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assis là sur un banc


  • rêverie soyuz

      à la vie à la mort, je n’ai rien ajouté. j’ai la mort à côté
      je crois je ferme les yeux. mes yeux se ferment. je n’arrive plus aujourd’hui à
      contrecarrer. je sors du temps. le temps ça sert à ça
      les psychotropes
      la cuisse du verglas
      : mourir élargit l’horizon

      mourir m’habite. du coup je meurs à vide
      j’espère bien renaître un jour, au petit jour
      remis à jour
      un jour tout comme un autre
      je connais les nuits torrides, les nuits corrida, les nuits glaciales entre deux pôles
      désormais les nuits
      ne sont plus que de nuit

      abrège la pente. porte la sur ton dos
      on n’a plus rien à craindre, la crainte à craindre. on a peur de tout
      l’ennui s’ennuie bâton en main, qu’il touille du fond
      si je n’ai rien à dire, c’est déjà quelque chose
      et quelque chose c’est déjà rien

      mon port mobile. mon large accessoirement ne bouge pas. s’enfonce
      je bande d’une femme. autrement dit une femme me bande
      les yeux en demi-teinte, les yeux à peine éclos, une femme me bande c’est décidé
      – lequel d’entre moi n’y
      cédera pas

      j’ai un homme et quand il vit, c’est qu’un fil le rattache
      j’évite le milieu je glisse vers les berges, me subordonne au large, sage division
      il y a de quoi se noyer dis-donc et tout du long
      quelqu’un m’enlace la cheville, la cheville est trop basse
      et trop basse si proche

    20 janvier 2021

  • petit pays tordu

      ils se cherchent, prenant soin de se chercher là où ils sont sûrs
      de ne pas se trouver, proximité inclue, ils se cherchent prenant soin
      de ne pas se trouver certes il y a, certes il est
      une politesse de l’âme, un sourire de perdre certes il y a
      mais ce n’est pas de ça encore
      que l’on parle
      ça dont on parle

      il y a des crachats rentrés il y a
      des allumettes intraverties, qui ne s’embrasent pas ou qui foutent le feu
      à des crânes rasés, à des amours déchues ou qui n’ont
      pas existé vraiment, comme on n’a pas existé vraiment
      même prenant tant de place, tant de place étant libre
      d’espace décimé

      être mortel me va, tant que je ne meurs pas
      le rond-point des gilets noirs, le faisceau de circonstances
      à peine atténuantes
      c’est pas la peur de ne pas vivre c’est juste la peur
      que ça ne serve à rien tiens une mouche
      se pose sur mon bras
      et plus profond encore

      rien ne me rassure. rien
      ne me rassurera. entre quelque part et nulle part
      s’insinue ma douleur
      et ma douleur répare
      pas l’hiver bien entendu, pas le banc qui s’effondre, se roule en boule
      mais ma douleur répare
      le simple réparable entre nulle part
      et quelque part

     

    petit pays tordu

    18 janvier 2021

  • anticyclone

      nous sommes des gens très bien, des gens
      qui pissons dans not’ slip, qu’en n’avons rien à foutre
      si la roue tourne à gauche, si la roue tourne à droite, ou zigzague en tout bien
      tout honneur, il n’y a pas de poème pour ça, il n’y a
      pas de poème pour nous
      on tourne tout droit et on s’enfonce
      on tourne tout droit et on s’écrase

      voler nous donne des ailes, en tout bon charabia – voler
      quand ne reste qu’un ciel, sans couleur évidemment.
      je ne parle pas à mon voisin. je ne parle pas
      à ma voisine non plus. j’enfante un train en marche

      voler ne sert à rien au sein d’un espace sans frontière, d’un espace
      non confiné. la mort en somme
      ou par déduction, la mort par addiction nous refusons caté-
      goriquement
      de réduire l’espace à un chemin quand bien même l’espace ne saurait se
      déplacer autrement

      tu me lèches la main, c’est mieux que rien et, va savoir, peut-être plus que tout
      moi je ne domine rien, tu sais bien que je ne domine rien, je me tiens à carreau
      on ne meurt pas tous en même temps ce qui permet
      une bonne aération, une aération
      en quelque sorte naturelle

      je ne prétends pas faire un homme – tout juste le
      bâton d’un homme, sur lequel s’appuie
      un vide. ou à défaut toute une science
      du vide
      et malgré tout cela me manque

