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assis là sur un banc


  • nulle trace de vieux rhododendron

      j’achète un couteau – non, un couteau c’est trop chaud. genre un miracle insoupçonné te rends-tu compte? non, tu ne te rends rien du tout, si ce n’est à dieu. du moins au dieu frileusement absent. au dieu qui a renoncé, comment dire, au posséder, au dominer. au dieu malgré soi en quelque sorte. cette métamorphose-là

      galeux, un chien vibrait en moi. il s’appelait juste comme il faut. erratique racine. carte mouillée – un peu comme un sexe de femme, labyrinthe sans fil. un chien aboyait au fond de mes os, ma déstructure. je croyais rêver or je ne rêvais pas: j’envisageais seulement de me déguiser ne ce que je toujours fus: un pur néant de beauté, de hasard, d’abstraite inattention

      il fait plus beau dehors qu’ici, par ailleurs tout terrain va miné. ne pas bouger diminue le risque, mais élargit la mine, faut-il sauter d’un bond. le salut ne sauve de rien tu le sais bien, hein, dis-moi que tu le sais bien. tu te ressers un verre, un verre encore, jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. on se sent vivant tant qu’on meurt, tant qu’on meurt pour rien

      je ne me souviens plus. ni de ceci, ni de cela. pas même de ceci. et si je m’en souviens c’est tout comme de ne m’en souvenir pas. alors ne m’en veuilles pas. ne m’en veuilles pas surtout si je chante faux. c’est moins grave au bout du compte que si je chante juste. ce qui  n’est heureusement pas le cas. pas le cas. heureusement

      un chien devant l’autre et la mort à côté. sacrée maraude. le texte comme prétexte, les lignes desservant l’entre-ligne. l’entre-ligne l’entrejambe. je n’étais pas là le jour où, le lieu lorsque, la lèvre sur. le doigt loin dedans, l’œil ou le gîte. sacrée maraude…

    28 août 2019

  • le bleu sur le bleu s’est tranché les poignets

      je suis déjà perdu, et qu’est-ce que ça me soulage. on dirait qu’on compte ses doigts au-delà même du nombre de ses doigts. on dirait qu’on compte sur ses doigts alors même qu’on n’a pas un seul doigt. on dirait que le compte à rebours est clos depuis longtemps, et ça fait vraiment bizarre cette vide éternité du temps vacant

      je te présente mes excuses. je te demande pardon. je lâche tout, le hameçon avec la ligne d’horizon, le poisson avec la rivière, et je n’y comprends rien. ça m’aide un peu, tu diras. tu diras que rien ne vient sans qu’on y aille et bla bla bla. perdre le goût de dire, perdre le goût de surplomber suffira pour cette semaine

      l’œuvre me lasse. d’emblée je me situe hors œuvre, comme on dit d’un bâti qu’il est hors d’eau. sauf que je ne suis pas le bâti, mais le flux sous le bâti, le mouvant dans le sable. la rose frileuse du vent et j’en passe. j’en passe tant qu’il n’en reste rien. et rien ça fait pas grand chose

      et rien sentait si bon. quand je dis rien je ne parle pas simplement du néant bien entendu. je parle de ça, là, dans le temps qui passe et néanmoins ne passe pas. de l’évidence commune sans cette pesanteur habituelle aux choses dès qu’on s’appuie dessus. non je ne m’appuie sur rien et c’est de cette apesanteur-là dont je parle. ou que j’évoque en sous-main

      sauver son âme c’est beaucoup trop. sauver son âme risquerait de la damner. l’âme  est le salut. ce n’est qu’un au-revoir mon frère, ce n’est qu’un au-revoir ma sœur, ce n’est qu’un au-revoir, petits canards tout cafardeux qui n’êtes que pour être, ne vivez que pour vivre, ne mourez que pour rien. ainsi soit-il

    le bleu sur le bleu s'est tranché les poignets
    26 août 2019

  • haute paresse des nuits sans lune

      qu’il vente ou ne vente pas, il vente toujours. quand même et malgré tout. que je sois là ou que je sois ailleurs, toujours ailleurs j’imagine, fatalement là. ce n’est pas se plier au destin, que de juste ramer sous la pluie…

