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assis là sur un banc


  • l’universel picard, ou la banalité du bien

      plus qu’un carré
      d’herbe ou de remise à plat
      prise ou méprise d’air, de terre, de ver à soi pétard mouillé
      on se sent seul, si seul, l’atmosphère bonasse, le nerf
      probablement vagal

      bouche ta moule, rends-toi compte de rien, souffleuse de nuages
      je m’abrite derrière un visage, un univers au grand complet, dieu
      ne s’absente qu’un instant il a
      l’absence ponctuelle, en quelque sorte

      et ruffin sur un arbre perché, bonzaï la betterave
      doch mes tripes se mettent à bouillir, en gare sainte de
      liancourt-rantigny – il n’y a qu’un seul versant, une pente couchée
      d’où dévale en replay

      je ne me trompe pas, je suis bien sur ce
      schiste naufrageux, titube a capella – tu sais j’ai peur de soi, des rares amis dont les têtes tranchées
      ornent encore ma cage d’escalier, je me suis enterré nu dans
      la cage d’escalier

      fleur mais rare, momie-coquelicot, le désespoir sans Malte
      j’achève un petit tour j’achève. ma valve en panne, ma vulve en panne
      sèche, revêche.
      panne, grève, vacance – le sabotage massif on va même saboter
      la croix en soi

    8 août 2020

  • sucre, bâton sucre

       trop d’art, et trop peu de moutons. jour de tonte
      ou plutôt de pluie un lendemain de tonte, soulignant le superflu de tout espoir
      qu’on s’en passe en tout cas, et qu’on est bien comme ça, ou comme ci
      ou comme on pourra

      remuer jusqu’à remuer, remuer sans trêve – rien ne sera jamais prêt, tout étant achevé
      restent les sorts, que l’on jette ou conjure
      le linge qu’on essore
      les verges que l’on fouette

      médicalementeuse, le slip troué
      qui que j’appelle, un mort au bout du fil
      j’éjacule, éjacule partout, à tout bout de champ, éjacule tout du long
      : dedans est désormais devenu beaucoup trop grand

      derrière la pluie les moineaux
      s’égosillent, je ne reconnais plus les visages, les visages expatrient
      d’un continent où je n’ai jamais posé le pied, j’émets de vagues signaux
      signaux sans signifiant, signaux carreaux cassés

      tu m’ casses la tombe, tu m’ tagues la plaque, tu m’ tords la croix
      un ciel à mon éveil, plus haut que ça même: un œil à son sommet, là, à l’affût sous la paupière
      maintenant est à jamais, déjà c’est pour toujours, tu me pinces un téton…

    sucre, bâton sucre

    6 août 2020

  • another belly, another mother

      choses qui tombent, d’en haut
      ou de la mer.
      il y mettra la main il y mettra le gant, choses qu’on laisse
      remonter la vie sauve

      en tout cas quelque chose d’énorme, et de vide.
      qu’il gratte une allumette qu’il s’en
      dédise: l’insistante impression
      de masturber les ombres

      épouse la raison avec la langue, avec le doigt
      du néant d’être, la raison de
      arraisonne – quoi – tout un silence, silence astro-
      nomique, avec la langue, avec le
      coupée la langue

      je cours mais cours pas vite, cours sur place.
      les maisons vides, les espaces plats. mettre un terme
      où que ce soit, à quoi que ce
      soit, mettre un terme – ça libère du vide
      ou de la place

      chemins croisés, ou croisés en chemin – libère le vide, libère l’espace.
      un banc téléportant près d’une cabine hs, téléphonique
      et là reste pantois, frappé, happé d’un banc

      carcasse, tout n’est pas mort. la mort
      n’est pas morte, ainsi tout ce qui
      la constitue, de vers grouillants, de petit’ hommes mûrs, le grand vent des parades
      amours sans lendemain…

    4 août 2020

  • l’enseulement

      parce que tot, dead, mort
      πεθαμένος είπα
      et si loin de tachkent…

      sous le banc, mouillé aussi
      pareil que sur le banc à peu de
      choses près
      la pluie passe au travers

      il y a bien quelqu’un pour se promener derrière moi et me souffler
      que tout n’est qu’ennui, mortel ennui
      délicieusement ennui

      les ténèbres
      vont encore plus vite que la lumière, sans même se déplacer
      et j’ouvre ainsi mon cœur, perplexe,
      à la dureté des bancs

      je tombe toujours en panne de
      quelque chose – de vivre, d’alcool, et aussi de mort parfois
      mais parfois pas

      qu’est-ce qu’il caresse au cou, qu’est-ce qu’il renifle, et de quoi s’habille t-il ?
      d’une odeur. il s’habille d’une odeur, rien que d’une
      odeur, évanescente béquille…

      il se gare sous la bruine, attendant
      que ça ne passe pas
      à regarder sans cesse ce qui ne passe pas, le passage
      c’est ce qu’il appelle: fumer sans clope

      extra-muros, et sans les constructions
      éradique les ports, les maisons, les toits
      l’air chauve au-dessus des toits et chevauchant l’air chauve, sexuel et néant
      néant sexuel