    16 janvier 2021

  • je me mange, je n’fais rien

      ce chien est rouge tous les chiens heureusement
      ne sont pas rouges, or celui-ci précisément
      est rouge. on s’en accommode
      ou pas
      non tant d’avoir vécu – ça c’est fait – que d’avoir encore à vivre, sans raison vraisemblable
      ni même valable, et valodia qui dit allez, on r’met ça
      sacré valodia va, zapoï épique
      épique et colégram
      un peu beaucoup passionnément
      voire pas du tout

      ils ont les mains libres c’est à dire qu’ils n’en font rien qu’ils n’en
      branlent pas une – les hommes
      courent après les femmes, ça les occupe, ça occupe les femmes
      aussi. les vrais gagnants
      dorment en boucle, squattent nos lits
      du coup nous on se nique le dos

      je ne crains pas d’être distrait du vide quand tout me ramène
      au vide dans son cri d’oiseau, au vide quand il se tait, quand on le tait, que le silence à coups de masse
      le réduit.
      il n’y a plus que l’air et un poumon
      plus que l’air
      et un poumon

      si on a le choix c’est qu’on ment.
      j’ai un petit truc rouge
      au bout du fil, car j’ai un fil aussi, me rattachant
      à rien en particulier ou à un pe-
      tit truc rouge – ne serais-je au final que ce
      petit truc rouge là, au bout duquel pend
      l’homme qui ment, hésitant entre rien et le rien, l’insignifiance et la
      conscience de l’insignifiance

      et malgré ce, il aime
      il aime, il pense à ça il ne vit pour
      rien il ne vit pour
      il a rendez-vous au dentiste demain matin il a déjà la veille au soir
      sorti sa brosse à dents ses affaires propres lesquelles reposent
      sur le piano désaccordé, il est désaccordé il n’a peut-être même plus
      de corde
      de dent
      ou d’affaires propres

     

    je me mange, je n'fais rien

    14 janvier 2021

  • krasny krasny krasnaya

      un nœud n’est pas un nœud, pas tout à fait un nœud
      mais déjà plus qu’une corde, déjà
      au-delà de la corde. un nœud
      me serre le cou, le cou la corde, je ne
      suis qu’âme après tout
      après mais vraiment tout
      – qu’âme
      émergeant d’après tout

      mon dieu remue
      les doigts dans ses poches, tripote ses clés, lesquelles
      ne ferment rien
      n’en ouvrent pas davantage
      dans une totalité qui du fait d’être telle ne se peut
      ni fermée ni ouverte, à quoi donc
      sert un trousseau pour une vie en forme de trou de serrure, si ce n’est à aller, par pur désœuvrement
      faire un tour dehors, faire un tour dedans ?

      on est à la campagne n’est-ce pas, à la
      décroisée des chemins, l’équerre des jambes
      les arbres, pine dressée
      il manque quelqu’un à l’appel et pourtant dure l’appel – l’appel
      dure éternellement, presque autant du moins
      que l’absence à l’appel

      on se fout une petite gifle, comme ça, pour se remonter le moral, se donner du courage
      du courage on n’en a pas – celui de mourir prenant déjà toute la place l’en reste plus
      pour celui simple de vivre, comme si de rien n’était, bref futilement
      sans faire de vague, tout juste débordant
      d’insouciante cruauté, de coupable innocence

      qu’est-ce qu’on a fait après tout, ce n’était
      qu’une petite fille, et combien de petites filles
      trouve t-on dans l’annuaire, en
      photo de classe ou jouant du piano, soufflant des bulles
      des bulles partout…

