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assis là sur un banc


  • ni le ciel ni les hommes

      ça tourne en rond
      tu peux le dire comme tu veux, ça tourne en rond
      même pas en rond: ça tourne en rien, à vide, à l’aveuglette
      une blanche corneille pour toute réponse à notre
      perplexité

      un vent de force sept, à décoiffer la lune, je décroise les jambes
      les recroise à l’envers, symétriquement, préservant ainsi par les contraires une forme d’harmonie, et revendiquant de fait
      une certaine dignité dans l’effondrement
      – mieux vaut jamais que tard soutiendras-tu, quoi qu’il fut encore tôt

      j’amène une page vierge, une paume ridée
      cela ne suffit pas, je crains, à tenter l’infini mais sait-on jamais, hein, sait-on jamais ?
      non, pas vraiment
      pas ce soir en tout cas

      les gens de la forêt sont sortis de la forêt
      à moins que la forêt ne se soit couchée à même le sol, abandonnant l’espace au vent ou pire encore qu’au vent
      : à ce que le vent même ne parvient à chasser – plus pur que le silence pur, plus silencieux
      qu’un espace intérieur

      ça ne finira pas mal
      ça finira c’est tout, et rien sur cela ne recommencera, faisant ainsi place nette
      – quelle est la substance du vide ?
      on ne gagne rien, on s’essuie la bouche puis se frotte la main sur le pantalon
      il faudra mettre le pantalon à laver
      au moins ça

      au pire on fera comme j’ai dit
      ou comme j’ai cru dire, ou peut-être seulement pensé je n’sais plus
      bref on ne fera rien, les bras tendus comme à tâtons dans le noir
      soit en somnambule, même si les somnambules évidemment ne se comportent pas de la sorte
      ni d’aucune sorte d’ailleurs: les somnambules ont tous été liquidés
      le même jour, ou bien le lendemain, que les terribles funambules

    ni le ciel ni les hommes
    8 février 2020

  • ami entends-tu etc…

      sa manière aussi d’occuper l’espace, alors qu’il n’en a pas les moyens. non, mon sexe
      n’est pas un pis

      les gens se sont remis debout. ça m’a fait tout drôle de passer entre leurs jambes. je
      redevenais enfant

      j’avais une trou mais un trou c’est fini. un trou ça se rebouche
      avec un trou plus grand

      j’ai eu peur dans la nuit. ce n’est pas la nuit qui m’a fait peur, mais la peur qui a fait la nuit. est-ce ainsi
      qu’on piétine un enfant ?

      quand j’ai cherché à me réfugier dans un creux ce creux s’est fait trou sous mon poids. est-ce ainsi
      qu’on meurt alléluïa ?

      je n’avais pas d’copine. rien de plus monstrueux que l’humain et rien de plus humain que d’aspirer
      à en sortir, me disais-je

      j’ai pas toujours dit ça. parfois le slip tombe à l’eau. parfois c’est toi qui marche sur l’eau, doigts croisés, prêt à
      enfanter le néant

    ami entends-tu etc...
    5 février 2020

  • tomber comme d’la mouche

      le jour d’après toi je nage
      et frappant dans les mains: le son nul d’un claquement nul
      aboutir n’aboutit pas, je range mes cuillères, mes petites cuillères
      faire un ne suffit pas si l’un ne fait le tout, d’où tous ces gens qui crient
      en leur for si peu, mais si peu intérieur

      aimer est encore trop externe: foutre le feu à une poubelle
      tu passes par là, là se situe forcément quelque part, quelque part s’y attelle
      rends-moi ce que tu m’as pris, tout ce que tu m’as pris, rends-moi mes poches vides,
      mes manches qui pleurent

      je tapote les barreaux de la cage, je regarde au-dedans d’la cagoule
      c’est comme une cartouche d’encre, un tampon usager, une queue en l’absence de
      je tapote les barreaux de la cage: nul oiseau n’y sursaute affolé
      d’ouvrir la porte, je crains d’ouvrir
      la porte au vide

      je ne veux pas
      faire partie de cette histoire, en oiseau mince, en oiseau maigre, carreler le vide de chants blêmes
      je mime cette ombre dans le miroir on ne s’évade pas de
      ce qui n’existe pas
      : suce la langue d’un mort de rien

      le soir viendra où il n’y en aura plus qu’un, et il sifflotera
      d’un sifflotement lugubre, paisible et lugubre, lugubre parce que paisible dans le soir – car ce sera le soir
      et qu’il n’y en
      aura plus qu’un…

