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assis là sur un banc


  • sur un bout de carton

      la petite pluie s’amène, une pluie
      minuscule

      sous ses mains, sous son creux, qu’en est-il?

      d’un geste je suis mort, c’est plus fort que moi

      un jour j’espère retrouver quoi, au fond de soi?

      où comme il y a l’ombre et la douleur, j’avance d’un pas

      j’achève de me contourner: toujours le même vide-ardent

      un ciel trop bas ce matin – j’abdique

      il ne sait plus qui pardonner, alors il pardonne à tous. moi pas

      survivre rase mourir

      du plus haut au plus bas une pente se redresse, s’élève

      ici est ailleurs, un peu plus loin encore – et donc?

      les doigts teints de myrtille

      mendier un brin de soleil à un ciel gris, c’est tout

    sur un bout de carton
    13 octobre 2019

  • quel cœur pendouille

      quelqu’un de moi est mort il s’arrache une dent
      quelqu’un de moi meurt au présent tandis qu’un autre me tend le miroir d’oubli
      quelqu’un de moi ne veut pas entendre cette histoire – ses yeux ont pourtant
      la couleur des miens

      peut-être nous aimions-nous comme on aime une fille
      les filles dépérissent, les herbes coupées fraîches m’ont filé la jaunisse
      mauvaise langue, mauvaise fourche, si les mots sont une insulte à qui d’autre les adresser
      qu’au mécréant auquel je sers de caveau, de cerveau
      ou même de mégaphone?

      trompe-toi quand tu chemines, ou ravale
      chaque gravillon du chemin. j’ai soupiré
      soupirer en dit long
      quelqu’un monte à mon bord c’est sans doute un mauvais vent, un mauvais bougre
      ou l’absence se prolongeant jusqu’à l’heure tardive…

      je me promène, je me promène en nous et que nous sommes vastes…!
      le garde a déserté, abandonnant son poste aux hurlements des mouches, aux heures pesantes
      il suffirait de regarder du bon côté mais nul n’ose lever les yeux du côté où l’on sait
      du côté où l’on voit
      en tout cas pas pur l’instant

      j’embrasse une mine, je la serre amoureusement contre moi, j’embrasse
      une mine – je ne sais quand
      elle explose, ne saurais le savoir, sautant avec
      peut-être ai-je fini par l’avaler, peut-être a t-elle
      explosé depuis longtemps déjà peut-être
      est-elle désamorcée de toute éternité, me berçant d’illusions…

    11 octobre 2019

  • l’amour sous camisole

      s’asseoir
      à l’ombre de soi-même, un moment seulement, pas trop longtemps
      juste de quoi s’assurer en se penchant un peu
      qu’un vide nous soutient, accentuant le vertige
      – se relever, oui, mais pour aller où, faire face à quoi?

      il y a un Refus en moi, je m’ancre dans un Refus
      tant qu’il dure il n’y aura pas d’issue. tant qu’il dure néanmoins je ne m’effondre pas, je reste droit
      sur mon céans, sur mon ci-gît
      sur ma queue nauséeux

      il n’y aura pas de comptes à rendre, il n’y en eut jamais
      il bruine. imperturbable il bruine
      c’est sans savon que je vais, sans la marque d’aucune repentance. rien ne me lave
      quelqu’un a joui. je ne crois pas que ce fut moi

      j’ai ri avec mes dents – il me faudra apprendre désormais à rire sans, à rire outre
      bouche close, muscles détendus, de la boue dans les chaussettes
      – est-ce vraiment avancer que glisser sur la pente rase
      et retenir le souffle?

