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assis là sur un banc


  • un champ de mines à chaque semelle

      à force de tourner le vent finit par tomber, et c’est au centre de ça que je vis
      si tant est que je vives
      avec un trou au bord, et dans l’accord
      – un trou de soi

      surligne l’indifférence, ton indifférence indifférente à
      ton propre sort
      par ailleurs ni tien ni propre.
      l’hospitalité n’a pas de lieu
      rejoint-elle l’échappée

      à mâchonner machinale-
      ment son cordon
      ombilical, ça cale.
      tomber d’absence, raide d’absence, tomber d’aisance, j’y crois pas un
      instant – d’inanition c’est mieux

      la bouche pleine
      de gadoue ça racole mou.
      c’est bon je dors, tu peux y aller maintenant, t’en aller pour de vrai
      ou bien abuser
      sexuellement transmissible pas trop humain au premier abord, pas trop raccord, pas franchement
      d’accord

      mourir en fusion ardente
      ou geler, de long en large
      en rond d’poisson.
      la bague vide, la bague sans le doigt
      quelque part il reste un peu de place
      où étendre son ombre

      piteux état des lieux, mourir précaire.
      dans le noir échouer à retrouver ses deux mains, l’une à tâtons de l’autre
      il faux-semblant, il faux-semblant de rien
      – c’est ça

    un champ de mines à chaque semelle
    20 mars 2020

  • sauf quand il pleut nécromancien

      je me suis blessé en voulant ouvrir une huître
      rien de bien grave, je ne me suis pas entaillé la veine, qui du pouce jusqu’au cou
      j’ai enculé la porte aussi, restée raide
      j’aurais pu la traverser pour me mettre à l’air libre sur l’autre versant
      mais j’ai cédé avant, rompu

      un autre sceau
      sceau d’eau courante
      cette fois c’est pour les pieds, ceux du renoncement
      peu de valise en ce temps-là, la vilenie de posséder faisant défaut
      nu face à la sirène hurlante, que veux-tu que je fasse ?

      le poids de l’autre rive
      des barrières plus (+) un cri
      peut-être quelques épluchures de cacahuètes encore, sur les cuisses mais qui donc s’accroche, encore,
      aux cuisses ?
      je patine. quelqu’un patine. quelqu’un dit je patine

      ne reste plus qu’à
      dégringoler, se briser le pouls
      le retour verrouillé
      la rue béante
      ravalé par mon ombre, qui se lèche la chatte, se nourrit
      de sa propre nausée
      : il neige à singapour…

      dernier réveil, la paquet vide
      tiens, je traîne encore sur cette terre, les astragales
      trempant dans une bassine vide
      peut-être qu’il ne pleut pas
      peut-être que rien
      sans doute
      sans doute rien
      il ne pleut pas

    18 mars 2020

  • tu vaux ce que vaut ton amour

      nos actes de bravoure, nos pièges à déboîter le temps
      et je te rejoins là, épuisée, ratatinée en bout de lit, le nombril arraché
      la chute insonorisée

      un sceau
      un sceau d’eau commun
      et une rouille, qui affecte la moelle
      le talon droit qui se cale devant l’orteil gauche et le pied s’aplatit, puis le talon gauche qui repasse devant et se cale à son tour… on ne voit pas la mer monter
      ni le sceau déborder

      il y a des milieux desquels on ne peut déborder, en forme d’entonnoir
      je niche en mon absence
      si tu regardes bien mes mains tu finis par t’apercevoir qu’elles ne sont pas réelles – un peu de vent froissé
      le désir qui s’oxyde

      chacun son bout, de laisse
      son arpent de terrain vague
      mais j’y pense
      et quand je refais le chemin inverse, personne en bout de course
      un vide sidérant
      une chaise éventrée

      grimpe un barreau, puis une autre barreau
      je discerne le sommet de l’échelle quelques barreaux plus haut, dont on ne saurait redescendre
      ni s’élever plus haut
      plus haut il n’y a rien, qu’une houle mauvaise, espace désaffecté
      plus bas c’est encore moi, décidément peu doué
      pour les échelles
      pareil pour les marelles
      ou les échecs avec leurs histoires de fous

    tu vaux ce que vaut ton amour
    16 mars 2020

  • pleut trois misères et un sceau d’eau

      je suis resté là-bas, au mitard du départ. je parle à mon naufrage
      je caresse la ronce à revers, j’enfonce
      un doigt dans l’marécage…

      du vent, il y a du vent
      en haut-lieu mais ici, à ras de terre, au sol-défèque, où les miroirs s’engouffrent
      pas un souffle non, pas une once de brise. la bête s’enivre

