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assis là sur un banc


  • la sous-jacente

      caresser le contour ou encore le contour, du moment que ça
      ne la touche pas
      ne l’affecte pas
      ne me rend pas jaloux, troué sur place
      troué d’un trou
      tout pénétré d’un vide, ou d’une absence

      mort d’avoir mouru, tu ne dis pas bonjour
      tu t’arranges avec la grue
      rien qu’en surface déjà je perche ou je pends comme au
      sommet d’un fond, à la cime d’un vide
      il n’y a pas d’arête, dans le vide…

      quelqu’un ne m’aime pas et ce n’est pas la première fois
      qu’on me colle
      du chewing-gum sur les seins, les tétons plus exactement – je suis un mec vois-tu et un mec, ça ne fait pas semblant
      même de faire semblant

      je me suspends à mon bras, c’est pas tout à fait comme ça encore
      que l’on prend son envol
      c’est pas tout à fait comme ça je crois
      qu’on arrive quelque part, quelque part où il ne
      pleuvrait presque pas
      sans qu’on s’en aperçoive

      je marche hors la ville, hors la ville colle à mon pas
      quelques brins d’herbe un jet de pisse
      rebaptisent tout un square, ce qui manque ne fait pas
      mystère de son absence, je sors un bout de pain – il mouille
      un bout de pain mouillé

    28 août 2020

  • prodigue-moi la mer

      je me demande ce qu’est d’être humain. la tristesse sans doute. la tristesse, infiniment humaine. la tristesse comme l’humaine infirmité de l’être ou quelque chose comme ça. ce deuil-là. ce deuil de l’amour impossible

      il y a des huîtres dans le parc
      il y a des huîtres partout
      le banc cependant
      reste de planches

      des hommes malades
      ils ne viennent de nulle part, rentrent où ils peuvent, repartent n’importe quand
      s’abritent de la pluie, pensant ainsi passer
      entre les gouttes, ou sous la vague

      un soir à marée basse, mais si basse…
      qui l’eut crue remonter, se mettre à jour, veuve d’un i
      un soir se noyer, mais pourquoi se noyer – comme s’il n’y avait pas
      assez d’eau comme ça, même à Sligo

      quelqu’un ne descend pas
      vers le port ou plus bas, où mon bras reste creux
      faut dire que je n’attends pas, à force de
      n’attendre plus

      si quelqu’un a pitié surtout qu’il
      ne le montre pas, l’agrafe tombée
      l’ombre entrouverte
      je ne sais pas ce qui me prend, le froid me prend, des doigts
      d’où s’émiette la pluie

      l’âme, c’est exactement tout ce qu’on ne dit pas
      sortir un trois-quatre quand seul un double six nous sauverait
      je ne crois qu’au destin, c’est à dire à la réalité pure – non pas telle qu’elle tombe,
      mais telle qu’elle s’écrase

    prodigue-moi la mer
    26 août 2020

  • cracher l’morceau

      ce n’est pas un homme que tu gardes sous le bras c’est un morbide
      un bout morbide, par quel bout morbide
      une terre l’encensoir
      un membre à part, dressé à mordre, à cracher du foutoir

      il y a du vent cela fredonne
      dans les oreilles
      on dirait même qu’il souffle
      un air de déjà-vue sous un air, allez ose donc le dire,
      de jamais reconnue

      rien sous la chemise qu’un vague état
      de somnambule
      d’homme à rien faire, les yeux au ciel, grisant grisâtre grisonnant, d’homme à défaire
      – basse, la ligne…

      pas plus un être que moi qui dort, là
      la tête enfouie dans le colon, le giron cramoisi
      et moi aussi je me sens mal parfois, entre quat’ fers et à l’équerre
      flanqué d’un bond, sucé d’une chute

      non non c’est bon, toute la merde est dans l’sceau
      il n’y a ici
      rien à revoir, rien à remuer de la mémoire en berne
      nu à la corde nu
      à l’anse froide, charcutant
      le poing qui s’use

      de quoi le dire
      t’en délivrerait-il, de quoi le taire ?
      quelque chose est perdu, ou pire de vendu
      quelque chose qu’on ne pourrait rendre sans dedans rendre son âme
      à qui de droit
      à qui de soif au moins

