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assis là sur un banc


  • pain perdu

      il ne mange pas assez, il se
      suce le moignon, le mordille. il recopie ses textes au stylo-bille
      la mort dans l’âme, et le reste à l’écran. que cela n’engage à rien l’arrange, d’une certaine façon
      mourir prend peu de place. peu de place tout l’espace

      il se souvient comme elle lui caressait le bras, d’un doigt
      c’est fou tout ce que peut faire un doigt, puis se désiste
      il plie et range soigneusement sa pénurie dans un sac, c’est fou tout ce que peut
      contenir un sac, d’absences de carences, d’un tiens deux tu l’auras pas

      quelque chose de sale prend soin de la pureté, la préserve la cajole, l’entoure de quelques précautions
      il cherche une tête dans l’espace, les têtes ne poussent pas comme ça, ne repoussent
      pas d’aussitôt
      ni les paysages spontanément à la fenêtre – il faut auparavant souffler dessus
      longuement

      il tourne machinalement
      l’anneau à son doigt, pensant qu’il finira bien par jouir
      ou s’irriter
      quelque chose le crispe, qui n’entre pas en considération
      il y a comme une atteinte à la pudeur dans le fait même d’y penser

      un trou dans le néant, une tasse d’un liquide tiédasse
      marcher ne fait que déporter l’impuissance à se trouver là, l’imprévisible lui n’a pas bougé d’un pouce
      il se touche les lèvres – du moins a t-il encore une bouche, c’est toujours ça
      de gagné sur l’e muet

      il tombe
      en désuétude, en homme sur les rails pour faire l’amour au tram, il tombe
      c’est sa route, son tacle
      à force de se retourner se confondent en son esprit l’arrière et le devant, le vertige et la ligne assidue
      de l’horizon quand tout s’effondre, tandis qu’il
      se remet à pleuvoir…

    26 mai 2020

  • le saut sans l’élastique

      tout à sa porte et tout à son odeur, il se mange un pion
      accentuant la déroute, demain même il
      jette sa baraque au feu, il attend un enfant – ce qui ne lui sera évidemment
      d’aucun secours

      malgré tout, et les portes qui claquent, il ne
      reconnait plus personne autour de lui, ni en soi
      jour après jour il arrose son gouffre, lequel progresse, lequel remonte et bientôt
      oh très bientôt
      le débordera

      il ne pleuvra plus
      sauf dans le souvenir têtu
      de son désespoir, recouvert par un désespoir plus grand encore – il ne tient plus
      que par l’idée qu’il tient encore, et la colère sans doute – une colère froide, sourde
      sourde et froide

      un poumon se promène
      seul dans le vide, puisqu’il n’y a plus de ville, que la ville s’est rétrécie au point de tenir toute sur le dos
      d’un coléoptère
      il s’est assis au fond d’une cour. dire qu’il s’est mis à sangloter
      manquerait de rigueur

      il ne reverra plus sa femme, son chien
      ni le dos de sa propre main – ce ne sont cependant pas des vacances, même s’il s’est arrêté
      de pleuvoir ou d’ailleurs
      quelqu’un se trompe de lit

      il a cessé de chanter, comme on arrête de fumer, par abjecte nécessité d’une part
      de l’autre par simple dégoût, et ce qu’il y a de pur dans le dégoût
      une fois quitté, le sol
      ne se reconstitue pas

    le saut sans l'élastique
    24 mai 2020

  • bitter than water

      il n’y avait
      pas de message dans la bouteille, ce qui m’a plutôt rassuré au fond – rassuré de
      me savoir vivre sur le bord, tout au bord, légèrement penché sur
      mon propre vertige, ou l’abyssale
      solitude de dieu

      (si) t’as pas d’mémoire t’as pas d’honneur. les jours débordent de la semaine – c’est les temps qui veulent ça
      l’éternité yoyo zéro. piqûres d’abeille mauvais sommeil. et se surprendre à
      bander sur l’échafaud

      il faut vraiment qu’il fasse beau pour que je me décide à sortir et justement, aujourd’hui il fait beau
      je retourne le miroir du côté pile, du côté ciel, du côté qui dédaignant les côtés prend tout dans ses bras
      ivre émerge des morts

      banana-split, ou même un peu plus haut sur la carte des non-lieux
      non, rien
      aller jusqu’au bout on n’en demande pas tant non: juste aller vers le bout
      mon chien ma femme, mon SDF – ne faisant partie de rien, j’en suis quand même
      j’en suis j’en reste

      le seul moment où je me sens encore un peu vivant, le seul moment où je ne m’abandonne pas. le seul présent préhensible, seule lueur dans l’incom-
      préhensible – drunk, afin de sauver ce qu’il reste de beauté, l’arracher
      aux maudits subterfuges…

