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assis là sur un banc


  • tambour majeur

      partir en terre, en brique ou par-dessus
      les temps, écrasant ces
      jolis coquelicots mesdames…

      je ne veux pas m’élever, sauf pour un
      je-te-tiens-tu-me-tiens par la barbichette à hauteur du
      dieu d’entre trois clous il faut passer
      entre les clous

      je contemple avec une intense pitié
      ces tuiles mécaniques – je voudrais te sucer la chatte avec la langue
      d’un homme à l’instant né

      une tombe au soleil, petit jardin fané – il faut des mots sur ce qui fut afin de
      délivrer le présent de
      n’être rien

      il y a un degré où la peur cède: sage euphorie du plus-rien-à-perdre
      et te laisse embrasser…

      je me baisse pour me gratter la cheville et lorsque je me relève, plus rien n’est comme avant, étant donné qu’apparemment
      avant a changé d’pôle

      des incantations tu dis. or elles
      résonnent en plein trou noir
      – c’est l’heure quand on y pense

      si tu meurs ne me le dis pas, envoie-moi simplement
      une carte de l’au-delà, comme si le moi de l’en-deçà que moi je suis se trouvait
      au-delà d’un au-delà – je n’en demande pas plus…

    29 juin 2020

  • bouée de naufrage

      il est mort, mais il vit à l’intérieur. à l’intérieur il vibre encore. même lorsque la roue
      ne tourne pas

      vivre ne fait que commencer, quand on s’appelle éternité. sinon on passe son tour, entamant
      un chant à la spatule

      vivre sans sens, tu tiendrais pas un quart d’heure, promet le mort. la grâce du monde
      à le dos tout griffé

      tu pleures mais quand tu pleures, est-ce que tu fais vraiment semblant ? ou bras ballants vas chantonnant : ma chatte elle a des ailes,
      mes ailes ont pas de plumes…

      je suis le mort d’entre lesquels n’est pas ressuscité
      un seul survivant
      alors tais-toi

      au fond dieu
      et les p’tites filles dans le quartier, dont l’élastique
      un jour craque

      si t’as quelque chose à perdre alors évidemment, évidemment mais on s’en brosse
      : clitoris, cordon ombilical, suicide interactif

      et les gens qui vont, et les gens qui va, tout ça le temps se gâte – le temps
      c’est ça
      se tâte

    bouée de naufrage
    28 juin 2020

  • été du temps

      je n’ai pas d’odeur. j’essaie de trouver une ligne relieuse entre moi
      et l’infini, ou l’infini tout court – une ligne
      droite, courbe, insécable irré-
      vocable

      effectivement l’été
      turbulence figée comme on arrache un
      visage de sa face – le miroir n’y suffit pas
      le scalpel ni la pelle
      – ma joie court après elle

      j’immense et c’est pas gai
      tranquille un pied
      posé sur l’os, et l’autre sur sa pointe, vidé de mer vidé
      de son naufrage

      je ne porte la marque, les stigmates
      du slip sur la peau – nu comme un pôle, nord comme un môle, amoureux
      même si la bave un peu
      et mon amie la ronce…

      je n’ai plus à penser, à voir ou à rêver – un seul œil entre-close
      entresol ou aut’chose, une seule vie saudade, le poisson crucifié
      quand j’écarte les bras, le poisson énucléé
      quand je resserre la vis

      à qui va l’innocence ? trou d’mulot, trou d’mulot ! je n’en ai pas
      la cruauté. roule une cigarette, porte-la
      à tes lèvres naturellement
      superbement méta-
      physiquement – trou d’mulot, trou d’mulot ! ainsi la chute empoche t-elle
      l’éternité, clitoridienne

      la fin du réservoir allez, bois un coup un
      dernier coup, avant d’aller te rasseoir là, en fond de cale
      en fond de classe à contempler le dos
      unilatéral de ta modeste
      destinée… ou alors sur un banc

