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assis là sur un banc


  • bouchon mais pas toute sa raison

      mourir ne m’a rien fait. enfin… au début peut-être un peu, mais ensuite rien. rien à la fin


      non pas d’un rien absent, comme on dit que l’obscur n’est qu’absence de lumière. mais d’un rien présent, comme par-dessus l’absence une absence d’obscurité qui viendrait approfondir  ou parachever la première
      un sexe en toute pureté
      un sexe sans y toucher
      un sexe qui ne tache pas
      là exactement où ça fait mal   je refais les métiers


      une deux trois quatre et à l’envers constitue un métier. le métier d’être beau, belle
      et puis ceux se faufilant entre les gouttes et pourtant tout mouillés, même par temps sec mouillés
      slalomant d’entre les attentions, habiles à ne pas éveiller le soupçon, se rendant invisibles, invisibles à tel point
      qu’ils ne se reconnaîtraient pas assis l’un en face de l’autre
      dans le métro par exemple, ou face à soi à travers le voile épais, le verre embué, le strabisme éberlué
      la signature en sang   tu taches ma robe tu taches ma cuisse, j’ai le doigt tout crispé


      je parle à mes amis mes amis qui ne sont pas d’ici, pas de ce monde. oui je sais que je ne peux avoir d’ami, de commun, de sol ni de la
      je décroche le téléphone et quand le téléphone me parle je n’écoute pas le téléphone – je m’écoute tomber, tomber, sans même arriver plus
      à souhaiter m’écraser   le balise

    16 septembre 2020

  • baraque people

      il 
    fut un homme il ne fut pas un homme
      pas un seul
      ou si peu

      le vide ne fait pas la différence entre flotter ou couler. jamais il ne bégaie.  c’est l’amour et c’est un champs, de pierres retournées, de pierres déterrées. nulle part de clôture.
      au troisième avertissement je lâche les freins (cf les contre-indications), tous les freins sont dehors hélas, le banc se vide hélas, le banc
        se vide

      nuit qui ne m’appartient pas, ou pas seulement à moi, nuit
      où l’on ne s’appartient pas  où l’on s’échange
      où l’on se mire et se reflète dans les yeux du grand rien
      lequel d’ailleurs ne saurait être grand
      aux yeux si vastes néanmoins qu’ils ne
      reflètent
      strictement rien

      tu pleures comme tu nies ou alors moi aussi, moi aussi le mille-pas
      le mille per mui le mille per tui, radin des pommes, gercées les pommes
      et qu’on me dise laisse-la, ne fais pas attention à ce qu’elle dit, ce que je dis, d’elle ou de moi c’est tout cousu
      de fil rouge me dis-tu, tout décousu de moi, d’elle,
      des accents millépines

     pour moitié les morts sont associés à l’autre
      moitié  de ceux pas tout à fait morts encore, mais qui le deviendront, si les premiers en ont envie et qu’on leur tend gentiment
      un os
      à ronger

    baraque people
    14 septembre 2020

  • ce que tu dis n’a pas d’importance

      la langue d’une fuite, la port
    également
      s’est entrouverte


      on y a mis le sel, la naissance et l’eau froide
      glaciale même
      des mauvais jours


      j’étais certain
      de ne pas vous revoir, vos gestes
      à réparer les trous –
      vos lèvres en filigrane

    13 septembre 2020

  • peu de subtilité

      chien méchant étincelle douce, mais ne me mords plus, je t’en supplie
      demain j’immonde, or dès hier déjà je ne me sentais pas raccord
      alors je marche. je marche je marchai. et je marcherai sans doute
      jusqu’à rupture d’anévrisme ou bien la fin des temps. debout assis couché je marcherai têtu, quand bien même il n’y aurait
      pas de fin au temps – rien qu’à la marche. ma marche. mon temps. et tout ce qu’il y eut
      à quitter
      à quitter seulement

      mon chien ma loupe, et pas plus gros que ça
      ça, là
      et ça, et là.
      c’est jamais un soleil qu’on cloue à une croix, mais une loque
      soleil réduit à un œuf pondu par une croix en loques – ainsi du moins se présenta t-il à moi, un soir que…
      un soir, forcément.
      et j’ai mis longtemps à…
      longtemps, évidemment.
      que je sois encore là-présent ne faisant toujours pas
      partie du miracle