    12 janvier 2021

  • par terre. par terre la sale

      éloigne-moi
      de la nuit, définitive éloigne-moi
      du reste de moi-même, les mains si froides…

      chacun se raconte
      sa petite histoire, tâchant de convaincre pour s’en convaincre soi-même, sale petite histoire. laquelle
      ne remplacera pas
      l’irremplaçable, avec ou sans
      boucle d’oreille

      j’ai porté la vie à mes lèvres et tant pis si
      j’en ai renversé un peu en cours de route tant pis si
      je l’ai toute renversée le goût du sable après tout
      le goût des cendres
      le goût sans goût
      du sable, des cendres grises

      l’une est la mer. l’autre le destin, mauvais
      je m’accroche à la voile, sensiblement démâté
      faut dire qu’il souffle fort. un vent à décorner les bœufs, comme aurait
      dit ma belle-mère

      tout ce qui reste debout
      ne le reste pas de sa propre vertu, mais d’un mur porteur
      d’un hasard d’équilibre ou encore par
      la grâce du néant, tout ce qui tient debout
      ne tient que par l’effort tout à fait rédempteur
      de l’impuissance

     

    par terre. par terre la sale

    11 janvier 2021

  • quelques oiseaux le perche, quelques choucas

      une prison de cassée, par laquelle s’évader
      il n’y a pas de grille
      ni de poignée à l’œil – un cœur à contrecœur, un contrecœur à soi
      s’en éloigne à la nage
      je n’ai pas compris pourquoi, pas vraiment compris pour quoi
      pas osé demander
      attendre de réponse
      on repassera demain, ou après-demain peut-être et alors, un jour, le jour où justement
      il ne pleuvra pas, on vieillira tranquille
      et on avancera
      droit devant soi
      toujours tout droit face à la mer
      ou devant soi

      la mort respire enfin, l’à plein poumon
      j’arrache les herbes
      les bonnes les mauvaises, j’arrache
      les herbes
      personne ne te questionne sur la nature du vide, personne ne te questionne
      sur le vide qui pousse en lieu et place de
      l’arbre qu’on abat
      car on abat un arbre, mine de rien, on abat
      un arbre
      là exactement où, d’entre les bruits
      repousse un vide

      où deux rivières confluent, tu choisis la plus sage
      où deux rives se jouxtent, remballe un pont
      l’absence
      se fait la malle, il est toujours temps
      de se faire la malle, en y fourrant pêle-mêle tout ce dont peut se revendiquer l’absence
      : elle s’abandonne
      si on lui demandait tout net et franchement, quel est votre péché ? elle ne répondrait pas, ou seulement
      d’un regard triste seulement
      : elle s’abandonne

      non ne me parle pas
      du temps qui passe
      ou qui tarde à passer, ou bien qui passe mal – on en vend encore
      quelques exemplaires de la sorte, mais cela fait des années que l’on
      ne les fabrique plus
      du coup je suis parti
      en pleine nuit, qui n’est plus vraiment la nuit
      ou en plein jour, qui n’est plus vraiment le jour
      quelque chose me retient par la manche et quand je me retourne agacé non, je ne vois là qu’une manche dont l’âme
      probablement blessée…

      il murmure si souvent, ce qui ne veut pas dire
      qu’il murmure longtemps – un homme
      se reverse un verre
      si petit est le verre, qu’il ne contiendrait pas je pense
      l’idée
      de le désaltérer – un homme
      se lève à l’aube, puisque l’aube s’obstine
      dans son refus de se lever en lui
      si petit est cet homme – en prêtant l’oreille, on perçoit même le léger craquement
      qu’il fait quand il s’écrase…

    9 janvier 2021

  • mal de mer

      chacun se dit et quand il pleut, où irai-je m’abriter ?
      les grilles
      du parc sont fermées, les préaux
      ne sont pas surveillés, il ne fait
      plus jamais vraiment jour, plus jamais vraiment nuit il ne fait
      plus rien, à personne
      et la personne cède
      par au-dedans

      très sommairement c’est comme
      si le temps parvenait à ma hauteur, me demandait du feu
      me reniflait les doigts d’un air inquiet, je ne sais pas
      ce qui m’arrive, s’il m’arrive quelque chose
      s’il ne m’arrive rien je marcherai
      le long de la jetée en évitant les flaques: les flaques
      ça mouille les pieds

