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assis là sur un banc


  • le pas sur la distance

      se tirer soi-même au sort, comme on se tire d’affaire – j’aime bien
      faire comme ça avec mes doigts, des fois que l’on m’oublie
      toute une route s’écroule là, assoiffée d’un carrefour

      mettre un pont de côté, jeter la corde à l’eau, crier par ses cheveux
      tant d’options que déjà je renonce, paumes appuyées sur les seins, point d’interrogation
      fleurissant sous chaque faux pas, mais si mais non, fausse pudeur

      il en tombe sans poids. mon mégot dégénère
      quelqu’un de sobre me lèche un doigt. rappelle-moi de te dire
      à part ça faisant feu de toute croix, il te dit va par là
      mais par là n’y croît pas

      petit serpent de mer, on comprend mieux pourquoi
      tu racles le fond avec les dents – qui donc pendant ce temps-là te racle le dos avec ses dents à soi ?
      faut-il vraiment
      que cela se passe ainsi ? hein ? le faut-il vraiment ?
      décidément, ainsi soit-elle

      minuscule fulgure. j’achète un bout de champ
      ça ne suffira pas, soit, puisque rien ne suffit
      on s’en servira de tremplin, un tremplin ça navigue
      entre le ciel et la terre c’est à dire
      entre la cheville et l’aisselle, les jours fastes

    10 mai 2020

  • attise la pomme

      j’avais pas prévu ça. ni l’été perpétuel. faut dire que rien
      ne nous y préparait
      l’orgasme noir à la fenêtre, bien fermée la fenêtre, à première vue la fenêtre
      là où je passe tu roules un dé

      minute, pas plus
      où tout bascule, chavire, dégringole du côté pur, du côté
      de la chute en liberté, dégueule ma tombe
      je t’embrasse à minima, la ronce s’y mêlant, intrusive
      la langue d’une ronce, héloïse

      tu ignores où tu vas, poteau sur le fil
      un jour comme un autre moins un jour, et moins un autre encore
      tout finit par un vide, omniscient
      le cure-dent récurant

      je me raccroche à quelque vision délétère, deux aigus et un grave
      pas grave, j’irai trouver ailleurs ce que je
      n’aurait même pas fait semblant de chercher, lave-moi les mains
      lave-moi les mains avec du sable de rivière, de l’eau de pluie
      quelque chose de tari au fond de toi
      sinon, ta langue fera l’affaire

      je me dresse c’est comme un sport – à quel chaos se vouer ?
      tendre la joue, la mâchoire, la langue tuméfiée. ôter délicatement
      la pal
      je n’aime plus le vin. je m’assieds quelque part
      je n’aime plus les femmes en leur beauté – à quoi bon préciser ?

    attise la pomme
    8 mai 2020

  • lits pliants

      voilà c’est comme une connasse en slip et en selfie, une
      dent qui bouge, un cercle qui
      jamais ne se ferme, un poing en pleine trogne un poing ça casse ça
      n’ouvre toujours pas

      chien dans ma ville chien, la mort dans l’âme et plus profond ça
      n’existe pas, ça s’essuie la bouche
      sur la bouche, on n’a pas le droit de
      laisser les gens comme ça non on n’a pas le droit
      et pourtant on les laisse

      il y aura
      la pitié il y aura
      plus grand que moi il y aura le LSD, le LBD, la DDR les MST, puis ces extrêmes
      solitudes et si discrètes, irréversibles qu’on ne les voit pas qu’on ne leur sourit pas qu’on ne
      les décrète pas – abandonner tue, je m’abandonne, je crois qu’il ne suffit
      ni de vivre, ni de mourir

      un chien m’a pris ma loupe, du coup je n’y vois goutte
      je ne mange rien non plus, l’ombre de moi
      couvre si peu d’espace en fait l’ombre de moi
      ne me couvre même pas

      maudit soit de mourir assis, et maudits soient les absurdes danseurs
      les pommes sur le balcon qui viendra becqueter les pommes
      sur le balcon. un homme est rond
      qu’il ne se dresse ou ne succombe, un homme est rond. sphérique. encéphalique

      les orties ça pique, les ronces ça écorche
      les morts font les bulles, les vivants l’air dans le bulles
      tu me donnes ta main et je te mords la main, tu me donnes ta chatte et je te mords la chatte, tu ne me donnes rien
      il grêle orang-outan

