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assis là sur un banc


  • chambre froide

      j’allume la lampe
      on peut dire qu’elle est allumée (on)
      on ne peut affirmer par contre qu’elle éclaire quoi que ce soit, ou qu’elle éclaire du tout
      si je l’éteins (off) cela ne change rien, sinon que je ne vois plus que je ne vois rien
      et toujours en moi cet étrange sentiment de vivre sous le joug d’une lampe ni allumée (on), ni éteinte (off)
      moi l’inutile interrupteur, marchant à vide

      une fois le vide ouvert je m’y installe, j’y prends mes aises, je m’y vautre
      je rêve nu
      j’ai pensé à une malle bourrée de fringues en vrac où je m’enterrerais
      avec une tablette de médocs bien assommants, ma brosse à dent et mon nounours pelé
      j’en sortirais la tête parfois, m’assurer que tu es toujours là, que tu n’es pas sortie, n’en a pas profité pour
      m’abandonner, ou pire encore

      demain je m’écris une lettre, une lettre comme chaque jour ou que je poste une jour sur deux, sautant d’une jambe sur l’autre
      demain rien n’est sensé m’arriver – je suis inapte à l’événement, conditionné à l’inactualité, insensible à ce genre de considérations
      j’y laisse ma peau pourtant, j’y laisse mes os, j’y perds mes eaux
      mes eaux claires, mes eaux usées

      entrebâille-la au moins
      passe moi ton briquet vide, une allumette cramée
      caresse-moi les pesticules au passage, comme une odeur bouleversante de cannabis
      je ne parle de rien
      des miettes
      sur un pull noir, ça se voit bien les miettes
      peut-être une autre fois, tu cours entre mes jambes…

      tu ne mets plus de manteau, tu te dessines toute seule
      tu ne mets plus de slip non plus, sauf pendant les règles, les hygiéniques
      je m’approche de quelqu’un et quelqu’un s’en va, j’écris mon inquiétude au dos du monde, le dos les cloques
      tu ne te coiffes plus, c’est vrai, à quoi ça sert de se coiffer?

    19 janvier 2020

  • èta lampa

      la lampe sonne
      on ne l’entend pas, mais assez fort malgré tout pour qu’on n’entende rien d’autre non plus, et que son inaudibilité recouvre tout ce qui chercherait à crier sa rage d’exister dans l’espoir peut-être de
      faire péter le plafond…
      chto èta?
      èta lampa!
      lampa?
      da, èta lampa!
      et elle sonne faux

      à demi mots tu dors
      te croyant nue
      ou telle
      telle que nue
      frappant d’invalidité le réel, de péremption le présent
      ou quelque chose d’analogue
      aux trois quarts mort, que faire du dernier quart ?

      une seule rame pour remonter tout un courant de pointes tu n’y arrives pas, tu décroches au milieu, au milieu tu dis moi je décroche
      est-ce que couler va mieux, à pic et à poc ? te prends-tu réellement pour un pou, un véritable pou: obole dans l’écuelle
      de fer, ou la bouche du mort ?

      j’y allais
      j’y allais quand tout l’espace s’effondra là devant moi, ne laissant qu’un vide béant de brume grise
      de brume bleu-grise exactement
      : encore une chose que je n’aurais pas accomplie, un possible rayé, un pont mal embrayé
      une chose de plus à oublier dans les tiroirs du mal de vivre…

      dans la mort il y a ce qu’on pense quitter et il y a ce qu’on pense trouver
      une table, une chaise à la fenêtre, fidèle à la fenêtre
      un lit dans un coin, un radiateur dans l’autre, à qui la fonte?
      un homme qui cherche en creux le moyen pur de se suicider mais soudainement pense qu’il a soif
      alors se lève une fois encore
      se lève
      et c’est précisément comme s’il se pendait, pense t-il exorbité

      quelques mots écrits à la va-vite, comme ça, entre la porte qui ferme et
      la porte qui s’ouvre, la même en l’occurrence
      on participe de la réalité, on peut le dire ainsi – même moi, d’une certaine façon, on peut dire que je participe
      de la réalité, au pied levé
      – est-ce que cela me rassure? non, pas vraiment

