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assis là sur un banc


  • montrer du doigt les vieilles fessées

      les gens qui se retrouvent le dimanche pour paresser en commun, ou la patience orthodoxe
      on finit par ne plus se reconnaître, par ne même plus se voir à force d’être là
      qu’est-ce qui manque à un mort ? une glace en été, l’été à lui seul sans doute
      ne suffisant pas. qu’est-ce qui manque à l’appui ?

      que l’on vive de près ou de loin est également odieux, j’ai donc emménagé une maison au milieu
      l’eau n’entre que par la porte si on ouvre la porte, et le soleil par la fenêtre quand on ouvre la fenêtre
      ça m’a fait tout drôle d’habiter quelque part, j’ai pris le temps d’apprendre l’adresse par chœur
      quand l’homme s’effondrera la maison elle se dressera là, toujours au milieu, toujours à
      la même adresse

      tu me racontes une histoire tu ne me racontes pas une histoire. tu me racontes
      une histoire sans histoire, un genre de non-histoire
      celle d’un homme avec un balai, qui ne savait pas dans quel sens balayer et qui poussait les feuilles mortes, les mégots les papiers
      d’un côté puis de l’autre, d’un côté ou de l’autre, indifféremment
      c’était un homme avec un balai et donc il n’aurait pu
      exister sans balai, qu’importent les feuilles mortes, les mégots les papiers

      il a embrassé sa femme sur le front puis on l’a vu s’enfoncer dans les bois
      touffus sont généralement les bois mais pas en hiver, du moins sous ces latitudes
      de plus cet hiver-là les chasseurs restèrent chez eux bien au chaud – à cause du froid  d’une part, mais aussi parce qu’ils avaient terriblement envie de copuler
      d’autres femmes avant lui s’étaient donné la mort au fond des bois, s’étant bourré de cachetons, certaines fans d’elvis presley
      lui, à tort ou à raison, n’appréciait guère elvis presley – chacun ses convictions après tout…

    2 janvier 2021

  • je suis dans la montagne avec les animaux

      il raconte une histoire, une histoire une histoire
      et comme personne ne l’écoute, il se met à chanter
      à chanter ou à pleurer, cela dépend
      du sens du vent, de comment il s’habille

      en toute connaissance de cause, mais sans celle des effets
      il est vrai qu’il tombe
      de haut, de bien plus haut encore, quoique du haut de rien
      il serre dans sa main un tout petit caillou
      qui n’est pas le pur esprit

      je reviens parmi vous en fantôme poli
      invisible sans être transparent, insaisissable inexpression
      je vois une balançoire dans un parc minuscule, j’aimerais tant
      m’y balancer quelques instants. je n’ose pas
      je sais que si j’osais, je le regretterais

      je suis l’unique témoin de mon œil et ne sais pas quoi faire de ce qu’il voit, qu’il soit
      ouvert ou fermé
      ou seulement entrouvert, à peine clos
      quelqu’un doit passer m’apporter de l’alcool
      quelqu’un tarde à passer
      ma voix reste bloquée, mon souffle mal taillé

      au début de rien il y a le pas grand chose
      on se concentre et quand on en a marre on souffle dessus
      comme pour le soulager, le faire disparaître ou simplement
      sentir le souffle sur sa peau
      le pas grand chose des fois ce peut être un vélo, le tout premier vélo, sur lequel on apprend
      à faire du vélo
      à presque s’envoler

     

    je suis dans la montagne avec les animaux

    31 décembre 2020

  • quitter l’navire

      au plus offrant je n’offre rien. je reprends
      la navette en sens inverse, j’y couve mes yeux
      repasser dans sa tête le film et le film ne conclut pas, n’aboutit
      pas. il faut tout se laver ne rien oublier allez lave-toi
      le prépuce, les intestins, le tympan. surtout le tympan. le tympan c’est important

      j’arrime une fée. une fée cédille. un genre de vrille
      sans réfléchir à l’eau qui goutte, sans réfléchir à l’eau qui stagne, en homme de paille. en homme
      en empaillé, en homme dépenaillé. sans réfléchir à l’eau du tout, narguer
      le continent

