dans le dos – celle dont on bronze la nuit, ô mon amour, ô mon amour radié

      tu me dis prends-moi comme ci, tu me dis prends-moi comme ça, et à la fin je ne pourfends que l’air, je brasse le vent. mon petit doigt m’a dit oh, mais que m’a dit mon petit doigt? je ne crains plus les ombres, seulement ce dont quoi elles sont les ombres

      je te crois morte de moi, et j’ouvre un tombeau vide. le vent souffle le vent, les hommes sucent les hommes, où nous retrouverons-nous? il n’y a plus rien, presque plus rien – dire que seule reste la doche pour sauver l’honneur du pré…

      est-ce que tu me combles, demande t-elle un rideau dans la bouche, la corde autour du nœud. tout est tellement beau, tout est tellement faux – l’alphabet commence à n’importe quelle lettre, et s’essuie sur l’oméga…

      mon chien est mort. est-ce que je ressemble à mon chien mort. on vit comme on vit, d’un loyer modéré, on se tripote le pur. il n’y a qu’une façon de vivre et de mourir, qui convienne à l’un comme à l’autre. elle rend fou mais ne coûte absolument rien, putain de grâce…

    1 août 2019

  • ça mange pas d’pain

      les hommes auront disparu que les grillons continueront de chanter. chanter, se frotter les ailes, se gratter le mollet mine de rien. pensé d’une tombe vivre semble inimaginable. juste un terrain à vendre, ou quelques mètres carrés de boue, de mollard et d’agonie…

      nature à demi morte, la morte à demi nue. tremble-moi, dans l’ordre du fémur tremble-moi. on s’expliquera après. plus tard. et tout redeviendra comme avant à supposer qu’il y ait jamais eu un avant, et un avant d’avant

      d’un chat perché la queue mouillée. et je n’sais pas vraiment si j’aime que tu m’embrasses. j’ai vu des hommes tomber de telle hauteur front contre l’air – la corde du milieu ne bandait plus grand chose. je reviens de partout vers le nulle part central, paradoxal, et même un peu bancal…

      qui se souviendrait de moi, et moi de qui me souviendrais-je – de tous c’est beaucoup dire, le manque marque infâme. mourir sera si simple dénouement qu’on ne comprendra pas en avoir fait tant d’histoires. surtout qu’elle m’aimait bien…

      on ne se reverra pas, et alors? les yeux sont accessoires, roulant leur bosse sur le réseau secondaire, et s’engluent de misère. les hommes ont les cheveux longs. alors les hommes ont les cheveux ras. seuls les poux savent la substance du monde, et sucent les écarts

      prête-moi ta main, ma chandelle est morte. j’irai faire un tour du côté des buttes-chaumont, comme ça me balader, transgresser le présent, et le confondre peut-être d’avec tes seins tombants, tes seins mouillés, les seins de fille-moi l’camp

    ça mange pas d'pain
    30 juillet 2019

  • l’anus fait les anges

      ça marche ou ça ne marche pas. des fois ça marche, et des fois ne marche pas. je n’ai pas de destin. j’appuie sur la pédale et toujours pas de destin. je te regarde faire, sauvagement nue

      tu me prends la tête entre tes mains. d’un geste brusque, d’un agile coup de chatte, tu me rabats la joie. il n’y a que moi qui tremble, quand tremble tout autour

      je ne suis pas parti loin – juste de quoi susciter l’idée vague d’un retour. tout au long de la nuit la nuit me manque, je place un bol dessous. j’écoute le ploc, je guette le floc. tu me dis prends-moi par derrière, je ne veux pas que tu vois mon visage

      déduis-moi de l’amour. de toute forme d’amour. de cet amour qui fait que les mères n’abandonnent pas leurs petits, ne les laissent pas crever de faim. laisse-moi crever de soif je t »en prie – les pitiés changent de trottoir

      regarde-moi t’aimer et tire la chevillette. les héros ne choisissent pas, élus d’une nécessité qui les dépasse. et moi je revois passer le film, repasse la scène, lever la jambe et s’affaisser l’épaule. je jouis d’un rien vois-tu – tout ici est vivant

      le dernière ligne. presque la dernière ligne. et pas tout à fait droite non plus. on ne peut décemment pas se contenter d’un destin. alors on s’torche le bras on se dit bon, on continue. on continue mais ça ne mène guère plus loin. on joue de la braguette c’est bête

