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assis là sur un banc


  • travail de sape

      il est trop tard. il est trop tard depuis trop longtemps déjà. dès lors peut émerger une forme d’éternité à laquelle on ne s’attendait pas, dans l’interstice d’un regard tombant de soi sur soi, au cas où celui-ci ne s’en relèverait pas

      tout ce qui pleut ne pleut pas nécessairement dans le bon sens, celui qui va toujours un peu de travers, ou qui penche élégamment si tu préfères, à l’oblique pudique. droit n’a pas de sens et c’est pourquoi droit, afin de rétablir un semblant d’équilibre, penche un peu de côté

      ce qui pleut ne pleut pas toujours du bon côté, et ce n’est pas qu’une histoire de vent, somme toute banale, et qui en fin de compte ne raconte rien. parce qu’elle ne raconte rien effectivement, et qu’à partir de là seulement elle devient captivante

      tout ce qui pleut ne pleut pas exclusivement sur ma maison. il pleut sur les maisons voisines avec la même constance, toutes mouillées du même côté je suppose. il faut gratter un certain temps avant que ça ne se mette à saigner

      je ne suis pas triste, si cela te rassure. notre capacité à souffrir s’avère limitée – à moins que ne soit limitée la cause de notre souffrance, n’agissant que par intermittence. que par intermittence j’espère, les effets s’estompant au fil des répétitions

      tout ce qui meurt ne peut pas être moi – de quoi donc aurais-je l’air? et de quoi me plaindrais-je? l’interrogation à l’origine de l’univers a beau attendre une réponse de ma part, et moi faire semblant de regarder ailleurs – que donc retrouverais-je en rentrant chez moi ce soir, métaphysique beograd?

    22 novembre 2019

  • sarandë l’hiver

      ma bite a froid. ma bite
      a froid.
      je sais plus ce que je fais, je balbutie je déambule, ramène tout un courant
      froid.
      pourtant j’hésite. hésite une nation. paresse dans les bois
      bête frileuse, opaque feu
      de détresse, clôture et presse
      à froid.

      qui donc habite là. un semestre passé
      creuse la terre, la boue la cendre la motte. détourne ‘l vent
      je pense à soi, morne. la terre est creuse
      la mer est creuse, l’eau de mer creuse.
      l’heure creuse.

      à chaque fois voire je m’arrange
      je m’ tire un coup. semonce
      je sais que tu ne m’admires pas beaucoup, virerais-je à
      bâbord du miroir, la pute
      miroir-la-pute, barrage
      mes œillets tout froissés, mes œillets piétinés, mes œillets dé-
      fraîchis. quand même

      j’ai bu ta bétadine. j’ m’abîme
      tu pisses dans ma pitié, un chouï
      l’amour à contre-jour, jambes de fer, nerfs ulcérés,
      arbre planté. avec ses collerettes et ses cheveux mouillés. j’accouche la mousse
      je sais plus où j’habite, je ne reconnais plus
      ma propre peau, arrache-moi l’dos, ma propre odeur
      plus mon propos…

    sarandë l'hiver
    20 novembre 2019

  • rotten baraque

      je creuse encore sous terre, j’hiberne. décortiquant le
      mensonge. pisser de travers ou
      pisser (z’) en travers. il neige
      pisser dans la neige. il neige
      ceci est mon chariot, ma mare gelée. je creuse
      et plus au fond je creuse, martyrise le sommeil, et plus au fond je…
      charbon sans dent

      j’avale un pneu
      un pneu. toujours un pneu. fringale
      un jour je suis mort à l’envers, je suis mort à l’univers – il creuse
      nuit et jour et jour et nuit, il creuse, un jour il est mort à
      l’envers. qu’elle me recrache ainsi

      tombeau, couche-moi assis. je bande à l’élastique
      ma vie ne
      ressemble pas à
      ma vie, et moi non plus. il neige. même quand il ne
      pleut pas, il neige. c’est le jour sans
      le mois sans, l’année sans, la vie sans – il neige
      : ouvre grand les oreilles ce silence imputrescible…