      une fois encore une fois dis-moi: que discernes-tu dans ta boule de mistral, ta baudruche ton cerf-volant
      on dissèque le cerf on déchiffre les entrailles et on voit bien qu’il eut été plus heureux
      à planer dans ses bois…

    l'amour sous camisole
    9 octobre 2019

  • d’un poil elle a gratté

      puisque deux murmurent et trois sentent la mort, je restai seul
      en proie à ce vide, comme un bout de gingembre à l’étal d’un boucher
      – ce n’est pas en garnissant le vase de quelques fleurs qu’on en corrompra le profond désarroi

      de l’eau sur le continent, l’idée courte qu’une idée longue…
      enfin, j’insiste pas… j’arrange ma demeure comme je peux, cassant tout ce qui n’est pas indispensable, ne laissant que les murs, l’évacuation des murs
      quand quelqu’un m’appelle je ne lui réponds pas, me dirigeant incrédule et effaré
      vers l’abrupte du pur instant

      d’où viendra le temps, et d’où viendra la venue?
      quelqu’un s’assoit près de moi c’est comme si on me regardait droit dans l’œil moi qui suis tout œil, ou qui ne suis qu’un œil
      cerné d’un pantin.
      où je me jette un trou se forme, d’où je me jette un pont se dresse
      c’est la forme liquide du vide…

      serre-toi contre moi, rends-moi mon corps – la mort ne sent rien, n’attend rien
      rends son corps à la mort, qu’elle se mette à danser, au moins à tituber d’une ivresse facile
      je passe au travers: il n’est de mur plus sournois que celui qui ne retient rien

      pleure avec moi, du nulle part le pochon exorcisera nos hontes
      l’éternité moment zéro, plein phares perce les allées noires – je me maintiens en toi
      quand tout bascule retiens-moi, la porte de derrière ne vole

    7 octobre 2019

  • la tête entre les jambes

      la mémoire s’écourte, petite grue, la toiture s’écaille
      on n’a rien fait non plus pour se garantir une existence longue, décente
      l’après-midi je mange une pomme – autrement dit je libère
      le trognon dans la pomme

      chemins de touffe, les grands grégaires
      ceux dont on s’approche à pas de cendres, les gueules de loup
      j’ai arpenté, gravité, j’ai marché quelque part, je ne me souviens où
      tant quelque part est déjà loin

      les hommes sont morts ce n’est pas de leur faute
      tu ressuscites d’un pas tranquille, l’autre en suspens, la boue des tombes s’y collant
      tu ressuscites d’un pas léger, le sexe dru et la main molle – il n’y a rien
      il ne peut rien y avoir
      qu’un trou dans la poitrine, juste sous le sein gauche

      dispense-moi des occurrences, parle en marchant
      recouvrer son innocence, son immédiateté, sa capacité d’ébahissement
      fera de nous des feux follets
      – de quoi suis-je le fantôme, sans reflet ni relief,
      de quel sourire la dent cariée?

      ramasse un bout de bois, lance-le loin – ça te laisse un peu de temps, quelques instants de répit au moins
      ramasse un bout de bois, réchauffes-en ta maison, enlève le mors à la bouche des vivants
      ça leur fera du bien

      la nausée sans effet d’un exil définitif – un genre de mal de mer assis là sur un banc
      une malle
      un malheureux sac de billes
      – ce que nager pensait sombrait déjà…

    la tête entre les jambes
    5 octobre 2019

  • les étourneaux mais pas dans ce sens-là

      je suis un homme comme qui dirait je suis un homme, mais qui ne dirait rien
      je me rince la bouche avant de dire quoi que ce soit, je me rince la bouche et cependant je ne dis rien
      je t’ai fait l’amour et j’ai l’impression de n’avoir rien fait, je me suis jeté du pont et ce faisant je ne me suis jeté de rien
      : je ne faisais pas le poids

      on aime comme on aime, autant dire qu’on n’aime pas
      sinon on ne vivrait plus
      on comprend donc en quoi vivre s’apparente à un péché, en tant que vivre se contente d’avoir survécu
      c’est à dire d’avoir menti, d’avoir trahi ce qu’il y a de plus sacré en nous
      avec les marguerites
      le chant des loups ou autrement
      et tous ces affreux raccourcis…

      depuis toujours amoureux je titube – mais c’est aujourd’hui seulement que je tombe
      je ne découvre pas mes jambes, un homme ne découvre pas ses jambes – ce serait l’indécence-même
      j’introduis quelque chose dans quelque chose et je voudrais mourir, afin de ne pas avoir à en
      supporter les conséquences

      tu ne me diras rien et oh, tu ne me diras rien
      que pourrais-tu bien me dire après tout
      l’un écarte les jambes, l’autre serre les fesses, j’ai le sentiment non d’être passé à côté de quelque chose, mais que quelque chose se trouvait là justement
      pour ne pas qu’on y touche…

      une fois mort la raison
      reconquiert ses droits, je ne sais plus quoi faire
      ni d’un sexe ni d’une main, ni d’un cheveu ou d’un murmure de femme, l’ultime trace
      on dirait que je meurs pour ne découvrir qu’une vérité première
      – on n’était pas sensé en arriver là…

