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assis là sur un banc


  • les amours riquiqui

      j’ai longtemps dénigré le bonheur et les anxiolytiques, les divers recours aux substituts à quoi, aux tubes magnétiques
      pensant que seul importait le salut de l’âme, ou ce que je désignais comme tel
      or le dit salut déclare sa validité nulle, son absence de suspension: me voici sans ressort

      les départs se passent de fanfare. elle ragraffe son soutien
      ce geste des bras, des mains dans le dos m’a toujours ému, esthétiquement parlant
      esthétiquement parlant je me suis mis à braire, même si ça ne s’entend pas
      de pulsions séditieuses

      de la vulve le goût
      ne décroise les jambes. c’est tout l’effet qu’ça t’fait, de te retrouver là vivant, subtilement conscient, avec
      pour tout symbole d’unité, la morgue
      l’orgasme par défaut…

      un homme en moi
      ne respire plus. il change l’ordre des fleurs dans le bouquet manquant, de chardons controverses
      il respire plus
      il recule l’heure brute d’enculer nounours, sur ses doigts les odeurs
      font croûte, un homme en moi s’écaille. c’est pas grave

    12 décembre 2019

  • l’impavide

      je me suis dit qu’il ne faudrait pas mourir maintenant, qu’il fallait se cacher, passer à travers les mailles du filet, arracher au néant quelques poèmes de plus et si cela ne suffisait pas, creuser plus profond pour désembourber je ne sais quoi et le lâcher dans l’air, ballon de souffle tiède, de prose épistolaire, salive paresseuse…

      ma faculté d’émerveillement anesthésiée, m’en voici venu à tutoyer le mur
      s’il s’effrite c’est dans ma bouche, s’il s’effondre c’est en moi. j’ai l’impression depuis quelque temps
      de m’être porté disparu, d’avoir recousu un à un
      les boutons de ma chanson

      tu pèses un chien. c’est ton allure monométrique, ta façon de poser nu sous le néon, une salve de sueur aux aisselles
      tu couches avec ton ombre. c’est comme en soi creuser son propre trou. tu écopes d’un pas vide
      – quelqu’un pour me dire où il va?

      il est mignon tout plein dans sa première version. on s’y serait trompé – sous la glace: la vase
      il cause à son nombril
      il cause par peur, de n’être rien ou de se retrouver planté là, incongru dans le décor, sirène à contre-temps
      autrement ça fait joli, un homme qui s’ennuie…

      voilà ce qu’en coûte l’absence. arrosoir encombrant un parterre de cailloux. on n’en sort pas grandi
      la neige dans les creux, on en jouit comme on peut – les doigts faisant ventouses, les morts tout à leurs souvenirs
      je pensais marcher encore un peu, crisser sous la pensée…

    l'impavide
    10 décembre 2019

  • nos amours décennales

      un silence cristallin me figea dans la même indifférence perplexe, que n’auraient semble t-il épuisé le vide et la pénibilité
      je n’avancerais d’un pas que si ce pas ne m’avançait à rien, finis-je par avouer, circonscrivant en moi
      l’idée floue d’une idée fixe

      d’une tristesse à l’autre, nous écartons les dents
      tu me vois d’une drôle de façon, un vieux chien ne se poserait pas la question. un vieux chien ne se fait guère d’illusion
      d’une bouche à l’autre, pêle-mêle la langue, un peu avant qu’on meurt ou qu’on se rhabille, si l’on s’était auparavant déshabillé

      ne plus savoir dans quel sens le dedans, dans quel sens le dehors. ne plus distinguer le dedans du dehors. ne plus avoir ni dedans ni dehors
      annonce la fin des métiers.
      je m’étais habitué à toi pourtant. j’avais fini par y tenir d’une certaine manière
      d’une autre manière quoique tout aussi certaine je m’en foutais – je n’aurais peut-être même pas
      reconnu ta voix, sinon si douce

      elle mit le voile et qui désirait le lever
      s’en serait mordu les doigts. je passe à côté. je passe à côté sans même voir où je vais – un bien triste spectacle…
      d’ailleurs les fruits en sont pourris, les couilles en sont gelées, elles pendent
      la loi de la gravité je suppose: elles pendent

    8 décembre 2019

  • les plaignantes

      que faire encore face au gouffre, sinon s’asseoir et se remémorer vaguement
      de naïfs chants d’enfance, genre « mon ami pierrot » ou « j’ai du poil à la quéquette »…
      non, vraiment, je ne vois rien d’autre

      si je me dis tu contre le vent, ne te borne pas à ne voir là qu’un simple
      défaut d’élocution, c’est bien plus grave que ça – presque aussi grave que de se toucher la zone
      en maintenant la bouche ouverte…

      l’hiver horrible me rétracte. je cherche à fourrer ma tête entre des cuisses, fermer les yeux plus fort que moi laisser
      passer le gel… on dirait que j’échoue une fois encore
      à m’inventer une vie

