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assis là sur un banc


  • quelqu’un sans qu’on lui dise

      je n’sais pas comment dire alors je ne dis pas. je dis que je ne dis pas, ni comment dire. donc je me tais
      je dis que je me tais. mais je tais que je n’dis pas, ne dis pas que je dis que je me tais. ne me tais pas
      ni ne dis. rappelle-moi mon nom s’il te plaît. lolek. je m’appelle lolek. c’est un pseudo. le pseudo de qui ne s’appelle pas
      . sans déconner

      mon chemin c’est une corde et je glisse la tête dedans, comme on glisse un sexe dans un rond et qu’on finit par dire non merci, je n’en veux plus
      dépatouille-toi avec ton chemin
      on peut toujours dévier, se faufiler sous le tableau des departures, se défiler. on peut toujours tomber avant
      d’arriver quelque part, d’obtenir quelque chose
      non. on ne peut rien

      dieu sans sa miséricorde : pathétique. il se fait chier. ne lui reste plus qu’à tout casser
      ben elle ou lui c’est pareil sans la déréliction : déconfine au petit trot, les interjections virales, vols à l’international, la
      déchéance d’humanité. s’en bat les couilles. elle ou lui c’est pas grave
      ils se ressemblent tellement au fond qu’on finit par
      ne même plus les confondre

      qui de moi n’a pas dit l’heure ? qui de moi issu d’un fond de sac n’a pas troublé ni su doublé
      l’apparence ? et surgit à la seule idée d’un baiser s’empalant sur l’arête
      la queue plongée dans l’eau gelée du trac, ou encore le supplice hilarant du
      tape-cul ?

    12 juin 2020

  • sa culotte à l’envers

      c’est là qu’il faut entrer, en territoire neutre, littéralement miné
      on s’entend plus parler, moi et ma voix se chevauchant, se contredisant, se court-circuitant
      on s’appelle à voix douce on s’appelle en sourdine et schlak, on se mord l’œil
      on bave dedans

      toutes les choses qu’on enfonce dans le corps et particulièrement dans les parties les plus sensibles de ce corps, et auxquelles le corps
      n’oppose pas de résistance, qu’il ne peut non plus
      digérer, assimiler ni même rejeter, ravaler, extirper
      – tout cela finira par mal finir, c’est évident

      je ne suis pas l’être que je fus : celui-là, je l’ai dégommé au chamboule-tout
      il en a eu marre de frotter son sexe contre le crépi du mur – il ne lui en restait plus grand chose, qu’un minuscule appât, qu’il a fallu achever à coups de fourche
      tant sa bulle était belle que manque de bol, elle éclata

      je me suis pas rogné les pouces et tout ça pour accoucher là sur le bas-côté de la route
      d’un mulot à moitié crevé, et d’où me lamenter, pourrir sur pied je me suis pas
      farci tout ce temps-là, et cette côte, ce mort-vivant pour un mulot crevé pour un
      putain d’mulot

      tout ce qu’on se cache les uns aux autres, les arbres la forêt, les bleus de frousse
      tout ce qu’on se cache à soi-même, hop sous le bras, la sueur sous le bras, le rassis sous le bras
      tout ce que la mort nous cache, et myriam sous sa robe à yussef, morpion vivace
      en mode ni vu ni connu
      comme si de rien n’était
      tout ça là tout à coup mis sur la table, la honte insurmontable, la honte sur la table, d’la franche volaille
      donne-moi ton âme je suis seul ton violeur

    sa culotte à l'envers
    10 juin 2020

  • tète le triangle, serre le losange

      ils crient la bête
      se bouffent une pelle
      rameutent la horde
      et ça s’endort sur un coussin, en boule avec un trou dedans, trou dedans

      les chiens mourront et ceux d’entre les chiens. on va tous
      s’abandonner les uns les autres, c’est plus pratique comme ça – enfin, plus pratique peut-être pas, mais au moins on respirera
      on n’aura rien, mais au moins on
      respirera

      prendre à témoin la garde arrière. je ne me fais plus de souci – la garde arrière
      est décimée. je ne me fais plus de souci. la garde avant pareil: décimée
      ignorant d’une part la provenance, de l’autre la finalité, comprendrons-nous enfin présentement
      pourquoi l’on boit