    2 octobre 2019

  • quand rond le lit, somme la bête…

      c’est comme si tout s’arrêtait, que le chien n’se levait plus
      c’est comme sous ma couverture, et depuis l’homme qu’on aime
      – me sais-tu? me sens-tu seulement?
      il y a pourpre, il y a poulpe, il y a celui que l’on fut probablement, et je ne sais lequel d’entre eux
      me lécha les babines

      les intrus sont les bienvenus, j’ai gardé ma porte fermée: tout un tas de nazis dehors
      rasant les murs haïr…
      puis j’ai claqué ma porte à double tour pour en être bien sûr – j’ai seulement laissé
      s’échapper les biches
      les chevreuils
      les cercueils
      je n’étais plus l’homme d’aucun rendez-vous…

      tu me manques etc, tu me manques tout l’temps
      peut-être du fait que l’existence se confine à un niveau insuffisant de réalité
      j’étais coupable, un aimable hémophile – me voici rétropassif à présent, mollard recraché sur la vitre gelée
      vitre gelée

      il faut une marge pour tout un poumon extérieur, une autre façon
      de respirer ou un air purement air, hautement vent
      à la fin tu ne me reconnais pas, me réduisant à mon si peu propre visage
      celui qui me colle comme un masque, un bris de miroir incrusté dans la tête
      et quand je voulus m’envoler ce ne furent pas les ailes qui me manquèrent
      mais le ciel, tout simplement…

      tu ne me dis rien, ce qui recouvre tout
      en cachette j’accouche de monstres, ils implorent pitié or pitié n’obtiendront – c’est désuet, la pitié
      mes amis rasent la terre, ils broutent ce qui reste à brouter, le peu que dieu leur a laissé
      le chemin le plus court

    quand rond le lit, somme la bête...
    30 septembre 2019

  • je vis de ma douleur

      dans mon atmosphère. dans ma pure atmosphère. et tu t’y prends comment toi pour chanter jusqu’à huit – à deux déjà moi je me noie, à deux doigts d’être là et voilà qu’on m’en coupe. alors je réagis. je sais que je ne devrais pas mais je réagis. d’une réaction scrupuleusement inanimée, toute intérieure soupçonne t-on

      la différence entre moi et moi va s’accentuant, franchir un seuil ne fera qu’entériner la rupture. toute rupture. entre soi et soi par exemple. par un contre-exemple montrons comme tout est joli, comme tout nous semble beau, et l’effondrement mignon. rien cependant ne nous distingue

      j’avais froid aux pieds. simplement froid aux pieds. il eut été douillet d’avoir où les rentrer, un entresol où les fourrer. le froid remonte. il se trouve que le froid remonte, et cela seulement. j’ai dans l’idée qu’un amour creux réchauffera misère. ça résonne un peu comme un miroir sale au fond d’une piaule. je veux dire sur le mur du fond. où donc un mur quelconque

      je me suis encore pété une dent. ça m’arrive souvent. dans mon sommeil notamment, mais pas seulement. je passe à autre chose, pour autant qu’autre chose y consente – ce qui n’est pas donné d’avance, acquis prématurément. réfléchis juste un peu: à quoi bon s’en tenir? pas à grand chose comme on s’en doute. je me pousse donc sur le côté et je laisse filer, faisant celui qui ne voit pas, louchant ailleurs

      il y aurait presque une douleur. une de celles qu’il n’est nul besoin de surveiller, ou dont on n’a pas à se méfier. un stratagème de haute inefficacité, un bandeau poliment mis sur les yeux d’un aveugle. on tue bien les cochons… et puis tu t’es remise à danser, le cul nu sous ta robe d’été, comme pour suggérer à toute chose, et même à ces jours mornes, de rentrer dans l’ordre. or l’ordre crachait du sang…