      se savoir mortel vide les lieux, on est bien avancé. vide les yeux
      comme une bête. il y a longtemps qu’on se promène ainsi, divaguant, refoulant
      tout dans l’unité gore – les rêves sans permission, la déliquescence…
      il y a longtemps qu’on se malmène ainsi, on est
      bien avancé

      la rage sans le poing. le poing tout arraché. des fils de fer en guise de nerfs, allez,
      faut tout arrêter, le sport la cuvette, l’espoir d’un mauvais coup…
      ainsi parfois dérape le genre, patine l’impatience – on aimerait entrer dedans on ignore dans quoi
      la peau d’un autre se referme sur moi

      radiographies de l’insoluble, et t’en sais quelque chose
      quelque chose est un bien sans maître, et donc pas vraiment un bien encore, elle glisse sous les ondes
      du choc et de l’acquisition, de la
      définition. pour l’instant on s’assoit, on reste assis on
      laisse filer le temps, en rat familier

      c’est toute une histoire, et toute une histoire m’emmerde. j’arrondis
      mes fins de course. c’est bizarre comme frapper des mains et comme on n’entend rien, comme on
      ne ressent rien, pas le bémol d’un
      doigt claqué. la tentation du large lisse ses plumes, on en sort par le haut
      on en sort par le bas. on en sort comme on peut

    30 décembre 2020

  • éculé d’ta race, vomis dedans

      les milk-shakes à l’eau. y tremper la langue. juste le bout de la langue
      il n’est pas un homme dedans. il n’est pas un homme dehors. dehors il gèle, il vente, il pleut. c’est un destin fébrile
      trempes-y juste le bout de la langue, tu verras comme ça sent bon tu verras comme
      ça lui fera plaisir. tant plaisir

      une main me crache à la figure. j’ai vécu ça
      une auto s’arrête à ma porte. heureusement, ce n’est pas pour moi
      j’esquive les silences, les blocs de silence. je me demande si tu veux. ou s’il vaut mieux
      je me demande mais je cède avant même d’arriver
      au point de l’interrogation. la mémoire mise mat

      tu changes d’évier. tu ne dis rien tu changes d’évier. tu pisses
      dans l’évier. ou à côté. mais plutôt dans l’évier, le seul par où s’échapper
      s’échapper à soi s’échapper à rien, avec un cri au bout
      avec une corde au bout. tu changes de nœud

      toute la douleur sait la douleur. non, elle ne sait rien. elle s’envenime
      la nuit venue le sang perdure, excrémentiel. se perpétue
      l’angoisse. elle est drôle l’angoisse. c’est une drôle d’angoisse

      t’as le zapoï mystique, l’errance cathartique. il fait quoi ton mari ?
      il marche sur la mer, il a les pieds mouillés, le sexe grenadine
      je le montre à ces messieurs, ces messieurs me disent, avale-le tout cru, recrache-le
      du fond d’la mer, du zapoï mystique
      et puis vomis la mer

     

    éculé d'ta race, vomis dedans

    28 décembre 2020

  • humble la terre, et tout ce qui ne sert à rien, ana na na

      mon corps est à moi, roué de poux
      il s’avance vers moi et c’est moi qu’il ne reconnaît pas
      il s’avance à tâtons à tâtons il s’enlace, voulant me retenir, il m’enlace, voulant se souvenir
      de manière quasi subtile, d’une esquive à bon dos lui ferai-je défaut

      une boule à la fenêtre une fenêtre dans la gorge, c’est comme ça qu’on s’y prend
      on s’y prend comme un nœud, un nœud
      ne s’y prendrait pas autrement, on enfonce les doigts pour en retirer débris, arêtes, relents de paysages
      relents de paysages malgré tout

      j’ai un peu le vertige en hauteur, en bas c’est plus propre
      ça tourne un peu en rond mais on s’y fait avec le temps, on se fait à tout
      avec le temps. sauf au temps. sauf aux ronds
      sauf à tourner en rond, en bas c’est plus propre et cependant
      en bas aussi j’ai le vertige