    26 juin 2020

  • abeilles au noir

      ne supportant
      la moindre distance, ni le moindre
      rapprochement – à fleur d’un
      objet maladroit

      de nature mystique, par conséquence fondamentalement
      asociale, la bouche en cul de poule
      et les pépins crachés

      il marque le retour à soi, le dieu caché dans
      le réveil-matin – marcher sur le néant marcher
      sans chute sans
      se pisser dessus

      ni le bonheur ni la paix, je vous prie de bien vouloir retirer
      ce pal de ma nuit regarde comme elle rit
      cette épingle de l’œil je vous prie – ceci est une prière
      évacuée de l’ordinaire

      nausée du toboggan nausée
      des balançoires nausée
      petits poissons en forme d’idées noires, rien
      qu’un mort accroché à son nom

      mon jeu de jambes pétaouchnok, une vérité suffit
      droite et cependant dépourvue
      de rive méandre ou terme
      lacet défait de la pitié

      départ de feu retour de cendres, c’est quelque chose
      qu’on retient sur le bout de sa langue, l’interrupteur imaginaire, poignées do-
      rées du cercueil. le noyé malgré soi

    abeilles au noir
    24 juin 2020

  • j’appelle ça une douille

      lascaux n’a pas eu lieu, ni les bottes de sept lieues
      ma maison ne m’aime pas, mon chien ne me reconnaît pas, ma femme s’est remariée – même la picardie, oh la picardie
      m’a rayé de sa carte, lascaux n’a pas eu lieu: les bisons c’est du flan

      petites larves, missions expiatoires, retourne s’il te plait
      là d’où tu ne viens pas, nulle part et c’est ma dose, je rentre dans un square – un square c’est free, un square c’est à tout l’monde, je rentre dans un square :
      je ne rentre nulle part

      l’overdose samouraï, et quand je dis cela j’évoque évidemment
      la sauce samouraï, or tout est image : l’os comme la moelle, l’homme comme la bête, marie dieu dans son ventre
      comme les rectangles dominos claquant derrière
      la buée des lunettes – mais image de quoi ?

      mort de vous sur chaque image. et même un peu avant même
      et encore plus après même – ou alors c’est kif-kif, l’équivalence en son genre, prophète mécréant et tout en balbutiant
      . j’appelle ça une rivière. tu dis c’est un poisson

      je ne me rappelle rien
      la mémoire est matière certes mais si peu matérielle que
      j’en oublie d’exister, d’incarner ma conscience, d’enfourcher ma douleur
      les dés restés collés aux doigts, le chien à le gâchette, je tire pas
      je me tire mais je tire pas, je voudrais cesser enfin  de
      me souvenir de moi, de me
      pencher sur moi, d’un oubli radical

    22 juin 2020

  • vivre au pays

      ce qu’il ressentit tandis que la mort était vacante, vacance
      que survivre prenant l’eau, le point fuyant le i, l’espace rétréci
      au point d’embrasser l’infini

      ciel et terre, ciel
      et la tombe entre deux, et la fosse au milieu
      : ressusciter n’est pas
      qu’histoire de style, ou si, va mon ami va
      savoir, et fais un tour
      en hélico – du moins se sent-on heureux
      en hélico

      caresse-moi la joue, mais seulement avec la griffe, je n’ac-
      corde aucune confiance aux signes précurseurs, aux instincts prédateurs – la bête en moi
      aux abois à l’affût, acculée, la bête en moi
      se gratte la bête

      s’évader, vite, s’évader
      monter d’un cran, baisser d’un ton, l’insignifiance absolue
      d’un salut personnel – mais s’évader, fuir s’évader :
      l’insignifiance absolue, entre autres, l’épinglé papillon
      de vivre
      ou presque

      prier peu, boire beaucoup, des morts sur ma place de parking
      des rames mais pas de barque, de quoi chanter mais pas d’chanson, ma tombe
      et personne dedans
      ou peu s’en faut

      ne m’invente pas, retourne à la maison. à tous ceux éprouvant que
      ce monde n’est pas le leur, ce monde pas à l’heure
      et qui traînent en short sur la pelouse miteuse bien après
      que le match ait eu lieu…

