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assis là sur un banc


  • nulle part sans mon duduk

      j’ai dépensé tant d’argent, ça sert à rien
      l’argent ça sert à rien. enfin plus dans ce monde-ci
      les nuits sont fraîches. dis-leur que les nuits sont fraîches, qu’ils ne s’en fassent pas
      tout ce que je pourrais dire ne saurait être retenu contre moi, ni contre soi. enfin plus dans ce monde-ci

      la danse à tout point de vue. comme on dit danse avec ton fou
      comme on dit rase ton sexe, maudit sexe. tu craches dessus
      tu craches dedans. il te
      le rend bien, dent pour dent.
      si tu veux je dormirai par terre cette nuit – ça
      coûtera moins cher

      mourir en chœur, fermé ouvert. croire en rien, l’âme pure
      c’est une question de mort ou de mort, ou de ce qui flotte entre les deux. entre les deux il flottait dru
      je me suis tout recroquevillé sur là où on ne me touche pas, là où je ne me soigne pas. parle à
      ma tombe

      qui n’a pas vraiment vécu ne peut vraiment mourir, même s’il n’a rien fait en définitive
      d’autre que ça. tu enroules le tapis, tu déroules le tapis: toujours rien
      la fleur au couteau, le couteau éjacule, t’as mal partout. ton âme a mal partout
      on dit une âme quand il y a pas d’organe pour ça

      tout de qu’on fait c’est dans la joie hourra, tout ce qu’on fait c’est dans la nature
      chiotte la nature, le ciel pendu, pendouillant
      j’irai pas jusque là, un pas plus loin un pas devant, quitte à écraser le
      testicule du vide.
      quand je marchai toi tu marchas. quand j’arrêtai toi tu suivas. ainsi donc se perdâmes
      – oh triste ironie du sort

      et pourquoi pas j’ai entendu quelqu’un dont le cœur battait fort boum boum boum. ce n’était pas le mien

    5 octobre 2020

  • une rame. en faire le tour

      je m’en vais à l’envers, c’est pour partir
      tant que les pas résonnent au fin fond de mon corps. il dort
      mon corps dort. c’est comme ça
      à l’œil nu au doigt levé, j’élague mes crampes. j’élague
      mes crampes

      un jour je raccommode une vulve, un jour je stagne en éclaireur. personne ne me reconnaîtra le droit à la douleur
      j’ai surmonté le vertige mais le vertige lui reste en-dessous, les bras ouverts
      à attendre le plouf

      inexorable dérive
      un homme à bord, ramant d’une seule rame, affinant sa déroute
      toute la beauté du monde je l’ai abandonnée. un homme nu ça a toujours l’air un peu con
      à pleines dents à pleine tôle, porté la robe du veuvage, rictus-naufrage
      un homme nu ça a toujours l’air un peu con

      j’ai l’âme fatiguée, j’ai l’âme usée – on va quand même pas en faire un poème
      un poème c’est toujours un peu naze, futile et péremptoire, un pendu sans sa corde jusqu’en rase
      campagne
      j’ai beau écarquiller les yeux, j’ai pas l’âme fâtima

      quelque chose, donc quelque chose de trop, mais à peine
      on s’embrasse dans les coins, dans les coins les plus sombres, ça s’enlise
      à bout de souffle à fond de cale, le vide s’épuise allo la terre m’entendez-vous – le vide
      s’épuise

     

    une rame. en faire le tour

    3 octobre 2020

  • largue la peste, pue d’la chatte

      le reste de l’ennui, gouttes d’une ombre qu’on essore, ou le sang qui pisse d’une dent arrachée
      c’est quand j’oublie de mourir que je suis encore le plus mort et mon ex qui me dit tiens, t’es encore là toi tiens, t’es pas encore crevé toi tiens, tu t’es pas encore pendu toi tiens, y a pas d’arbre par chez toi tiens, tu manqueras qu’à tes puces le temps qu’elles en trouvent un
      d’aussi pourri que toi je lui ai dit j’avais rendez-vous au dentiste mais je me rappelais plus quand, plus où
      quel dentiste non plus

      tous les trois on a grandi, lui en haut et moi en bas
      l’un me tenait par le bras, l’autre essayait d’avancer plus ou moins droit enfin… de tenir debout
      lorsque je suis arrivé sur place et que j’ai constaté les dégâts, je me suis dit bon, la mer récupérera tout ça je me suis dit bon, la mer récurera tout ça je me suis dit bon, mais ça puait quand même un peu et la fête déversait son trop-plein – tu sais à quel point j’ai horreur des fêtes et toutes les angoisses qu’elles éveillent en moi alors je ne pouvais manquer ça, pas une goutte de ça
      les petits matins on les finit seul, pâle comme un linge et c’est de ça qu’on parle, du dernier resté là, pas jusqu’à la fin mais après la fin, une fois tout délabré, tout laissé en plan, seul survivant et concentrant cette incroyable énergie de maudire le jour et tout ce qui s’ensuit
      miraculés les maudissants