    l'enseulement
    2 août 2020

  • les angles dans les coins, et qu’ils n’en bougent pas

      sous le bras la vie dure, et ne cesse pour autant
      d’ailleurs tout ce qui dure végète sous le bras, refuge aux freux, répit aux gueux
      tu vois comme tout s’arrange finalement – suffisait juste de n’y prêter
      nulle attention. une attention distraite tout au plus. ou disons vague

      marquer d’un point n’est pas la mort à laquelle nous aspirions. pas celle de toute évidence
      à laquelle nous nous attendions. quand bien même nous ne nous attendions à rien, évitant d’en faire trop
      excessivement attachés au contraire à en faire le moins possible – mais que serait le moins que rien sinon le déjà-ça
      le presque-là
      l’assurément démis

      chien contre moi, qu’il me tienne froid, que m’ausculte les entrailles mon ché-
      ri nécromancien, avec ses pinces, son romantisme exacerbé – je n’y peux rien moi si le futur à l’abandon, le passé décomposé
      se conjuguent au présent, et l’immortalité se pique aux sédatifs
      – crapule rester là, le cul au sec à s’empiffrer
      de vache-qui-rit…

      on aurait pu se fracasser la tête contre le mur or la tête était si claire pompette qu’elle le traversait
      et le ciel si léger qu’en retombait la mer en ballons mous, en gouttes fines et ne ménageant pas ma peine
      j’étais un toit, un accent circonflexe recouvrant une voyelle inédite, une voyelle
      imprononçable, premiers seins nus, sans rancune les dents…

      l’humilité me crache partout, l’humilité me suce un clou
      mes gestes ne me sont jamais revenus, ni mes caresses au bord du trou
      quelque chose coi
      quelque chose couac
      une idée comme ça me traversant l’esprit mais ne s’y arrêtant pas
      ou est-ce l’esprit qui fuit, à l’idée fixe bien que fortuite – est-ce l’esprit qui
      ne me revient pas, resté clouté au trou, à l’absence intraveineuse…

      la feuille entre les dents et qui d’entre elles
      a fané la première ?

    31 juillet 2020

  • η θάλασσα marche à côté

      je ne suis pas réductible à mon existence, me concevant à partir de cela-même qui la dépasse, de la marge que mes propres limites suggèrent. je suis à la condition d’outrepasser ma condition
      du coup je pense me prendre une journée la mer, profitant d’un crachin opportun, d’un délicieux crachin

      je ne suis pas certain que la vie vaille d’être rêvée. et je ne vois pas pourquoi non plus, sous le prétexte de parvenir à un but quelconque – en l’occurrence le littoral – il me faudrait m’en épargner la route. même si un peu longue, la route en effet se fait très bien. pas plus désagréable qu’une autre au fond, du moins sur son plus long segment

      peu importe ce que je pense de moi en définitive, tant que cela reste abstrait, dans l’abstrait, que les rapports me profilant demeurent suffisamment éloignés de toute matérialisation et mes pieds bien à sec. il est des plages dont on ne peut se priver, or la mer s’avère incontournable même à qui se refuse résolument d’y couler à pic. et l’on ne parle pas ici exclusivement de la mer intérieure

      si je franchis le mur, passant outre les difficultés que cette opération peut présenter, c’est qu’il m’obstrue la vue, et que ce faisant j’escompte accéder à une vue pour le moins dégagée, quitte à en abîmer la plante sur les gravats, les tessons de mémoire, les herbes coupantes, et simplement la lande en son genre, ce dénuement quasi universel et sans un bar à proximité
      mais il en va ainsi, et de telle sorte que se perdre constitue le moyen le plus honorable de ne pas succomber à soi-même

      une chèvre, un piquet. les rumeurs maritimes ont beau parvenir jusqu’ici et témoigner du large indispensable, je ne me résous pas à mon actualité, ni même à la possibilité d’en déborder quelque peu par l’idée d’un au-delà déprimant en contrecoup toute réalité
      il me faudra rentrer avant la nuit, les routes n’étant d’aucun secours sous la bruine – postillons d’une mer, si intérieure soit-elle…

    η θάλασσα marche à côté
    29 juillet 2020

  • la pluie quand elle s’arrête

      un homme, une rive.
      tu casses la marelle et c’est encore un homme,
      une rive
      même si rive de rien.
      tu fracasses un nuage

      il s’en sert pas
      il reste là nature au flanc, l’œil en maraude
      déporté de son lit, en léger différé comme on dit, fantôme d’une
      mort intermédiaire

      vue déficiente sur un
      poulailler désaffecté, un monde
      inadvenant.
      il y a un banc, c’est certain
      un banc si lent, chute à l’horizontale
      pesanteur en suspens

      en l’état
      d’inurgence absolue, la fosse large ouverte l’esprit
      déconnecté, la planche d’exister clapotant sur nos
      déconfitures et faisant face, toute face dehors
      au ciel gris, gris à perpète

      carrément cil tombant
      ou frissonnant, à l’instant défaillant
      replâtrer le nombril, le cœur d’une absence vive, errer jusqu’à
      en rester chauve

      impotente dérive, cavalier seul et sans monture
      pisser les dés
      les voir tomber, perdre la face, le gant, le geste
      on n’apprend rien par chœur, haut-le-chœur, ras-le-chœur
      la langue se vide…