    èta lampa
    17 janvier 2020

  • l’homme intérieur

      pomme panne ou panne sèche, certains ne sont simplement pas destinés à se rencontrer – à moins de l’être à ne pas se rencontrer
      porte entrebâillée, la ba-balle figée entre les pattes du loup, le destin qui recule
      quelqu’un aboie au loin, quelqu’un aboie au près – quelqu’un aboie en moi, de l’intérieur de moi

      au bout d’un temps la colère, le pardon que dire, l’orgie totale – on sait plus quoi en faire, on ne démêle pas
      les cheveux envahissent les neurones, soit, je rase mes cheveux, je rase l’ombre
      sous les barreaux la paille, les niet c’est niet, soit, vivant sans faire de bruit, le verrou tressautant, le sexe tonitruant
      un peu de mouille aussi

      répare-moi. prends une rustine, mouille-la de bave de chatte, et répare-moi
      passe le doigt sur mes paupières, la langue sur la moelle épinière, répare-moi
      aies pitié de moi, de l’homme en moi, du déhanchement de l’homme, répare-moi
      crève la joie, répare-toi. sois sans nom. souffle dedans

      la mort au loup. il y en a à qui il faut ça, il y en a qui jouissent debout
      or le loup c’est la mort – on la voit dans les creux, aux orées, on la voit à l’aurore. le loup c’est la mort, l’insondable pitié
      ne meurs pas. ne meurs pas aujourd’hui. meurs éternellement, le sexe coi
      la verge lénifiante, la vulve haletante, ne meurs pas entre temps

      marelle aux bois dormant, puisque les champs ne chôment
      rappelle-moi qui tu es, je me souviens jamais. rappelle-moi qui je suis, à la base au sommet, tandis qu’être ne se souvient pas
      ou se souvient de rien, des morts qui s’empilent, des regards qui s’entassent, vitreux
      : toute la paresse des filles, qui ne font rien que d’être filles, et moi quoi dedans?
      et moi quoi dehors?

    16 janvier 2020

  • chaste

      chambre avec vue sur la mer quand la mer s’est retirée, définitivement soustraite à notre étreinte, pas si mortelle que ça l’étreinte
      on se privera de mensonge, on se privera de vérité, pensif au passage des cadavres, des bouts de craie flottant avant d’avoir fini leur texte
      et moi qui croyais que, alors que non évidemment…

      c’est le mort et quand il prend ça pour toi, qu’il prend les coups pour toi
      peut-on être deux fois de suite nénuphar tu sais bien que non, il n’y a en soi de place
      que pour un nénuphar
      un seul portail, une seul issue, un mec qui part en vrille sous le nuage exactement, sous le nombril digital

      j’ai d’une pierre deux coups dans mon sac, m’en veux-tu pour autant?
      à l’unique question la seule et bonne réponse sera la première venue, la chambre à air crevé
      percée, crevée, mais libérée – le cercle retourné, l’oxygène érotomane
      ma source malade, mon esprit malade, et ma maladie s’en fuit…

      cherche un bonheur, un petit bonheur tranquille après tout c’est dimanche, un dimanche  sans fin
      d’espace à décoloniser, de femme ayant renoncé à sa féminité, ses bonnes résolutions, ses amitiés
      qu’un sexe à tort et à travers, à peine humain, tout juste débauché
      je défriche un sapin, un sapin ça brûle bien

      je prendrai sans hésiter le parti de l’hirondelle. les mecs font deux déploient leurs ailes, les pôles se décalent, les pôles à reculons
      des âmes sans boire, des âmes qui font joujou avec leur désespoir, les osselets en rade
      je n’arrive pas à dire, toute la bouche gerce, j’ai beau tâter leur chute

    chaste
    14 janvier 2020

  • la morte a plongé dans mes bras

      11h10 et du vent, je ne remarque rien
      un peu de vent peut-être – c’est à peine s’il en souffle
      les gens qui couchent. et ceux, d’autres assurément, qui rejoignent le vide au fond du saut
      à ramasser quoi, du poil avec la langue…

      je ne renonce à rien, pas même au lien réel
      au privilège inouï de porter de fleuris kimonos
      – que les hommes sont sages, qui supportent et jouissent de n’avoir rien à faire, et de n’en rien branler
      tournant sur eux-mêmes un miroir à la main, la mèche folichonne
      non, je ne renonce à rien, ni même au lien réel…