    22 mai 2020

  • mords dedans

      ton jeu
      ton jeu d’vilaine, ton ciel et terre, ta pratique douce, je me baisse
      passe le vent, je me baisse
      j’aimerais t’écouter mais tant de bruit on ne peut pas s’entendre rejoins moi
      dans le couloir au fond, le couloir-firmament, celui d’après
      la fin du monde et des poussières

      confinement, des nœuds dedans
      je ne m’attends pas à grand chose, je tombe dedans
      la bassine. la gamelle.
      tu veux coucher avec moi ? je te préviens j’suis pas en règles – je veux dire je
      veux pas t’effaroucher, te casser ta chanson mais bon, tu me comprends…
      vas-y crache ton noyau

      ta nuit elle sent quoi ?
      j’entends j’m’abrite, la pluie tombe quand même
      on ne sert à rien, sinon une paume qui s’y glisse, un point vertigineux d’appui, un râle et on jure, on jure
      qu’on ne recommencera pas, qu’on ne nous
      y reprendra pas, et dès le lendemain nous voilà, glandes ballantes
      la voix en moins

      être mort ce n’est rien: avoir vécu si tu savais…
      on se terrait derrière nos montres, on faisait semblant de ne pas voir, de ne pas croire
      la mort c’est si facile, on n’a jamais fait plus léger – en attendant on s’est laissé aller on a laissé
      tomber la pluie, pisser le temps…

      ne me pardonne pas ou je ne te
      le pardonnerai pas et 
      c’est pire que de se tuer une fois encore, c’est aller déféquer dans nos lits, c’est nous cracher
      en pleine bouche, en pleine bouche putain
      – non, j’ai pas la bouche à ça…

    mords dedans
    21 mai 2020

  • terre battue

      mort dans l’âme non mais sans déconner
      la banalité noyée dans la banalité – souffle dans la poupée, souffle
      dans la poupée
      percée
      enculé d’bolchevik, avorton de tchetnik – pitié o ma  pitié…
      douceur o ma douceur…

      un gland deux tu l’auras
      comme une idée jaillit, kamikaze, au cours des quelques cent mètres coincés entre deux feux
      à un bout tiens le rouge, et de l’autre
      la mer, rien que la mer…

      mon chien-chien ma zi-zique
      c’est à dire rien: un univers mendiant
      un dieu en loques pendouillant sur sa croix, agonisant, définitivement inapte à toute
      résurrection révolution, glace à deux boules, billard à trois trous, les clous dans le panier…
      et puis la tourbe. lente la tourbe.
      elle relève machinalement une mèche de ses cheveux lui tombant sur l’visage
      sur l’visage, aussi simple que ça…

      l’équilibre
      s’est cassé une patte ah ben c’est con ça, l’équilibre
      s’est pourvu d’une béquille – et c’est quoi la béquille ? tu me dis fais-moi ci, là, vas-y là comme ça
      mais je sais pas comment m’y prendre moi, j’ai jamais fait ce genre de trucs, j’suis auto-régressif
      je redoute un jour. tous les jours je redoute un jour. je redoute chaque jour

      c’est mon dernier soupir. il est pas trop réussi, bon – on ne se rattrape pas
      en fait je me trompe: sans même écarter les bras je décolle, tout mort que je suis je m’envole
      arc privé de ciel, cathédrale sans flèche, j’assure ton sport j’assure et si je me plante sur l’orgasme,
      t’inquiète pas je repousse, je repousse partout…

    19 mai 2020

  • la vie dans mon mentir

      ton oncle c’est dimanche. le jour frites
      j’aime quand tu me caresses l’oreille bon tu me caresses pas l’oreille, l’oreille mord une tôle
      frictionner le mort au vinaigre, le mort a mal au dos – il faut bien
      en faire quelque chose de ce mort

      ton grain dedans. sors la tête de tombe
      pense absolument à tout, sauf à ce qui vient
      le téton droit, le menton relevé, le front contre le gouffre
      j’achève, mais je m’achève
      et alors ? quoi dire, quoi qu’on en dise ?

      miroir mais pas la réciproque
      je m’achète un marteau, un petit marteau brise-vitre
      et d’un coup au front, bam, je m’assomme
      peu d’étoiles, pas de vision nocturne ni
      d’illumination. d’illumination bien entendu

      tu me traînes par les pieds, mon corps
      n’offre aucune résistance. n’offre rien assurément
      pas même la garantie d’être, ou de se souvenir avoir été, de s’imaginer remuer
      borgne la croix
      borgne le cercle…

      en amont, en aval
      des pyrénées (rue des), de l’atlantide, du jeu de pomme oh la vilaine…
      je longe la rive, imperturbable je longe la rive
      on finit toujours par arriver quelque part quand on longe une rive
      d’un suicide à l’autre, sauter sautons
      voire sautillons

    la vie dans mon mentir
    17 mai 2020

  • bonté des gens

      elle se
      bouffe la chatte elle se
      prend pour mermoz, elle pose. je suis
      un bâton vide, sans guignol sans gendarme je suis
      un bâton vide, qui frappe
      à vide et dans le vide

      un chien ça s’améliore. on encule collier
      on m’appelait on m’appelait, je n’ai jamais su
      qui m’appelait. un paon démonte une roue. que veux-tu un paon
      démonte une roue, je ne vais pas me laisser aller à
      le contredire