      je ne réussis plus
      à m’oublier
      à rester dehors par le temps qui court, puis s’effondre au bout de quelques pas
      il faut boire quelque chose, de chaud de préférence
      une gorgée de ça
      faire figure d’étranger à l’hostilité du monde
      ou peigner sa poupée, maladroitement les longs cheveux
      et quand ça lui fait mal

      on n’a pas idée
      on n’a pas idée ou alors très vague, on s’en tire quand même
      à peu près, ou pas trop mal
      on se ménage une petite caresse sur la joue libre, là où n’a pas encore cicatrisé
      la gifle précédente…
      et le mal de mer, que fait-on du mal de mer ?
      que dit-on du mal de mer ? il ne faut pas
      dire de mal du mal de mer

     

    mal de mer

    7 janvier 2021

  • je n’ai pas le vertige d’un enfant qui s’abîme

      tu nies la valeur du présent et la valeur te nie toi
      me troublent les grandes filles, celles qui font deux mètres cinquante et néanmoins fragiles
      elles plient leur papillon, cherchent des visages dans les motifs du papier peint
      – que faire d’un pot de cendres ?

      la vie est forte d’un rêve ou deux cache-moi je crie
      presse-moi le crâne sur ton ventre étouffe ma panique, dis-lui que tu ne l’as jamais vue, ne m’as pas reconnu
      d’entre les mille têtes dépassant du marteau
      – cours le plus loin possible

      j’avance éperdument, irrésistiblement vers le mort en moi, mon ombre me tendant la main
      et le rejoindre enfin, négatif personnel et se lécher la langue
      dans un fracas de miroir falsifié
      – blanche colombe et tir à vue

      je ne sais comment ça se passe, ni si ça se passe vraiment
      je sais que j’aurais du rester là à t’attendre dans le froid, jusqu’à ce que mort s’ensuive, et un peu au-delà même, où de grands cris d’animaux
      face à leurs feux de tout bois, ton amour fera feu de toute herbe
      de tout brin d’herbe, paille ou poil de nos corps

      un jour de neige et toi la suce, nous n’irons pas nous balader d’ailleurs tout a gelé
      il n’y a plus de place en moi pour la pitié entends-tu: je ne m’épargne pas
      la seule place pure en moi, là où je ne meurs ni ne mens restera celle
      où ton pardon me perce, alléluia

    5 janvier 2021

  • de la nature au charbon, tout un wagon

      on parle peu. on parle peu bouche à l’envers, on parle peu
      et peu on parle plus on
      ne pense pas, ou alors à autre chose, que l’on garde pour soi
      pour se tenir chaud, se tenir froid, se tenir par un bout malgré tout
      et ne plus se lâcher

      j’ignore ce que je ferais d’une ville autour de moi, ou même d’un paysage
      une brouette probablement, à vider quelque part, terrain vague ou bas-côté
      il pleut
      tu me diras c’est bien fait pour ta gueule: il pleut
      et ni moi ni la pluie
      n’en voulons à personne

      j’ai fait l’amour à un vase timide, à un vase sans fleur
      on ne fait pas l’amour à qui on veut, on fait l’amour à qui se trouve là, et lutte contre le froid
      c’est instinctif, chez qui a de l’instinct
      après on va s’asseoir dans un café et on regarde sans rien voir, puisqu’il n’y a rien à voir
      on ne parle pas, puisqu’il n’y a rien à dire
      on reste dans l’odeur, le plus longtemps possible

      j’ai tué plus d’un homme dans ma vie, jamais pour le bonheur de tous
      il marche et quand il marche, on voit bien qu’il ne se rend nulle part, d’un pas décidé
      je n’ai fait de cadeau à personne pour noël, je me suis seulement trouvé vieilli
      comme quelqu’un qui n’aurait pas l’argent de retourner chez soi

      il va s’endormir. il vit au ras de l’eau.
      un homme fouille dans mes poubelles, il se prend pour un rat. il esquisse
      des dessins érotiques, des ébauches prédatrices. il doit se rendormir. il n’a plus accès
      c’est triste, de n’avoir plus accès
      c’est un homme triste, mais le rat en lui
      ne lâche rien

     

    de la nature au charbon, tout un wagon

    4 janvier 2021

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