      allez tu vas dire quoi ? tu vas dire qu’on t’as trouvé là dans la rue, qu’on t’a traîné jusqu’à la mer, en bout de rade, et qu’on t’y a largué ?
      entre soi et la mort il y a toute l’épaisseur d’une conscience, mince feuille d’ocb, de riz-la-croix ou de mur de berlin
      on a la mort qu’on peut…

      maintenant je suis femelle, j’abrite un chat perdu. si tu me lèches les doigts je te caresse la nuque
      maintenant je déchois et tout un peuple déchois avec moi. ce n’est pas ma faute j’avais le dos tourné, je prenais ton orgasme sur le pouce
      maintenant je retourne loin devant. sans parachute, sans maquillage. je me fais les dents sur tes os, ta peau,
      ton repoussoir en forme de désespoir

    8 juin 2020

  • c’est le visage que l’on touche

      il y a un masque sous lequel j’écoute une radio et cette radio me dit: tu es la mort, chéri

      retourner en enfance c’est pas comme retourner à la terre. et retourner à dieu semble encore plus compliqué: il faut en effet d’abord fumer, beaucoup beaucoup fumer…

      la pluie c’est quand il pleut. le reste du temps
      urine sur mes soucis.
      un peu de morgue aussi, pour affronter l’néant, quoique filant droit sous la baguette
      de la très pom-pom girl

      aplatir. je meurs pour ne pas mentir. pour ne pas me réduire
      à la contrefaçon d’être, sous fausse identité avec
      des boutons sur les fesses, du rouge
      aux lèvres de la fosse. sinon je tombe debout, sexe aux abois, l’infecte raide

      pris en flagrant délit la main
      enfouie dans l’poche, la poche dans l’infra, le ciel au fond d’un mort dis-moi comment tu dis ça le mort
      au fond de soi et toi tu me parles de ciel ? un néant sans qualité
      me rassurerait plus, au moins mettrait un terme à l’harassante
      question de soi

      il est né de travers, il suce son pouce, et son pouce l’empoisonne – le délétère !
      amnésique d’expression, il pêche une rivière de retard, et se fait seppuku au cul d’un poisson vide – bref,
      il n’a pas pris une ride, ce cancre-là…

      je suis en accent sourd, en accent contre la mort, et j’écoute.
      en rang par un, tout un décolle, tout un se rompt. ça m’amuse pas
      est-ce que ça m’amuse ? non, ça m’amuse pas

    c'est le visage que l'on touche
    6 juin 2020

  • mendicité

      comme depuis des années j’écoute les deux-trois mêmes CDs, les mélodies s’en sont gravées jusqu’en la moindre cellule du cerveau de mon chat. et sans doute ainsi, d’une certaine manière, continueront-elles à résonner dans la terre où le dit-cerveau se sera décomposé, au fond de mon terrain
      plus besoin alors de mettre les CDs et ça tombe bien, vu qu’on m’aura d’ici là définitivement
      coupé l’courant

      dieu est plus grand que la mort évidemment puisque telle est sa définition, sa seule justification en dernière analyse. il y a toutefois plus grand que dieu encore, et de plus profond que le cœur, et auquel on ne saurait conséquemment donner de nom
      je l’appelle petit mouchoir de poche et je me mouche dedans. je l’appelle femme qui n’est déjà plus si jeune et j’éjacule dedans

      abuse de ma confiance la confiance est faite pour ça, on va tout de même pas marchander même les rats ne s’abaissent pas à ça, et les rats ça m’connait ils me peignent ils me brossent, ils m’épouillent, soignent ma dépouille et m’exhibent alors que j’aurais tant voulu garder pour moi cette nudité, couvrir ma nudité, me couvrir de nudité mais non, même la nudité se marchande, et qu’y a t-il donc et d’autre à marchander au fond que la très chaste nudité ?
      homme-la-pute, cheval-de-Troie et Val-de-Marne – je rentrerais chez moi si chez moi m’attendait…

      ma croûte levait mais ma mie moisissait. cache-misère de notre dignité, trompe-l’œil de notre contemporanéité – dame-pipi des retards de paiements, j’avance mon ch’val, la raie sur le côté, je m’coupe la frange
      tu constates sur les photos que j’ai le crâne parfaitement rasé, or mon apparence cessa d’être physique lorsque mon essence rompit
      d’avec la métaphysique…