      le bruit que ça fait quand ça tombe. j’écoute le bruit
      quand ça se relève ça ne fait guère de bruit, ou si ça en faisait ça résonnerait comme une indistinction
      d’aria et de pet foireux, ce genre d’indistinction. je n’ai rien dans les mains
      je n’ai rien hors les mains
      des clous entre les dents – pourquoi donc invariablement rouillés dans le poème ?
      et le poème de quoi, de toute façon ?
      le poème rouillé, le poème cloué
      le poème troué
      traduit d’on ne sait quoi
      d’on ne sait où

    peu de subtilité
    11 septembre 2020

  • ton voisin ma voisine

      les cils de ta chatte mon amour
      retombent en désordre.
      il y a longtemps que je t’aime mais là j’ai mal au coude, sauvagement au coude
      au coude d’avoir mal, au coude retourné, au trottoir sur son angle, le mauvais angle
      mon pouce extrudé, le mineur détourné – j’ai dit pouce, dit le mineur
      j’ai rien entendu, lui répond le majeur

      maman s’est fait un beau manteau, même s’il lui restait peu de poils, maman s’est fait un beau manteau.
      j’ai remonté la rue des pyrénées, du cours de vincennes jusqu’à rue de jourdain, rue de jourdain et pourquoi pas plus loin
      c’est une courte rue, du moins dans le sens de la longueur, car elle a le cœur large
      tout le contraire de la rue des pyrénées qui elle
      est incroyablement longue
      malgré son âge

      ayant toujours peur que quelqu’un me morde je ne sors
      jamais sans mon masque.
      d’ailleurs je ne sors pas. une vague
      nostalgie de la mer un peu comme une envie de
      dégueuler par-dessus bord, une affreuse gueule de bois. mais les ferries toujours
      irréprochables, et le personnel des ferries
      invariablement exécrable, les militaires si calmes
      les militaires si tristes, peinant à s’endormir
      sur le ferry

      on ne se ment pas, on s’aime encore
      quand même un peu
      on culbute la française.
      je voudrais un toit tout au bout de mon ciel.
      tu crois qu’on finit par se pardonner soi-même, de je ne sais quoi d’ailleurs ?
      de ne pas avoir été aimé, ou pire encore, de
      l’avoir été ?
      mais de n’avoir pas pu ?
      crois-tu ?

    9 septembre 2020

  • mardi zombi

      la boca pleine de boue, la boca pleine de bouche, tu vas loin
      assis là dans un coin, assis là tu vas loin
      ou trop près
      ou si près
      assis là dans ta bouche
      ta bouche la boca

      il y a un homme en toi qui ne renoncera pas
      il y a un homme en toi qui refuse de crever, qui le refusera jusqu’au bout, qui ne peut pas ne pas le refuser
      cet homme-là n’est pas le pire ennemi de dieu – admettons qu’il en soit le pire ami, à la rigueur
      il y a un homme en toi qui ne sait pas comment on fait, ni comment chaque homme en soi
      s’en sort, ou prétend s’en sortir bref, comment il continue malgré tout et fait pour continuer avec à l’esprit constamment présente l’idée
      qu’il ne s’en sortira pas

      sortir du bruit, de la boîte à bruit
      pour percevoir enfin la voix pure, très pure, parole unique imprescriptible
      sans point sur les i, sans accent circonflexe, sans se barrer la route
      sans se barrer la route cependant
      parvient à s’échapper

      j’ai sale métèque, sale métèque t’as vu ça, ma gueule de
      piètre contrefaçon, béquille de remous, et pourtant je battais les enfants moi quand j’étais p’tit, je les frappais avec le poing dans la gueule :
      tout me sert de gueule
      tout me sert de poing
      tout me sert de poing dans la gueule
      mon poing
      ma gueule

      la boca pleine de sable, la boca pleine de merde
      le sable, quoi, de la merde solaire disent-ils
      ils en disent tellement…
      il y a tant de choses avec lesquelles on doit vivre
      et pléthore de consolations pour supporter toutes ces choses avec lesquelles on doit faire
      avec lesquelles on doit supporter de vivre
      toutes ces consolations, la boca pleine d’orties, de vipère
      le colon plien d’oursins, oh les mauvais coussins

