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assis là sur un banc


  • seule ressource mendicité

      beaucoup moins d’action du coup, on ouvre des hors-champs
      je ne prétends pas à grand chose, un peu de conscience seulement, surmontant surplombant
      sous-tendant le néant
      il restera peut-être de la place aussi
      pour les auto-tamponneuses ou les
      fausses déclarations

      on ne se plaint pas on meurt, sans réelle conviction d’ailleurs, on est sans profession
      on craque à vue comme ça, on se ballade nu
      personne pourtant ne voit que l’on va nu, piétinant des bris de verre et se regardant dans des miroirs de poche afin de se convaincre
      qu’i y a kekchose à voir

      je croyais être un homme or un homme
      n’a pas de race
      et je n’ai pas de race non plus
      rien qu’un oreiller
      pour moi pour toi, pour trois et mille, qu’un oreiller pour rien, je croyais être un homme or un homme
      dort debout

      le truc n’est pas de mourir, c’est si mourir revient à la terre
      ou au ciel, et qui règle l’addition
      je conçois le monde comme un immense manque de pitié, que l’éternité ne parvient pas à compenser, ni mes quelques pièces jaunes dans la poche
      mon linge indiciblement sale
      mourir-seul ouvre une brèche dans le néant, le néant ouvre une brèche dans le néant, mieux vaut crever que rien

    seule ressource mendicité
    8 avril 2020

  • en attendant la fin du monde

      dehors la nuit te fait pas peur, pourquoi, pas peur dehors, t’es qu’un homme mort
      tu ressembles à une ortie géante, la mort en complet-veston avec un nez de clown non,
      à une ortie géante

      quelqu’un me pleure
      j’entends quelqu’un me pleure, et de si loin j’entends pourtant quelqu’un
      me pleure
      le signe de croix chez les orthodoxes c’est par la gauche non par la droite là j’ai un doute la main
      finit à  plat sur la poitrine

      direct j’abandonne, je suis celui que
      toujours je fus quoi qu’il en soit, et tombant mal si c’est cela qu’il soit, et quoi que cela fut, tant que cela fut soi, de ce soi que je fus
      alléluia amen impur

      ta vie non mais ta vie mais quelle misère
      le tout-haut le tout-beau bon ça c’est fait
      il n’y a plus d’éternité, peut-être plus de drame du coup – plus d’homme plus de femme, ce risque inapproprié
      peut-être plus de drame du coup
      on ne se tue que pour sauver son âme

      ta mère la race
      et des traces de griffures sur la joue
      quand on fait rien on fait rien, c’est la pause clope
      je compte sur mes doigts les femmes dont j’ai léché la pomme et je crache, je recrache
      les pépins avec la langue, allez je rentre chez moi putain, je rentre
      chez moi, où tout m’est devenu si
      familièrement étranger

    6 avril 2020

  • DÉ SO BÉ IR

      eh camarade (je dis camarade parce que nous jouons dans la
      même cour de récré après tout), eh camarade dis-je, n’en as-tu pas marre de ne
      servir à rien, quoi que tu fasses ?

      très peu de vent, le ciel du bon côté je pense – nous n’avons que nous-mêmes pour nous distinguer du néant, la bise en trop la bise en moins
      l’esprit est de dieu certes, et les mots sont des hommes, mais d’où vient alors
      la révolte ?

      paraît que je n’suis rien
      est-ce apparence seulement, ou ne suis-je rien du fait de l’apparence, par transparence ?
      le noyau dur en moi d’une inadaptabilité qui me dépasse, me précède
      me décale, anticorrosive

      tu ne possédais rien, tu ne maîtrisais rien – tu faisais spontanément confiance c’est tout
      c’est tout c’est simple
      ainsi qu’on vit, passe et trépasse
      et puis ta race t’a éclaté la chatte, maudite race
      maudite chatte

      j’ai mordu le bâton, irai-je désormais
      regretter la sucette ?
      si personne ne peut m’empêcher ni m’interdire de mourir, personne donc ne me possède
      du moins je crois

      on a tous un compte en banque, fut-il vide
      un sauf-conduit, pour sillonner le grand nulle part
      un contrat pour nos obsèques, qu’on l’ait déjà signé ou pas
      le bouleversant souvenir d’une odeur, comme si l’angoisse ordinaire ne suffisait pas
      et non, elle ne suffit pas

      ton chien ta mère
      ton chien ta mère
      au bout du compte le suicide mode de vie,, la vie méthode de suicide, seule possibilité de survie spirituelle j’allais dire mais bon
      le deuil en rut…

