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assis là sur un banc


  • jusqu’au retrait

      ni le truc, ni le fond, ni la cime du truc. une vision m’échoit là parmi toi. toi le sabre sans lame, jouisseuse émerveillée. le socle d’une rosée, plan métropolitain: j’aime une valise, une valise sans plus

      pénitencière mise en demeure. j’aime pas un ch’val, mais la carcasse d’un ch’val. mon mari broie du gris, des guirlandes de gris et nul n’y trouve à redire. quand il se pend c’est l’arbre qui balance, se tord, s’étrangle et crève

      j’ai constaté un ciel au-dessus de mon crâne ça ne m’a pas suffi. l’infini n’en menant pas assez large je suis resté là à l’écouter chanter, bavant verre sur verre. j’ai pas compris quand c’était fini les garçons m’ont j’té dehors, les musiciens mal rémunérés

      aimante-moi, éveille le magnétisme. on n’aime qu’une fois je sais bien mais la belle en dormant, de chaque côté l’oreille, rouge et tendue. ne narrai, péremptoirement, l’histoire de rien. alors méfie-moi des yeux fermés, des yeux huis clos

      deux et deux font toujours cinq, où mourir prête à sourire. aimer finalement signifie t-il autre chose que ce qu’aimer veut dire? ou veut bien laisser entendre? j’achète une part de courant en partant non évidemment: je coupe le courant en partant. puis je pars déchantant…

    31 décembre 2019

  • j’ai prom’né mon sommier

      je ne suis plus boussole, la rouillure ou le scellé des barreaux poussant en le dedans. un sexe ne suffit pas il faut obtenir plus, un sexe en sus, radicalement asexué, effervescent jusqu’au-boutiste

      murène, épineuse rivière, tout un frétillant contingent agonisant sur le ventre plat, et nu. j’enfouis la raison. j’enfouis également les saisons, les âges ricochets. et je n’arrache rien, désherbant le vent frais. je flotte à tout venant si ce n’est au hasard

      non mais je me prends pour qui, un sol sur deux l’autre rampant, l’entraille clapotante… ce n’est pas que je m’aime ou je ne m’aime pas, je n’ai juste pas le prénom suffisant, le nom qu’on pisse dessus

      une vulve embrasée et je souffle dessus, je souffle comme une brute, un vieillard violacé tout juste éclos du nid. ne m’aime ni ne m’aime, l’écœurement limpide – j’y laisse des fois, j’y laisse ma peau, à tir tendu

      si on vit c’est qu’on en a déjà trop bu, du vinaigre en bassine, c’est que désormais maintenant vient trop tard, et qu’il aurait fallu. tu me ramasses à la petite cuillère sur le dos, entre deux branches lasses, ravage emmitouflant, sournoise à ma manière…

    j'ai prom'né mon sommier
    29 décembre 2019

  • fallacieux des ordonnances

      la vengeance par l’indifférence non je ne m’y résous pas. la chatte à l’air le corps rompu non je ne prends rien qui puisse en quelque façon altérer mon jugement tout au contraire. dès le départ me fait défaut le jugement, je te fais jouir par accident

      un jour mamelle ouverte, un jour jambe pendante, l’air au beau milieu d’un terrain plus que vague, de quoi m’offusquerais-je? si j’aimai comme il faut, autrement dit comme il ne faut pas, qui me le rendra?

      à souper y a personne – un chat qui pue partout, ma nuit sur les sommets. qu’un aveugle me guide, à gros coups de bâton rossé, en ai-je cure? où parti? moi loin de moi, soi près de soi, et la balle en abîme…

      je commence à être saoul, et ce n’est que jeudi soir. ai-je jamais été plus confiant qu’en ma tristesse latente, rigoureuse et patiente? j’entube un vide systémique et s’il se retourne me voit-il seulement – je la corde d’un unique souci?

      chien méchant ne m’approche pas – lequel de nous vieux tient la laisse de l’autre, d’une béquille manquante soutient la marcha grabataire? spirituellement en grève, inopinée reconductible, j’achève un trou. j’achève d’y jeter mes pensées. je m’achève en pensée