      ma chienne s’est fait piquer. elle ne pouvait pas le faire elle-même, à cause des pattes. il faut l’habileté des mains humaines pour pomper le produit dans la seringue et l’injecter dans un corps étranger, tout corps étranger. pouce index et majeur, droit poussés du cerveau d’un couteau
      il ne suffit pas de sauter pour ouvrir un vide au-dessous de soi, mais un vide nécessairement provoque le saut, ou du moins le sursaut tant qu’on n’est pas vraiment prêt, pas vraiment prêt

    2 octobre 2020

  • zombisme social, nu intégral

      on avancera devant nous, et on ne saura pas quoi faire
      on ne saura pas quoi faire, alors on avancera devant nous
      on devant et nous derrière, sans savoir quoi faire mais dignes héritiers d’une quelconque condition, privés de rédemption
      j’ai racheté le pain et une à une en ai retiré les arêtes, les épines
      les aiguilles
      droit devant soi et nous derrière, suivant fidèles notre
      instinct de perdition

      un petit chat mourait tous les mercredis – il lui fallait son lait, sa fosse, sa branche ou bien sa mare c’est selon or moi les mercredis d’absence, je ne rentrais pas chez moi
      jamais je ne rentrai chez moi
      ni par le chemin du milieu ni par le chemin de traverse, par aucun chemin jamais je ne rentrai chez moi
      et pourtant y en avait du chemin crois-moi, du chemin au milieu
      du chemin de travers

      ton petit frère m’a dit elle est vilaine, elle est méchante, elle est pas belle non c’est pas vrai, ton petit frère m’a dit
      elle est gentille mais vois-tu la nuit, elle visite d’autres hommes, de bien plus beaux que toi, des sans cheveux des sans moustaches, des qui bavent pas
      et comme je n’avais ni cheveux ni moustache, ni ne bavais je lui demandai mais alors quoi
      ton petit frère m’a dit t’étais même pas né qu’on savait pas quoi faire de toi et ma sœur elle veut pas

      un chien m’a gavé mais alors m’a gavé grave, il arrêtait pas de pisser partout, tout l’temps, jour et nuit pissait partout, jusque sur mes g’noux
      du vent sec aujourd’hui, comme à la mer quand l’vent souffle, à la mer par temps sec tiens ça c’est marrant, marrant comme quand il y a rien de marrant au fond
      et que ce serait plutôt désespérant, s’il y avait encore matière à désespérer
      mais quand on en arrive au chien, alors là c’est qu’on tombe sur de la matière grave
      le chien, ou l’homme sans ses mains, l’homme qui a échappé aux clous

     

    zombisme social, nu intégral

    30 septembre 2020

  • nobody’s pumpkin

      la béquille d’un sexe, quand c’est dieu tout entier qu’il eut
      fallu soigner – compresses bétadine, rappel antitétanique
      lécher longuement la plaie (salive antiseptique), les onguents, le rhum…
      j’ai la croix molle, les manches m’en tombent
      et coiffé comme un gode …

      en bas la terre, en haut le ciel
      je marche à côté de ma tombe. ou bien ma tombe me suit partout, taupe en GPS
      la nuit pareil je reste tranquille – quand y a lune on voit à peu près où on va, même sans les verres, en bas la terre
      en haut le ciel mais pas systé-
      matiquement, plus ou moins haut que ça
      – ça quoi, et comment ça ? il n’avait l’air de rien et c’est à ça
      qu’on le reconnaissait, il avait beau
      inspirer l’air à pleins poumons çok bok, y avait pas d’air, nul air
      n’entrait

      les sucettes rondes, les lollipops – quelques sueurs froides par ci
      par là
      comment me pardonnerais-tu d’avoir eu honte de moi face à l’alterophyle, le surmoi constipant. je n’ai encore
      jamais fait l’amour entre corps éthérés, j’ai perdu mon corps astral, je sais même plus où j’ai foutu – pardon,
      égaré ma croix, mon slip
      sur quelle plage arrière, au resto
      de quel cœur

      j’avançais, mais j’avançais de travers
      je regardais, mais pas au-delà de mon propre regard
      jambes arquées quelqu’un pleurait vraiment à ma place
      on est tous l’étranger d’un autre après tout – de tous les autres en fait, dieu compris
      entre l’amour contraint et l’amour prédestiné, tu t’acharnes comme un taré sur la machine à café tu fous des pièces dedans tu te plantes dans les boutons c’est la gare vaugirard
      t’aurais jamais du venir ici, ni en arriver là

      puis il y eut un homme
      un trou à la place d’un homme
      puis il y eut rien
      qui hurlait les mains closes, la braguette au radar le poignet raide
      on s’est dit bonjour ça n’engage à rien de se dire bonjour
      on n’est pas vraiment du genre à s’engager
      on n’est du genre à rien, gare vaugirard
      ou n’importe quelle autre