    vivre au pays
    20 juin 2020

  • sérénade

      j’ai vécu d’un oubli, maintenant il serait temps
      de tuer nos enfants, allant jusqu’au bout de nous-mêmes, de l’horreur
      d’être nous-mêmes, d’avoir le ventre creux
      la cervelle creuse
      la couille ou l’ovaire creux
      de se foutre le doigt dans l’œil qui n’existe pas ou alors seulement pour répandre
      la vue claire et dégagée – je n’ai pas la vue claire et dégagée, mon œil un cul de sac je ne suis fait que du bois
      d’une croix à la dérive, d’une croix flottée

      arrache le cordon avec les dents, déchiquette-le recrache-le mais pose là ta main
      sur l’os ou le pied par exemple, regardant ça de loin un peu comme on file quelques pièces
      au type assis par terre, qu’on se fracasse le crâne à bout portant, et les petites dragées
      qu’on s’enfile avant de s’enfoncer dans le bois pour ne plus se réveiller même au bout de cent ans
      cent ans c’est rien, cent ans c’est la misère, cent ans c’est même pas le millième
      de ce que moi je t’aime, migrante

      cela n’a plus d’importance
      je saute par-dessus les flaques, ou dans les flaques cela
      n’importe plus, les poissons rouges en leur mémoire n’importent plus ni de
      quelconque couleur, on nourrit la famine, je crains que tu ne me reconnaisses pas
      parmi tous ces ossements, ce charnier collectif, et si par ailleurs tu me pardonnes n’aies aucune pitié :
      achève-moi – de toute la haine accumulée dans tous les corps depuis l’aube des temps achève-moi et par pitié :
      achève-moi

      rends mon âme à mon âme, je ne suis que mon âme, sinon rien
      bien plus que la peur me meut – la peur n’en est que le symptôme aigu
      bon s’enlise le chapeau bon ce n’est qu’un coup de vent
      bon on t’équarrit sur le dos bon on te dit ce n’est que la peau, les viscères et la vidéo
      on te viole ta vierge bon il faut un début à tout après tout une vie c’est rien – hein que c’est rien une vie ?
      et une âme, hein c’est que dalle une âme – juste une diarrhée de ton corps-délation, hein ?

      je ne suis pas l’homme à se regarder en face ni de travers alors écoute-moi bien
      m’éventrer sous ton nez, sous ta chatte entre tes
      cuisses dodues, ce genre de convenances écoute-moi bien :
      je mourrai certes mais pas sans crever, pas sans trembler, pas sans hurler de douleur et
      de douleur encore

    19 juin 2020

  • mort est d’un homme

      mourir ne s’attendait à rien donc mourir
      ne pouvait être rien. cette époque révolue
      désormais chaque geste, du corps ou de l’esprit, chaque atome déplacé, chaque vibrante image
      acquiert une ampleur telle – énorme c’est le mot: l’infini est énorme
      la glande, anale
      les larmes tout juste sincères

      le chemin du retour trace une ligne ininterrompue vers l’infini, et c’est plutôt flippant
      mon petit anneau de saturne. mon petit banc de square. ma mémoire assassine, saint-barthélémine. d’autres saignements ponctuels
      une mélancolie, sereine et yeux plissés, me rassure
      j’ai tellement besoin d’être rassuré que j’éjacule quand bien même il ne reste rien à éjaculer, que le désir désistement
      a mis les bouts

      te rends-tu compte que l’ultime culpabilité réside dans le fait de ne pas souffrir – que la souffrance
      justifie la souffrance, exauce la souffrance, absout la souffrance
      et que jouir doit être violent s’il ne veut être insignifiant, et le corps sans méfiance
      je m’apprête à sauter dans le vide et toute ma terreur c’est que le vide
      ne le soit pas vraiment, ne le soit pas totalement – c’est que le vide ne le soit
      qu’en apparence

      tu ne sais même pas de quoi je parle et moi non plus et quand je dis toi, je me trouve tout aussi désemparé que quand je dis moi, c’est à dire ignorant
      de ce dont il s’agit, de qui donc il s’agit – moi je n’ai pas mes règles c’est sûr et voilà déjà un élément tangible: il y a des hommes, il y a des femmes
      qui ne s’encombrent pas de règles et d’autres que cela trahit, qui se sentiraient souillés, souillants ou souillons, il y a des hommes qui se pendent
      pour bien moins que ça, et des femmes aussi mais non les femmes
      ne se pendent pas trop, on ne sait pas trop pourquoi, elles préfèrent les médocs