      le mur en paille, la mort en braille – on va pas faire long feu, non je crois pas, ferraille ferrailleur
      un peu d’eau au goulot, si peu
      d’eau au goulot

      on se guette de travers, et toi tu trou
      si on creuse d’ailleurs, au fond duquel rien ne jappe
      . nous avons fini de nous regarder

      genre un ciel petit chagrin, qu’on sirote avec une paille en fer
      je descends quand tu montes, quand tu descends je remonte – c’est comme ça qu’on finit tout trempé
      raccommodé au fil de l’absence…

      je m’arrache un soupir, c’est un soupir de moite. un soupir du fond des choses
      du fond d’la trappe
      si j’abandonne disons que tout n’est pas perdu, avec un peu d’retard

    14 mars 2020

  • carénage de printemps

       de vie, de vagabonde, et toujours la terre flasque
      je recule de face c’est encore ma vision de
      l’insoutenabilité des formes

      crever me ferme à clef. j’arrive à la mi-nue
      finalement non, je ne me relève pas: je flotte à bout portant
      c’est quoi ton préféré ?

      par le temps qui somnole et me somnole en vogue
      un jour de grâce, de mauvaise grâce
      un jour de dos

      moins que tout c’est pas bon. plus que rien ça va pas
      on tire un peu, on trouve le temps de tirer un peu
      et ce qu’on tire ne choit pas

      une flaque d’absence. j’y trempe les fesses
      une chape de vide aussi, j’y repeins mon nombril
      je sais pas comment je m’y prends mais mon nombril je pisse dedans

      j’ai peur d’être
      reconnu un jour. qu’on me pointe du doigt et qu’on me dise toi, là
      et crache ta bile
      il n’y a pas d’amour impur. seulement coupable

      bondis d’un coup, bondis
      d’un bond qui n’améliorera pas ta condition, d’un bond disjoint
      où tu te dis parce qu’il ne reste plus qu’à te dire: cache la misère, sème la terreur
      on verra ça demain

    carénage de printemps
    12 mars 2020

  • vision des jours très purs

      les jambes cassées le trou blessé – tu vois, je marche comme je peux
      ni d’ombre ni d’équerre

      une balle dans le brouillard, tu remontes ta chaussette
      il ne suffit pas de se toucher du bout de la langue pour qu’on se dise amis – c’est plus
      compliqué que ça

      plus rien ni dans la façon
      dont tu jouis en retirant le pouce, c’est un excès de paresse une pure
      mystification on en reparlera

      je parle à mon trottoir. rien ne me dit
      de me rasseoir ou d’aller me faire voir – y’a juste une idée, comme ça,
      un air de rétrograde

      on ferme la douleur
      pas besoin de serrer les dents on ferme la douleur c’est tout
      on arbore une
      tête morte, bah v’là la tête morte

      tu t’y prends comment à
      foudroyer l’espace, comme ça de haut en bas en écartant les cuisses, en
      fumant du gobelet ça chauffe

       j’arrête les j’tons, en fait j’arrête tout
      quand je me relève je ne suis plus qu’une ombre molle
      esquivée sur ton dos

    10 mars 2020

  • crucifixion du poisson

      à toujours hésiter entre ceux qui vont au paradis
      et ceux pas, leur tombe suant
      la naphtaline. on se serait cru sur terre, au ciel
      bref en un paysage…

      marche depuis longtemps, sans leur accord, le profil bas
      dormir debout creuse l’écart, douce demeure
      vraiment douce, si seulement demeure

      l’espoir ça me prend tout à coup, quand précisément il ne m’en reste pas
      le temps passe au-dessus, le temps passe au-dessous – on se sent un peu à l’étroit parfois
      dans l’immensité rance

      la vérité n’ajoute rien – s’en contenter
      n’aurait pas l’air vrai. alors tu vois
      alors tu sens
      alors te rends-tu compte que vivre ne saurait signifier davantage
      que faillir vivre…

      il y a plus haut dans la misère. je ponds du vide je
      laisse un cheveu tomber dans l’assiette chauve, j’espère
      … pas grand chose en fait. d’un secret qui s’évente

    crucifixion du poisson
    8 mars 2020

  • tu devrais tout de même m’éteindre

      aimer ne me regarde pas. je ne peux m’effacer moi-même, je n’en suis pas capable. incapable de disparaître une fois pour toutes. pour toutes les fois.
      mon meurtrier n’est pas celui qui m’assassine, mais celui qui au contraire me laisse là, m’abandonne à mon sort. me livre à mon néant vivant.