      les naufragés se doivent d’échouer quelque part, sur quelque grève miteuse de l’urbaine périphérie. j’ai mon sac, et tout ce qu’il faut dans mon sac pour épuiser le rien, remédier au manque qui nous châtie bien oui mais de rien

      nous ne l’emmènerons pas dans la tombe, avaient-ils coutume de dire. alors j’ai fait un bisou à mon ours pelé, un bisou à ma chanson trouée sur la cassette rayée. un bisou au rhododendron qui se desséchait seul dans son coin. tu vois, je ne suis pas rancunier

      quarante jours quarante nuits, et toujours pas de terre ni la mer. ce n’est plus la soif, c’est le trou qu’on arrose. je la baise par devant je la baise par derrière, je retombe inévitablement sur le côté nord. que j’aime le calme de ces bas-côtés, haute paresse des nuits sans lune…

      dans toutes les langues parlées je me roule un accent. j’ai beau me laver la bouche à grande eau blanche et lisse, je garde la gueule d’un étranger. un étranger reste muet sauf à l’intérieur. à l’intérieur un étranger ne trouve plus de place que sous un accent grave

    24 août 2019

  • être heureux

      être heureux effectivement consistait à glisser à la surface des choses, tant que celle-ci ne s’avérait trop rugueuse, ou carrément cédait sous le pas, hasardeux certes mais pas tout de même

      une seule mesure allait tout ordonner, mais vraiment tout, régler dans le moindre détail et nous n’y verrions que du feu même pas, qu’un petit tas de cendres pendant au mégot de vivre, et de respirer pour autant qu’il nous restait de souffle

      nous ne nous y attendions pas. il faut bien l’avouer nous ne nous y attendions pas. ainsi ne nous y arrêterons peu, le moins possible s’entend. quant à la suite, nulle illusion ne nous faisions, les désillusions elles-mêmes ayant capitulé face à tel désastre, à tel désastre en somme

      dans les couches inférieures de l’étant nous ne parlons pas de destruction, mais de réorganisation du chaos, de restructuration du vivant. mourir s’appliquait à chacun et de là chacun pouvait se revendiquer une âme. une âme se paie de la perte de cette âme et ce n’est pas rien

      un ciel sur trois nous donnait presque raison, nous accordait presque pardon. nous semblions si beaux dans nos habits de deuil, bien pliés bien rangés durant ce temps de la pluie d’à côté, ce temps où nous mations le corps nu d’à côté

      un homme sensible, pas si sensible que ça, à quel point nous concernait. être heureux consistait à danser sur les tombes, à ricocher sur le gouffre funèbre et ces petites médailles qu’on vous agrafait au téton chaque fois que vous pensiez en avoir fait le tour…

    être heureux
    22 août 2019

  • la pluie dans l’overdone

      les mains sur la tête et la tête dans le dos, que pond-il? ma vie ne recommence pas assez. j’ai donc recouvert ton corps de lettres, jusqu’à ce qu’on n’en voie plus le bout

      il n’y a rien à se dire. qu’à se cracher le silence à son propre visage, et ranger le reste dans l’armoire aux secrets mous. je vivrai peut-être un peu encore, un peu à tout casser

      ces oiseaux malheureux, ces oiseaux qui ont soif. ou alors au contraire qui moisissent sous la pluie, qui pourrissent sur pattes. on leur déchiquettera les ailes avec nos petits ciseaux à bouts ronds

      j’avance d’un faux pas. seule la route est droite, sourde comme un pot. elle ne reconnaît pas tout le monde des fois faut soulever une jupe, baisser un slip, renifler ça

      je ne sais plus combien je pèse. je crois bien je pèse rien. pas même un souci. on entre par la mauvaise porte on se dit tiens, me v’là encore dehors. il y a de quoi se faire du souci

      il y a les autres aussi, comme à la malaimante. je redresse le chemin le chemin va toujours tors. il n’apprend pas. quand il saigne du nez il faut lui mettre un bout de papier dans la narine

      la mer ne mesure rien, je l’ai testé. elle rentre de bon matin elle demande si ça va. comment peut-elle juste demander comme ça si ça va. à quel guichet coule t-elle. c’est la mer