    29 juillet 2019

  • crescendo la torgnole

      qu’est-ce qu tu fais, bah, je regarde passer le temps c’est tout. passer le temps voilà. passer sur le côté, le bas-côté des choses. passer outre voilà tout. je regarde sans voir

      ceux qui souffrent se réveillent un matin. il ne faut pas le dire. il ne faut pas leur dire. la surface est si lisse qu’on la croirait dure. n’en voulons pas à ceux qui souffrent. surtout là

      il n’y en a pas. qu’ils gardent au creux de leur vide. leur vide sidérant. les yeux écarquillés de leur vide sidérant. moi ça me sidère également. tout comme leur façon de tourner en rond mais dans aucun sens. ça me sidère et d’ailleurs, il n’y en a pas

      qu’on aime au point de non-retour. le regard fatigué sans doute, les cernes sous la sève. mais un homme surmonte tout, c’est à ça qu’il se reconnaît homme. en haut c’est le point dont il tombe. et en bas ce n’est rien

      le vent sur un crâne rasé. j’aime ceux qui n’y connaissent rien, ceux avec lesquels il n’est pas nécessaire d’émettre un quelconque avis. j’ai délié le cordon de ma bourse et tu en as profité, en as profité pour jouir un peu. il faut bien jouir un peu

      tout le cercueil est là, dans un sens vertical. parce que c’est à la verticale qu’on rejoint le ciel, l’homme est l’être vertical. ainsi va l’être vertical, il paie cash. son cercueil vertical

    crescendo la torgnole
    27 juillet 2019

  • l’amour étanche

      l’eau rouille, regarde-moi dans les yeux. vraiment dans, les yeux, et pas juste les yeux. je dors le plus loin possible de moi-même maintenant, j’évite les courants d’air froids

      as-tu seulement poser la main sur moi pour en chasser le doute, en dissoudre le vide et me garder dans le giron vivant, étant dit parmi les vivants, ces mêmes vivants. qui un jour me crièrent allez saute, eh t’es même pas cap’

      depuis longtemps la nuit est chose à prendre avec des pincettes. la nuit dedans. la nuit noire du dedans. et c’est dans le noir qu’on voit le plus loin, le plus effroyablement loin. soit dit en passant

      la misère est humaine, mais seulement si elle paie son verre. ou qu’elle boive au goulot, je le crains. et passe de main en main, sans filtre, sans préservatif. la misère humaine ne se lave plus les dents

      ne m’oublie pas. laisse-moi traîner quelque part mais ne m’oublie pas. au fond d’un sac ou quelque part, vibrant désert. il arrive que l’on s’oublie et que le reste ferme en même temps. que l’épicerie ferme en même temps

      quel saccage. et quelle mesure dans le saccage. d’une beauté confidentielle je ne remarque rien. je reste à tes côtés pourtant, je reste à tes côtés. malgré ça je ne représente rien

    26 juillet 2019

  • à l’ombre du vivant s’entend

      range-moi contre l’oreille, que je t’entende m’écouter. le lent roulement de ma respiration sur tes parois très acoustiques. range-moi contre l’oreille

      je n(ai pas toujours été la brute que tu as connue – derrière moi une dentelle d’ombres suggère d’autres fragilités. devant, la mer amère à boire, le frottement des os contre tes maigres seins

      je ne me suis jamais habitué, à rien. chaque jour retournait un peu plus son couteau dans ma plaie. qu’elle saignât me confirmait dans mon sentiment d’exister, bien que de toute évidence le sang ne soit inépuisable, ni toujours de fiable consistance

      pas un seul jour ne manque à la semaine – je les ai tous pointés, marqués d’une croix comme les portes des futurs massacrés. j’en parle à tous ceux que je croise, leur demande où ils vont, s’ils vont bien où ils vont, et comment comptent-ils en revenir

      éperdu. un peu comme si tu ne me touchais pas. ou comme si le froid frappait les parties nues de la peau du mendiant, et s’immisçait dessous. je ne raisonne plus. je reviens sans cesse au même endroit, pour en retrouver l’envers toujours aussi désespérément vide

      quelqu’un devra payer pour mes obsèques, et j’en suis sincèrement désolé. les morts ont en général une vie sexuelle plutôt médiocre. disons que là n’est pas leur fort. je reviens à toi les mains vides. je reviens à toi sans main du tout

    à l'ombre du vivant s'entend
    24 juillet 2019

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