    27 décembre 2019

  • l’avortement

      j’en ai seize, trente ou deux mille, la mort ne compte pas. les femelles restent souples, le vagin éthéré, l’orgasme consensuel. j’arrive à mains nues, je repars à mains nues

      chaque jour il se passe quelque chose, et quelque chose de moins. en vain suis-je prévenu, en bref mais de rien. je ne remarque pas à l’échancrure du regard, cette larme plus qu’amère, cet abandon au sol. le sol est rat

      ma mère travaille également le dimanche. le dimanche n’est pas fiable, il faut donc se méfier du dimanche, en plus des autres jours qui mis bout à bout composent la semaine. la semaine c’est vite dit, la vie me déshonore

      pourquoi ne t’adresses-tu pas à moi respectueusement? je veux dire comme à un homme, presque un être humain, l’humour en moins? je ne semble pourtant pas fervent soutien des violences d’état, des vues bazar dedans, de séditieux condoms

      enfant j’étais enfant. ce qui équivaut un peu à se tirer une balle dans le genou. un enfant ne pense pas à se pendre, il opte pour de plus pernicieuses méthodes. enfant j’étais enfant, ou bien je n’étais pas. l’avortement viendrait plus tard, présenté comme un fait accompli…

    l'avortement
    25 décembre 2019

  • rase ta mère

      sans discontinuer. mon sexe n’est plus vraiment le mien – agissant seul, il coule sous la surface, ophélie-crapaudine. un chien le ramasse avec ses dents

      ma mère ne se souvient plus de mon nom. qu’elle m’appelle émilie ou non, ou non revient au même. ma mère fume toute la sainte journée. j’ai pris ça d’elle. ça et sa toute violence

      que ceux qui prennent place n’obstruent pas ma marche triomphale vers le grand horizon. on lui torche le cul. on le remonte vieille horloge. on se frotte le gland sur ses cheveux mouillés. on le hors-lieu, inoccupé invétéré

      comme une odeur de rue post-manif, déréliction de drapeau chu, l’air vicié, l’étant non-prédestiné. de la boue des marges je m’élève, s’élève une sourde clameur. d’un silence omniscient

      voilà je ponds un œuf – que va t-il advenir dorénavant, forts de nos artisanales faillites, un doigt d’honneur à la dérive… j’ai réanimé le chien ancestral et le voici qui m’aboie après, moi qui ne revendique aucun droit

      seulement ta vie, je ne veux que ta vie. et tu crois pouvoir ma contenter de si peu, présomptueuse? non, c’est ton âme, espace irrémédiable, œil irréconciliable, toute ton âme que je désire non posséder mais habiter, occuper, animer. trouver le lieu

    23 décembre 2019

  • c’est mon doudou c’est mon soupir, et cela n’entrave rien

      je ne retiens pas mon souffle dans la prière du soir. c’est beau ça, dans la prière du soir. franchie la ligne seulement me touchas-tu

      zéro fraction d’seconde. tes yeux de morte nageant dans le trois-pièces, cuisine comprise. le petit comprimé du dimanche…

      suis-je encore un homme? penserais-tu à moi comme à un homme. je tourne en rond dans ce qui s’avère ne former qu’un angle, tout juste respirant

      c’est mon tour d’être nu, de me frotter le poignet comme s’il allait finir par jouir – alors que j’étais moi le cœur du temps, l’obstinément remise à maintenant

      chaque jour c’est contre moi que se tourne le vent. je t’écarte tout un vide en moi te pénétrant, au bout duquel pend un fil, au bout duquel rien ne pend, au bout duquel nul n’est quiconque, par la voix de personne

      c’est un vieux compagnon. ne longeant en son for pas plus d’amour qu’une chaussette reprisée, et où contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’immobilité maintient quelque chaleur

    c'est mon doudou c'est mon soupir, et cela n'entrave rien
    20 décembre 2019

  • l’odeur des uns

      je dépose quelques noix, ou plus exactement quelques coques de noix. mauvaises coques, ciel plutôt bas
      de quoi vivre quelques années encore, broutant l’herbe rase sans foudre véridique
      moi le plus vieux de mes copains, j’annule tous les copains

      quoique une envie d’y retourner, de se faire appeler par son nom, un nom qui n’appartienne qu’à soi, une auge à son odeur
      demeurer sous le plat de la main résorbe les escarres, je revivrai demain – mort ou vif je revivrai, taillis de mentales courbatures…

      ma mission s’achève là – j’embrasse à contre-courant les bouches, les hanches doubles
      c’est une façon de se rappeler au présent, d’abord afin de l’exorciser, puis de le soustraire à la fatalité des enchaînements
      un bout de pomme eut fait l’affaire, le trognon passera aisément au travers

      contre quoi se débattre. l’ennui, un ciel radieux… finir l’assiette et après quoi
      se rendre aux hasards de l’un, à cloche-pied de mare en mare, prenant soin d’éviter l’inévitable, s’exonérer de l’inexorable
      ainsi coulant d’aplomb dans l’inconsistance-mère

      une tasse de café noir pour tenir tête à la tempête, tête entre les mains de la tempête, matin-bouillasse la tempête
      d’un ticket de métro parti en vrille, dérive en solitaire, l’itinéraire aléatoire et le retour aux sources franchement taries, piteux retour aux cendres…
      un pied en terre à narguer le néant, l’autre à la ramasse à hanter le néant…

