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assis là sur un banc


  • ci-gît partout

      si je t’appelle par ton nom c’est que tu n’as pas de nom
      si j’introduis un doigt dans ta souche c’est que tu n’as pas de souche
      alors qui meurt mate, dolorosa l’éveil fragile

      la main moite – finalement à quoi bon une main, fossile d’amoureuse
      cinq doigts, une paume, un moignon de fortune
      le gland en sang, métaphore existentielle
      existe t-il un ciel : non
      existe un ciel évidemment, y allant n’y allant pas
      de main morte

      je t’ai caressé le ventre, allons bon
      il n’y a pas d’être en moi, qu’un œil écarquillé
      et que suis-je sensé faire, ressentir, en déduire ?
      je remonte ma braguette – c’est un truc qu’on fait comme ça, machinalement
      l’air pas tant satisfait que ça

      rendors-toi
      ou si tu ne peux pas, raccroche-toi alors
      aux barreaux de ton lit, ton lit contre le mur, c’est un lit réaumur
      je ne me rendors pas – de minuscules fusils
      me fusillent à bout portant mais non à conséquence, postillons sur moi nu
      moi nu le saisis-tu ?

      quelqu’un me regarde , à blanc
      quelqu’un comme on rêve d’un autre que soi, d’une nouvelle mouture
      je m’allonge où mes traces s’effacent, je ne demande rien
      ou bien le large – rien qu’une odeur de large…

      le reste c’est le temps, ça ne représente rien
      si tu m’appelles par mon nom d’où pourrai-je te répondre, et te répondre quoi ?
      je m’abaisse jusqu’en bas ce n’est pas encore assez bas je crains
      je réside en l’entre-deux, navigue entre les doigts
      j’ai froid la nuit, alors je souffle dessus

    24 avril 2020

  • il faut deux joues à l’abîme

      ne me contredis pas (je suffis à cela), reste auprès de moi
      auprès de moi comme au bord d’un précipice
      effarée cependant protectrice
      entortillant machinalement les poils du pubis
      à ton doigt d’ongle court

      il me faut moins d’un jour pour succomber, quelques instants même
      tête hors l’eau, tête sous l’eau, à ras de fêlure
      j’ai l’animal fatigué, l’animal nocturne, je lui donne à rogner
      il flaire, il rechigne
      puis il se lasse…

      il faudra bientôt baisser les yeux, qu’il n’y ait plus de place en moi
      que pour l’Autre total, l’Hôte de lumière
      en attendant je jette du pain aux canards
      aux poissons quand les canards se révèlent poissons
      aux morts quand les morts se révèlent vivants

      recouvre-moi de ténèbre, de la ténèbre que tu sais
      dépose là un petit banc, un simple tabouret, que je m’assoie
      me repose un moment
      vois-tu je n’ai rien pour m’exploser la tête, je ne dispose
      que de l’attente
      alors j’attends

      tu me prends dans tes bras, dans l’ambiance un long cortège facile, une
      éjaculation précoce
      je me marie cette nuit
      j’appelle au secours mais c’est une bouée tranquille, une clé d’étranglement
      un mort par contumace

    il faut deux joues à l'abîme
    23 avril 2020

  • ΚΤΕΛ ΧΑΛΚΙΔΙΚΗΣ

      un homme c’est creux
      d’un creux de haut au moins
      je veille à ce que cela ne
      se reproduise pas, sachant bien qu’au moindre signe de faiblesse, au moindre affaissement
      de paupière, tout sera à recommencer, encore et derechef
      mort n’est qu’une hypothèse

      mon chien durant, ma vie tout autrement
      tu me serres dans tes bras, tu as les bras assez larges pour ça
      avec des doigts qui dépassent au bout
      pour me retenir, au cas où me prendrait l’envie soudaine encore
      de m’échapper, de m’échapper mais de quoi ?
      s’échappe t-on ?

      j’arrive quelque part, c’est un rite
      toujours quelque part, tel un tremplin vers autre part
      quelqu’un
      ne me recueille pas, un trou dans le tremplin
      n’être que soi cerne une chute, c’est comme ça
      qu’on attrape froid

      je marche sur trois pieds, bancal
      peu de morts parmi nous, le reste à l’avenant
      un peu
      on sue aussi, un peu
      d’une sueur froide, d’un givre âcre. il n’y a pas
      de façon propre
      de partir

      silhouette arrachée par le dessus, il s’en fiche
      il s’en fiche, il va comme il va, sans caractère
      nerf sur la guerre
      fais donc le geste qui m’apaise, hors prosodie
      tirer le large à soi, ça se dit, ça s’imagine même
      ou sinon ça m’annule