    20 août 2019

  • les anciennes mesures

      et sur le vrai courage s’en fout, et sur la vraie vie s’en fout, un petit cheval gris – était-il si petit, vraiment cheval, ou même gris? – trottait

      je n’ai rien de fond en comble, pourquoi cela persiste t-il à ne pas s’effondrer. devant moi tout va blanc, devant moi tout dans l’noir. range donc ta colère dans le sac à billes

      pourtant je croyais bien. encore fallait-il s’y faire et je ne m’y faisais point. la muerte libérera tout ça. la peur régresse, la digue cède. la digue ding dong

      ma maîtresse au paravent, ma maîtresse à l’abri du vent. et il ventait devant ma porte que veux-tu c’est comme ça. comme ça c’est un auto stoppeur sur une route déserte

      j’ai les amygdales. je les recrache. je recrache les chez-moi. près de chez moi la pierre tombale. d’ailleurs je ne fis vraiment que m’y promener. vraiment

      des petits hameaux de circonstance. des petits gruaux d’orgasme. c’est la précarité à tous les étages. l’éternel après bien des ravages, des acrimonies

      ça menace de tomber mais ça ne tombe pas. c’est là tout l’effondrer, la gageure d’un doigt se noyant dans l’colon. à contre-courant de vivre, comme le reste dirais-je. ou ne le dirais-je pas. non, je ne le dirais-je pas

    les anciennes mesures
    17 août 2019

  • ci choir une bulle

      sens dessus dessous, la porte. la porte ou quoi. la tombe

      porte à ton homme un cageot de lumière, de lumière triste c’est pas grave

      les amis du sol et les amis d’la braguette ne sont pas les amis du tout. ils bavent sur ta mère

      les gens viennent de loin, de toujours plus loin pour voir. pour voir quoi c’est ça l’ennui

      il y a des vacances, il y a des vacances partout. mon corps est en vacances, c’est la grande mort

      partir enfin, partir d’abord. mourir à tout, mourir à soi, mais pas mourir du tout – en tout cas pas pour ça

      cinq ou six nuits que je t’attends et toujours rien, que dalle, nada. est-ce vraiment douloureux

      qu’ils ne t’attendent plus, de pied ferme ou de main molle. tu passeras par derrière, hors le son

      carnet de chanson, carnet de crevaison, il n’y a pas de raison. il n’y a pas de raison non plus

      caresser la boucle, caresser le chenil ça mord. ça mord ça tue. ça tue la mort en vrai

    15 août 2019

  • en marge du miracle

      tu franchis la frontière. incessamment, fondamentalement, tu franchis la frontière. c’est ton genre à toi, ta pulsion, ton semblant d’être libre. tu la franchis comment, juste pour aller boire un coup, entendre un autre son de cloche, de portières qui claquent, de filles qui ne prennent même plus la peine de jouir

      je m’habille en entier, je m’habille à moitié nu. les marges s’évasent, la mort ne tient pas promesse on a tellement besoin qu’on nous mente, nous raconte des histoires. des histoires qui ne ressemblent à rien, des petits paquets de mots, des gens qui font non de la tête sans savoir à quoi ils disent non

      j’ai mangé ma femme l’hiver dernier. j’en rote encore. je ne suis plus que l’âme de mon corps. et c’est encore trop: je ne suis plus que les restes de mon âme, maigre festin. ne me rends pas heureux. je suis allergique au bonheur. le bonheur gèle les orgasmes. suçoter la patte rêche d’un doudou, dérisoire rempart face au néant

      ma tête à tour de claques et le grand vent malgré tout, irrépressible, et qui s’immisce là où on préférerait qu’il ne s’immisce pas. le grand vent, quoi. entre tes cuisses d’alouette. tu me diras tu, on se répondra on. on part en vacances n’est-ce pas. les vacances c’est comme un gouffre heureux, la mort qui danse, quoi

      tout meurt selon moi, sauf les jours qui s’enfilent. et toi robe flottante, vie ivre de vie, serpillière du néant à torcher le fion de dieu. j’ai fait tout le chemin en tracteur quel vacarme, l’aube en lambeaux devant. aller devant ne va à rien. aller derrière non plus. mais avons-nous le choix?

