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assis là sur un banc


  • balance ton mort

      « réconcilie-toi donc avec la vie ». du coup je l’ai violée. ou l’inverse. plutôt l’inverse. plutôt en rêve ou à l’envers. non.
      non, je ne me
      réconcilierai pas avec celui que je suis, même ne l’étant pas – je crèverai d’abord
      et de bâbord
      il fera nuit. de nuit très claire

      hors sol. hors ciel. hors jeu.
      on voudrait aimer cru, à cru, on est bouleversé, la mort elle a ses dents
      rentre-moi une langue, une douille, l’amour sous
      péridurale
      et si j’arrache une dent reste le trou, le trou durant – ne ressuscite que
      la mort, récurrente obsolescence

      chien méchant, mais pas plus que ça
      j’avais une meuf, une meuf entre ses dents. c’est bizarre et plus je m’en rapproche, plus elle s’effiloche, la mort
      j’y crois même plus
      – encore un
      faux espoir. fausse frayeur. crème lucifer

      j’ai plus de chien
      le dernier chien s’est pendu, empoisonné, noyé ou je n’sais quoi
      tout comme ce qui ressort à l’absence de pitié, tout ce qui malgré tout, malgré soi, et les petits cochons
      j’habite un rien, une civière
      j’habite pour de faux

      ai-je mangé ma chatte, avalé ma langue
      pris du retard sur le train du milieu, madhyamaka karika. tu m’embrasses où tu veux, je recrache. je recrache au milieu
      l’homme qui m’a tué
      s’est déguisé en femme, peau d’âne

    19 juillet 2020

  • hérédité

      je n’aime les hommes que nus
      j’allais dire les âmes
      j’allais dire je n’aime les âmes que nues
      quand l’âme signifie la nudité de l’homme
      et l’homme le bouleversant
      dénuement de l’être

      ou quand survivre ne s’apparente déjà plus à un combat, mais à une routine, toute dignité saignant du cul
      un vieux clodo. il répétait sans cesse et pour lui-même « ah c’est l’angoisse ». alors nous on l’appelait Langoisse
      pour conclure, on en crève tous un jour – de ci, de ça, de simple mort ou même
      d’avoir vécu…

      j’ai peur du vent qui sème, décime, malmène
      alors je me bouche les oreilles, je plisse les yeux et je me pince les fesses. le vent qui vente ne me dit rien de bon
      un jour je serai personne. je m’y efforce chaque jour. un jour je serai rien, vague après vague
      plus pur qu’un mort la bouche ouverte: la mouche sur sa lèvre

      dans la nuit c’est comme on veut, et comme on veut c’est rien, à l’aveuglette
      on se serre la douille on se gratte la foune, la voile hissée et l’amarre larguée – ne manque que la mer
      une mer, n’importe quelle mer
      sera toujours la mer…

      on disait on dirait, comme un jour on dira, la putain rougira
      mort jeune, de vie si vieille, on ne se
      reconnait plus
      – c’est pourtant soi pourtant. pourtant c’est allemand

    hérédité
    17 juillet 2020

  • l’ennui avec les bêtes

      être le
      être le néant, sport commun, place assise
      être le, de, le, être
      le néant. redresse ta mort

      c’est ça
      la queue leu leu l’âne qui gicle
      l’âne qui gicle le mur qui branle
      entoure laboure le trou, cerne le ou sous le cercle, entame à pied
      piétine le trou, il

      l’essentiel
      ne fonctionne pas, c’est une panne de réel
      sentir mauvais, se dire je sens mauvais, se dire ça sent mauvais, également
      également l’est en tout, détends-toi

      à reculons, délestant, se
      se
      délestant de se, de soi, à reculons de se, et s’alentours
      la vache a bu son lait, la prairie malfamée, malfleurie, malodorante
      le sang a tourné pisse, la prairie reine des bouses
      a fait place au désert, au désert in-
      conditionnel

      raconte-moi, allez va une
      non-histoire –
      non-histoire de quelqu’un, vu de personne, personne le voit
      : il roule à
      tombeau ouvert