    24 août 2020

  • que toute la nuit s’en aille en terre, s’en aille en terre

      le vent fait paragraphe, et le grand vent d’autant
      il ne parle de rien – du jour qui passa quand rien ne se passa

      le mieux c’est d’avoir fait comme si de rien ne fut, entre tresses et biceps
      un homme s’est tordu, qu’aucune pince ne saurait redresser

      il n’y a plus rien à attendre de moi – ni rayon vert ni pomme de pin
      je ne peux pour autant me retenir de baver

      si par hasard un ballon échoue de sous mon banc, je tape dedans
      d’une cerise éventuellement, je ne garde que la queue

      et tout venir d’un champ, et tout venir d’un poêle. et tout s’approprier
      du corps dépossédé

      je pense à toi je pense à rien, le monde s’enlise, recommence à zéro
      dès la mi-août les nuits qui rafraîchissent, le soleil qui patine…

      on ne servait à rien, et rien de même, avec des petites rides au coin de l’œil
      va falloir mourir nu, exempt de toute
      condescendance

    que toute la nuit s'en aille en terre, s'en aille en terre
    22 août 2020

  • vivre en lambeaux

      il n’y a qu’à couper à travers champs, à travers champs c’est plus nomade

      les nuisibles et leurs familles – elles se déchirent le voile, elles s’effacent la vue, dégringolent à vide

      vaincre restera sans conséquence. la défaite fera d’une pierre vacances, d’un parapluie lévitation

      je parle d’outre tombe or qui parle là ? un cheval de troie ? l’angle mort à marée basse ? cassandre ressuscitée ?
      il a fallu bouger, d’abord

      du petit-quevilly j’ai retenu le nom, les maisons basses. l’improbabilité d’être un ange

      tout s’est comme il faut
      pendu à raison close . et les amours d’alors il n’y en avait pas; et les amours dès lors il n’y en avait plus

      car ce n’est pas ma vie ça, mais celle d’un autre, sa destinée prématurée – fausse dent dans
      la mâchoire grand’ouverte

    20 août 2020

  • pierre ou caillou

      il y a, dans mon appartement, quelqu’un de tout petit, quelqu’un de minuscule, de pas plus haut qu’une marche
      il boit sa raison chaude

      je n’apporte pas grand chose sur la table: mes mains, de leurs longs doigts. un couteau qui coupe mal car je ne cesse de me couper. une tasse. dans laquelle je bois l’eau, le thé, le vin – enfin… tout ce que je bois
      de mes doigts effilés

      je reconnais peu de poésie à la mer, pas plus qu’au chemin menant à la mer. il n’y a en moi nul horizon, et la lumière si lumière il s’y trouve ne provient pas de moi mais de plus loin au fond, ou d’en-dehors
      de moi-même je n’éclaire rien, n’émet aucune lueur

      la poussière s’accumule dans les angles, sur les surfaces planes. aérer chaque jour, même en hiver, mais jamais trop longtemps
      une vie macère en moi, l’habitant de ce lieu

      toute clarté me traverse, tamisée comme si j’étais une vitre opaque, laissant filtrer la lumière du jour sans pour autant risquer d’être vu du dehors où
      flottent les yeux, mâchouillent leurs prunelles

      des images pendent du plafond, peu réciproques. il ne se passe rien, d’un rien épais, increvable, corrosif
      entre l’ivresse et le temps le combat continu, le combat diminue

      les doigts sentent le charbon, le charbon tout à coup. portion congrue
      il y a un temps dormir debout, une vérité ludique. un ver pendant au cul du vide, un pauvre poil…

    pierre ou caillou
    18 août 2020

  • pigeon vole


      la mort n’est plus qu’un seul homme, j’ai garé mon ombre
      sous l’arbre, car il y avait un arbre, moitié prunus moitié pourpre, et dans mes touches de gris
      la mort n’est plus qu’un divisible de l’homme je lui achète une trottinette, ça ne lui suffit pas
      de la barbe à papa, elle veut que je rapporte de la barbe à papa
      pour tout l’monde !

      lumière o ma lumière, mon étincelle, que le reste m’ennuie
      l’élaboration d’une chatte, le bavoir au crachoir, j’ai l’impression de tout avoir manqué
      manqué de cri, jauni, manqué d’poumon – cela ne parlait pas de soi

      qui m’a pris par la main, qui m’a amené ici ou plutôt, qui m’en a délivré
      un homme se tient debout, occupant le centre d’une roue qui tourne – il appelle ça son sexe
      il appelle ça sa teube
      il appelle ça et le chien lui rapporte, vent debout vent tombé, il appelle ça sa nuit or sa nuit le bâillonne, littéralement

      j’irai manger plus loin, plus loin me croque en jambe
      j’ai tellement peur, de n’avoir foi en rien
      j’encule un pigeon, un pigeon me rigole. un pigeon m’énuclée, je le décapite en deux
      pourtant jamais la tête, in extremis
      ne se penche au milieu

      la mort perd le sens de sa réalité – elle a vu trop de films
      même un cri au-dedans de moi se contente de roucouler, monstrueux
      je n’ai pitié de rien, crucifié sans les clous, avec
      de simples punaises. bref on est mal…