      l’ineffable bonté de ne s’asseoir nulle part tant qu’on n’a
      nulle part où s’asseoir, effectivement.
      la mort à sa détresse, le serpent s’y coulant, regarde-moi
      regarde-moi, par pitié
      et n’y distingue rien

      une pitié si grande, comme il importe peu
      qu’il s’agisse d’un homme, d’une femme
      d’un os calciné ou d’un bout clair de vent
      – pour les petits enfants on fabrique bien
      de tout petits cercueils, blancs le plus souvent

      je suis mort à côté, comme on pisse de travers comme on
      éjacule trop tôt, je suis mort à côté
      je te regarde, le sourire déconfit, je ne veux plus
      tuer la mort, me branler dans tes cheveux je ne veux plus qu’aller
      m’enfiler quelques verres de trop au PMU du coin
      ou même ailleurs – quelle importance…

    16 mai 2020

  • hors bethléem

      il ne s’en sort pas bien. il ne sait par quel trou, il ne sait qui demeure
      ni lequel en revient – il appelle ça mourir
      mais mourir vogue à vue, il appelle ça durer
      or durer lave à sec on n’en sort pas
      – pas par chez nous en tout cas

      exprime un chien sa laisse – vois le chien va sans laisse
      le va-nu-pieds
      le présent conjugué
      au singulier négatif
      de l’antidépressif. on a beau faire le mort…

      c’est un ogre seulement, et seulement un ogre – il bouffe du foin, il
      défèque dans la paille, il aime son confort et son confort c’est rien
      rien ça veut dire néant, néant nada, nada ma de nada – va bien finir
      par en crever quand même

      je suis dans mon élément: puce à son clignancourt, mouche dans
      une goutte d’ambre, il te manque quelque chose, là, sur le sein gauche, carrément tout l’téton t’aurais
      du consulter plus tôt – mourir étend
      toute l’ombre d’un doute. et ça fout le hoquet

      je pêche à ma ligne. ma ligne ne tombe pas droite, bon, tant pis, j’irai
      où bon me semble, lors je me tromperai évidemment. me tromperai
      si bon me semble, quand bon me semble
      si près d’en jouir…

      et puis on s’encombrait
      de tout
      ce auquel on n’avait pu
      survivre

    hors bethléem
    14 mai 2020

  • mortel combat ma chatte

      il fait tout drôle devant moi, il fait tout drôle – sauf que ça ne me
      fait pas vraiment rire. une souris morte. une fille qui ne sait pas
      comment s’y prendre pour l’orgasme, comme si l’orgasme puait d’la gueule, qu’il fallait avec lui
      mettre des gants

      quelqu’un nage
      là, devant moi, à contre-courant et tout à fait
      hors de l’eau, tout comme il est hors de question
      d’apporter une quelconque réponse
      à notre raison d’être, depuis que survivre, tel que le précise son suffixe
      flotte au-dessus de vivre

      petite gourde, reste tranquille, tu sais bien
      que l’eau mutile. je reste dans mon sac
      les yeux écarquillés dans l’obscur de mon sac. je gratte
      qu’un nuage me délivre, un pouilleux de nuage, un nuage sans loi
      la pluie, le vent: tout ça c’est des histoires

      tu ne sais même plus de quoi tu as faim
      ni pourquoi il te manque un, trois, quatre doigts
      on se rassasie d’une
      poignée de terre, d’un petit bout de miroir
      avec lequel on se dissèque la queue, quand on rêve sa queue
      ou on piège un orgasme, si la queue va leu-leu

      j’arrête
      c’est à dire que
      j’arrête de m’arrêter. de me barrer la route. me faire des croche-pattes. j’me casse
      en mille petits morceaux, j’me casse
      un chien ça pond des crottes, un poucet des cailloux, un homme des os
      qu’il jette au loin en se criant: rapporte !

      non, tout ça ça va trop loin

    13 mai 2020

  • manœuvres serpentines

      poissons pigeons. la rage c’est vous
      c’est de ne pas se retourner sur le chemin à sens unique, mauvais cycliste
      il prend mon temps, le temps. il remonte son froc
      c’est pas le temps qui manque pourtant

      raspoutine rasé de frais, ta mère la cloque
      penché sur la grosse motte à se gratter les tes-
      ticules ça va comme ça, les orties mènent la danse
      mènent quoi ? mènent la danse, j’ai dit

      tu meurs à tout propos, comme si tout devant te survivre il te fallait
      céder la place. la place elle est vacante. on y hasarde une vulve
      la place elle est branlante

      prends ton zippo et sors dehors. tant pis
      si tu ne rentres pas. tant pis
      si tu ne retrouves pas
      le chemin du retour. tant pis.
      tu pisses à contre-vent tu t’en prends plein les cuisses – on dirait bien que
      t’es pas prêt d’arriver

      chez moi pas un seul mort, pas un seul mort retrait
      un point c’est tout, retrait
      je marche sur mes jambes. j’ai essayé avec aut’chose ça marche pas. je marche d’heure en heure, dans l’angoisse
      d’écraser mon ombre. de piétiner le sol. ça fait tout un

    manœuvres serpentines
    11 mai 2020

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