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assis là sur un banc


  • la valeur affective

      tout ça ne me concerne pas – seul un ciel sans acier, sans vélo et bien vide ouvrirait ma fenêtre. il faut dire que je n’ai pas de porte, je dis donc que je n’ai pas de porte. c’est tout de même plus joli une fenêtre, et puis on entend toujours comme un grincement de viol dans le battement d’une porte…

      nos ébats séditieux. une main de sable en avait la couleur (sable). pour nous prémunir à la fois contre le hasard et contre la nécessité, les règles ne suffisent plus – ainsi n’ayant plus en dernier recours que la grâce à invoquer, léger support. euphorisant trampoline

      j’ai tort, toujours. de même que je fuis les gens intéressants, mon instinct de cisaille allant à ceux ne tenant qu’à un fil. un fil unique ne fera pas de nœud. il se penchera avec effroi au-dessus de sa propre chatte. or le ciel n’attache pas

      j’attends. depuis longtemps j’attends. que faire d’autre? les boucles tombées l’ouïe inonde le quartier, envahit tout l’espace . l’immensité donc te piétine, une femme te pisse sur le visage, tu ne comprends plus la raison du chemin parcouru. sans un pas parcouru

      je me vautre dans l’évier, une bassine de feuilles mortes. un jardin mort concentre toute la science du lumineux. prodigieusement s’étirent l’étendue, le cercle et l’absence de sens à ces terres dévastées. un silence s’éveille c’est tout, n’incarnant rien quand même

    la valeur affective
    21 septembre 2019

  • l’état d’exception

      j’ai couché avec tout l’monde, puis je suis rentré dans mon oubli de soi

      n’appartenant à rein, ne venant de nulle part, et si proche de la mort qu’on croirait à
      un pont brisé
      mais supportant, supportant malgré tout, plaie ouverte sur le flanc est

      parfois l’axe prend l’apparence d’une croix
      – pour qu’on ne s’envole pas, j’imagine…

      ne reposant sur rien, qu’est-ce qui différencie le vol d’une chute?
      ne pas se reposer sur la chute, surtout ne pas s’appuyer sur le vide: il ne nous soutient que si l’on renonce à s’en servir comme béquille
      rien ne suffira jamais
      ou: rien ne suffira, jamais

      posséder me dégoûte
      j’ai le réflexe inné de la fuite, d’une fortuite bouffée d’oxygène
      ce qu’un autopsié pourrait expliquer du sens, ou du simple déroulement de sa lumineuse matinée…

      les doigts dans les trous, qui donc te l’a permis?
      pour quel embarquement immédiat t’es-tu rasé la couenne?

      on a mis l’Œil pour qu’il voit tout, afin que rien
      ne reste muet, sans témoin, sans trouver place sous le soleil
      vivre est l’état d’exception

    19 septembre 2019

  • la soupe froide

      il dit quelque chose, mais non, je t’assure qu’il ne dit rien
      froide, la soupe
      et froid le ventre.
      il grogne, admettons qu’il grogne, mais grogner exprime t-il nécessairement quelque chose? grogner
      ne ressemble pas à l’homme
      mais à la bête plutôt, la bête penchée
      sur sa gamelle de soupe froide
      le ventre froid
      désespérément froid

      l’endeuiillement, et ça commence par les paupières – ça doit bien
      commencer quelque part nous souffle t-on, et, nous souffle t-on, ça doit bien
      se répandre peu à peu dans les membres et ce jusqu’à la moelle
      la moelle en noire
      la malle en cercle
      la couille en berne

      rumine l’herbe, l’âcre
      taupin des morts, et des autres, plus morts que morts – recrache
      le sang noir, tuméfié, tuméreux
      et les antécédents – redresse
      le visage, allez vas-y redresse
      le visage j’ai dit, à la fourche
      redresse le à la fourche j’ai dit, et regarde
      regarde à présent, droit dans les pieux
      ce qu’emporte néant, ce que néant terrasse
      razzia lubrique…

      cajole ta cheville, faute de mieux
      un trou dans le trou a grandi
      s’est creusé
      arpenté les placards
      la braguette ouverte et la gouttière en zinc, c’est tout ce qu’il reste,
      tout ce qu’il reste – brandis-le –
      à racler, sainte misère…

    la soupe froide
    17 septembre 2019

  • mémoires les indigentes

      depuis les prés, plus tard encore, où l’on ne se sent presque rien
      que l’espace rétréci entre le pied
      et la mine, sèche déclaration d’hostilité
      – embrasse-moi, toujours un peu plus en-dedans, embrasse-moi

      minimise-moi l’premier, d’étranges pensées
      s’immiscent en
      la raie de tes seins – je dégringole dis-tu, ou alors moi,
      m’effondre en chute raide, une abeille
      ne fait pas le silence dis-tu, ou alors moi,
      lors dès à présent l’esquisse

      inéluctablement la fin
      et je me tiendra coi, là, le temps durant
      à regarder la mer priant qu’il ne me vienne
      aucune idée – momentanément jachère…

      dans la version soft, tu me touches le sexe tu me
      tiens par le bout, le bout qui fuit, le furet sous couvert
      est-ce là façon de raccorder nos sens nos angoisses, rapprocher
      nos tétons du tison?