    19 décembre 2019

  • foudre minimale

      ceux qui ont tout perdu, qu’aucun statut, aucune possession ne dis-simule. ils boivent l’eau au verre, tel est le sens de leur démarche
      ceux qui marchent sous le ciel savent-ils seulement qu’ils marchent dans  le ciel?

      cheval restant, plutôt pas dominant. une fierté sans doute, succédané de dignité
      il va souvent comme ça, par le geste bredouille et revenant à soi
      ou de soi laisse-le faire

      on broute pas. nos mains de reverdir. on s’y attache encore faut-il donc qu’on s’attache, se rattache
      un peu plus haut la vue va longue mais qu’est-ce qu’un peu plus haut, flaque de trou
      : j’arrache un pan de mon oubli

      ceux qui vivotent là derrière moi, passants sous l’aile du rempart. amants dépossédés de lumière réelle, celle initiale du regard
      ou d’un regard tordu tu me rattrapes in extremis, comme si le trou pourvu d’un bras, au bout duquel clignotent les cinq doigts d’une main de fortune
      ne manque que moi à ma débâcle…

      qu’il vente ou qu’il pleuve, rien ne sert d’achever sa maison. je ne crains pas de m’ébranler matin je m’enlise par simple
      manque de conviction. je m’enlise et j’y vais. nulle frontière ne s’immisce entre ici et là-bas, ici flottant si loin déjà
      au dos du bel écueil…

    foudre minimale
    17 décembre 2019

  • une impression de nu

      va dans le même sens, unique, exponentiel. perpétue-toi dans l’inabsolu, la bave à l’œil, le comptoir de PMU où l’alcoolo de service sauve l’honneur des hommes, ou de l’humain en moi, du petit cochon d’inde qu’on écrase sans le faire exprès, comme si pas-le-faire-exprès justifiait l’état d’existant mais non: rien ne justifie rien, et rien ne sera pardonné, dernière sommation

      un chien me mordra très profond, et je lui en serai gré. je cherche un bout de fin du monde perpétuelle, un effondrement du temps dans une absence en demi-ton, en quart de ton, quarante centimètres sous l’eau d’une âme morte. tous ceux qui n’y sont pour rien pendent aux branches de noël, de l’ombre jusqu’aux genoux et dépouillés de sens. t’as beau éjaculer rien ne pousse. t’as beau frotter rien ne jouit

      nous en sommes là. même ailleurs est revenu là, d’où il n’était jamais parti réellement. on enfonçait des clous mais les clous dans le néant ne percent rien, ceci vaut pour image. le peu d’âme tue mon âme jusqu’à ce qu’il ne reste plus de moi qu’une âme en soi, c’est à dire rien, un doigt dans le cul qui n’existe plus, entre deux chaises elles-mêmes escamotées du paysage – un paysage nu apparemment…

    14 décembre 2019

  • entre paname et le grand large, mais pas grand chose de plus

      l’essence, manifeste dans l’évidence de la non-essence, je l’appelais poésie – ce auquel on ne peut ni aspirer ni être réduit, mais dont on se contente, comme survivre se contente de vivre, ou comme on persiste à ne se contenter de rien sans en espérer plus, ne sachant espérer moins que tout c’est à dire quoi? le déluge, l’amour sans feu ni lieu, l’ascenseur en surcharge? le bonheur corrompt. la liberté corrompt. néant ne ment pas qui lui-même s’infirme, faute d’affirmer quoi que ce soit

      ce n’est pas moi qui existe, mais l’existence qui m’existe et me tourne à l’envers – un genre tantôt de pouilleux massacreur, tantôt de strip-tease affectif. je dors mal la nuit je m’en excuse. je m’excuse d’avoir dit ci, sous-entendu ça, d’être tel alors que je n’en pensais rien, d’y penser alors que je ne pense à rien. et tant que vivre ne sert à rien le poème, ce suicide ultra méta métaphysique puant du slip, aura beau cours…

      la mort, elle, ne demande rien. un mp3 lui suffisant. tandis que depuis mon décès on ne cesse de s’enquérir de mon numéro je dis non, non vraiment je ne dispose pas de téléphone, d’un l’appareil dentaire dans la bouche de ma première émotion érotique comme la mémoire est élastique et la mort ne se compose plus que de néant et de mémoire. mémoire et néant, un mince filet vipérin s’y faufilant, un jeu de quilles bancales, vaste baiser sans lèvres, langue ni œsophage

    entre paname et le grand large, mais pas grand chose de plus
    12 décembre 2019

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