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assis là sur un banc


  • du commérage des anges

      t’inquiète pas pour les mots, les mots bougeront pas d’ici, les mots
      resteront avec nous, jusqu’à la fin de nos piteux balbutiements, de nos silences visqueux
      sur lesquels on trébuche ou dérape, selon le temps qu’il fait, selon le cri
      qu’on ne poussera plus

      t’inquiète pas pour les morts, les morts resteront là bien sagement, engoncés dans nos fauteuils
      peut-être porteront-ils des masques à notre ressemblance, ou même lèveront-il
      le doigt, quand nos noms interrogeront notre présence – quel autre réconfort
      pourrions nous leur apporter?

      ce n’est pas une vie à côté de la vie, ni même d’une autre vie – c’est un chagrin percutant, comme d’être condamné à soi, à ruminer les brisures
      il faut parait-il de l’amour pour souffrir, puisque dans la douleur trouve un ultime refuge le peu d’innocence qu’il nous reste, de légères taches grises…

      ne pas nuancer donc, mais simplifier. ne pas sophistiquer mais approfondir. l’arbre rêve t-il d’un toit, la racine d’une dent? je n’en sais rien
      et ignorer le sens n’autorise pas à conclure au non-sens. ai-je jamais eu le choix pourtant? le choix ne signait-il pas ma condamnation à l’impossibilité d’un soi à incarner, à assumer?
      du commérage des anges je n’ai pas retenu grand chose en fait – j’avais la tête ailleurs, les pieds loin en-dessous…

      c’est sûrement toi, c’est sûrement elle. sûrement. on ne portait pas l’énigme de pourrir dans l’œuf, de moisir sur pied
      je lui ai d’abord essuyé la bouche d’un doigt. quand j’ai voulu me pendre le vent soufflait trop fort – j’ai du réessayer la semaine d’après

    du commérage des anges
    2 novembre 2019

  • un jour deux bouches se sont ouvertes

      un cheval est à l’origine de tout ça. en carcasse ou en bois, avec des poignées blanches. le reste je sais pas, suppute l’amnésie. alors pour moi c’est mort

      le sommet de mon art surplombe au moins la drenthe. je vais d’abord me détruire la mémoire, on y verra plus clair. d’après eux le sextant ne serait pas vraiment contagieux

      je me suis blessé, mais blessé réellement, pas seulement dans l’âme. je me suis allongé tout du long, attendant d’être réparé

      ta nique elle a coccyx, eh borderline. je te touche les seins, allez je te pisse dessus tu ne dis rien. des seins c’est pas grand chose, mais quand même…

      j’ai mis des jonquilles à tremper pour la nuit. à tremper toute la nuit. j’ai trempé toute la nuit dans la nuit. au matin ne me diras-tu simplement « tu »?

      j’oublie que j’aime pas mon nom. j’oublie que j’aime pas ma vie. j’oublie que j’aime pas ma tête. un poisson en plein ciel mais sous un parapluie. j’oublie mon parapluie

      j’ai embrassé la bouche. j’ai embrassé dans la bouche. j’ai embrassé plus loin encore. puis j’ai tiré la langue…

    31 octobre 2019

  • l’origine est à bout

      un chagrin m’a fait confiance. je l’ai fourré dans mon slip, jusqu’à l’étouffer le pauvre. jusqu’à la mise en bière

      la nuit s’avance, la nuit progresse. et moi je marche à l’énergie solaire, inépuisable dans mes rêves

      en outre je rêve peu, et chaque fois du mauvais côté, celui du pied manquant putain de chaise – celui qui tombe dedans

      je me réveille partout. c’est à dire un peu n’importe où: sur cette chaise, là, ou bien contre le mur, affalé contre le mur, le mur tout contre moi

      à terre ou à genoux – à genoux seulement. le reste suivra, en jupe ou en leggings – en leggings seulement, la racaille jumelée

      le présent échappe au temps et inversement, heureusement. inversement que c’est pas l’cas, ni plus ni moins. sinon quoi sinon rien. tu vois d’ici la gueule du loup – sacré rencart…

      brandis-moi un corps, une illusion, brandis-moi un poing r’tombé. brandis-moi une meule, un authentique savoir-faire, savoir-être, et ce genre de conneries

      relève-toi allez ouste c’est comme ça. je lacère ta tente, je te chasse d’ici, d’ailleurs et de partout je t’expulse, je tire sur toi la chasse. t’avais qu’à chier plus loin

      rien que pour le thé, je suis venu rien que pour le thé. bouillant de préférence. sinon pas grave, on le prendra froid tel quel – pire que tout mais mieux que rien