    21 avril 2020

  • zéro réseau

      il en faut peu
      il en faut peu pour faire si peu, grandeur nature
      je sais que je marche de travers – comment l’ignorerais-je ?
      je sais que quand plus de pitié, plus grande est la pitié
      nous en sommes là

      je ne pense pas. je ne tiens même pas
      à garder l’équilibre
      le cap, le nord
      ou quoi que l’on garde dans ces situations-là, particulièrement compliquées à première vue
      mais simples au fond, puisque dépourvues d’horizon

      j’attache une chèvre
      à mon piquet
      ou le contraire, si seulement j’avais une chèvre
      ou un piquet
      – que faire sinon de cette corde, la corde, toujours
      la même corde, dangereuse, lascive
      et prête à tout

      c’est avec haine que je cours
      et non les lèvres ramollies sur les pieds de jésus et d’ailleurs mort, mort vaut toujours mieux
      que rien
      et rien que soi, ou que l’idée de rien
      il neige à béthléem aussi

      une ombre ça s’efface
      d’un simple trait de lumière
      mais on n’est pas obligé
      d’en arriver là
      ni la chance non plus d’agonir entre deux seins
      l’un se dissimulant dans la pénombre prénatale, l’autre, téton têtu
      chamboulant nos arrières

    19 avril 2020

  • mes lilas sont en cendres

      la dernière fois que je suis mort, je me suis ravisé
      c’était au carrefour d’une rue qui montait, et d’une qui descendait
      par pure coïncidence j’imagine, ou comme par hasard
      j’aurais pu me trouver n’importe où – d’ailleurs je me trouvais n’importe où
      sauf chez soi

      je suis l’homme certes mais l’homme de pas un cri
      d’un soupçon de travers, comme on porte un œil de travers, un binocle de bigleux
      et j’aime encore, et j’aime malgré tout
      et malgré tout ça commence à faire beaucoup

      ce n’est plus une question d’homme ou de femme, les uns se font tabasser
      les autres aussi
      on parle avec les mains, on parle avec les pieds, seul face au miroir
      un miroir vous veut du bien

      dieu n’est pas un homme mort, il a mûri depuis
      il s’est maté des séries en boucle
      il a senti l’odeur du sexe livré à soi-même
      il s’est battu sur les chantiers
      je voudrais mettre ma vie en pause, et mettre en pause celle de tous les résidents de mon quartier c’est mon quartier, mon quartier
      est en vie

      les pleurs qu’on pleure, ils comptent pour du beurre
      le problème c’est pas de mourir, le problème c’est le sens
      des cheveux blancs des cheveux noirs, des cheveux châtains aussi, d’une mer d’huile
      alors qu’il n’y a plus de feu

      j’ai que mon amour contre rien, ça me suffit
      et même si ça ne sert à rien, servir ne sert à rien
      j’ai mon amour contre rien, tant pis si ça
      ne suffit pas

    mes lilas sont en cendres
    18 avril 2020

  • après quoi les animaux

      le vent s’imprime, mais non, le vent justement, est qu’il ne s’imprime pas
      et je défends mon nom
      et je défends ma race
      moi qui suis sans nom, sans race
      et qui assure une circulation fluide entre par exemple le vide
      et ce que fut l’amour

      un chien c’est égal, un chien c’est mort-né mais moi
      mais toi petite souillon, la radio dans l’oreille
      il faudra rendre des comptes s’il reste qui que ce soit auquel rendre des comptes
      place de grève déserte
      un monde sans bruit

      ta mère oh la raciole, le rhésus posinégatif
      j’aime une denrée, une denrée c’est rare, aujourd’hui nous sommes armés
      nous sommes
      armés
      un monde sans mères

      nos ancêtres ont la vie dure, la verge récalcitrante – des hommes persistent malgré tout
      à désirer des femmes, sévices versa
      des murs invisibles à l’œil nu, des barrières virtuelles, ne tenant que par des bouts de larmes, des palettes de chantier
      de solides nerfs de bœufs
      je crache dans la bouche de ton âme et ton âme
      reste coi

      un siècle plus tard je fus un homme, je fus une femme, je fus
      l’enfant de l’enfant de mon enfant
      l’animal régnant
      la lumière régnant
      le silence régnant
      bref rien dans les poches, que des doigts au compte-goutte

      les chiens se sont répandus, les chevaux
      me regardent froidement dans les yeux, je suis descendu à la mauvaise station, toutes les stations
      déclarées désormais mauvaises, j’ai attendu quoi, j’ai attendu qu’ça passe
      que tout passe
      et l’attente. après quoi les animaux

    16 avril 2020

  • duduk o mon duduk

      dieu est un homme heureux, il est mort sur la croix mais bon, ça c’est du passé, maintenant dieu est un homme heureux
      testé négatif
      en l’homme qui n’a pas lieu

      un homme n’est pas tout à fait mort, il se traîne
      chez sa voisine parturiente, en roi-mage lui apportant
      un paquet de nounours en guimauve et la bonne parole
      tout est à dieu, tout vient de dieu et tout 
      revient à dieu qui sait attendre, le cachet de la poste
      faisant foi

      qui ne sourit aura une tapette
      je parle à vide mais le vide ne répond pas, sauf à considérer le vide comme
      la seule et unique réponse
      à la question précise, quoique informulable et
      recyclable à l’infini

      les hommes meurent mais de quoi meurent les hommes, si ce n’est de la mort, les cierges
      les femmes ne meurent pas, elles doivent au préalable se transformer en hommes pour mourir
      les enfants eux ne meurent pas
      les bêtes si, la gueule ouverte