    28 septembre 2020

  • bouddha mais pas du bon côté

      mon chien est mort à midi-vingt (prononcer le t de vingt) et je n’ai rien mangé
      il n’y a pas de vie pour toi
      des chrysanthèmes pour chrisostome, beauté des yeux auxquels on a ôté la vue, et cætera
      et cætera
      et cætera

      la joue contre la vitre, embuée
      d’un paysage morne – dis, c’est encore loin belgrade ? une ombre
      peut en cacher une autre, on plonge en l’une et c’est en l’autre que
      l’on se réveille transi, chair de poule et coccyx foulé
      on trouve enfin quelqu’un de gentil c’est un piquet en fer planté dans ce sol stérile, ce brouillard mou

      je ne suis même pas moi, zéro virgule des poussières, faut pas pousser le vent
      le fil dans le chas d’un zéro on a déjà vu ça, mais de quelle couleur
      en ressort-il, et vivant ressort-il ?
      je me promène sans toi. sinon à quoi bon se promener ? se promener c’est définitivement
      sans toi quel que toi que ce soit, cheveux sales ou cheveux bleus

      la chèvre de monsieur seguin je la connais par chœur, je l’ai mangée cent fois
      ma vie se résume à cela: un masque de loup, un bêlement de mouche
      la prochaine fois qu’on se raclera la gorge on n’oubliera pas de
      se raser la langue…

      infâme tristesse mon amour, un mille-pattes dans le vagina (prononcer le dj de vagina)
      l’oubli commence par les mots, les couleurs par le blanc, puis s’attaque aux visages – j’espère que tu
      ne me distingues pas d’entre les morts ou quoi, que la vue ne cille pas – aspirerais-je encore à cette nudité
      dont les yeux d’un aveugle nous donnent l’idée claire ?

     

    bouddha mais pas du bon côté

    26 septembre 2020

  • pichenette l’immortelle

      mourir ne se fera pas assis, rien que pour ça il faudra se
      lever, décoller de
      son banc
      avec ou sans l’aide de dieu le suprême to-
      boggan
      mourir ne se fera pas assis

      expirer ne se fera pas sans aspirer
      la taffe. la nudité des pieds: un départ d’ailes déjà, coup sans férir
      – c’est ainsi que
      lever de soleil sur des seins fatigués
      on pleure nos veuves

      du milieu de la bouche un trou s’échappe. nos journées
      ne ressemblent à rien. ce n’est pas ressentir.
      un banc, donc
      cercueil à l’air libre
      à l’air libre ou en plein jour, au vu du pire
      un tronc qui mouille
      les fesses or les fesses
      sèchent-elles ?

      fais pas semblant de rien, ni de quoi que ce soit. d’toute façon on t’a vu
      te faufiler de bon matin, nourrir les bêtes, bénir de sperme
      un bouquet décati.
      ça miaule au fond des cours et ça miaule de partout. et de partout parti
      avant même d’être là
      de nulle part revenu
      – nu se coucher sur la mine et ne plus s’en re-
      lever

      il fera nuit même en plein midi il fera nuit, ou le contraire peut-être
      avec un peu de chance
      et toute la nécessité.
      tout nu face à la mer tout nu – est-ce donc moi
      qui ai pissé tout ça, ou la goutte tombée s’apprête t-elle
      à remonter la pente ?

    24 septembre 2020

  • tu m’un peu

      personne en ce pays ne déterre les ancêtres, ne les toilette. personne en ce pays ne mouille son doigt, n’ouvre sa langue. c’est un pays de sage rectitude, où de faméliques survivants promènent un visage dévasté, communiquent en morse. je crois que mon ancre y brisa le tabou d’une surface immobile limpide, mais n’en retira rien.

      rompu le charme, flagrante l’attente. on s’y touche la dent, vérifier qu’elle ne chancelle pas, qu’elle ne cède à son tour. on ne court pas se laver après l’amour, on garde les odeurs, on macère. je sors des gros cailloux de mon corps des gros cailloux je ne sais pas où les jeter pour m’en débarrasser – aucun clébard en vue.

      pauvre garce, tes positions extravagantes, ton érotomanie chronique. tes poils sous les bras. je regarde ailleurs comme depuis toujours je regarde ailleurs, et nulle part ici. ici me congère. et trait pour trait je n’y gagne pas un visage – une nébuleuse à l’air libre, tout au plus. convulsive apathie.

      les barreaux descellés, le vent pourtant ne s’y engouffre pas. je parle avec les arabes, même si je ne comprends pas la langue. leurs quelques mots de grec ne suffisent pas à établir le dialogue. les chalutiers vont à la mer; les morts retournent à la terre, comme reprenant du service. entre les deux circulent le goulot, passant de bouche ne bouche, ressoudant les esprits.