      bâton de pluie bouton d’alarme, ce n’est pas
      que je m’ennuie, mais ma détresse alors, la comprends-tu? l’aspires-tu?
      la cernes d’un seul corps?
      je me lasse de feindre la plus sinistre indifférence, un bâillon m’y contraint
      un ciel m’y lape l’œil

    15 septembre 2019

  • le feu nous apparente

      on peut imaginer chaque chose pourtant comme le désir, tout à la fois inné et actuel, d’elle-même

      je ne suis pas seulement d’être sans raison d’être, mais aussi d’être puisque sans raison de n’être pas
      – d’où ce flottement perceptible entre les lignes du destin

      de l’ombre dans le paysage
      et s’il ne bouge c’est qu’elle tremble, de son silence chevrotant
      si je me jette à l’eau c’est que profonde y est l’onde, et la chute en roue libre…

      seul le désir détermine la densité de réel – d’où l’inactualité de prétendre échapper à ce qui par essence nous échappe: l’émotion (cela-même faisant que le néant ne correspond jamais tout à fait au néant, ce léger décalage…

      l’ascension ne se fera pas sans s’être grimpé sur ses propres épaules
      et de là la vue s’éprend, de sa seule vision j’imagine – ou devrais-je m’abstenir
      de cet imaginer?

      le terme est un carrefour, les routes se disjoignent, l’accent
      se désarticule comme on dit je te crève une bulle, alors qu’en fait je te crève même pas, c’est juste une expression,
      le fond d’un désaccord

      comme ça va plutôt moyen, j’ai pensé clouer le destin à la porte d’un espace vacant.
      il me faudrait une autre idée comme celle-là pour la balance, ou la bascule entre la parenthèse ouverte
      et le dernier point de suspension (celui d’avant le haut saut dans le …

    13 septembre 2019

  • accroupis

      je pars vivre sous terre, non, je ne pars nulle part
      je viens de là-bas tout au fond, gare de liancourt-rantigny il y a mille ans de ça
      mille ans se résumant à pet de mouche
      nulle part n’est le lieu où mourir: toujours hors de chez soi, hors de chez soi en tout

      je ne suis pas une histoire, mais la poussière sous cette histoire
      comme sous un prunier dont on ne ramasse plus que d’âcres fruits, de véreuses secousses
      ma queue dans ton brouillard, pétard mouillé, n’aura pas fait long feu…

      car je t’aime, ô éternité, ainsi que les bals populaires
      les bals en rose et noir, les bals d’avant-guerre, les bals d’avant le muet
      quand la rivière coulait encore, dans un sens comme dans l’autre – je veux dire: demain

      de vivre malgré tout, et de vivre pourtant
      tant de beauté gâchée, frappée du sceau de l’infidélité
      un chien en mord un autre, c’est dans la nature des choses
      la nature des choses on l’exterminera, et l’on se niquera un doigt rein qu’en faisant l’amour, accroupis

      tu ne peux pas l’ignorer. tu ne peux pas t’empêcher de savoir ce que tu sais. te voici prévenu.
      tu n’es pas une grive, un freux
      ni le mois de septembre, ni même celui d’octobre
      ni la mort non plus, parce que la mort c’est quand t’as perdu toutes tes dents

    11 septembre 2019

  • pas d’été, pas de nord

      du fond de toute chute quelque chose s’élève
      de chaque chatte un soupir tu
      je marche dans la boue et la boue s’embrase en quelque sorte
      je marche nulle part et nulle part s’anime – c’est ici désormais

      je creuserai une tombe, pour être sûr au final de tomber quelque part
      d’afficher un semblant de sourire à l’horreur qui s’avance
      l’herbe pousse, on ne peut pas la laisser pousser comme ça, on ne peut pas se laisser aller à ça, quoi que ce soit
      : il faut crever

      on s’embrassera tant qu’il faudra, mais à la fin je te promets on s’aimera
      ou on fera le tour du pâté de maison, main dans la main ou le sable mouvant, sexe à l’arrache
      – qui saute le premier aura un bonbon

      t’es trop chamallow
      t’as le corps d’un solex, l’esprit d’un oubli permanent
      la vive douleur d’un aller-retour pour rien, nulle part
      je me demande d’abord pourquoi je vis
      et ensuite pourquoi je ne vis pas, à la même question

      on peut se raconter des histoires pendant longtemps encore, et après?
      après rien: on continue comme ça, évitant d’y croire tout en y ressemblant
      je marche comme je peux, et je peux en danseuse, sur le vent n’attend pas

    pas d'été, pas de nord
    9 septembre 2019

  • profil bas

      un chien m’a dit je t’aime, mais ce n’était qu’un chien
      ce que je me gardai bien de lui rappeler – il y a des brutes et des innocents partout après tout, et tous ne sont pas malheureux
      je ramasse une pomme, alors je jette une pomme

      je n’ai pas de voisin, je vis sans voisin depuis longtemps déjà – ils sont si laids…
      si je cesse de souffrir, je suis mort
      et si je cesse de mourir, je n’éjacule plus
      je voudrais que tu me retournes de l’autre côté et que tu me demandes, oui mais dans quel sens?