      j’ai filé ma monnaie à un type que je ne connaissais pas. sans raison puisqu’il n’y a pas de justification raisonnable au fait de donner. ou parce qu’il n’y a pas de raison raisonnable non plus à ne pas donner, et que j’ai simplement satisfait à une demande des plus modestes
      je justifie cependant à posteriori mon geste par l’injustifiable: rien ne me semble moralement plus pur que la mendicité. donner, c’est tenter désespérément de se faire pardonner l’exaction de posséder. de plus, esthétiquement parlant, rien ne surpasse l’éclat vif-gris du parasitisme social, cru révélateur de notre in-
      humaine condition
      mais tout ça c’est des histoires – et il faut bien qu’on s’en raconte des histoires, que l’on dorme au chaud de notre mauvaise conscience ou que l’on
      se gèle le gland

    5 juin 2020

  • l’option décapsuleur

      aménagement de peine ou de douleur, tu feras pudiquement semblant
      de regarder ailleurs quand un voile soulevé
      sur les causes et les raisons signifiera la mort, ou les trous dans la bouche – disons la dentition
      pour préciser l’image

      non, je ne distribuerai plus
      de bonbons aux enfants, de chocolats aux vieillards, de doigts aux amoureuses transies de m’avoir oublié, obnubilé que je fus par
      ma propre absence et d’où cette manie
      de parler de moi-même au passé comme si le passé désignait le seul regard possible sur le présent, ce pavé lancé dans l’océan que veux-tu que j’te dise ma mare
      se sentait à l’étroit, diminuée d’une pluie…

      j’achète un sou. je fais un trou dedans
      je pourrais tout aussi bien prétendre enfoncer une bille, agate ou œil de bœuf, dans l’anus de mon amante – même si diffèrent les références, le sens
      reste fidèle à mon profond, puisque c’est ainsi qu’il est d’usage de le qualifier, désarroi
      j’aurais pu également évoquer le cerf-volant, mais me manquaient le ciel
      et la vision béate

      mort de la route. et mort de l’arrêt. ce qui fait deux fois mort, ou doublement mort
      deux mort en un peut-être, et voir de quel côté fuit son regard
      des pâquerettes pour supporter tout ça et la dérive nuageuse, je crains que cela ne suffise – l’option décapsuleur de mon faux couteau suisse
      s’avère infiniment précieuse

      rien ne bouge. un temps pourri
      achève la désagrégation, ou tout au moins ébranle notre foi, si tant est qu’il reste
      quoi que ce soit à ébranler de ce côté-là
      car un seul dieu, écume du néant, peut encore tirer de cet informe tas, de cette fétide imposture: un œil, rien qu’
      un œil, perplexe en lutte

    l'option décapsuleur
    3 juin 2020

  • la raie des yeux

      je pars de l’impossible. seul l’impossible s’avère soutenable, tremplin pour le présent – un présent élargi à sa dimension originelle, et non plus déduite ou extraite d’un hypothétique temps global
      seul est vivable l’impossible, puisque seul réalisé. l’annihilation des possibles en laquelle il consiste ne souffle que sur des cendres
      je ne suis libre qu’à condition, et qu’à condition de n’être libre pour rien, et que cette liberté ne serve à rien, ne soit point force de réalisation mais au contraire principe de déréalisation, instable état de non-réalité

      j’élucide l’image du vide dans ma tête
      je souffle des bulles de savon dans le cul du poème
      je parviens presque à me représenter vivant, tentant désespérément d’embrasser une fille qui tourne sur un manège lancé à toute allure tandis que je reste quant à moi figé au sol, piquet à blanc
      ça mériterait des claques, or des claques on n’en a pas

      c’est un tout petit appareil: il prend des photos sur le vif si vif en est le sujet, des photos sur le mort pour peu que le sujet en ait été réduit au triste état d’objet
      il raconte la vie en tout cas, non telle qu’il se l’imagine, mais telle qu’elle s’imagine à travers lui, motus et bouche goulue
      il lui faudrait parfois tendre la main, afin d’espérer sentir s’y déposer une pièce, un mollard, le principe aléatoire du point sur une ligne qui déjà ne sait plus si elle est de vie, ou si elle ne fait que tourner en rond comme une bête avant de se coucher, au cas où de mauvais rêves d’hier ou d’avant-hier, de fatidiques points de rupture
      viendraient à la piquer

      que retiendra t-on du fait d’avoir été si ce n’est, après une série douteuse de malencontreux ricochets, d’avoir couler à pic ?
      les voyous courent toujours, et les filles à leurs trousses… au lieu de m’envoler je suis tombé enceinte, le parachute d’une pierre pénible, l’alunissage en parallèle
      il me faut composer avec la force constamment augmentée de mon auguste inertie. je ne sais pas: en déposant quelques graviers sur sa maigre poitrine en en soufflant dessus jusqu’à ce qu’ils
      prennent feu par exemple – ou toute autre chose…