    mardi zombi
    7 septembre 2020

  • sans émotion le singe

      j’ai repeint ta vie en bleu – un genre de bleu gris, très triste, plutôt morne. je me suis dit que ça cacherait au moins les taches, tout en restant discret. car tu restes discrète avant tout. tu te coiffes toujours de telle sorte qu’on ne remarque pas de quelle sorte tu te coiffes, et ça rend parfaitement. je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, parfaitement – quelque chose qui te répugne j’imagine
      quand ainsi tu te défais

      tu as tes règles et le ciel tranquille aujourd’hui, baleine éventrée couchée sur le côté. de cette tranquillité-là. tandis qu’on s’endort seul, s’éveille seul, marche seul sans pour autant toucher sol on dit qu’on n’a plus pied, qu’il n’y a de toute façon plus rien à gérer et qu’on a tout le temps, puisque ne reste que ça, le temps – ce vide tranquille, baleine échouée, et là comme une portée de chiots tétant quelques moments encore
      leur mère morte

      j’ai cru que tu ressentais quelque chose, que lorsque tu me présentais sournoise le miroir, il s’agissait d’autre chose que de ton cul, ni n’écartais pour rien les jambes à angle droit, d’équerre et comme une injonction pesante. je n’y suis pour rien tel que j’en tremble encore un peu, et si je croise de même un semblant de regard, de ce regard-là qui
      nous arrache à nous-mêmes

      des chiens errants j’en ai croisés pas mal, quoique très individuellement. je m’accroche à tes basques l’odeur doit y être pour quelque chose je pense mais que ferais-tu sans une ombre à piétiner, ni t’embrouiller les jambes ? je veux bien faire quelques pas avec toi et descendre le parc, toi sur tes talons moi sur mes gardes. le soir tombe déjà et on a tous à prendre un tram, un car ou un ferry – tout dépend de l’intensité souhaitée
      à perte, et du sens de l’éloignement

      j’arrive à quelques zéros près. où je tourne plus rien ne se retourne: tout va déjà à l’envers, le ciel sens dessus dessous, ou alors très bas. c’est sans émotion que le singe reconnaît qu’il n’est pas singe, ainsi qu’il a pu le penser des années durant cela dit, que la queue tombée, le masque puis la grimace. il eut fallu avant toute chose et qu’il ne soit trop tard
      t’embrasser sur la bouche au minimum

    5 septembre 2020

  • pluie contre soi, tout contre soi

      et quand je mourrai, puisque c’est le genre de choses qui finissent par arriver malgré tout et sans qu’on ait à s’en prendre à soi-même, je ne voudrais alors personne entre moi et dieu – tout juste le néant, jusqu’à ce qu’il enfin
      s’illumine…

      ce n’est pas grave si tu es un peu ébréchée sur les bords, ou peut-être légèrement fêlée. ce n’est pas grave si tu n’es pas vraiment carrée, ni tout à fait propre non plus. ce n’est pas grave si ton chewing-gum n’a plus de sucre et colle mal à la langue. pas grave si ton chewing-gum de langue, et si parfois tu doutes encore. non, franchement, ce n’est
      pas grave crois-moi

      mélo mais drame aussi, tu t’es tordu le pouce. le reste à l’avenant, fragile débordement, ou linge au vent gentil. tu sais qu’on ne me parle pas sur ce ton-là, ni sur aucun: chaque carte un souffle, se bâtit la tourmente. après on écarte les doigts, pas trop si ça fait mal. je ne veux pas trop te faire mal – juste de quoi m’assurer
      de ton attachement

      répare ton âme. répare ton âme d’abord. on verra après si je te lèche la fente. je ne peux pas éternellement colmater les brèches, m’enduire de ta douleur. je dois respirer de temps en temps, même si je ne respire rien. je t’ai fait un pansement avec ce qui me restait de pitié
      et de désinfectant

      tu appuies sur mon dos et si légère sois-tu (à peine le poids de détourner le regard), toute la force de gravité ne s’en est pas moins concentrée dans ma colonne vertébrale – ce qui me pousse à te demander, peut-être à te redemander une fois de plus: t’es-tu sur mon dos posée nue
      et me dénudes jusqu’à la moelle ?