    7 mai 2020

  • sommet de la mort lente

      un chien nourrit un chien, le reste fait le contraire, je veux dire affame. je deviens insensible
      à l’alcool, au mérite, aux délicates intentions – mourir
      ne se remplace pas par mourir
      ne se remplace pas. est un chien détrempé

      je veux embrasser celui-là qui me tue, m’arrache les larmes avec la langue, je veux recracher
      tout mon sang, tout ce qui m’a pourri le sang j’attrape
      un ver je le regarde de travers j’attrape
      un ver je lui dis toi mon mec

      tu vas me dire pourquoi. tu vas me dire pourquoi hein oui mais pas toi
      et je ne répondrai pas
      toute la mort est devant, toute la mort est derrière et tu me dis pourquoi hein oui mais pourquoi
      et moi je ne te réponds rien, je ne te réponds pas. je suis Roubaix je suis la mort, je suis ma pente je suis ma mort et je t’en prie, je t’en conjure
      je suis Roubaix

      un jour on s’alignait, on s’alignait en ligne, hémoglobine
      comme si mourir n’allait pas au bout, il fallait le ressentir, y consentir
      du coup ça fait bizarre, jouir
      comme jouir à présent, du présent disloqué ou même qui n’existe pas, du présent
      diamétralement absent

      j’aurais rêvé être un homme, faire tout ce que font les hommes, avec leurs femmes, avec leurs autos, avec leurs animaux, ne pas mourir
      j’ai rencontré un chien, je sais pas encore comment l’appeler ce chien, à l’état de charogne ce chien
      je sais pas comment vivre. embrasser un mort sur la bouche ça ne s’exauce pas

    sommet de la mort lente
    5 mai 2020

  • un pont par dessus no river

      ça va tu vas bien ? καταραμενη η δοξα σου !
      j’ai planché sur le mystère, m’en sont tombés les clous
      puis je t’ai rencontré(e), ange inutile, sexe défectueux – n’être rien
      libère un ciel, un ciel c’est pas la fin du monde: il pleut quand il pleut, et quand il ne pleut pas on ne
      sait plus que dire

      j’ai un chien, une mule, un homme entre deux auges
      il y a un mort parmi nous, nous devons deviner lequel
      un suicide collectif ça se prépare – avec des clous, des planches, des bouts de corde
      avec des bourre-moi l’arc julie, et t’embrasses très bien
      dessus dessous les poils

      et puis rien ne se passe, et alors ne se passe
      c’est juste qu’on n’arrive pas à se contenter de vivre ni à
      se contenter de quoi que ce soit ou tout au plus
      de petites choses comme ça, à droite de l’insignifiance à ras de vouvoiement – bref de tout
      ce qui fait une vie, malgré nous et pour l’heure
      de tout ce qui fait ja ja ja de tout
      ce qui fait nee nee nee

      un homme ressemble à un homme seulement s’il ressemble à un homme, sauf s’il n’y ressemble pas
      et bien-sûr qu’il n’y ressemble pas, vu qu’il siège sur son cul et se branle à quatre pattes
      pour n’en avoir que deux, vivre ne suffit pas – rien ne suffit si ce
      n’est vivre debout

      l’essentiel est à poil. à poil et ça s’épile
      sur un brancard et le cœur en surcharge, alors vas-y tu te toi qui crèves, prenant soin tout de même de ne mourir que par
      procuration – alors toi qu’es mort tout debout, droit comme un mort qu’est-ce que tu fous, poignet gracile
      on habite la mort, c’est tout