      à quoi bon marcher, nager ou pédaler quand on peut circuler en voiture, en sublime usager des transports en commun ? je t’ai prise en photo c’est déjà quelque chose. ça fait sans doute un peu moins mal aussi. les liens sont défectueux. les lacets traînent par terre. quelqu’un met de la musique que personne n’écoute. je t’ai prise en photo, en sublime usager des transports en commun.

     

    tu m'un peu

    22 septembre 2020

  • herbe sinon quoi

      on ne s’entend plus parler de mort et moi non plus. à peine suis-je parti tu remets des draps propres, une nouvelle taie, de fraîches giroflées dans le vase. à peine suis-je sorti on n’entend plus parler de moi, tout-au-fond ne constituant décidément pas une priorité.

      l’odeur des géraniums me souffle le cerveau. me sidèrent sa brutalité, son indécence – sodomie olfactive. je parle de/à tous les hommes les hommes jouent aux dés. ils les lancent ils s’exclament, les ramassent. tous les vers ne luisent pas: certains paraît-il, ne repoussent que d’un côté.

      les cernes sous les ongles c’est le mal du pays. je me raccroche au trou, qui n’est trou que par ce qui le cerne, ce qui le distingue du néant qu’aucune limite ne vient contenir, définir. quantité négligeable au vu de l’expérience humaine, d’avoir pisser sur tes seins ne me confère aucun droit, aucune dignité – pas même une quelconque illusion de puissance.

      l’existence s’écroule, par moments, par dépit. l’attente à son chapelet, la masse nuageuse affaissée sur des résidus de paysage. j’offre si peu de résistance. c’est la raison peut-être pour laquelle je ne tombe que rarement malade, la raison sans doute pour laquelle l’existence cède sous l’inertie d’un petit vent de biais, d’une mauvaise soupe.

      je ne me lasse pas de toi te matant des heures durant la vulve à l’aide d’un miroir de maigre vertu. il se passe des choses dont la finalité d’un bout à l’autre m’échappe. d’un bout à l’autre je m’évacue, les racines: des ronces, et du noir sous les ongles. lorsque je me retourne et qu’évidemment nul regard ne surprends, les miroirs sans surprise me fuyant.

    20 septembre 2020

  • toucher où ça fait mal, la douleur ne ment pas

      si tricher n’est pas jouer, alors en quoi consiste le jeu ?
      le feu n’prend pas, la route s’embourbe, tu connais le lieu précis où l’on perd tout, le centre de gravité de tout naufrage
      où l’on ne prend la peine ne serait-ce que d’un au-revoir
      entre deux quais la marche est large, ou le temps long
      d’un suicide érotique – d’un suicide quoi ? d’un suicide é
      ro
      tique

      il n’y en a presque plus. j’ai tout vidé la gourde, l’encrier, la bourse
      et me r’voilà à faire la manche. je n’ai jamais été très doué pour ça – carrément lamentable je dirais – mais la seule chose que je sais faire: j’ai la manche longue comme ça
      la poubelle sur le port le port contre le large, une épave a toujours soif, tout l’océan du monde
      ne saurait l’éponger, une épave
      se meurt de soif

      ne me parle pas comme ci, ne me parle pas comme ça, fous-moi des claques ça sert à rien: j’y suis devenu parfaitement insensible
      indifférent
      comme qui ne diffère pas, ou ne fais pas la différence
      entre ce qu’il est et ce qu’il n’est pas, le déni de vérité déclenchant
      le déclin du mensonge, ou un truc dans le genre
      le genre piquet à moule mais sans la moule
      sans le bouchot
      marée rentrée
      soleil couché

      j’avale un pneu
      un pneu ça n’a pas d’os
      ça siffle un peu, un filet d’air…
      le fond de moi aboie mais ça sort pas
      le fond de moi n’mord pas
      il te lèche le mollet il se
      branle sur ton mollet, mais il mord pas, le fond de moi
      aboie
      mais ça sort pas


    18 septembre 2020

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