    27 juillet 2020

  • un homme sans voisin

      quel homme en-dessous du navigue ? quel fond se blesse ?
      je mange tous les jours, tous les jours je vomis
      c’est dieu me fait la guerre en se léchant les clous, tétanos à l’anis
      thanatos narcisse

      il y a quelqu’un derrière mon dos et c’est pire que mon ombre: c’est ce dont je suis l’ombre
      il y a mon dos derrière mon dos, que je ne connais pas mais il se tient le ventre – mon ventre
      mon centre désaxé, mon axe décentré. je regarde ailleurs et c’est encore nulle part
      d’où nulle part me regarde

      mange-machette, méchanceté tu pues
      je me brosse les dents, la langue l’œsophage, je me brosse la perle rare
      les doigts flottent en bout de bras, que le tronc ne retient plus
      largué en soi, la mer en soi, borgne la chiasse

      un petit vagabond un petit
      coléoptère mais sans colère, la gueule sèche
      un bout de ciel entre les cuisses, mieux vaut mourir assis, penché de biais
      le sexe ne t’en voudra pas de l’avoir trahi…

      un ogre en moi s’est vu dans le miroir, profitant d’un jour que gueule ouverte je
      radiais mes substances.
      de quelle antre le prématuré, vagi vagal ou vaginal, bousilles-tu le cadran
      ferme-moi derrière toi veux-tu, porte ouverte aux courant morts, simplement sec-
      tionne l’orgasme

    un homme sans voisin
    25 juillet 2020

  • la passion poulidor

      clou de mon rapace, clou
      rester jusqu’au bout, or jusqu’au bout c’est rien, un pas plus loin
      tant que j’ai attendu l’a préservé de rancune, a mis clé sous la morte
      je n’ai rien attendu m’a curé les boyaux, certes, au moins ce côté-là c’est clair

      qui m’aime un chleuh. un chleuh ne pleure pour ça
      respire contre la loi, sinon la loi ça sert à quoi
      c’est comme pour le christ: on aura profité de sa sieste pour naître, exister
      et se croire mort de mort

      je cherche
      un endroit non chez soi où retourner chez moi, un genre de non lieu
      à nul être étranger, et dont être étranger perd son étrangeté
      le retour à nulle part, nulle autre part qu’ailleurs. l’eau noire des nénuphars

      fier de l’être, il s’est pendu
      j’attache ma ceinture, j’enfile mon bonnet
      dans le ciel des goélands, les drones et l’incendie
      je ne me souviens de rien, j’attends dans ma maison
      que coule ma maison

      je ne supporte plus le poème, ni rien, ni de ne plus supporter
      du coup je m’arase, je me trais chaque poil. tu crois que je finalise un suicide alors qu’en fait je me fais la valise, et tu ne m’aimes pas
      je fais, obsessionnellement, l’objet de mon déni
      et ça me gave

      décibel ça fait du son
      or le son ne l’entend point, et toute ma vie comme ça, froissée de l’entrejambe
      à s’épiler la langue, l’anus et le nombril, à se pisser la tombe
      d’où ce léger déséquilibre…

    23 juillet 2020

  • soccer naît de l’abîme

      je manque de sel. bon, je manque.
      l’odeur des pins l’odeur des foins, bon. le désarroi féminin.
      je m’arrête là, je n’irai pas plus loin – plus loin c’est à partir de là d’où
      je cesse enfin

      nuage. hermétique. nuage.
      j’aime bien quand je vais alentour. car alentour m’assiège
      m’élimine me
      radicalise
      exister procède d’une rupture éminemment violente. exister résulte violent. j’ai fait ce que j’ai pu j’ai arraché, verbalisé
      frayé un trou. j’ai pas voulu comme ça. mon petit tas de cailloux

      l’herbe qui pousse, jusqu’où elle pousse, sous quel la rase net.
      j’ai donc mangé le rat, le rat aride de sens. qu’un sourire me défigure, d’un sourire flasque la transfigure
      en tout petites coupures, en roubles en zlotys je rachète le néant, je rachète
      le néant court toujours

      les ailes parfois c’est juste de n’avoir plus de poils ou de plomb sous les bras, à tordre la raison.
      je m’étais trompé dès le début pensant qu’être serait gratuit de gratuité alors qu’en fait, être
      mais à titre totalement gracieux, la corde au cou
      le ciel ouvert

      je marche à côté de mes pompes et du gars qu’elles portent, y enfonçant des clous
      tant de grâce en ce monde et je ne sais qu’en faire, j’étouffe de la grâce
      miserere miseris, j’ai besoin de vent vide, de broyer le grain vide

    soccer naît de l'abîme
    21 juillet 2020

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