      ce fil ténu qui me relie à moi-même, et que je serre entre les dents. ou qui me glisse des mains, baudruche clandestine.
      je m’arrache les cheveux or je n’ai pas de cheveux. je me perce le cœur or je n’ai pas de cœur. je me jette dans le vide or je n’ai pas de poids, noir de suie.

      quelqu’un m’habille tout nu. quelqu’un, ne me regarde pas. et ne me regarde pas parce qu’il ne me reconnait pas, dans ce sens-là. dans ce sens-là j’insiste.
      d’autre part quelqu’un n’est personne. absolument personne. quand je frappe à sa porte personne ne répond. et si jamais quelqu’un m’ouvre, il ne trouve personne sur son pallier.

      inaccessible délivrance, le large irréversible. peut-être qu’un homme le veut. peut-être qu’un homme se tue pour ressusciter l’homme en lui, l’arracher au néant. qu’il y attache de l’importance, ou pas.
      je sais que je ne compte pas. que je marche dans le fond du placard. mes pas dans le placard. mes pas sans but.

      ne reste qu’à s’échapper. pas d’autre pensée, pas d’autre intention que celle de s’échapper. qu’importe à quoi. qu’importe à soi. on n’y retourne pas.
      si vulnérable. vulnérable en tout point. vulnérable de tout l’être. il ferme les yeux jusqu’à ne plus se réveiller. il pense que ça ne suffira pas. qu’on ne s’échappe pas.

    6 mars 2020

  • veiller tout au fond

      j’ai gardé le poison pour la fin. je veux dire le meilleur. pour la toute fin
      la délivrance, le « salut », l’illimité. un tel espoir, d’éternité radieuse, néant sans équivoque
      je rame oui mais dans l’air pur

      parler me compromet. user de langage, ce bien commun par excellence. ce fluide. me compromet
      je suis fait dans la matière de l’absence, du refus
      toutes ces parcellaires et prétentieuses affirmations, cailloux dans la grolle du grand acquiescement. de la grande ourse

      l’amarre rompue, le cordon ombilical. les bras ne compensent pas, ni les jambes. le pardon par définition impossible
      impardonnable et concentré de colère donc. le bâton rugueux le bâton borgne. le bâton ivre-mort
      aimer comme on dépèce une âme

      je ne répandrai plus d’encens. j’ai horreur de l’encens. je n’ai rien contre le froid. rien ne me protège du froid
      à gauche c’est déjà ma gauche qui part en couille et se prend le fossé. à droite tu te tiens la encore, mais pas si lourde ni se fermement fixée au sol
      que tu ne puisses te déplacer, t’éloigner

      je meurs par vocation. je meurs car prédisposé à la mort. avant tout à la mort. comme à mon but ultime, mon intention innée
      un parapluie c’est peu contre la pluie. surtout si le vent souffle. et le vent souffle en permanence. même quand il ne souffle pas
      je m’embrouille avec le parapluie…

    veiller tout au fond
    4 mars 2020

  • ainsi que de ne rien faire, l’être

      tout à l’heure fera l’affaire. en attendant la mort m’écarte. est-ce ainsi que j’envisage la fidélité à moi-même ? la mort m’écarte je n’ai pas su m’y opposer, me refermer

      tu m’as laissé tes yeux, sachant que je ne détournerai pas le regard le premier. sachant que le dernier n’éprouvera pas le besoin de refermer la porte derrière lui, et quittera les lieux sans éteindre la lumière

      virevolte. plus que le geste compte la beauté du geste, dont le geste ne constitue après tout que le prétexte – presque l’excuse, si la beauté devait jamais s’excuser. tout le mal que je me fais…

      faut-il donc un permis de vivre, ou vivre en clandestin suffira aux jours de grand froid ? j’abdique face à la douleur. je me tourne vers la mort et si la mort me parle c’est qu’enfin je m’écoute, l’oreille fendue

      j’embrasse un nénuphar. je crois même que j’éjacule dessus, ou qu’on m’y crucifie, s’il y a une différence entre les deux. on doit certainement trouver une différence, en creusant bien. on trouve toujours quelque chose à creuser, en creusant bien

      je ne meurs plus de honte, je n’ai plus la place pour ça. la honte se suffit à elle-même, c’est à dire que l’insuffisance notoire ou la mort ne prend pas. elle respire. et par ailleurs n’y être pour rien c’est y être déjà. ou y rester encore. perdurer

    1 mars 2020

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