      tout ce que les hommes ont de beau je l’ai rangé quelque part, ça me reviendra
      trognon miraculeux, vierge de sept à neuf, tout ce que les hommes ont de beau a pris la flotte, ma chemise à vau-l’eau
      s’il me reste du temps je ne sais plus lequel, on dirait bien qu’il neige

      demain rien ne m’attend, c’est la saison standard
      peut-être t’accrocheras tu un peu à mon tablier, peut-être tomberai-je à la première larme, au premier gong
      j’enfile ma tête de loup et sourcils froncés je me dis que vraiment demain rien ne m’attend
      ni personne d’autre d’ailleurs

      enfant du paradoxe, porcelaine qui saigne. la teube morose je viens de te faire, remarque je viens de – le sourire mortifère
      l’eau croupie mâchonner l’herbe, un jour restant un jour filant, filant restant je sais plus comment dire
      je sais plus comment faire
      le grattoir éculé

    12 janvier 2020

  • je suis là, d’un rond-point en sursis

      comme si de rien n’était et en effet, de rien n’était
      le ciel à marée basse et nous circulions peu, manipulant sans précaution le frein à main, la main dans l’sac
      enfoncer un coin dans la mort nous ramenait au sentiment menu d’être vivant, autrefois ça suffisait

      peur du dodo. le sommeil à quatre épingles
      n’approche pas du corps, ne touche pas ton pouce, où parfois prendre souche
      j’aère le vent. un peu de temps encore et je baiserai le plafond, les bras m’en tombent

      par les rives du méandre j’ai tenu ce corps fluet, l’anus calleux, chialant debout
      entre deux rires roulait la mort, gare au dé comme il tombe, surgi d’une ombre gare du nord
      rien ne change vraiment, sinon le regard qu’on y porte, ou la taille des slips

      tu souffres ma douleur. et partout sur le corps partout je souffle. là où ça fait mal je souffle
      que l’hécatombe reprenne son souffle – je continuerai à pied s’il le faut
      que la mise à sac, en bière ou en bouteille fasse pause, je dis pouce – à cloche-pied puisqu’il le faut

      j’aurais besoin d’un curetage de cervelle, vidanger la mémoire, ventouse mamelon
      il pleure des miettes. c’est à genoux qu’il prie aux heures de ramassage, il se prend comme on dit
      les pieds dans le guidon.
      j’ai d’instinct su être en moins – demain je vise haut, juste au-dessus du dessous, pour faire court

    je suis là, d'un rond-point en sursis
    10 janvier 2020

  • dormition

      που ‘σαι μωρη , qu’est-ce tu fous là sous mon balcon?
      tu manges une pomme. et qui mange une pomme mange un ch’val, et les pépins qui vont dans l’ ch’val – j’ te fais pas un dessin
      qui est un homme vaut moins qu’un homme, et qui va là rentre chez soi, point barre

      je me suis arrêté près de toi, histoire de te caresser les fesses, faisant celle qui n’a rien vu
      tous les pendus se baladent dans la rue, ou traînent le long d’obséquieuses départementales
      je voudrais mourir. je sais pas comment m’y prendre. je voudrais pas faire de salissure. je t’en prie aide-moi

      un chien en encule un autre. ça tue le temps
      si j’écarte les bras une flèche me perce, si je tourne le dos un lourd couteau me lèche
      j’abrège les souffrances, je saute dans le vide. j’espère que les ailes vont tenir

      tu me parles sans douleur, comme si je ne servais à rien – ça fait bizarre de se sentir autre part qu’en soi
      tu me manges le fœtus, j’essuie tes lèvres avec ma langue ou le revers de ma manche, et toi tu me bouffes le fœtus
      lâche-moi dans l’oubli, veux-tu…

      je dors longtemps, longtemps, rien ne pourra plus
      me réveiller, j’étripe un mort.
      souviens-toi de moi, qu’il respire encore l’odeur de ce qu’il reste de soi, mon âme moins que ça
      mon âme n’est rien, et cela seul la sauve

    8 janvier 2020

  • promis je ne me laverai plus

      tous mes amants furent exécutés. j’écoute la radio quoique la radio n’en parle pas, je te parle d’un homme
      qui n’en fut jamais un, n’eut jamais la moindre chance
      d’en devenir un: le crabe lorgnait, l’araignée toussotait
      crépitait l’allumette…