    4 mai 2020

  • l’art de couler

      il y en a qui tombés du jour
      ne recommenceront pas. ils ont la porte ouverte et le vent
      ne les déloge pas. ils pensent ne
      jamais revoir leur mère

      ta chatte elle a mauvaise allure, et qu’est-ce qu’un homme, un homme à reculons
      je regarde en haut, en haut comme c’est beau, je regarde en bas en bas comme c’est bas
      chez nous on pleure pas c’est comme ça, chez nous les hommes
      ne pleurent pas

      la mort c’est la mort et on n’en ressuscite pas, à moins que …
      l’inaliénable en chacun de nous, la teube sous le préservatif ou comment le dirais-je : la supérette à la sortie du
      crématorium, essentielle à toute heure

      dormir debout ne redressera pas
      le cours des choses, ni quelque chose, je me tue à rien dire – je me tue à rien dire et toi tu fais celle qui chante alors que tu chantes même pas, je meurs
      de quoi je l’ignore mais je meurs, ce qui ne
      ressemble à rien ou alors ressemble à tout ce qu’on
      aura vécu jusqu’à présent
      jusqu’à présent

      petite guerre, écarte les jambes
      que l’on s’essuie la bouche l’une sur
      et de l’autre. je ne suis pas un homme, excepté si l’homme
      s’incarne en exception, qui l’exempte de quoi par ailleurs, mourir nous contraint
      à la liberté ça fait mal

      j’ai un cheval, un cheval tout cru et lancé au galop, sauf qu’il n’avance pas
      qui ne va pas au bout de lui-même n’avance pas, je lèche à l’hameçon chaque
      morte, je libère la libido de chaque
      mort non finalement je crois que je
      vais passer la tondeuse

    l'art de couler
    2 mai 2020

  • vacances à la maison

      tourner beaucoup, beaucoup, mais sans mourir d’un pouce – progressivement ça va de soi, et se remémorer les expressions, les mots préférés
      : εξισου par exemple, ou alors se promener sachant pertinemment que
      trop de bagages rogne les ailes

      dans la poche une clé
      qui n’ouvre rien, pas même une canette, des chiures de larmes peut-être alors
      qu’un homme en moi voudrait bien qu’on l’en sorte, lui fasse prendre l’air peut-être alors
      qu’un homme en moi se raclerait la gorge mais oublierait son texte avant tout penaud
      de regagner son trou

      j’aime à l’envers d’un siècle mais pas pour rien, pour rien c’est peu commode je me lave les pieds
      au robinet publique il faut que je m’accoutume, je m’accoutume pas puis je les repose
      dans la boue ou la poussière ça dépend du temps qu’il fait allons-nous maintenant faire mention
      du temps qu’il fait ?

      presque rien en moi ni la force d’oubli, la force tu comprends pas, la force ne rend pas. on dit donner,
      c’est rendre à dieu et que dans les veines des morts coule
      du ciel à l’état pur, il ne faut pas croire à tout ce qu’on dit dit-on, pourquoi je sais pas il ne faut pas
      croire, c’est tout

      le mot trajet et déjà qu’on s’y perd, tu aurais pu
      choisir un autre chemin, plutôt que bifurquer, bifurquer et encore bifurquer comme si l’on pouvait se rendre ailleurs
      qu’à l’évidence. qu’à l’évidence évidemment. l’évidence ne trompe pas. l’état de vide permanent