    15 juillet 2020

  • cramoiseau

      à l’intérieur de
      ou au dedans
      la pluie c’est quand il pleut
      à l’intérieur donc

      vivre illicite
      et je ne parle pas
      d’en-haut, d’en-bas, de l’année sainte
      non, je n’en parle pas

      petit bâton
      rumine sa douleur
      petit bâton tordu
      mordille mordilla

      plus personne
      pour me nourrir étrange
      un égout, une gouttière
      alors là tu fais moins le malin

      mécaniquement c’est moi
      les yeux bandants, pendants
      le rafiot désœuvré
      assurément la vague

      devant il tombe
      il tombe enfance
      il ne tient que
      sur soi, le trou

      vas à la mairie, vas à la mer
      la mer à l’égouttoir, la mer à la gouttière
      le temps
      vraiment s’aggrave

      plus de pomme, une pomme – il n’y a
      plus de pomme
      sur l’arbre ni d’arbre
      sous la pomme. une pomme

    cramoieau
    13 juillet 2020

  • ça y est tu me manges, volée de bois mort

      j’ai pas sommeil
      d’ailleurs je le lui dis souvent: n’écrase pas ma p’tite vache
      sors du trou n’est pas né

      je lui dis nique ta vache, elle me dit j’ai pas d’vache, d’une mine compassée
      et alors d’un orgasme rassis je lui re-
      tire les sabots

      j’ai pas sommeil – j’ai même pas la nuit de faire un lit
      le mur sous le voile, le mur qui s’ébroue
      et quand enfin je prends le large je le prends en pleine face

      pas de raison de se sentir
      plus vivant qu’un autre, mais le clou qu’on s’enfonce dans l’épine dorsale
      ça fige le sourire – oh, la radieuse obsession…

      j’ai mal à un autre que soi, ou la nostalgie des grandes cuites, crucifix et comas éthyliques
      l’œil mord à l’hameçon, et c’est du coup un paysage alternatif
      qui re-
      trousse sa blouse, répand sa mousse

      rien à redire, rien à cirer – ne s’élucide pas
      la raison noire des choses, en attise la gifle, gardant pour l’occasion
      une joue de côté

      putois j’écris putois, mais c’est putois
      et ça fait mal au cœur, étant donnant qu’on a un cœur
      une route savonneuse
      un écrase-mégot

    11 juillet 2020

  • il s’engueule avec sa vierge

      non je n’affabule pas. je sais bien que toi tu gis
      de ta pudeur, et qu’un esprit fébrile, le doigt dans l’trou
      ne le lâchera pas d’aussitôt ni pour
      un banc de sable

      d’ailleurs j’ai mal à tout
      puis je n’habite rien
      plein jour et son contraire, où le chemin s’essuie les fesses, j’ai quelque chose à te montrer
      à te montrer de bas, entrebâille ou écarte
      du pouce et de l’index
      : le pur fusible

      tu ne me plains pas, ou j’te défonce le ciel
      avec la langue tant qu’on y est, tout le long de l’ortie
      depuis tout môme je m’bave dessus, je m’bave dessus ton g’nou, ton huître
      ça gèle à fond de cale

      et c’est parti, c’est parti tout un froid
      les vents nordissent, ce qui ne
      présage rien de bon – un à un les doigts du gant, l’épine du pied
      j’ai un grand boulevard devant moi, un grand boulevard à moi tout seul
      ou le sexe à venise, le sexe à l’agonie
      émergeant au jusant

      face au miroir ex æquo, tire une langue en laisse
      peu d’eau, une goutte d’acide
      déborde un peu du slip – j’ai tout le temps tu sais, on s’attaque à la racine
      puis sans le faire exprès, d’un geste maladroit
      on se nique le nombril

    il s'engueule avec sa vierge
    9 juillet 2020

  • naufrage des bittes

      la mort ne sera pas plus qu’ailleurs le lieu ni l’occasion de quelconques retrouvailles. chez moi fut bien cette niche à la dérive, cependant qu’assignée à sa borne
      et en l’absence de fleurs…

      j’ai mangé mon mouchoir, avec tout ce qu’il avait essuyé et c’est pas propre, pas franchement
      propre –
      toute la crasse et n’empêche…

      vidé ma p’tite crasse, allez hop, vidé ma p’tite crasse. se récure l’œil.
      il n’y a pas de pardon, et les accusations foireuses de même
      tombent à l’eau

      c’est pas aller quelque part c’est enfin poser le pied
      sur un sol absolu, lune ressuscitée, Berck en plein
      jerusalem, l’éden vissé au nombril astrophysique
      d’iseult à la mort lente, mais suffisante