    pluie contre soi, tout contre soi
    3 septembre 2020

  • des êtres humains, par désespoir

      les ongles sont coupés. même ras, ils restent longs
      même nu, je reste déguisé, affublé d’un corps étranger
      et si je marche toute l’éternité, finirai-je par te rejoindre, éternité ?
      et si je marche à reculons, finirai-je jamais par
      retomber sur mon cul ?

      le seul moment de ma vie où toute douleur m’a quitté, où je fus totalement vidé de néant, et du poids d’exister. le seul moment de paix réelle
      dès lors ma chute, ma faille eurent un point d’ancrage, un terme et un commencement, un repère à partir duquel évaluer leur insondabilité, l’inépuisable de l’absence-mère

      il y a des trottoirs dont on change souvent, tandis que la rue
      demeure invariablement la même, lit de chats écrasés.
      il en va de ci comme il en va de ça, toujours à la dérive, toujours
      retournant le sable dans l’espoir insensé d’y retrouver la mer
      l’odeur ou le chant de la mer
      le sel au moins
      ou le moindre grain de sable, si tu veux…

      d’un corps noyé tu feras un grand V, les ailes sectionnées
      tatouées de hiéroglyphes dénués de toute signification
      et j’ai reconnu là ton visage, l’ovale
      d’un visage en tout cas, alors même que les traits que je lui dessinai
      ne représentaient plus grand chose finalement
      – c’est incroyable ce que la fin peut durer parfois
      et parfois tout le temps

      quand je me réveillai, je ne me trouvais déjà plus à mes côtés
      est-ce cela, se survivre malgré tout, ou ne plus se chercher d’alibi ?
      tu ne me verras plus traîner le long du canal, ni dans les ruelles derrière le port. et si quelqu’un a mal je l’écouterai souffrir – je n’ai rien d’autre à faire et tant pis si
      souffrir se tait dans ces cas-là. une oreille toute ouïe à la voix sous couvert

      une angoisse si pure, sans mélange, celle qui n’a pas de raison ou qui découvre
      en chaque chose un motif, un prétexte. le pain
      qu’on n’aura pas béni, l’inarticulable
      resté en travers. promesse perpétuelle, promesse intenue
      d’un été tout pourri…
      il y a ne pas être né. il y a
      ne se sentir être
      que ne se sentant rien

    1 septembre 2020

  • soleil vacant

      il y avait quelqu’un au bout de la jetée
      quelqu’un de tranchant.
      j’apporte ce que je peux: des boutons qui n’ont pas refermé, des boutons
      qui n’ont jamais ouvert. je recouds les soupçons
      avec mon pouce

      personne n’a mes dents. personne ne
      mord ni ne rit avec mes dents.
      quand on ramasse un bout de bois on se baisse d’abord, puis on se lève. on n’a fait que déplacer le bout de bois et ce faisant on en a changé le sens à nos yeux
      et le sens en a peut-être modifié la nature en retour, ou le sens de sa nature à nos yeux.
      personne n’a mes dents. elles
      tombent toutes seules, depuis toujours

      tant qu’on respire on n’a pas encore tout perdu. il reste quelque chose à perdre. ce qui suppose qu’on n’a toujours rien compris
      la sagesse des morts leur blanchit les dents, mais je doute qu’elle leur joigne les paumes
      qui ne leur servent à rien, pas plus que les dents

      reste t-il une plage hors la tristesse, la sauvagerie de la tristesse ?
      existe t-il une plage ? une marge à l’océan qui après tout ne fait que s’effondrer sur lui-même
      supportant le cri des mouettes
      ou ne le supportant pas

      supposé qu’un homme me baigne, ou une femme
      supposé qu’il, ou elle, me maintienne la tête en arrière, jusqu’en pleine lumière, une main glissée sous ma nuque
      supposé que je n’ouvre plus les yeux, que plus rien ne me force à ouvrir les yeux, nul danger
      supposé que je n’existe plus, que je ne différencie plus pile de face, le profil du côté
      je marche à l’ombre de moi-même, désespérant
      de jamais la dépasser…

    soleil vacant
    30 août 2020

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