      à mes amis o mes amis, que sont-ils devenus, et couche-toi devant
      les roues de mon moteur. on ne pleure que sur soi et donc on ne pleure pas on patauge
      dans les larmes des autres – si on sait s’y prendre on arrivera peut-être à se faire
      offrir un verre

      ne me regarde pas. ne me regarde pas dans cet état-là j’allais dire c’est une question de dignité, de pudeur ou quoi mais non
      ne me regarde pas, c’est un suicide introspectif, la grève d’être soi, la douleur en fanfare
      le pire d’entre moi s’obstine à respirer

      ta gueule et lave ton slip. j’ai un grand copain, un aveu si peu domestique
      nul ne ressuscite, jure-le – que signifierait sinon la passion
      or la passion c’est moi, et je ne m’entends pas
      supplier ni renoncer

      miroir gentil miroir, qui me montre l’envers et me cache l’endroit. figure décomposée, profil asymétrique comme on rate une marche
      lignes enchevêtrées d’une destin parallèle: chercher sans savoir quoi, aller sans savoir où, rester sans être là
      déroute consommée…

      je suis né quelque part. je mourrai quelque part. et l’impression de ne servir entre les deux que d’improbable trait d’union
      alors attrape-moi le manche, et remonte en substance au bout duquel ni pelle ni balai, ni pioche ni râteau, mais un zéro plus zéro ébauchant l’infini
      – plus précis j’arrive pas…

    promis je ne me laverai plus
    6 janvier 2020

  • tribunal populaire

      je ne suis pas un livre moi les livres tombent en cendres, je les laisse
      des filles sympathiques me disent toi t’es pas sympathique, en fait j’te laisse
      ne reviens pas, je serai pas là, la mèche de travers, le père mort sur la chaise

      il y a des gens. un peu partout sur terre il y a des gens
      des duvets pour ceux qui ont froid, un grand duvet pour le froid tout entier
      tu pues le bouc émissaire, il neige sur le gland il neige
      et nulle part où aller

      j’ai dégoté un marteau, jauger la résistance du crâne
      les petits ennuis mais j’en ai rien à foutre de les petits ennuis: ne sommes-nous pas tous morts?
      c’est officiel: la grâce ne dépassera pas le niveau de la douleur mais s’y ajustera rigoureusement, tandis que chacun à part soi pressent qu’elle consiste justement, la grâce,
      en son débordement

      je l’aimais beaucoup c’est vrai, or beaucoup crache du sang, de la chique et du mollard
      seul importe ce qui n’importe pas, me giflai-je – on peut constater d’ici lors une certaine stabilité dans la fébrilité
      ou c’est tout comme

      le dernier vivant est mort ce matin. je l’ai absous, joignant à la pensée une pelletée de gravats
      si la terre ne semble plus tout à fait ronde, c’est que les horizons se sont fait la malle et cependant
      il n’y avait rien dans la malle

    4 janvier 2020

  • les souillures du présent passé futur

      rentre-moi dedans regarde comme je suis sage. enfonce ton ombre et bourre avec le pouce, ce n’est que moi tu sais, le trou de moi
      – à l’enfant bouche bée
      ne vends pas la misère

      s’affranchir de la pesanteur n’a jamais noyé un boulet, et les morts eux-mêmes doivent certainement se trouver ivres de quelque chose
      de néant ou d’ailleurs
      j’en sais rien

      on s’est battus comme des chiens, mordus lacérés déchirés, moi et l’ennui d’exister
      et tout ça pour une gonzesse, le cri d’un jour nouveau,
      le sang d’une marelle…

      j’ai le chant rare, la bruine entre les jambes mais des ballons dans ce qui me sert de corps, soupapes versatiles, et sans lesquels aller
      s’enfoncerait plus bas encore
      puantes catacombes

      j’ai marié mes deux filles – seule l’une a rougi
      le même jour, au même type, selon le même rite. seule l’une a rougi
      l’autre je sais pas. j’imagine qu’elle
      m’en veut encore…

      un chien me garde les entrailles, quand il me les bouffe pas. elle m’a dit de ses grands yeux qu’elle sortait de l’hôpital, où elle avait du séjourner quelque temps
      qu’elle s’était faite agressée
      elle a dit ça, à moi, du bout des ongles ras
      alors je l’ai tuée

    les souillures du présent passé futur
    2 janvier 2020

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