    DÉ SO BÉ IR
    5 avril 2020

  • le socle juridique

      des bouts d’chandelle, mais alors de toute petite
      chandelle, des mon-ami-pierrots
      je te suce la langue et en échange que me
      tu ne me tu
      suce rien, la langue rêche

      j’arrive pas, j’arrive pas au milieu
      dérivant chavirant, charivarissant
      marcher sur des ballons flottants, de fébriles cerf-volants
      jouir mais quand, de quoi, pourquoi ?
      abdiquer mais en quel nom, sous quel
      pseudonyme, abdiquer mais à quoi ?

      boule-à-zéro, t’as-pas-cent-balles
      que l’homme est vieux
      que l’homme est maigre
      un pansement sur la glande
      j’ai peur de vous mettez-vous donc
      nue à ma place, j’ai peur de vous, de respirer
      un pansement ça s’arrache

      je fais le lit
      chaque matin
      je fais le lit chaque matin
      défait, je fais le lit, la nuit défaite je fais le lit, j’ai toujours honte
      – est-ce normal d’avoir ainsi
      toujours honte ?

      j’admire les gens qui ne 
      se suicident pas finalement, parce qu’il se sont ratés, ou n’ont
      pas osé tenter, j’admire les gens qui
      préfèrent prendre leurs vacances en hiver, marcher le long lugubre
      de saint-aubin sur mer

      une tombe creusée
      en plein nulle part et à mains nues, des appels de phares
      pour prévenir des flics
      je n’imagine rien de plus fabuleux que
      le sexe de cassandre
      (honni soit qui le força)

    3 avril 2020

  • mort que vif

      t’arrête ta gueule, carnage ambiant
      avale ton chant
      je prends un ticket, un ticket c’est pas grand chose
      un ticket ça coûte rien
      grand est le rien, le rien est grand, et c’est à rien
      que l’on se reconnaît

      la pluie souveraine déficiente
      mon garde-chiourme
      ma barque qui prend l’eau
      j’éjacule une neige, une neige d’ébène, un cheveu de blanche-neige
      ramasser les bris de
      miroir transi

      il n’y a pas de
      lieu sacré il n’y a pas
      de cœur sacré, de pensée effective il n’y a pas
      de poils sur un pubis
      rasé il n’y a pas
      il ne repousse pas il ne
      ressuscite pas, celui qui
      ne meurt plus

      tu me gaves, je me gave
      la mort jouxte, le sperme a l’amertume, j’ai pas de plan
      tiré sur la comète, les gamètes en charpie – qu’une gommette afin
      d’effacer tout cela tu te rends compte: afin
      d’effacer tout cela…

      tu pleures pur rien et c’est sur ça
      que tu pleures, puisqu’il te faut pleurer
      on s’abrite sous un
      abri-bus quoi d’autre, dans une
      cabine téléphonique non il n’y a plus de
      cabines téléphoniques, les anges en iroquoise
      porteront trempés
      le virus de vivre

      les âmes errantes, les
      marges fluctuantes
      mon ami enterre son chien, j’enterre mon ami, des femmes
      n’ont plus de règles régulières, ça m’émeut
      ça m’émeut de
      n’aimer pour rien

    mort que vif
    1 avril 2020

  • ma grosse

      minimal lyrique, fleur au canard
      on est mal
      de toute la vie on est mal
      et la vie commence tôt, dès l’instant-même, l’absence-vulve
      le chemin du pardon est
      troué de mémoire

      moitié flottant, moitié fumant
      entre œil rassis et trou de balle éructant
      le crâne ras, le raz de mariée
      mutilé pour l’exemple et puis
      féminisant l’issue

      poèmes-bouées, balises en rade
      mon chat récemment
      s’est mis à aboyer
      j’ai pas de robe pour la fête, d’ailleurs j’ai pas de fête
      – juste besoin de rien, aimant

      il ne pleut pas ces derniers temps, ça arrive parfois
      c’est plutôt décevant
      revenons aux certitudes, je meurs
      donc je suis, d’une certaine manière
      je cherche les horaires et jours d’ouverture de la poste de moulins
      pour me réapprovisionner en timbres

      tu le sais bien un homme
      ne fait pas la moitié d’un homme
      le reste, la joue rongée, l’orgasme creux
      lucy larguée quelque part dans le ciel, les seins tout dégonflés
      quinté gagnant
      chômage universel

