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assis là sur un banc


  • tenir la main à un mourant

      fuir le vivre, ce danger de mort imminente, m’y conduit droit devant, droit devant j’ai le droit. pour unique horizon: le consentement à vivre

      la main qu’elle ne tremble, et sur moi qu’elle s’abatte, puisque mienne, et puisqu’il faut bien justifier ce cri en moi, sec, irrévocablement muet. si ce n’est le faire taire

      toujours une âme, une âme c’est crade, tel que s’y faufile le soupçon dont on ne doit prononcer le nom. sous peine de rien. de moins que rien

      tu peux toujours me quémander du feu je ne t’ouvrirai pas. d’abord parce que je n’en ai pas, et ensuite parce que si j’en avais il m’aurait déjà tout cramé les ongles, les poils, l’espoir de te revoir

      ne cours pas. tu risques de trébucher à courir comme ça. tomber ne se relève pas. ou mal. même à tomber mal. alors ne te relève pas. tombé ne tombe pas. tombé décolle…

      personne ne me nomme ascenseur, le puits profond. s’il faut vraiment que j’aille c’est que rester s’est défaussé, rester m’a faussé compagnie. je touche là aux deux extrémités de mon inconséquence

      creuse l’air. creuse un trou dans l’air maigre. plonges-y. creuse l’air avec ton souffle, avec le souffle que tu expires. expire. ou la marelle tracée à la craie sur l’asphalte d’un cour de récré effectivement déserte…

    tenir la main à un mourant
    28 février 2020

  • sans que ce soit l’amour obscur, ni le trait d’union vide

      château d’eau, mais très peu
      je me mange dans la main et peut-être la main à moins que les lignes, clandestinité oblige, ne me ramènent au lieu où
      d’avant la somme nulle du naufrage…

      de moi à moi un siècle s’étire, et la mort à moitié, la crèche en perdition
      le mort à moitié mort – jouir mais de quoi ?
      jouir mais à quoi ?

      je ne me suppose pas, plus long qu’un poil de cul
      j’invoque, au-delà du néant-même, un abîma plus effroyable encore, un sourire figé
      sur l’absence de sourire

      caresse-toi la couenne, caresse, d’une caresse éboueuse, ton petit mourir chétif
      et crispé
      rends-moi ce soleil livide, soleil d’au bout du temps, je ne vais plus tenir
      très longtemps

      et parce que je suis là et pourquoi tu m’enlaces, si ce n’est
      parce que je suis là, vivant de désarroi – tu me tends le miroir et je fébrilement
      et je c’est pas facile…

      ta gueule et des misères – j’ai juste tendu la main
      les moineaux sont pas v’nus, ni marie descendue, j’ai juste déraillé
      d’instinct sur et sous
      le coup

      je rêve, mais guère d’un bonheur consanguin, l’extase a le cancer je ne sais plus
      comment désespérer j’ai l’impression d’être fait
      en mer cuite

    26 février 2020

  • le visage taudis

      à la suite du noir. j’allai contre le jour, le jour perdait mon temps
      je vivais comme on dit, je vivais en sourdine

      des averses profondes ont profondément mutilé mon corps profond
      et je ne disposais, pour tout parapluie
      que d’un dimanche rassis

      j’ai presque parlé dans l’mégaphone, la voix éteinte, la gorge désolée
      j’ai presque parlé mais mon trou rebondit

      les saison bleu-blanc-noires, les saisons mal cadrées
      arraisonne-moi mon bras, mon flop, ma peur
      – la peur ça s’arrache pas

      des tombes, j’ai déterré des tombes
      pour enlacer mon vide ne me suis-je mis nu, rassasié d’épines ?

      un ciel gris, et bas, et gris et bas travestissant
      la douleur en enfant nécrophile, en sage et désemparée
      négation du haut-lieu…

    le visage taudis
    24 février 2020

  • nausée des rades

      plus rien ne sera comme avant, ni avant
      ni pendant – je regarde autour, tout autour
      et je regarde dedans, tout dedans
      d’un seul courant, d’une seule vie qui jubile j’arrête, j’abdique, je
      déterre mes os

      un lieu ne va pas plus loin.
      ils espèrent mais ils n’espèrent rien, hissant de blancs chiffons
      la pluie aura raison de nous et ça tombe bien: il pleut
      si la pluie n’y peut rien, l’absence alors de pluie
      aura raison de nous. aura quoi ? aura raison

      un chien m’est entré dans la peau et je me suis arraché la peau
      j’ai peur de me souvenir, je fais donc semblant de ne me souvenir de rien
      je fais semblant de ne, je fais semblant de je, je m’appelle et me répond n’importe qui, n’importe quoi
      sauf l’oubli

      plus loin l’odeur, plus loin le poil qui
      n’avait pas d’odeur, c’est pas comme si
      on rentrait de nulle part pour constater que
      personne ne nous attend, et que c’est de mauvaise humeur qu’on se résigne à
      partager le borch, la palinka
      et la pilule du lendemain

      je ne m’entends pas
      j’ai beau crier je
      ne m’entends pas. j’ai beau me taire je ne m’entends pas non plus. un navire sombre – sombre
      mon navire
      la lumière glisse sur sa coque, la lumière glisse sur sa rouille
      je me suis déterré et ne sachant que faire de ça, j’ai fredonné peut-être pas un air:
      un filet de souffle tout au plus, une braise de quelque chose qu’au fond du slip et très crispé
      on nommerait espoir