    16 août 2020

  • paume couverte de bleus

       un jour je ne me rendis compte. or un jour ça compte. même si pour rien, un jour ça compte
      même s’il ne se souvient de rien, un homme est juste. lequel ? n’importe – celui-ci ou celui-là, du moment qu’il n’est ni soi ni moi
      à tout hasard s’échange

      venir d’ailleurs allait à pied, gagnait le large en comptant sur ses doigts. est-ce que je compte sur mes doigts, moi ? s’étouffait-il en se mordant la langue, ne distinguant plus en lui le gengis khan du simpson
      abèbablom toukifèblom* furent ses dernières paroles, car il avait gardé son âme d’enfant

      le vent se lève, ce qui n’implique aucunement qu’il se couchera jamais, simplifia t-il puisqu’il avait besoin de ce genre de subterfuge qui lui soufflait, imaginait-il, de l’air dans les oreilles
      moi aussi j’ai eu un père, se fâchait-il, présumant à raison que cela ne le préserverait de rien, ni du mensonge

      un homme à faire semblant. une planète ne sachant plus que faire de lui, ni des blaireaux traversant la rue au passages cloutés, de la mousse à raser, des femmes s’obstinant dans leurs fausses déclarations alors que toute jouissance avait bien déserté l’âme comme le corps des corps ambiants, des âmes contrites, tristes perdantes
      du pas-grand-chose qu’il en reste nous allons faire un festin, de fellation complète, se réjouirent-elles

      ça va ? toujours aussi amoureuse ? toujours envie de buter un cheval, qui serait évidemment ton cheval, et auquel tu refuserais catégoriquement de verser à boire
      une tête de foin conviendra tout à fait. on n’en parlera pas au comice, on évitera toute allusion, toute provocation. on gardera juste une allumette en réserve car il arrive toujours un moment dans l’histoire et quelle que soit l’histoire où l’on doit et se doit de
      foutre le feu…

                                               *  ams stram gram, pic et pic et colégram

    paume couverte de bleus

    14 août 2020

  • d’au milieu sonnent les os

      un homme s’arrête là, soupesant sa destinée en terme de milliers et millions d’années, ballonné de méthane
      nous tiendrons donc jusqu’à demain, résuma t-il en se griffant la verge
      le mort était-il mort, il n’en sut jamais rien

      si notre vie dépend de vivre, nous sommes perdus, s’agita t-il sur sa chaise aussi bornée que bancale
      le confort ne fait pas de vieux os, rétorqua t-il sachant bien qu’il rétorquait n’importe quoi, mais que tout ce qui s’affirmait définitif semblait de fait se rapprocher de la vérité, l’effort en moins

      je suis épuisé de ma peur, à tel point que ma peur n’agit plus. c’est un homme qui dit ça et il ne faut pas croire qu’un homme toujours se cache
      derrière un homme, plus ou moins le même, surtout quand il n’en est qu’à sa troisième cigarette et qu’il vaut mieux de contrebande plutôt que reconstituée à partir de mégots ramassés
      à la sortie des stations mères…

      j’arrive à peine à dire bonjour, ne parlons pas de bonsoir… entre s’éblouir et s’aveugler, les dents s’acharnant contre les racines, prêtes à tout, mastiquant salivant
      d’un autre côté l’homme une fois mort ne se relève pas la nuit pour aller pisser ou flairer la femelle, tant la femelle se fêle

      j’ajoute un mort, mais dont je retire l’âme, les os et la raison, d’être ou ne pas. et tout ceci jusqu’à réduire l’humanité à un seul homme, cet homme-là, l’homme tant qu’il peut
      ou dès lors tant qu’il respire, anticipe son repas, détaillant le menu
      aucun soleil, jamais, ne fut heureux, se rassura t-il, menaçant…

    12 août 2020

  • nos maisons sont transformables en bêtes mais nos bêtes

       nous avions tous un jour une maison plus ou moins bancale et ne tenant que par quelques minces fils d’araignée
      l’araignée s’étant noyée, la maison dégringolait. d’autres pleuraient, certains riaient

      il buvait donc. alors il buvait. je suis un homme après tout, se déclarant tel. puis se fouettait la verge. de plus en plus fort et sauvagement, la trique en sang, la verge à ses dépends
      après tout je suis un homme, se réhabilitait-il

      j’ai la braguette facile, la peau du zob bien tendue, suis à quatre-vingt-dix-huit pour cent éternel, en toute tranquillité, en toute tranquillité méduse
      conscient de ne faire qu’un avec le tout, il ne s’en sentit pas moins seul et comme à part du tout, au bord du trou

      les conséquences sont lourdes, de je ne sais quoi mais lourdes. il rêvait d’être sans conséquence, de ne porter pas plus que l’air qu’il ou qui le respirait, ni plus à conséquence
      or il mentait. pour ne pas dire: donc il mentait
      quoi qu’il mentisse

      la chute c’est la cerise, les ailes du cercueil, pensait-il se pensant homme, quoique homme fut de race, et de race il n’en était
      on s’arrête sur la route, on se bouffe une choucroute, on se croit mortel et effectivement, toute notre vie passée à occulter le jour et la manière où nous par laquelle perdîmes
      pied, ainsi que virginité

    nos maisons sont transformables en bêtes mais nos bêtes

    10 août 2020

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