      personne n’habite ma chambre. c’est comme folâtrer nu sous des poteaux de rugby – la souveraineté abîme. ma chambre fait chambre à part, j’avais tant besoin d’air. alors je suis sorti, par une porte qu’on m’avait dérobé. qui n’avait en tout cas pas l’aspect d’une porte. ni d’une fenêtre d’ailleurs

    en marge du miracle
    14 août 2019

  • la mort bien à soi, les vacances ratées

      d’un ange tu changes la couche – il faut bien que quelqu’un s’en charge me diras-tu. ou ne me le diras-tu pas. ou ne le répéteras à personne. l’inconnu m’inocule une certaine forme de perplexité et j’en ai bien la gueule. je me mouche dans du PQ tout le monde fait ça ici

      le grand bond en arrière a raté son salto – les gens font comme ils peuvent, vraiment. on s’obstine désespérément à vouloir faire le beau, peine perdue. j’arrive à temps pour voir quoi: les cyclistes sont déjà passés, laissant flotter dans leur sillage cette odeur de talc, d’amour inconsolé

      tout parle de précarité, s’inscrit dans la précarité. et la précarité d’éternité, et dans l’éternité. à moins de faire semblant – semblant de, semblant que, si peu ressemblant cependant. ça n’fait rien. ou si ça fait quelque chose on n’en parlera pas. on ne l’évoquera même pas, à table ou hors propos

      la presqu’île, pire qu’une île puisque reliant directement le nulle part au quelque part. j’ai donc voulu m’y rendre. à cours de jus, un peu comme ma vie. ma presque-vie. tu t’attaches à moi or mon piquet prend la forme d’une croix, vague réminiscence de l’impossibilité d’être un

      tandis que le monde est tellement plus simple dès qu’on ouvre les yeux. c’est à dire qu’on les ferme à tout ce qu’ils perçoivent au-dedans. au-dedans c’est plus dur. au-dedans poussent les dents. un sexe me tient chaud. j’espère qu’il te tient chaud à toi aussi, bon gré mal gré

      quelque part sort de l’ombre. laisser le temps mourir le rallonge un tant soit peu. j’ai résilié tous mes abonnements. désabonné. la tête en plein vide. le vent la claque et pourtant je n’espère rien

    12 août 2019

  • parfois je suis heureux, ça ne s’explique pas

      on se range sur le côté, bien bas sur le côté, on laisse passer. on laisse passer tout ce qui passe, passe afin de, en sorte que, passe comme ça. car nous on passe pas. on passe pas. c’est à dire qu’on passe sur place, à la verticale, de bas en haut si dieu le veut. sinon de haut en bas

      faudra qu’on gère, toute la nuit faudra qu’on gère. pas seulement l’épuisement, les baisses de tension, l’ennui ou parfois même le découragement. il faudra gérer aussi l’impossibilité de parvenir, venir à bout, achever. de traiter son amour comme une bête

      parler c’est offrir, et je coudrai mes lèvres. être c’est s’offrir. la nuit en moi parle tout bas, tout bas, tu me donnes toujours tort. trop enivré de liberté pour ne pas me fracasser à la moindre ombre de mur, ne pas m’empaler sur tout semblant de barreau. et c’est tout ensanglanté qu’à toi je viens, reviens

      parle-moi de mémoire, comme ça, comme à répéter on ne dit finalement rien. ne me dis rien. il n’y a de vie qu’en celui-qui-va-mourir. la mort impose la rude nudité, c’est une trique heureuse et qui fait mal, carence brutale. en tout cas me fait mal

      je sais, il faut tout perdre pour avoir ne serait-ce qu’une chance de gagner. et la certitude que tout absolument se perd. j’y travaille avec acharnement. avec acharnement c’est à dire à ma manière, de dédaigneuse indifférence. si je meurs c’est que je ne sais pas m’y prendre. si je ne sais pas m’y prendre alors il reste un espoir en moi, de vivre au moins…

      un tout petit étui, une toute petite devinette. n’ayant de réponse à rien mais de question à rien non plus : ce qui précède le point d’interrogation a tout bonnement disparu, et c’est un point à rien, un point en rase campagne – une interrogation suspendue…

    parfois je suis heureux, ça ne s'explique pas
    10 août 2019

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