      tout ça n’a pas d’importance, et c’est ce que nous digérons mal
      il y a des pommes sur l’arbre, il y a des pommes sous l’arbre aussi
      les plus chanceux coulent à pic

      ma vie c’est comme un homme ménopausé
      c’est à dire sans accent
      ou d’un accent sur rien
      un pot de yaourt posé sur le vide
      comme ça sur le vide

      si j’ai trop bu tourne à droite, je ne prendrai plus le train
      j’irai là où personne ne m’attend, ni n’attend quoi que ce soit
      une tornade t’appelles ça – rien qu’un pipi de sel
      tu me diras où es-tu, mais en fait tu ne te le diras qu’à toi-même

      je ne vis que de la gratuité – d’autre part la négation a mon essence
      je pisse un peu au lit, lorsque je trouve un lit
      je me tranche la gorge, lorsque se trouve une gorge
      quoiqu’un chien m’ait tout bu, dernière goutte

    7 septembre 2019

  • small compassion

      j’ai fait ce que j’avais à faire, bon
      j’ai eu ce que j’avais à avoir, c’est tout
      et puis j’ai perdu ce que j’avais à perdre
      – Seigneur, ôte-moi de ton lit

      je me suis assis au bord de l’arbre mort, savante compagnie
      et mon fils aujourd’hui s’en est quitté, au loin
      je n’arrive plus à ravaler mes larmes
      tant d’abandon… trou-fossiles

      des géraniums à la fenêtre, la cour pas balayée – y a t-il des suicides heureux?
      une mer qui n’aboie pas?
      j’ai un doute quant à l’état de mes yeux…

      au fond gît un soleil, un soleil réparateur
      on s’habitue, peu à peu et de perte en perte, à l’idée d’un néant
      pas à la mort elle-même évidemment, l’inhabitable, tendre violente et douce boule à zéro,
      remise à niveau nul

      j’ai du miel, que je garde pour les abeilles
      j’ai fait la première fois l’amour dans une corbeille à ciseaux
      un corps pour une tombe – qui perd au change?
      que cesse enfin le poème et que m’emplisse quelque chose

      les chemins de traverse, où sont les chemins de traverse?
      quelque part par là, quelque part par ci
      pleurer nous rattache à ce que nous perdons, et le fond se déchire
      ça sera pas la première fois, non plus…

    small compassion
    5 septembre 2019

  • et la mémoire tomba, radieuse, insouvenante

      j’accent debout
      rêvant un peu à l’occasion, manquée
      à l’occasion tout court, et tout revient vers ce maître sans laisse, le petit gars sans fouet
      il neige par défaut. simplement par défaut

      qu’elle était belle en ce temps-là, ma sueur froide, mon échelle à l’envers.
      qui monte tombe, et qui en descend
      en descendra encore – sauf à s’interroger sur la moment présent, quelle date perturbée, commémorative faisandée…
      elle grave (comme grave l’accent)

      rat perché, mince dommage collatéral. j’y perds beaucoup.
      ses seins adriatiques… je dis ses seins sachant bien qu’il s’agit de nichons effectivement, ce désuet sous la langue.
      reste un homme, rat perché
      la demeure qu’on y tombe, le bien mal fondé, la
      roche sous l’anguille…

      je n’ai rien vu bouger. rien de plus mort en particulier.
      particulièrement j’aimais toucher
      là juste au rebord, ou le rebord-même.
      l’âme en vacances, la nausée des vacances, l’innocence de bander
      à corps défendant comme à peine perdue.
      j’étais restant devant

      une utopie ne fait pas l’hirondelle. un songe de mauvais temps, la tournure inadéquate.
      délivre-moi de la délivrance, toi qui n’es rien, la caresse touchante, la caresse mordante…
      un homme se lève que le ras blesse, s’essaie à quelques pas. il a le temps, les jambes et l’intention creuse de s’y rendre
      repousse le silence

      mésange as-tu dit oui?
      pierre pomme l’ineffable, et quelque chose de plus sans doute, mais de plus haut que soi, traînant là à tes pieds, trouble chemin de l’entrejambe
      : ballon rouillé, paradis perdu, testicule éventré… revenir sur tes pas n’en rajouterait que deux
      ou trois, pour faire bonne figure…

    2 septembre 2019

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