    22 février 2020

  • rien que la beauté du lieu

      tourner oui mais rien que sur soi, sans en attendre
      la pluie – la pluie tombe où elle peut c’est pas elle qui choisit
      demeurer ne retourne nulle part, retourner
      ne demeure nulle part ou alors pro-
      visoirement, ça c’est fait

      l’homme de rien. un jour il fait beau, de ce beau qui nous flétrit
      un jour il ne fait rien, de l’homme qui pend au clou
      il fait à dada
      il tombe
      c’est un homme plastique, sans âme, dont l’âme
      occupe toute l’absence d’âme

      mourir m’ennuie, mourir contre l’ennui
       la digue ne cède plus, contre toute évidence et contre l’évidence
      je cède si loin de moi déjà, ne me concernant plus
      juste à survivre sans savoir à quoi, d’autre qu’à soi sans savoir qui
      c’est pas moi le clochard

      je vais un clou, d’une lumière infâme
      mon regard perpétue la douleur, peut-être ai-je bu un os, je me suis extirpé
      d’un son mauvais en soi, d’une vie qui ne voulait rien dire ou bien trop, rien entendre
      de ce qu’on ne lui demandait pas

      à chaque jour sa veille, son inopportunité – ai-je abandonné
      mon destin en chemin, et me retrouvai-je là sans chemise, dépenaillé, à marcher sur les tessons de vieilles soifs
      ou est-ce que j’hallucine ? non, j’hallucine pas. justement
      : je ne vois rien

    rien que la beauté du lieu
    20 février 2020

  • nombril du jouir

      tout l’art de s’ennuyer, de s’ennuyer sans fard
      et t’es bien quelque part, là, à t’occuper de rien, seul occupant d’un rien
      un rien dans la durée, durant

      se sont-ils seulement
      lavés les pieds, la bouche, le gland ? se sont-ils seulement
      aperçus d’exister
      vivant rageur emporte

      maigre chatte, petit bonheur sournois, ma vie s’est rendue compte
      rendue compte de rien
      de rien et ça ça compte
      pour rien et ça ça compte

      la vie c’est comme il peut, oreilles basses, oreilles en éventail
      c’est pas que l’amour manque c’est juste
      sarcelles dans le brouillard

      tombe en rade
      rade radeau radié, tombe en rade
      dormir sur un côté puis quand on n’en peut plus
      dormir de l’autre s’il y en a un, gueule au vide

      être me hante, c’est tout
      être
      ne rit que de décombres, j’entasse le rat – être
      tel que je, virez las guillemets,
      le hante

      il pleut entre les gouttes, entre les gouttes c’est dégueulasse
      et je
      donne le sein
      à toutes les marelles à tous les enfants mâles c’est triste
      entre les gouttes c’est triste

    18 février 2020

  • le ne de ne pas

      arrête de partir, allonge-toi, collectionne les e muets – il ne pleut
      pas sous ton toit après tout, un toit,
      c’est fait pour ça

      et pour serrer les dents, en broyer la racine arrête de mentir – laisse la terre
      partir en couille
      le ciel en vrille, allez

      dormir d’une oreille et voyager de l’autre je n’y crois pas
      un seul instant, le bât me blesse le haut
      me suce la cervelle, en aspirant comme ça avec
      les lèvres pointues

      chaque fois qu’un homme sans queue – vide la rame, vide
      chaque fois qu’un homme sans queue :
      il souffle un peu

      mon petit
      bonhomme de chemin, ma petite
      bonne femme d’étendue, claire étendue, et si claire qu’on
      n’y voit que dalle
      que dalle

      je ne pense pas, je ne
      m’insurge pas: je flotte
      sur l’atarax
      nautique sur le styx…

    le ne de ne pas
    16 février 2020

  • la pompe à funèbre

      il n’y a plus dans la vie que la vie des vacances mortes, elles sont mortes
      partir n’a pas fait de moi un ulysse, une pente glissante
      je m’arrête à la vitre et qui s’y colle s’y cogne, qui s’y jette
      s’écrase contre le vide

      béquille fumante, ou phare à la dérive – bancal traînassant sur un
      chemin perdu avant même le premier pas, l’ultime non, la timide enjambée
      je ne réalise pas
      je ne réalise pas comment, je ne me convaincs pas
      d’un bâton nu rampant, du rouge
      aux lèvres d’une lèpre…