      une vie n’vaut pas la mienne, à peine
      malsens ton doigt. recule d’un pas
      arrache-lui sa douleur lui arrache son honneur, dès lors
      l’arrachement pur. il dort d’une oreille. sur l’autre il pleure
      je ne sais pas
      nager – même pas couler

      nu c’est nu. trop nu
      il verdicte après moi. il a peur de se perdre. il sait pas
      bien marcher avec une perche
      – à quoi ça sert, une perche?
      ton regard m’éclabousse. je voudrais
      mais ton regard m’éclabousse, alors donc
      alors je sais pas où je vais
      . pardon

    18 novembre 2019

  • je ne sais pas nager

      je ne sais pas nager. je suis
      ma pensée avant même qu’elle n’y pense. sociopathe
      d’un jour qui passe…
      à peine si la bouée
      m’accroche. nous y mettrons le temps qu’il faut, nous n’y, malgré cela,
      parviendrons pas

      je me sens bien: un peu
      pâteux dessous la langue, sans doute à cause de ce que j’ai pris, et ce à quoi je pense
      ou bien ne pense pas. je pense. je mets ma vie dans la douleur,
      une douleur. je ne me souviens plus avoir
      été
      jamais amoureux

      or depuis
      depuis que j’y retourne, y lance
      ma ligne. mon appât. mon dépit
      une joie en moi a t-il t-elle froid? pris froid? je ne me
      souviens plus
      avoir été jamais si vieux, et si creux
      inexorablement creux

      la bonté d’un homme et c’est un homme
      clapotant. crachotant. crapahutant
      sur ses gardes baissées, ses gonds débrayés, inamovible sur sa
      ligne de défonce, il fonce
      à ciel ouvert, il fonce
      à bras ouverts, s’enfonce
      redresse-le c’est la bonté d’un homme après tout qu’il se
      débourre le crâne

      j’ai la rage d’un homme, un autre
      homme, ou était-ce une femme, une autre
      femme. ou même une autre encore
      aux hanches caleuses, le sexe en bandoulière, les pauvres
      (z’) âmes restantes, comme en
      poste restante…

    je ne sais pas nager
    16 novembre 2019

  • pronoms personnels, failles ontologiques

      devenir un.
      la manche me pend au bras, tu me verses un soupçon
      de gnôle, de mauvaise grâce.
      il pleuvra par devant, certes, il pleuvra par dessous, aussi
      et toutes tomberont, qui tomb’ra la première, qui
      retiendra le mioche

      marche en quarantaine. il s’offre
      une autre gifle de gnôle, rasade shéhérazade, pure effusion
      il faut dire qu’il, le faut-il dire, perd les eaux, et son reflet dans
      les eaux, ça et là traversé
      de filles névralgiques, ophélies faméliques
      ondines sarcophages…

      je te lèche la bouche, je te lèche la croûte si tu veux, le trou, mais verse-moi.
      il fait sage, je change de visage disgrâce, par seulement pour, envers et par devers
      la rime, je te
      suce un bouton – ça me vient comme ça, au plus fort du naufrage
      . un bouton

      silence-chevrotine. si t’écartes les bras…
      jouer aux osselet avec des clous
      éclope. renfrogne-moi. je m’agrippe à ta ride
      si t’écartes le bas… et qu’une dent m’en tombe – j’avoue :
      je ne sais pas nager

      j’ai pris un truc
      contre un autre truc, et ça m’a démoli, dévi-
      talisé. le nombril en plein cul, la veine
      d’un soupir. couvre-moi si tu peux, recouvre-
      moi, taupe morte, la poussière sous
      l’oculus. marron