    30 mars 2020

  • seine maritime et puis quoi

      j’ai
      la tombe débonnaire
      la marelle de travers
      les fées à la buvette, sexe gracile, la mèche en vrille
      bang, t’es mort !

      caresse ton mort, reverdis en hiver
      un scarabée remue dans
      le fond de mon slip
      lucy – je l’appelle lucy
      son poing traverse la vitre

      chien méchant coulé du cul
      aboie au vide
      le vide est grand, grand est le vide
      et plutôt vide sera le mieux
      coulé à vif

      je ne suis jamais allé au havre
      c’est pourtant pas loin, le havre
      à un jet de caillou tout au plus
      je crois que ça me ressemble, le havre
      entre le large, l’égout de vivre
      à un jet de caillou

      un jour j’irai au havre, en docker de l’ennui, la bruine eucharistique
      en naufragé du genre
      un jour j’irai au havre, ou ailleurs
      on est partout au havre quand on n’est nulle part chez soi
      nulle part ailleurs non plus

      ma vie s’appelle nulle part, mon briquet pisse au lit – il est temps
      de
      changer d’adresse
      changer de nom
      celui qu’on a gravé sur ma tombe ne me
      convient pas

    seine maritime et puis quoi
    28 mars 2020

  • pas touché par la grâce

      mâchonner des ronces
      retourner au jardin quand rien ne pousse
      que mousse

      j’abrite quelqu’un
      qui dit je sans vraiment le penser
      quelqu’un m’abrite
      j’ignore de quoi – du vent peut-être
      d’une pensée pour rien

      malgré ça
      ou malgré soi
      malgré la corde qui se rompt, la voix
      qui ne déborde pas
      reste coincée
      entre le gosier et les mots défendus

      vivre aux dépens de
      du temps qui fuit
      des travailleurs et des
      travailleuses
      qui travaillent
      du temps qui fuit
      donne le là à la fuite

      on n’accouche pas debout
      moi par exemple, du genre humain
      si mal enclin
      j’accouche à reculons, à rebours ou assis
      sournoisement assis

      peu d’ours, quelques feux rouges
      il ne faut pas plus d’une goutte pour faire
      déborder le vase
      ne reste de moi qu’un sexe nu
      le vent s’y frotte

    26 mars 2020

  • un rien me corrompt, je m’touche la guerre

      faut que j’bouge: j’en ai marre
      d’attendre le miracle, le miracle m’use, et quand il survient je n’y crois déjà plus – pathétique miracle…
      il fait froid quelque part
      ailleurs on assassine

      tu me parlais tout bas, mais si bas
      que je n’entendis pas, du coup me sentant renvoyé à mon propre silence, épais, récitatif
      le sexe ébréché, la langue rêche et puis tout ravaler, la langue avec le sang
      l’air moite avec les dents

      l’oreille dans l’tas putain, l’oreille dans l’tas
      j’ai des bouches qui me mordent, mais pas tant de chair que ça finalement
      réciter les sutras ne m’aura pas fait débander, question de cadence apparemment
      lundi matin. tout m’est permis

      je parle pas dans ton micro, je parle dans le ventre du cheval, je prends
      le vent du nord en pleine face, me voilà tout ébouriffé, j’abandonne: j’ai déjà
      abandonné tout le monde en fait, jusqu’à dieu – parce que je ne désire au fond
      que d’être abandonné
      . je suis la bête

    un rien me corrompt, je m'touche la guerre
    24 mars 2020

  • oh, grabuge!

      je n’ai
      que les mots pour ne rien dire, il est bancal, le trou
      que l’eau pour avoir soif, j’y puise un anneau
      forcément vide

      d’abord j’annonce la couleur: grise, de couleur bleue
      la régressivité pôle nord la régressivité, pôle mort
      ces chats qui se posent sur l’épaule, toujours la même épaule

      sans gêne côte à côte: touche-pipi serre-pipi and co
      le banc a faim, c’est la banc et il a faim – les pigeons
      me balancent des miettes
      seulement des miettes
      toutes ces
      petites miettes

      maître d’un second souffle, et quand on retombe on retombe sur rien: le sol s’est défaussé, où s’écraser de fait
      la mort même ne sera pas de fait, d’où l’ultime rebond – si extensible l’
      idée de n’être rien le néant pur
      et pur

      je sais désormais qui je suis, quelle veine m’irrigue, quelle
      souche me taraude – j’ai peine pierre sommeil et je roule avec ça toutes voiles dehors
      voiles blanches éperdument, tachées crottées néanmoins blanches

    22 mars 2020

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