    4 février 2020

  • cache ta chatte allez, cache ta chatte

      partir tout court, partir. partir partant
      tu te mêles de quoi, et d’autre chose que quoi ? tout ça pour ça, pour quoi pour rien, ça juste affleurant à
      la surface du rien, précaire immor-
      talité. il pisse dedans

      je t’observe venir et ce que je vois n’est pas joli, je t’attends là tout de
      panique retenue – aller ne va pas loin, partir ne décolle
      pas d’ici, des cheveux dans leurs boucles, d’un incongru
      pas de côté

      ne me laisse pas seul tu vois bien que
      j’avance à reculons, transi sur son transat, je coule à cloche-pied tu vois bien que
      je n’y arrive pas, ou si peu, tout juste de quoi
      ravaler sa salive ou te tacher la robe
      si tu portes une robe

      j’achète un verre d’eau. je ne rentre nulle part il n’y a pas de retour, de lieu
      originel et la mort
      toute en non-origine, en dehors perpétuel, trottoir universel
      dimanche banlieusard…
      si je remonte le temps jusqu’au présent, béant

      un homme comme ça, assis contre sa porte à se compter les doigts, chapelet maigrelet
      quelqu’un manque à l’appel – le monde
      respire par ses gouffres, s’évade par ses failles
      s’approfondit de ses manques
      un temps voilà volant à la rescousse
      d’un temps

    cache ta chatte allez, cache ta chatte
    2 février 2020

  • des jours presque heureux

      ça te pose un problème à toi, une fois debout trois jours assis, sans s’affoler assis ?
      dehors il gèle
      dedans la nuit conjure. rien ne
      sera plus comme avant, vivant, accoudé au
      néant

      une dernière fois lui qui s’en va, au-devant de lui-même s’en va, c’est pas d’sa faute
      il ne se presse pas
      se presser ne lui ferait gagner
      pas une seconde de temps, d’une durée proche de l’a-
      phénoménal

      rien que des cris inversés, des cris en forme de trous, de terreurs nocturnes
      de brumeux chants du cygne, nous ne nous y habituerons pas, nous ne nous
      faisons pas remarquer pour autant
      pour autant c’est peu dire

      vagir.
      je vagis, tu vagis, elle vagit. pourquoi elle ?
      pourquoi pas de genre au je, au tu, aux plages de temps perdu ?
      l’unité s’est défroquée, là, sous nos yeux effarés, nos yeux estomaqués
      nos rubans cramoisis

      tout ça venu d’un homme, un homme il est comment – à quoi
      pense t-il quand il ne pense pas, un homme il est comme ça
      il suffit d’une grâce
      fugace
      une grâce l’extrait, l’épine d’une courbe – un homme il est abstrait

    31 janvier 2020

  • s’en passer sans passer

      dieu est un homme qui va mal mais pas seulement
      dieu est un homme ça va mieux, une bulle qui se forme dans l’homme et finit pas éclater
      l’homme alors se rend à son travail s’il en a, ailleurs ou même nulle part
      s’il n’en a pas

      je ne me parle pas
      je me croise dans la rue là, je ne me parle pas
      je ne me demande pas mon nom, je ne me
      reconnais pas
      je me croise dans la rue là, je me croise dans la rue
      et je lui file même pas une clope

      souffrir c’est juste n’avoir pas de fond, péter l’plancher
      plafond crevé, plancher percé, les murs tiennent debout par miracle
      s’il reste sa vie à perdre c’est encore trop: n’avoir rien n’a pas de vie à perdre ça ne souffle pas
      dans un ballon

      qui descendra là si bas qu’on n’y trouve pas de sol, pas de sous-sol, qui descendra là si bas les ailes même du dedans coupées
      on se dira des trucs c’est sûr, mais à quoi bon se dire des trucs
      on ne se dira rien évidemment, mais à quoi bon se dire rien

      un chien avait un abîme creux
      un chien ou un homme je ne sais plus. peut-être un homme, sans doute un chien
      l’amour est tellement grand qu’il vaut mieux sans passer. l’amour est tellement grand
      qu’il vaut mieux t-en mourir

    s'en passer sans passer
    29 janvier 2020

  • les prédateurs

      on se promène dans un parc, on se promène: nul parc
      il a fait gris pourtant
      toute la journée
      habitant ce qui nous habitait, on pensait même en rester là, ne produisant rien
      d’autre que soi, vide du temps

      je ne sais pas décrire
      sans doute parce que je ne sais pas regarder
      pas regarder les choses du moins, tandis que le regard
      fuyant sous le regard
      insufflant le regard
      dé-cernant, dé-cillant, dé-ridant le regard
      se tient comme en suspens, face à l’effondrement
      naturel ou sur-
      naturel des choses

      o ventre creux d’un beau soleil, les mains au cul du tien à quel bonheur
      rêves-tu, quand tu ne dois te contenter que d’un
      trognon de vérité?
      machinalement, machinalement somme toute j’ai retiré mon œil, remplacé par une vis, un sommeil douloureux
      le reste à l’avenant

      il ne se passe rien, à ceci près
      qu’il ne se passe rien: un monde s’effondre pas plus, une joie,
      une douleur s’écourtent
      tu voudrais toucher quelque chose qui n’existe pas, et dont l’image déjà vacille au bout des doigts
      puis retourne au néant

      roucoule le crapaud, stupéfait d’exister.
      tu gères pas grand chose, ta petite vie tu dis, ta petite vie en friche, comme un fait accompli
      rien ne soutient le ciel, pas même une pensée: tu peux sans remord t’affaisser
      il tient tout seul, là, comme il continuerait à tenir s’il ne surplombait rien, un caillou dans la botte
      une poussière dans l’œil
      linceul où l’eau courante…