    2 juin 2020

  • babil en son corbac

      je ne mens pas je reste nu
      au milieu de la chambre, à portée de fesse tout de même
      d’une chaise, par laquelle j’ai remplacé le banc
      le banc d’en face, toujours d’en face
      d’en face de rien
      toujours de rien

      ma nuit mon siège, ma façon d’être en tous les cas
      de respirer sans transpirer. quelqu’un me dit méchant, quelqu’un me tape
      c’est encore cette impression qui me taraude, de servir de cage de verre
      à une mouche

      mon timbre est inutile, mon timbre ne colle pas. mon timbre
      ne sonne pas. nausée ne gerbe pas
      qu’y a t-il d’autre qui ne pas, ne plus, ne rien ni ne
      qu’y a t-il donc

      regarde, il reste
      du pipi sur tes cuisses. tes lilas sentent la mort
      hors-temps, hors-piste, hors-service. ne danse pas
      retourne dans le ventre, tout à l’indicatif

      pas de truelle pour une telle béance. les chiens même n’aboient
      en retard à son propre enterrement, les pompes souillées
      encore une histoire de chien
      montre-moi ton poignet. il est mignon ton poignet, il est fin

      de carreau cassé, d’herbe rasée
      je te parle d’amour tu me craches les pépins. il vaut mieux
      recracher les pépins, la mer n’y est pour rien:
      elle se dit pourquoi moi

    babil en son corbac
    31 mai 2020

  • nincsen semmi

      je ne tiens pas
      dans un bateau en papier
      lequel ne tient pas l’eau non plus, lequel prend l’eau – voyager
      ne semble pas si évident, finalement

      définitivement. même si
      définitivement rien.
      on plie bagage, on range la mer, on attrape froid
      fallait pas sortir nu, comme ça, en plein milieu de la chambre
      ou de son rêve – surtout quand on ne, comme ça,
      rêve de rien

      un léger mieux, ainsi que le décrit
      le nouveau-mort, rasé de frais, le tout juste
      ressuscité des vivants, en nage-arrière, le sexe qu’on recrache
      qu’on rechie
      qu’on ravale

      j’enjambe un corps, une nuit, le saint esprit
      je marche sur mon ombre. non, je marche dans
      mon ombre. mon ombre sans corps, sans moi comme je m’enjambe
      si peu d’issue

      le temps que la pierre
      jetée en l’air me retombe dessus, je réfléchis, j’écris ces quelques mots, je fignole
      mon épitaphe
      mais j’y arrive pas. rien n’en ressort vraiment. tout ça finit
      par retomber

      il se sert de ses jambes comme de rames, repoussant la terre derrière lui
      il aime ses épaules aussi, fuyant sur les côtés, aériens précipices
      il cherche en vain son point de départ, d’appui branlant – le départ c’est du facultatif
      le départ c’est une bouche

    29 mai 2020

  • nerf vagal

      mordre le corps. mordre
      à travers tout le corps. d’immenses voyages
      échouent là sur la grève, tout contre moi grêle poitrine
      ils repartent chez eux

      je dois être percé, je ne retiens rien
      du sable que le crissement
      du creux la griffe grave
      de l’image le tranchant du miroir – ils abandonnent
      mon corps à sa putréfaction

      comme je vous vois venir, de loin
      et de plus en plus loin, comme si venir vous éloignait, ou renchérissait
      sur mon inaccessibilité
      je me quitte

      une fois encore il se lève. en pensée il se lève
      il ne va pas bien loin, en pensée quelques pas, l’idée
      de quelques pas – pour ne pas
      mourir tout de suite. pas immédiatement du moins. plus tard seulement. un peu plus tard
      dans quelques pas peut-être
      ou d’ici quelques pas

      naviguer entre les
      brisants, fêlures, ruptures, semer tout ce qui casse
      – un beau néant
      respire, dont on ne déchire plus
      d’image. ça fait d’la peine quand même…

    nerf vagal
    27 mai 2020

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