      à la mort coccineau. comme à la mort. coccineau
      tu te couches dans ton panier, en boule dans ton panier, panier percé panier papier
      si tu me regardes à travers le trou d’une serrure c’est que je suis déjà mort, tu peux me recouvrir de ta paupière
      je le dirai à personne, recouvre-moi
      de ta paupière et d’un peu
      de poussière…

      un garçon s’est tu. à corps et à cris. s’est tu
      je ne pensais pas te retrouver là. je vais à reculons. jusqu’à la ferme des potiers
      quand on remonte le chemin  on se dit que l’on décroît
      l’on décroît jusqu’à soi. à corps et à cris. un zénith flambant neuf

    26 décembre 2020

  • pas de sexe entre nous, on préserve l’espèce

      un rat menace ma famille. je l’ai eu d’un coup de bêche. fendu en deux
      et dans les mégapoles, où personne n’entend la langue de personne, les matraques ont la vie dure, rendant jaloux les humains
      qui tombent sous leurs coups

      mal accoutumé à la vie en société, j’attrape un paquet d’chips, je chope la crève
      dormir en paix n’est pas gratuit. la générosité n’est pas gratuite. un orgasme peut vous coûter cher
      à force d’appuyer sur le même bouton, on finit par
      se tordre le pouce

      à chaque bagarre une dent de perdue, ne reste que la langue au fond du trou
      elle bouge encore.
      les macchabées qui s’tripotent sur les bancs publiques, au vu et au su
      des passants ordinaires.
      même la mort ne te protège pas, ne t’offre ni le gîte ni la garantie, ne te
      caresse la tête.

      j’ai remballé toute mes chansons. en fait je n’en ai qu’une, toujours la même
      la discordance tendre corde, par où qu’on la pince discordante
      : un acte sexuel pur et simple. à la fois pur et brut. éminemment sexuel la
      déchéance de fonctionnalité, le gland tout gangrené

      tu veux dire je n’ai pas la fonction ON ?
      tu veux dire j’ai pas la fonction OFF ?
      tu veux dire où que t’habites moi je te sortirai de ce trou, je t’en expulserai
      l’anus ou le meilleur, d’entre nous
      – ce l’a quoi l’on survit ne nous le
      pardonnera pas

     

    pas de sexe entre nous, on préserve l'espèce

    24 décembre 2020

  • à la marelle surtout ne perds pas ton caillou

      les autres se retiennent
      par la manche ou par le gant. cela
      m’est complètement égal. mon père
      passe me voir tous les dimanches, il parle tout seul
      il a besoin de ça. ça va
      faire bientôt trente ans qu’il est mort

      on ne se ressemble pas. on perd contact
      on prend contact, on se connecte avec le sexe
      ou par le sexe.
      c’est comme le bouche à bouche, une fois qu’on est parti on ne se
      reverra plus. promis juré
      craché

      ça finit mal. ça finit toujours mal. et puis ça recommence, on n’y
      échappe pas. ça s’enlise en aval, mais déjà
      ça s’épuise en amont – les orchidées
      sont placées du mauvais côté, attends

      j’ai courageux du sommet
      du sommet plat du sommet lisse. je me déplace en surplace
      ou en auto, ça dépend, mais jamais pour longtemps.
      toutes les deux heures, je change de drap

      tu me caresses où ça fait mal, les cheveux tirés en arrière
      tu te retrouves derrière moi, chaque fois qu’un trou
      et c’est toujours la même histoire, même rengaine
      une autre fois peut-être…

    22 décembre 2020

  • tu t’efforceras de bruiter les amours

      je ne te placerai pas derrière moi, je ne te placerai
      jamais derrière moi. derrière moi la famine
      et vaut mieux l’avoir en photo qu’à table, la famine

      tous les gens sont heureux, tant qu’on
      ne les bats pas, tant qu’on ne les poursuit pas, tous les gens sont heureux
      à l’heure creuse ou d’un réveil matin
      tous les gens sont nombreux

      mille fois j’ai donné ma démission. tous les jours je démissionne. et tout le jour
      durant.
      alors je fais les courses, des fois je fais les courses
      quand même.
      et puis je rentre et quand je rentre, à peine rentré, je démissionne
      encore.