      dorénavant la vie c’est mort, les antennes pleins phares – pleins phares et toute ouïe
      reculer le moment, le moment qui recule on ne pense qu’à ça, y penser le recule, reculer
      ne nous mène qu’à ça – pas ça, là, mais ça, pas là
      ou si peu qu’on embraye, fleur à la bétonnière…

      la petite chambre à coucher, des morts des mickeys, c’est pas grave
      c’est pas grave laisse tomber, par terre à ses dépens
      je regarde par là-bas dont le sens m’étonne, des morts des mickeys, gisants dépositaires
      du vide selon ses nerfs, du vide extrapolaire

      la pluie telle qu’on la rentre ou telle qu’on la supporte – un tête
      en dit long sur son état
      de défection. oriente-toi meurs fais semblant, mais ne te découvre
      pas d’un poil, d’un sourcil – quelque part il me faut
      renouveler non, réitérer l’idée de moi, de moi quelconque pour survivre à moi-même et
      me prolonger en moi, ouvre-boîte mais laquelle ?

    14 février 2020

  • ma mort mon ch’val

      tout ce que t’as envie, c’est que tout ce que t’as envie. ça meurt
      et ça meurt à cause de quoi, ça meurt, à cause que le temps n’est pas, pas vraiment là non plus
      et que quelqu’un ricane là de derrière l’arbre
      lequel n’est pas un clocher, mais
      mon ennemi de l’intérieur

      je bourre mon sac de pommes, à chaque fois je bourre mon sac de pommes, et les laisse pourrir
      même si je ne demande rien, la mort libère mon âme, la débarrasse du poids
      avec ça je vais loin, pas très loin, nulle part probablement, où l’ici
      s’essuie les pieds, l’ici
      s’essuie les pattes

      tordu le sens du monde, allons sans équivoque
      rien à gauche (main en visière), que la gauche
      rien à droite que la droite
      allons devant qui devant va, à reculons comme s’il enfantait
      mes premiers pas, tout petits pas
      – à la moindre pensée pensé-je, je fuis

      il y a un héros cloué à l’horloge de la gare, l’œil au front de la gare
      vivre ne cesse pas de tuer la mort mais ne peut l’empêcher de ressusciter instamment, on n’y peut rien chapeau troué
      c’est comme lancer une pierre, lancer une pierre, lancer une pierre
      toujours la même…

      il va bien falloir arriver à gerber quelque chose putain – cette nausée par exemple, ce gaz de tripes
      mourir ne consisterait-il pas à recracher la mort justement, l’extraire enfin de soi, ou alors s’en extraire
      plutôt mourir que mourir, vitre sale
      ou plutôt sale que vitre, mourir mourir

    ma mort mon ch'val
    12 février 2020

  • le moins du monde

      j’ai pris ma part de bonheur et je l’ai distribuée aux pigeons
      il paraît qu’il est interdit de nourrir les pigeons, lesquels ont le bon sens de ne servir à rien, et de n’être pour rien
      mais qu’on peut sans encombre fracasser la tête des gens, du moins des plus pauvres d’entre eux – ce qui au fond dénote une certaine cohérence
      j’ai pris ma part de malheur et avec un entêtement mauvais je l’ai gardée pour moi tout seul
      et ruminée méchamment

      un loup a pris ma place, j’ai pu enfin respirer à pleins poumons, à poumons vides, puis pleins encore bref tu connais l’histoire
      si finalement je consens à m’endormir ce n’est pas pour me réveiller à l’endroit-même où je me suis endormi – cela ne présenterait aucun intérêt n’est-ce pas
      n’est-ce pas
      n’est-ce pas qu’un homme passe toujours à côté d’un homme, de lui-même ou d’un autre qu’importe en définitive
      peu importe en définitive

      le vent a tourné, reste néanmoins mauvais
      c’est une habitude et elle ne changera pas. non, de vulgaires pigeons n’y changeront rien
      une mouette, une sale mouette n’y pourrait rien
      elle profite d’un courant ascendant quand elle veut prendre de l’altitude
      puis elle plonge pour le fun, ou pour choper un poisson, crever une poubelle
      emmerder un passant

      l’irrémédiable, sous couvert de l’inexorable, percé ci et là de l’idée déflagrante de dieu, l’impérieuse nécessité d’amour quand ça se fait vraiment trop froid
      et qu’on craque puisqu’il faut bien que ça craque, à force
      à force de quoi je ne sais pas – d’attendre peut-être, ou de voir le temps d’attente
      dangereusement rétrécir
      aussi bête que ça

      j’ai posé mes mains sur le nu de ton dos et je n’ai plus bougé
      cette fois non parce que je n’ai pas osé, mais parce que je n’avais nulle part où aller, nulle part où déposer les mains comme on dépose plainte
      il fallait s’ancrer, fixer durablement le regard, cesser de se détourner
      jusqu’à dissolution finale, prochainement sur mon écran. flop.

    10 février 2020

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