    27 janvier 2020

  • dormir le doigt dans l’œuf

      la nuit tu dis bonjour, pas bonjour, tu dis bonjour quand même, et même
      si ce n’est pas la nuit – qu’un reste de midi, une marche glissante
      la structure répressive
      la nuit te quitte tu te quittes on est quittes, quitte à ne pas
      se retourner, sur soi-même pas plus que sur
      son absence ré-
      surrectionnelle

      une évasion, voilà que je m’évade
      une esquive de préférence, la fusion qui dérape, ma sentinelle s’embrouille
      prendre le large. au bout de quelques pas: une mouette…
      définitivement perdu, le sol rompu

      préserver en soi le sens d’exister me laissera le temps de
      flâner impunément, atténuant les circonstances. être
      ne me surprend pas vraiment, une maille à l’endroit
      l’autre bâille à l’hiver…

      sauf que
      l’unité des choses. une pièce à une face
      n’existant pas, ne suffisant pas même à rétribuer
      charon sur l’achéron, payer son coup
      à nos amis d’en face, nos amantes d’enfance, et si ça s’trouve,
      redescendre le temps se fait, petite foulée, léger feutré,
      au pas de l’ange…

    dormir le doigt dans l'œuf
    25 janvier 2020

  • marie d’où l’empathie

      un seul et même, en décalé, dérive à l’intérieur de quoi
      on s’envoie chier par-dessus le filet, par-dessous quoi, j’te fous un doigt tu m’pinces la joue, jamais là quand je jouis
      ou l’inverse je ne sais pas, j’ai fait le tour, j’ai fait le tour
      d’une absence infinie

      il y a bien longtemps que je suis mort, et pas qu’une fois. il y a longtemps vivait un mort
      ce qui me rend triste c’est la tristesse, rien d’autre, et seulement la tristesse
      bon, faut dire aussi qu’mon chat crevé, et qu’aucune fleur encore
      n’éclot de sa charogne

      j’ai poussé le verre un peu plus loin, un peu plus près du bord, et le plus loin possible, à l’orée de tomber
      or la table renversée, le verre seul est resté
      droit, sans se pencher, sans rien verser
      ce n’est pas de l’alcool pur mais une goutte de vide, auquel rien n’est prédit

      le sommeil tranquille, c »est à dire pas de sommeil du tout, ou plus exactement
      pas de sommeil vraiment. une vague ligne
      feignant l’horizon plus ou moins, simulant la
      frigidité. un mégot ça navigue

      les yeux petits cafés serrés, il largue les amarres
      c’est pas grand chose je sais, mais le définitif s’appuie sur peu ou prou, selon quelle équivoque
      le reste du temps je bande à part, je pars en vrille, bref je pose nu devant
      le paquet sans l’ouvrir, vide en dedans duquel

    23 janvier 2020

  • gerboise mais pas tout l’temps

      ça nous fatigue à bord, ça nous tremble entre les doigts, ça ne
      nous rêve de rien
      et c’est à ça qu’on pense… le large à l’intérieur

      pète un ballon, je ne re-
      viens pas de loin tu sais, pas de si loin que ça
      : du milieu d’un chemin, d’un trou de mite, d’une
      overdose de manque, pas de beaucoup plus loin

      au miroir éborgné, ton âme de velours…
      un sourire émacié, je retourne à ma déconnection , mon érection face de rat
      je vis en rêve, certes, la dérive en dedans, le frisbee post mortem

      un homme s’accorde le temps d’un autre homme, fut-ce une femme, fut-ce la
      même absence faite homme, profond soupir, la séquence longue
      et désintéressée
      de femme

      je suis à toi, je suis à toi dans un moment, que je
      claque des dents, que je
      craque une allumette, t »embrasse sur la nuque, l’anus, t’embrasse en quelque sorte
      – on ne meurt plus, on est trop sec pour ça, on est
      passé outre tout ça

      nais après moi. répète: nais après moi. je nais, tu n’es
      rien après moi – une couille, l’impure coïncidence, on se donne la main pour se convaincre qu’on n’est pas vraiment seul, pas vraiment seul en tout cas, ni tout à fait non plus, on se donne la main et on
      se tord le coude

    gerboise mais pas tout l'temps
    21 janvier 2020

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