    mort est d'un homme
    17 juin 2020

  • AUTOBAHN

      je m’arrache la cervelle, rien que ça
      parce qu’il reste en moi et malgré tout – ce qui fait beaucoup et même pratiquement tout – quelque chose d’indécemment pur, quelque chose
      auquel je n’ai pas renoncé, que je n’ai pas renié, autant chante le coq, le coq mauvais
      tranche le cou du coq et rappelle-toi. rappelle-toi à toi qui d’autres fois ou d’entre là, l’inaliénable en soi
      être un homme c’est être un peu plus qu’un homme, parce que toujours plus profond qu’un homme, où perdre pied

      un chien à mon chevet
      ou une chienne – non, personne à mon chevet
      pas même un chien, une chienne, paire de couilles ou conférence gesticulée de mamelles, pas de lune, l’anus étoilé d’une fée, la braguette magique
      à mon chevet non, la mort à mon chevet non, une brosse à dents pour qui n’a plus les dents
      ni la rage de mordre
      ni la pomme

      le poème ne s’accorde à aucun autre. il n’a plus de poème. il n’y a que
      la corde au cou du vent, le balancement des hanches, le sens de la désorientation
      cette façon de n’avoir jamais eu lieu, de décompter le nombre
      de sauter à pieds joints et de tout son poids sur soi-même alors qu’il en reste si peu
      si peu et si peu
      tellement peu que cela suffit tout juste à
      ébranler le néant

      un chien m’a mordu la jambe droite – je sais, je parle beaucoup trop de chien
      un chien s’est branlé sur ma jambe gauche je sais ici les chiens n’existent pas, seulement les clebs ou les toutous, ce qui n’a rien à voir
      j’ai été chien et donc un chien subsiste en moi, comme l’os ou la moelle de mon humanité
      le chien, le christ ou le pendu font l’homme en moi, l’homme qu’ils révèlent en moi, le no safe sex
      la façon dont on enlève un jouet à un petit en distrayant son attention – ça marche en apparence mais la réalité creuse son trou, de plus en plus large et profond
      c’est ce trou enfin parvenu à maturité pour m’engouffrer tout entier tellement putain, tellement putain je l’ai arrosé
      et creusé sans pardon

    15 juin 2020

  • KARAVAN

      la mort abolit toute faute. à l’homme qui meurt nous pardonnons tout: un mort ne saurait être coupable – la mort lave de tout
      un homme mort est l’homme à l’état pur, extrait des circonstances, des déterminations. la mort absout et pleurer un mort c’est recourir à notre humanité profonde, retrouver le sens inné de notre dignité
      on ne triche pas avec la mort car la mort ne triche pas. les morts
      ne trichent plus

      je ne suis pas laid je suis une tombe, source d’un vide immense, incomblable
      j’ai peur de tous ceux qui ne sont pas moi, j’ai peur de tous les morts, j’ai peur de moi mort, j’ai peur
      alors j’éparpille mes cendres, je me broie les os, je m’éjacule dans l’œil – avec mes souffrances d’homme, je me regarde de l’au-delà, désemparé
      je n’ai jamais su être mon propre ami

      les petites âmes ont été terrorisées, celles-là même qui donnent sans réfléchir
      les mendiants sur leurs courtes pattes, de leurs moignons et ayant la décence de ne
      pas demander pardon, et de haïr sans haine comme savent les victimes
      je m’approche de toi et tu ne me reconnais pas – c’est à cela que je sais être moi, et toi dans ma douleur

      les hommes ne font qu’un avec moi, mais non leurs femmes
      leurs femmes ne m’aiment pas. elles ne me sentent pas, devinant mes inclinations régressives lunatiques
      les hommes ne sont que la sueur suintant de leurs aisselles, elles ont peur de ceux qui comme moi
      déjouent leurs petites combines, percent leur pénible petit secret, les
      démettent de leur féminité jusqu’au dernier grain de beauté, jusqu’à les réduire à leur intransigeante
      humanité. il n’y a d’amour que l’amour, même si franchement le ciel s’en branle
      drôle de véhicule

    KARAVAN
    14 juin 2020

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