      broyer du rien, du presque rien, à peine moins que du pas grand chose
      comme on tient à sa couverture quand on n’a qu’une couverture et qu’elle suffit tout juste à
      na pas crever, sans exception, ne pas crever rien que pour
      ne pas crever, no commentaire

      dans le train de nuit
      et plus profond encore dans la nuit: dans cette part de nuit au cœur de la nuit que le jour n’atteint pas, ne parvient à dissoudre
      cette part de nuit qui ne verra jamais le jour et à rebours
      dont aucun rêve ne perce. cet inexpugnable refuge

    les plaignantes
    6 décembre 2019

  • absentia

      alors, tu fermes ta nuit ou tu la manges avec eux?
      la mort sous mon acier très dur flotte en toute raison. je n’entends plus
      l’appel à me perdre, partageant mon pain avec
      les moineaux du quartier

      campagne ardue, campagne, et le soin qu’on y met
      celui qu’on prend de soi en tombant raide d’un pont, si frêle pont
      droit devant droit dessous, à s’en écorcher l’ombre à s’en
      déchirer le tatouage

      j’ai bien fait de ne pas me suivre, de ne pas m’asseoir là juste à côté de moi, repérant les lieux à l’aune de nos habitudes
      je le regarde regarder, le poing discret, sous le poids de l’assise, entre un seul arbre creux
      la bonté aura perdu tout courage, gelant la veine à main nue sur son zob

      toute la pensée c’est pas pour nous, penses-tu – on y plantera des trous par où piquer l’œillet
      si seulement le vide pouvait s’arrêter de trembler, rien que la fixité d’une non-image me rassurerait
      – ce besoin tout le temps d’être rassuré, par cela même qui menace…

      c’est la dernière nuit que je passe avec toi, mon esprit, et par esprit j’entends l’ennui, l’intime rumination
      il faudra penser à changer l’eau des fleurs aussi, peut-être même le vase
      les fanées on les gardera contre soi, traitant notre sexe en poupée chiffon trempé, et de surcroît toujours en panne
      de providence…

    4 décembre 2019

  • il s’embarque à bas prix

      tu me demandes mais alors qu’est-ce qu’on fait, il n’y a rien à faire. surtout rien. faire défait, et chacun passe son joli tablier. tu me dis mais pourquoi, tu t’attends certainement à une réponse il n’y a pas de réponse, on attend sans s’attendre à et la réponse à rien franchit le mur du son. il n y a pas d’autre mur

      je ne sais rien de toi. je ne sais rien de moi, ni de soi. c’est peut-être le verbe savoir qui déconne, et nous éloigne de la connaissance – la connaissance sans objet, la limpide ignorance des rhénans, daruma et les forains. la roue la grande, et le petit bâton. il y a toujours un petit bâton quelque part. pour les petits voyages ou allumer un feu

      tu me dis sois concret, or je n’ai pas les bottes de m’en foncer dans la boue. mon esprit a soif de plat, d’angles morts et de sexe éthéré. discrètement mes sens s’immolent, heureux de n’avoir pu l’être vraiment, avec un vague commentaire à la clé

      une main si menue m’a pris par la main et m’a mené là, où je me suis toujours trouvé, un pied devant l’autre rien. ai-je tilté. il m’a semblé humer quelque chose de marin flottant dans l’air, cherbourg au fond du jour, une vie comme une autre ai-je conclu. c’était avant

      tu me dis tu te fermes, te refermes te renfermes. mais tu te moi me n’est qu’un seuil, une zone douanière, les deux côtés d’un même slip. je cherche l’immense partout je cherche l’immense – laisse-moi le chercher où vache ne fourre son nez. là loin dedans mon nez

    il s'embarque à bas prix
    2 décembre 2019

  • de leurs sabots

      tu ne me parles plus. tu ne me parles pas. tu ne m’as
      jamais parlé vraiment. je me fous d’être né, je me fous d’être mort, j’arrive juste pas à gérer l’entre-deux, ou l’entre-soi comme tu veux. moi je ne veux rien. expire mon dernier souffle, transpire mon
      dernier effort, pour te dire malgré tout

      cela ne recommencera pas. car rien ne recommence, en dépit des apparences et autres circonvolutions du temps ou de l’imagination. on en restera là donc, toi du tien et moi de rien, je ne pleurerai pas. les sanglots par le cul je ne pleurerai plus. d’un souffle brise-moi
      le crâne

      cette immense pitié, elle arrive trop tard. on ne peut tout de même prendre en pitié une peine encore non advenue. alors écoute-moi bien, et sinon écoute-moi:
      t’avais qu’à t’avais qu’à pas, cette immense pitié

      on persiste à s’appeler par notre nom – dépouillé jusqu’à n’en être plus réduit qu’à son nom, son petit nom de dieu, son petit nom d’un chien
      on a rassemblé toute sa cervelle devant l’unique détonation, laquelle n’eut pas lieu, étonnante abstraction
      – laquelle n’eut pas

      il s’en va tranquille, mais il s’en va quand même
      peut-être pas si tranquille que ça finalement, finalement lève les voiles
      ça s’est joué à rien du tout, or que peut rien du tout contre le disque dur, l’universel déterminisme, les mauvais trucages du genre? définitivement les huns
      se retirèrent, on eu beau tendre l’oreille, la coucher contre sol en priant qu’ils rebroussent: nul écho
      de leurs sabots