      parfois il est né. parfois, il fait signe d’être né.
      personne ne lui prépare à manger. personne
      ne le caresse dans le sens du poil. personne
      ne se met à poil devant lui pour danser. personne ne danse
      lui non plus ne danse pas

      il n’y a plus d’eau sous la douche. c’est une douche sèche
      il n’y a plus d’eau à la bouche. elle ne coule pas de source
      il n’y a
      plus d’eau nulle part, ni dans le ciel. il mouille un sceau

     

    tu t'efforceras de bruiter les amours

    20 décembre 2020

  • l’amour à la débroussailleuse

      un homme ça n’arrange rien. ça se présente tel quel, en s’excusant en s’excusant de quoi
      comme si la hargne ne suffisait pas, il trace des chemins qui soi-disant mènent ailleurs, ou même ne mènent à rien, c’est à dire n’importe où
      – que pourrais-je pardonner de plus, et à qui donc ?
      l’amour ressemble à ça ne ressemble à rien, l’amour
      ne me ressemble pas

      appartenir à ce qui n’appartient à rien, les figures transitoires
      un christ en loques – je n’ai plus l’esprit de m’occuper à cela ni à autre chose
      on meurt debout
      on meurt assis
      on meurt couché
      tant de façons de mourir d’une seule et même mort, où le vent paraît-il
      ne souffle pas

      l’amour à la débroussailleuse, soit, comment embrasser
      le mur où ce naufrage… il ne reluit de rien
      moi qui ait tant trahi – preuve en est que je subsiste, or je tombe de travers, je tombe en porte-à-faux
      ressassant l’home sans peine

      j’ai pas la peur, j’ai pas la mort, je vis simplement
      dans un autre pays, un pays sans dessous.
      il y avait des paysages et alors quoi, les paysages ?
      les chiens meurent dans les coins
      les vivants meurent dans les coins
      les hommes s’y terrent, ils se questionnent du regard
      ne trouvent pas de réponse
      en leur regard

    18 décembre 2020

  • ta race et des limaces

      je voudrais être délicat, dire des choses délicates – sans déconner
      avoir la matraque souple, le tonfa tagada, et cetera
      la langue seule me rattache à l’homme en tant que bestial social carnaval
      je crache ma langue. conchie ma langue. j’encule ma langue. j’ai besoin d’une larme pure
      et faute de, je crève ma mère

      ta race et des limaces – si seulement n’être rien pouvait guérir d’être seul…
      pour quoi, pour rien, entamai-je la saignée du lierre
      j’ai acheté de la mousse à raser, moi l’homme sans rasoir, et sans rasoir je tentai comme un autre
      de survivre, héros d’une heure qui passe…

      un chien nourrit sa race, une race nourrit son chien
      quand elle le peut. quand elle a les mains libres. le jour où je m’évade ne viens pas me renifler
      l’anus ni l’aisselle.
      au-delà de l’imaginaire git un trou, un trou de taille respectable, néant sous l’auréole

      ai-je caressé la joue du chien ? si l’homme est l’être qui sait qu’on lui ment et se sachant mentir, ai-je sucé la chatte d’un menhir ?
      je meurs d’envie d’en être un autre, figure du rien – et quel intérêt de mourir si ne meurt
      que l’orgueil d’être moi, les oreilles rabattues, le chemin distordu ?

      je ne me laisse mourir de rien. on ne meurt que de rien je me meurs voilà tout
      pourtant j’ai
      le sourire carnassier, pourtant j’ai
      l’allure débonnaire, au jeu de comment je marche et si je ne marche pas regarde
      comment
      vivre fusionne au saint esprit

     

    ta race et des limaces

    16 décembre 2020

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