      il aurait fallu mettre des noms sur les visages même si cela n’aurait sans doute pas suffi à empêcher
      leur dessèchement, leur fripement, les âmes telles des bulles soufflées à travers
      le cercle d’une vulve, n’importe quelle
      vulve

      bien-sûr que pas. bien-sûr que plus. le son galope or les oreilles
      s’enferrent de silence
      – il faudra rompre cela, aussi

      il y avait un homme, et toujours pire qu’un homme.
      se levait sans rien dire, l’allumette qu’on suce et cætera
      : nos pneus qui s’usent, pensa t-il, et pas grand chose de plus…

    7 juillet 2020

  • inversion de la cause

      recommencer à dire, recommencer à penser
      s’asseoir dessus.
      mécaniquement les heures
      s’enlisent à gué. marcher dessus

      s’éteindre. éteindre l’extinction
      sortir enfin
      définitivement. sortir
      de long en large

      j’ai un doute
      un doute poussiéreux, un doute
      non permis, mais un doute
      indubitable

      un vide sous chaque pas.
      certes l’été me manque en
      plein cœur de l’été.
      creuser plus haut

      rien à faire vraiment
      sinon remonter
      le fil de l’attente, jusqu’à la
      prochaine coupure

      sauter, rester
      suspendu en l’air – peu importe la hauteur mais prenant garde de
      ne pas retomber
      ras de lévitation

      ponctuelles les absences.
      appuyant son ombre sur
      le mur d’en face.
      qu’il tombe

      mourir sur le côté, histoire de
      laisser à chaque atome le choix de
      s’envoler s’enfoncer, selon son gré.
      s’enraciner dans un nuage vas-y

      non. revenir. non.
      quand être c’est se perdre, avec
      un plus ou moins léger
      accent étranger…

    inversion de la cause
    5 juillet 2020

  • bouddha partir en tête

      c’est qu’un jour plus rien ne me dise: mi moi ma belle
      contrairement à comment tu t’appelles
      contrairement à
      et les doigts tout collants

      il se passe quelque chose. un grand vide s’installe
      – il a du se racheter
      un tube entier de dentifrice. sodomiser une majorette
      a du laisser des traces
      quelque part

      la plus longue adéquation
      entre celui qui marche
      et celui vers ondule, qui ne, vers nulle part
      alors il rentre un doigt, alors il coupe un doigt –  ce qui reste de l’éternité
      se consomme froid

      il y avait du vent, et le vent soufflait fort, ça soufflait plus ou moins
      dans le même sens:
      un sens refluant, mais ne laissant nul répit, nul répit
      un sens absolument non
      fondamental

      qu’est-ce qu’il défenestre aussi, cassé tout l’éventail
      un vol en chute libre, or la chute est-elle libre ?
      de tout point, de toute direction, je marche à reculons, je rebrousse
      vers le trou primordial, nulle part immémorial au fronton
      duquel s’affiche, dérisoire épigramme,
      l’énigme-carambar…

    3 juillet 2020

  • l’accent dehors

      il ne pleut pas toujours
      du
      même côté de la frontière, mais jamais tout à fait sur
      la frontière non plus, où j’ai monté ma tente
      et descendu le reste, c’est à dire tout ce qui, ne tenant pas debout
      aspirait à s’étendre

      je marche avant toute chose
      avant toute chose, je marche
      il y a donc
      longtemps que je marche
      ainsi
      dans la joie la plus sombre, funèbre par pudeur, foulant la
      lande à perpète

      le haut vire au-dessus: c’est le haut
      à tous les niveaux
      débordant les ras-bords.
      s’effondrent les niveaux.
      émerge le dessus, les pas disséminant
      le dessus. le ciel césarienne

      je ne manque
      pas de souffle – seulement d’air peut-être.
      les alléluias
      ont remplacé les alléluias, elle se suce un morpion.
      plus loin j’allai plus loin, coulant à pic

      c’est ce qui
      m’a fait pensé à vous, penser à moi, tournant en rond.
      on passe toujours par le milieu – les côtés,
      péniblement les côtés, à droite à gauche, à l’est à l’ouest, ailes ramant
      dans la poussière épaisse, dans la
      poussière péniblement

    l'accent dehors
    1 juillet 2020

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