    14 novembre 2019

  • et donc rien, d’innocente main

      lave les carreaux, répare l’irréparable, ment sur mesure
      lave les carreaux aussi.
      tâte les distances, promène ton chien entre deux averses. et sinon rien
      et donc rien, d’innocente main

      la pluie me sert de quelque chose, que tu ne retrouveras pas
      il manque.
      un peu comme des dents dans la bouche, soi à soi-même – il manque.
      chaque pas hésitant à fouler ce
      sol résolument étranger

      et qu’est-ce que foutre là, multinationale du trou.
      en marge de ses œuvres. tu n’habites plus là. et pas plus loin que ça
      et pas plus tard qu’ailleurs, l’attention défaillante
      il plonge. tu
      n’habites plus là

      cela n’en finira t-il. cela n’en finira t-il
      donc pas?
      prends mon nom et maudis-le, maudis mon nom. replonge la taupe
      l’hiver en passion brutale, en rêverie sur le billot

      bois brisant. tu fumes assis.
      ne reste rien, d’un regard doux – un jus d’ortie peut-être
      un vent teigneux se faufilant par la braguette ouverte
      et le sang coagule instantanément, qu’il sourde d’un fond d’homme…

    et donc rien, d'innocente main
    12 novembre 2019

  • nous étions heureux, presque un doigt dessus

      d’un jour sans référence. tu t’installes chez moi
      ou alors tu t’installes en moi, à peine pardonné
      à perte renvoyé. ressuscite donc un coup. vide ton verre. recommence
      d’un même geste, d’une même grimace à la commissure
      des lèvres, ou de n’importe quoi, recommence
      allez quoi, recommence

      je ne sors plus d’un somnifère. le commutateur à vide
      rien sous la dent, une langue rampante
      j’ai soif
      tu ne me reconnais pas? j’ai soif
      c’est un sac de cailloux que je charrie dans mes veines. mauvais fœtus
      bourre-le de coups. masturbe-lui la bouche. embrasse-moi
      pendant qu’il est encore temps

      cage la voix. pas un ordre, rien qu’une indication
      au front de mer, juste entre les deux cieux, perce
      un anus. en dur.
      que je me terre, m’éclipse, remonte à l’origi-
      nel néant. la brasse
      à la brasse, j’ai dit à la brasse, coulée
      touchée. coulée.

      chante-moi un cadavre
      avec des cernes sous le nombril, un genre de bouffe-ta-queue
      il faudra retourner la terre, puis il faudra retourner le ciel, confondre le vide
      ressusciter les vivants, d’entre les vivants, bien leur brosser les dents
      ça bave tellement, ces fouines
      on appelle ça leur sexe

      il n’y a plus rien ici
      à faire, ou à redessiner
      j’ai bourré de colle sous la paupière. juste le temps de te dire adieu
      adieu quand le temps largue, odieux
      mourir sympa, faire gaffe à ne pas attraper froid, parce que froid c’est déjà trop froid
      la nuit déjà trop noire, ventre de louve, bas-
      ventre de louve, comme il m’aimait aussi
      et là plus rien. le vide au grand complet

    10 novembre 2019

  • le visage à l’eau froide

      je ne parle plus
      que par cervelle interposée
      même pas. le front contre la vitre, il gèle, qu’en dis-tu, il gèle.
      tu n’en dis rien, par silence interposé – il ne te viendrait pas à l’esprit
      d’en avoir un. regarde ailleurs
      ailleurs qu’en moi, ailleurs qu’en soi, sidéralement regarde
      sidéremment

      cela ne me regarde pas. cela ne se regarde pas non plus
      non plus
      et que cela nous tienne lieu de désastre. s’effondre
      un pas en avant. s’effondre
      un pas gris
      entre le vide d’ici et le vide là-bas, s’effondre
      le nid

      la soupe on la mange froide, le nier ne la
      réchauffera pas, ni de battre les mains, les bras contre le tronc.
      serrer les poings, la vis, se
      recroqueviller sur son zizi à soi, sa substance mentale
      ramassé sur son trou. il faut
      rebattre les carte en brèche, il faut
      recoller son bison, en recueillir la bouse, il faut
      retrousser son bison