      ma terre est ronde ma terre est plate
      ma plate est ronde
      une fois n’est pas coutume, ce sont nos yeux qui débordent de nos larmes, or je ne pleure pas
      or je ne pleure pas écoute-moi bien, duduk o mon duduk

    doudouk o mon doudouk
    15 avril 2020

  • la vésicule de pergolesi

      très peu d’angoisse au demeurant – la réalité dès qu’elle s’impose ne se dément plus, et cela nous dégage d’une paralysante ambiguïté
      pas d’analyse, pas de synthèse, les commentaires eux-mêmes se révèlent superflus, anodins. le poème peut-être
      à fleur de peau et d’eczéma
      le poème fil à linge

      on n’est plus habitué à ça, aux petites choses qu’on découvre finalement reliées aux grandes, et qu’il existe une totalité qui justifie que l’on parle de réalité, non comme d’un argument de masse mais comme d’un état englobant l’ici et l’au-delà, l’universel non-événement
      accordé au fait brut

      il est normal du coup que le ciel vire au bleu, que l’air se fasse vif. tu lèves la main et tu touches au sommet. tu te baisses et te grattes le mollet. tout revient à l’ordre primordial, au chaos printanier quoique outre-temps
      la tête du mort dans le panier neuf

      personne ne sait si le chien continue d’aboyer une fois l’homme parti, ni si cela résonnerait comme un espoir futile ou comme un enterrement définitif
      je ne me reconnais en rien, ni même dans le fait de ne me reconnaître en rien – et cela m’ouvre le large, la friche herbeuse d’un hors-champ
      oublieux des limites

      où le temps est à perdre, fuite salutaire. ce n’est pas un vol de canards qui me fera rentrer chez moi
      j’inocule la peur dans les yeux des chevaux, ne t’inquiète pas pour moi ce n’est pas vraiment grave: je ferai
      le reste du trajet à pied

      à telle heure du jour ou de la nuit, rien ne se passe, rien n’advient, murmure quant au néant
      le beau néant
      ni rond ni droit
      ni dans l’détail, ni infini

    13 avril 2020

  • maintenant je siffle

      le paradoxe fait éclater les coquilles vides. il met en évidence le vide des évidences, pour manifester dans toute sa splendeur et dans toute son anxiogénéité l’évidence du vide – ce défaut d’assistance, générateur de conscience

      au moins comme ça on revient à l’essentiel
      ce qui rend le monde habitable, l’existence vivable
      met en lumière l’ancêtre
      et la voie lactée

      sonnent les vêpres
      l’heure où tous les mésanges sont gris, le masculin fut-il encore en état de
      lécher le cul du féminin
      j’ai fini mon assiette
      mon assiette vide

      qui creuse assez profond en extirpera le fond, mais pas l’abîme
      l’assiette vide
      une assiette n’est qu’un fond, bordé d’un bord
      pour en délimiter le fond

      mon dieu pleure sur mon épaule, je lui dis pleure, o mon dieu
      sur mon épaule
      elle est libre pour le moment, tu peux y aller
      t’y poser
      t’en fais pas

      les déchetteries ont fermé
      certains, des femmes principalement, continuent à se laver
      pas seulement le visage
      tandis que d’autres commencent à sentir
      qu’ils perdent leur visage, que leur visage
      s’étiole

    maintenant je siffle
    11 avril 2020

  • pick up sticks

      les hommes n’ont plus d’âme, plus de femme, ils voient sans regarder
      je ne suis pas un homme et c’est ce qui, bancal paradoxe, fait de moi un homme
      une femme
      mais quand même pas un enfant

      je ris regarde ma tronche, je ris, même si je ris pas franchement
      ma nuit: un accident métaphysique, un sale
      concours de circonstances, un complot
      de l’ordinaire mais quand je me frotte
      oh oui quand je me frotte
      et que rien ne se passe…

      je me suis frotté tout à l’heure contre
      le poteau électrique juste au coin de ma chambre et j’ai
      éjaculé des plumes, de la poudre de
      perlimpinpin je me touche la tête, la tête ne répond pas
      la tête ne répond plus

      vivre vide
      la mérule attaque le gland
      la pitié se dit toi, eh, as-tu pitié
      n’ouvres-tu les yeux que lorsque tombe la nuit, et que remontent les filles
      je ne m’aime pas, ou seulement par compensation, parce que je ne m’aime pas
      je dors avec un rat, quand il veut bien

      je me mets de côté, sur le côté, pick up sticks
      ta mère n’est pas ma mère, et la mienne non plus, les mères ou comme elles pèsent
      en amoureuse quête d’un bourreau, on essaie des ailes aux passants de fortune
      on est bien ridicule

      la beauté évidemment qu’on ne la mérite pas et cependant
      la laideur nous préserve d’une certaine forme de lâcheté, j’ai la crampe à la jambe, je traîne la patte
      je me dis allez, prends ma main
      puis je me lâche en plein large…

    9 avril 2020

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