    1 mai 2020

  • partager la douleur, à part ça je vois pas

      les chiens s’en foutent, ils n’ont même pas
      d’herbe à mâcher, il ne leur reste rien leur estomac est vide – et du coup leur regard
      étrangement s’approfondit, on ne respecte pas les distances on ne respecte pas
      grand chose au final. on fait l’amour seul dans son lit

      un grand nombre d’hommes sont revenus d’entre les morts, on bu un coup, se sont dit
      mais pourquoi pas nous ?
      on se noie dans l’absence d’eau, l’absence notable d’eau. on se jette d’un pont quoique le pont soit trop bas
      le pont trop court

      je suis un homme, un homme nu, prête-moi ton mouchoir
      j’oublie tout: le mot avec la langue, , le temps dans la seconde. Il faudrait que tu m’accompagnes
      on trouverait où en route

      un homme une femme, un homme – à peu de choses près un auto-stoppeur, la forme
      exacerbée d’un vide, un anus en plein
      milieu du front, un homme une femme, un homme au pied du mur
      ou comment faire le mur

      un peuple s’endormait, l’autre ceci dit était
      mort de trouille. son train voyageait peu, sa valise
      portait léger, son chien ne se
      fatiguait pas. lui non plus voyageait peu c’est le sort réservé à ceux ne possédant qu’une
      seule paire de pompes

      la mort elle marche dans l’herbe
      pieds nus
      son chien gambadant alentour, nu-pattes également j’ai le coefficient zéro par ailleurs faut-il le préciser je ne
      remplis pas le vide: je l’habite

    partager la douleur, à part ça je vois pas
    29 avril 2020

  • dans la boîte à bonbons

      redimensionne l’homme, le corps est tout petit, il te prête sa vie si tu n’as
      que ça à foutre, et dans le cas contraire il te caresse un chien, mords donc la main
      de l’homme qui te caresse

      ma mission c’est ma mission, et moi je ne te parle plus, qui n’ai pas de mission. une ventouse plaquée
      sur chaque carreau de dos, empisser chaque vertèbre, lui dire combien on l’aime
      casser l’ambiance

      rase ton porc, tiens bon la barre, je ne me suis pas méfié – qui se méfie
      d’un courant même contraire, j’avance à reculons c’est contre-productif, et c’est dur à semer, ensemencer, jouir au fond d’une
      pièce à conviction

      l’amour en trame ouverte, trame ouverte, et le ciel maussade. on ne s’arrête pas, ne s’y arrête pas, il fait
      si froid dehors, si froid sans l’étincelle, un claquage de doigts c’est ça
      ne nous ordonnera pas

      la perte un accident, et j’ai plusieurs cordes à mon cou, au cas où l’une, où l’une ou l’autre ne
      viendrait à craquer et que cela n’arrive, écho rumeur cri de douleur,
      aux oreilles du silence

      les histoires finissent mal, moi debout et toi citrouille – la vision d’un homme seul à la rambarde
      m’a cassé le chiffon. j’espère un jour, un jour s’en fout, retourner la question, rebattre les cartes
      de nos maternités

    28 avril 2020

  • mille papes

      allez quelqu’un, viens me serrer la main, me prendre dans tes bras
      me lécher le visage au fait
      je loge un arbre creux, sans souci de maigrir, je dîne d’une assiette vide

      on ne se bave pas dessus, on attend que ça passe, dans l’angoisse on 
      ravale sa salive, sa salive toute crue, sa salive d’homme nu
      sa salive de femme

      un peuple désarmé a mangé sa bite froide, les horloges ne sont plus remontées
      l’heure se perd
      quelque chose sans doute nous rend méconnaissables, une fourche, une pelle – notre propre apparence
      nous rend méconnaissables

      il pleut entre les gouttes, personne n’est à l’abri des sceaux à droite à gauche, afin de récupérer
      l’heure qui passe. l’heure passe. il faudrait des mois pour la recoudre, un bout de fil aussi
      un bout de fer ça suffira

      l’amante elle m’a dit non. et je ressens de tout mon corps la fébrilité d’un champ de foire, on recouvre les morts
      d’un peu de terre, d’une pelletée de gaz, on les réduit à rien, à moins que rien même
      à des morts non mais quand même

      un chien ça hurle le sauvage, quand il se met bout à bout. j’en ai le
      visage tout froissé, une part de moi s’en est allée, une autre part s’en est rentrée mais pas dans le même sens assurément
      dans le même sens s’en est pelée…

    mille papes
    26 avril 2020

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