    l'origine est à bout
    29 octobre 2019

  • sur un bouton bratislava

      et puis ma tête a foutu l’camp. ce n’est pas moi l’premier, ni de la dernière trombe
      j’ai juste un peu saigné des pieds, juste un peu remonté la bretelle – il fait jour si tôt, bave-moi encore un coup
      plus rien ne me distance. de même seul au milieu, le cercle s’est clairsemé – y a même plus d’cercle du tout
      c’est un rituel à vide, un long congé sans solde,
      l’hostie sans rémission

      mourir n’est pas une option, je te manque toujours un peu
      le sommeil cunégonde. je faiblis. le feu s’est refroidi
      pas de courrier pour moi. je-courrier n’existe pas. un fantôme de factrice court en mode poulet sans tête
      comment m’embrasseras-tu si je n’ai pas de lèvres, de dents de langue – d’une bouche servant de crachoir
      d’où l’amour clandestin

      chaque fois qu’un homme est mort en moi un autre se relève et tant pis si c’est jamais vraiment le même, tant pis s’il me suce les seins alors que je déteste qu’on me suce les seins
      chaque fois qu’un homme en moi c’est encore moi qui cède, flanche, succombe
      à qui donc demander pardon? de qui implorer la pitié? face à qui ne plus résister?

      l’oubli est la mort véritable. la mort concerne avant tout la mémoire – hors la mémoire la mort demeure inactive, coït sans conviction
      je marche le long je marche le large, allant venant et revenant, je marche à l’unisson
      je me souviens – qui se souvient? je me souviens pourtant
      je dépose une pièce dans le gobelet. une grosse ou plusieurs petites, je sais pas c’est quoi le mieux

    27 octobre 2019

  • chien c’est pas moi, chien par le milieu

      mourir tranquille n’aura pas lieu. je lèche l’oreille d’un mur, j’y enfonce ma langue profond profond, et je tourne
      : ça n’se réveille pas.
      si dans une chambre vide ne se trouvent qu’un homme et un couteau, comment ne finiraient-ils pas par se rencontrer?
      qui plus est si chacun d’eux se présente comme l’extension ou le fruit de l’imagination de l’autre

      je ne me sépare plus de mon destin. je le garde bien serré entre mes cuisses, entre mes cuisses à moi
      quelqu’un me mord au ventre, sans arrêt quelqu’un me mord au ventre. je perds les dents de mordre, je n’offre plus qu’un ventre
      tu ne me prendrais pas la main. tu ne me toucherais pas. tu brûlerais la pelle avec laquelle tu as creusé ma tombe

      je veux vivre quelque chose je veux vivre quelqu’un, un piquet s’est dressé en pleine balançoire
      matin frimousse à rebrousse-poil, j’avais caressé ton visage avec ma queue, pour changer
      je reste celui que je n’ai jamais été, qui s’est couché sur le côté en se demandant pourquoi, sans même savoir pourquoi quoi

      une barre ne suffit pas, ni la colique soudain te prenant sur le plongeoir
      tu me comprendrais si seulement tu avais pitié de toi-même. il serait alors facile d’aller-venir, partir et revenir, se coincer le guidon dans un frein clignotant
      girouette oh ma girouette, ce vide sous le schlass…

    chien c'est pas moi, chien par le milieu
    25 octobre 2019

  • les hommes ils s’en séparent

      allez vas là-d’dans, vas dormir là-dedans, et ne sors plus béquer
      tu m’as parlé d’un trou, d’un au-revoir ou d’un adieu attention pas la même chose, mais la même chose au fond
      le trauma de l’abandon okay, une fois deux fois trois fois okay, le trauma ricochon
      laisse la fenêtre en grand, ouverte sur la nuit et tant pis s’il fait nuit, les pétales rangées

      je recommence un peu. je recommence au bord
      le fond introverti je l’ai laissé dormir par terre, j’ai préféré ne pas l’embrasser, ne pas mouiller mes lèvres
      chacun chez soi par-devant soi. la mare toute rigide le caillou ne s’enfonce pas

      j’ai parlé à mon chien ce matin. il m’a juste rappelé que je n’en avais pas et puis j’ai tout merdé
      ma vie ne me rapporte pas grand chose
      me rapporter grand chose ne me rapporterait pas grand chose
      alors je fais semblant de ne pas savoir où je vais quand je ne vais nulle part, des fois qu’on m’attendrait

      un silence à retardement. je tends la soucoupe le café se répand, j’ai tellement mal à l’être
      il s’agit de ces peines que seule la mort soulage, du moins on l’imagine
      on s’imagine étendu comme ça, sous la table de la cuisine, à plat ventre et torse nu sur le carrelage froid, luttant contre la brûlure intérieure, luttant contre l’angoisse – on a cinq ans, cinq ans et demi, et ainsi d’suite…