    30 novembre 2019

  • et moi qui ne connut rien de la douleur humaine

      les huns
      finirent par se retirer, laissant pour tout héritage ce regard apeuré et haineux auquel on reconnaît les bâtards, leurs fantômes de mères à la traîne de leurs chevaux las
      – nous en sommes tous là

      je n’invente plus la pomme, et si l’homme n’a pour seule fonction que de se réinventer, la dent devenue sage quant à moi, le fossile d’un songe, la bite dont l’élastique distendu laisse échapper ce très profond soupir – je n’aime personne au fond et de n’aimer personne,
      je n’en veux à quiconque

      c’est ma millième que dis-je, ma cent-millième nuit et tu ne m’as toujours
      pas raconté d’histoire. la mienne est sans histoire, l’éternité de ne plus pleurer ne plus
      aimer la mort c’est la mort et elle n’existe pas – l’éternité de ne plus exister, un bouquet maigrichon
      de violettes à la main. c’est plus poli

      quand les huns
      se retirèrent, ils errèrent quelque temps, tanguant de ci de là, rétifs à leurs moutons. mourir, vaincre ou survivre ne leur servait pas de leçon, il se mirent à l’allemand, à télécharger plus ou moins légalement – les huns moururent savants
      et infiniment tristes

      petite viole oh petite viole, ne tourne plus pour moi. les hommes se retirent, les hommes se retirent tout l’temps
      j’ai si honte de moi, que faire de cette honte? j’attrape un homme sur pied et je le fais asseoir, j’en attrape un assis et je l’allonge par terre, sans câlin ni le sucre d’une misérable promesse
      petite viole, peux-tu tourner dans l’autre sens, retourner je ne dis pas à l’essence: un peu plus loin seulement…

    et moi qui ne connut rien de la douleur humaine
    28 novembre 2019

  • les émancipations rossignoles

      tendre une vitre à la pierre, un silence au mur sourd, ou regarder du mauvais côté en traversant la rue
      m’auront mené ici, au seuil d’une pluie qui tombe, d’un ciel qui mouille
      un pas jeté devant l’autre et au-dessus, en bancale utopie, un homme tricotant le temps au moyen d’aiguilles désaxées
      et sans le recours d’un fil à suivre, à tordre ou à dévider des doigts d’une quelconque
      ariane neurasthénique…

      plus tard et les mains dans les fouilles, j’attrapai quelque chose que je n’aurais pas du
      il s’y trouve toujours, comme on se trouve ailleurs, raclant la couverture
      le miracle d’avoir lieu m’aura glissé des yeux…

      la mort s’arrête là, le compte à rebours
      s’enraye, personne ne nous
      offre plus de bonbons, les bonbons pourrissent les dents, baver sur
      le ventre extrapolant de femmes en cloque ne nous absoudra pas non, pas plus que
      de nous enduire le front de leurs foutues menstrues admettons-le, admettons
      d’être sous le chapeau plus haut que le chapeau, impardonnables cela va de soi
      mais rigoureusement innocents

      non ne m’épargne pas la douleur, épargne-moi seulement de
      céder sous la douleur. je ne prends plus le train
      depuis un certain temps déjà, le ferry moins encore – faute de mer sans doute,
      de mornes plaines à traverser, de réponse à donner
      pierre pomme cuillère et tout ce qui navigue de bouche en bouche, je ne prends plus le train te dis-je
      de ferry encore moins

    26 novembre 2019

  • les marges chérubines

      Enfant, je suis quelques années durant resté mutique. Plus étrange que ce silence-même, le fait que ceux auxquels il s’adressait ne s’en rendirent pas compte, ou ne s’en soucièrent pas. Peut-être parce que ceux-là justement m’y réduisaient, que ma mutité les arrangeait, ou encore qu’ils se sentaient impuissants face à ce dérisoire rempart que j’opposais à leur odieuse ingérence, à leur abus permanent de pouvoir. Je ne disposais en effet que d’un silence abstentionniste pour me protéger de leur inconsciente hostilité, de leur irrationnelle soif de domination.


      Ce que les bruiteurs ignoraient, ignoreront toujours, c’est à quel point parle le silence, en paroles qu’il ne livre qu’à soi-même. S’excluant de l’oppression, du vacarme, de l’arrogante futilité, le muet se voit contraint de reconstituer en lui un monde vivable, respirable, ou mener à armes plus égales les combats qui seuls importent, et dont l’issue dépasse de loin le seul salut personnel.


      Un poème peut-être, si anodin qu’il semble, constitue t-il la clé de voûte de tout cet univers branlant, la vaste usine à gaz, château de sable mouvant sur son propre et incertain reflet – l’automne tout entier ne repose t-il pas sur la paume rouillée d’une feuille qui tombe?

    les marges chérubines
    24 novembre 2019

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