      et si jamais le temps ne fut… à plein charniers
      je te passe le poivre si tu me rends le sel, tu traces un cercle je m’y faufile, rien qu’aux genoux
      je sais, ça n’a plus d’importance
      il grandira avec le vent
      à qui revient donc l’honneur de mourir, de déchirer la voile
      noire, la voile noire
      à quel arrêt de car, après quel dernier car

      souillon
      souillon, va.
      couver le trognon sous l’aisselle, mourir pardonne
      sur ma paume la vie ne pèse rien, pas un gramme de sein, une gorgée de lait
      probablement périmé.
      il s’exerce à la mort – qui ça? le temps de jeter un œil dehors, la vitre au front, la pluie en soi
      rien à dire, non, rien à y redire non plus
      non plus

    le visage à l'eau froide
    8 novembre 2019

  • en haut d’une montagne, au fond d’une vallée

      partir en vrille, mais alors carrément en vrille, dans la pièce d’à côté, elle aussi surchauffée
      ils font l’amour avec des trous, et pire que ça – ils n’avaient pas encore inventé d’exister, ce vertige sans gouffre
      et moi tenant là le rôle de la dame-pipi…

      le lit n’est pas neutre. un homme n’a pas la bouche de s’embrasser lui-même, alors il ferme les yeux
      il ouvre la bouche, la tournant vers le dehors tout en s’enfonçant dedans, creusant
      c’est fou ce que l’espace contient d’espace, les oreilles de traces de ce qu’il eut été impossible, voire interdit, d ‘énoncer

      se mettre à l’écoute des choses jusqu’à n’y reconnaître rien, blanc seing
      on en discutera plus tard
      le regard est neuf, qui voit tout sans comprendre de quoi il s’agit, ni de quel bord il chavire
      et cette manie de cacher tout ce qu’il y a de pur en nous – c’est même à cela qu’on distingue le pur : cela ne s’avoue pas

      j’m’arrache les poils. de tout mon corps j’arrache les poils – tu comprends ça, toi?
      j’m’arrache les yeux. j’m’arrache les yeux de tout ce qui les aveugle, obstrue, les bourre de merde ou bien les hallucine
      en dernier recours la mort, illimitée
      en dernier recours la grâce, celle à laquelle justement on ne croit pas
      non. rien. juste ça, la grâce. c’est tout.

    en haut d'une montagne, au fond d'une vallée
    6 novembre 2019

  • à cause d’une lampe vide

      je sais, que j’ai mis le doigt là où il fallait pas – mais va dire à la souris prise à la tapette qu’elle… bref. tu connais l’agonie, les petits cris, le visage émacié. on se fait à l’objet de la souffrance mais pas à la souffrance elle-même. alors on retourne la fille de l’autre côté, nous qui ne sommes que d’un côté…

      je ne suis pas curieux. ne me consume pas cette avidité de m’approprier le monde. les départs me déchirent et je suis resté là, à regarder la journée durant les cargos descendre et remonter l’estuaire de l’elbe, troué d’angoisse pure. je ne suis plus que de l’humain, un gouffre quémandant le pardon de l’univers entier
      pour si peu de chose en dernier lieu

      une fois qu’on ne sait rien on ne sait rien. ils aspiraient à la pureté en se vautrant dans la fange, respirant par le nez. ils voulaient tout rendre à la pitié, de cette pitié-là de tendre la main 
      à qui cracherait dedans

      parce que le plus haut le plus bas, l’anus de la vulve, l’œil bleu du mégot incandescent – j’ai tant de choses à na pas te dire…
      faire des phrases par amour des boucles, émettre des bulles de silence par amour de boucles plus larges encore. et verser goutte à goutte dans ta bouche des dents de chien , tessons de verre jets de sperme,
      des lettres sans leur timbre…

      je sais que tu n’y es pour rien, je sais mais quand même il faudra que je te tue, si je puis me permettre de vous tutoyer
      d’abord il n’y eut rien. en cela réside le véritable miracle, l’authentique déflagration
      le reste c’est du commentaire

    4 novembre 2019

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