    27 septembre 2019

  • juste avec une lampe de poche

      la mer s’est soulevée quelque part, elle a gonflé, relevé un sourcil ou quelque chose comme ça, j’ai craint le pire. j’avoue que je le crains encore. je suis du genre craintif, un enfant du danger comme on dirait sans même rouler un r. c’est bizarre de ne pas savoir où l’on rentre, hanté malgré tout de la certitude de rentrer – comme si au fond nous nous refusions tant au dedans qu’au dehors, dans un épatant jeu de jambes ne fouettant que du vent…

      mourir content n’est pas content. chanter la bouche creuse ne va pas content, un filet de bave en plus. j’ai donc baissé les armes, et c’est là que tu t’aperçus de mon érection. les dents n’y pourvoyaient plus, les gencives bousillées. il a fallu y faire un nœud, recoudre quelque chose. mais comment faire face à telle inconséquence, et quelle indélicatesse. il n’y a pas de pardon, je me suis simplement couché sur le côté

      à la nage ou du revers de la main, je ne sais plus. toute ma maison à moi tombée en ruines, partie en cendres je ne sais plus. si je sais quelque chose c’est qu’un ange a menti, s’est introduit un doigt dans le vagin on dit que parfois ça suffit, parfois pas. une chose est sûre en tout cas: d’un cercle à la dérive ou d’une onde de choc, je n’ai pas eu le choix. non, pas le choix

      chante de loin, pompon-lilas, chante de loin et le ciel rougira. en attendant je ne fais rien, j’admire le chemin vide. en attendant que l’eau bouille la soif est de retour et ce n’est pas rien, non, on ne peut prétendre que ce soit rien. en attendant je ne fais rien. c’est encore un cheval mort qui hennit en moi. cela non plus, on dira que tu n’y es pour rien. c’est l’hiver à nouveau…

    juste avec une lampe de poche
    25 septembre 2019

  • la preuve que j’y peux rien

      la forme d’un trou. un gant par exemple, pour en saisir l’essence. tu me caresses dans le sens du courant or le courant figé, le piège refermé. nous ne prenons plus de telles précautions. désormais. nous ne prenons plus de gant mince. nous y allons cependant toujours de la même main morte. et t’appelles ça traire un homme, toi?

      tu ne me tueras point, seigneur seigneurine, la tache dans l’œil je te la refile en conséquence. et la météo n’empiétera plus sur ma détresse, fut-elle marine. ne déteindra plus sur ma nue condition. il se peut qu’un jour tu saches, il se peut néanmoins qu’un jour tu ne saches pas, ni de soi ni d’aucuns. j’approche ma bouche de l’égout l’égout en tout genre l’égout a beau se dire ça y est on y est, j’y trempe ma langue. j’y rince la racine

      il ne me reste rien. qu’un œil au beurre noir, un bout de pain rassis. un café sans la crème fera l’affaire on n’en demandera pas plus. on en demandera si peu. à la fin rien du tout, mais sous cet air contrit toujours, cette frustration à la naissance du poil, ce cil flottant dans l’œil on se croirait immortel mais non

      j’ai toujours su que je n’y arriverai pas, alors quand j’y suis arrivé vois-tu, je me demandai bien où. je déterrais les cadavres avec les dents, je les lavais avec la langue, comme ça les léchant soigneusement. d’un seul tour du majeur je les ressuscitais elles auraient du tomber amoureuses de moi mais non. je restai donc là à reboucher les trous…

      tu racontes ta vie mais ta vie est dépourvue d’histoire – le vernis écaillé de l’ongle, l’ongle rongé do doigt, le doigt courbaturé. de toute façon je déteste les histoires, l’anus en cloques et les crucifixions. je leur préfère un grand bol d’air, une gamelle d’herbe. on tombe naturellement des nues – puis on remonte son pantalon, c’est pas plus compliqué qu’ça

    23 septembre 2019

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