    23 octobre 2019

  • camarade morpion

      la p’tite mort et puis quoi encore? le feu fouinant. de l’ananas pourri
      ainsi le langage descend-il du chant, qui ne descend de rien, qui monte infiniment qui monte
      qui ne monte sur rien, l’échelle sans barreau

      camarade morpion, réveillez-vous. réveillez-vous nom d’un chien, je vous dis que votre mère est morte
      faudra t-il l’enterrer ou bien l’incinérer, décidez-vous camarade morpion
      . camarade morpion s’en fout. camarade morpion n’écoute pas. camarade morpion s’énerve contre la borne – il arrive pas à sortir son foutu billet d’train…

      l’herbe a tellement poussé on n’arrivera plus à rien désormais, on s’en débarrassera plus, plus jamais. elle a reconquis le terrain. c’est pas qu’on y tenait vraiment d’ailleurs, au terrain. on foutra plus les pieds chez nous c’est tout, une bonne fois pour rien

      mon p’tit machin il est très drôle. je le regarde de travers mais il fait semblant de ne pas s’en apercevoir et il crache par terre. par terre c’est plus propre
      il y a des gens qui se suicident pour un rien c’est pas mon cas. il y a des gens qui se suicident même pas ça me regarde pas non plus

      pour moi qui déteste les voyages, les résidences et les retours, la vie n’est pas toujours simple
      par exemple quand je croise un ami dans la rue, nous ne nous reconnaissons pas et passons notre chemin sans même nous saluer, sans même nous dire alors ça va, qu’est-ce tu deviens, et ton môme, ça lui fait quel âge maintenant?

    camarade morpion
    21 octobre 2019

  • transfrontalière

      ma main à couper que quoi? de toute façon elle repoussera. sinon ce sera moi

      je me suis raclé la gorge pour une autre chanson. une chanson non composée, une chanson d’un seul ton

      alors il se leva. cela l’agrandit tout à coup il fut pris de vertige. le vertige tombe et lui s’élève de lui-même, fusée quittant la planète morte, fumée recrachée du
      crématorium

      il n’est parfois plus que talon, mouchoir échu. il rentre à la maison. et quand il rentre à la maison, il sent bien que cela ne le regarde plus

      il jette les dés, en manière de révérence. se disant que c’est par le hasard que s’impose la nécessité. mais quelle autre nécessité que celle du hasard, s’entend-il répliquer

      finalement il s’en va. comme un cowboy en bout de film, distançant les conclusions. il s’en va comme un trou dans la poche

      tu joues avec le nombre, dieu indigo. c’est à dire avec la répétition ad nauseam de l’un et de l’unique, avant qu’il ne se retrouve seul
      et définitif

    19 octobre 2019

  • gentle people

      il ne bouge pas. il fait ses valises. c’est pourtant lui le mort

      il se réveille enfin, il se réveille pour de vrai. autrement dit il se réveille nulle part, n’ayant jamais vraiment dormi

      l’évidence évidemment n’est pas celle qu’on croit – de là la vertu du paradoxe, le koan de l’âne, le petit moment qu’on prend en grignotant son pouce

      et s’il n’était qu’un homme, tout au fond de la classe, le cancre aux pieds sales, qu’il n’osait te sourire

      il tourne en rond sans s’en rendre compte, petit hamster-bicyclette. il tourne en rond c’est le chemin le plus court

      il y a la mort et il y a plus profond que la mort encore, sur lequel la mort ouvre les yeux. quoique cela dépende du mort…

      les enfants ont le cœur mobile: on leur donne un caillou, ils font une marelle. sautillant sur un pied ils scandent « six et six douze, à trois tu tombes! »

    gentle people
    17 octobre 2019

  • ras des pâquerettes

      demain je m’achète une chemise, ou autre chose
      de main je ne m’achète rien

      il y a du vent devant ma porte. heureusement la porte

      un chien ronge mon os. je figure ce chien

      ne m’appelle pas, crache sur moi
      appelle-moi d’un crachât

      devant ma porte une autre porte
      se venge

      n’avoir rien ou donner tout, quelle différence encore

      puisque le temps le permet, restons chez soi

      j’abrite un parapluie. je ne savais pas quoi faire alors j’abrite
      un parapluie

      mourir ne suffira pas, il faudra s’enivrer

      peut-être un peu de barbe, ou n’importe quoi d’autre
      derrière quoi cacher son visage

      je suis peut-être ici, mort de ne pas être mort

      sauve-moi de la façon la plus évidente: ignore-moi

      aimer ne fait pas un pli – tant pis pour lui

      tant pis pour moi

    15 octobre 2019

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