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assis là sur un banc


  • dors. ne me conte pas d’histoire

      plus loin encore et comment parler quand on n’a plus que soi qui puisse s’entendre mais qu’on n’a plus vraiment
      rien à se dire, comme si quoi qu’on se dise…
      un homme en moi que c’est vulgaire
      un dieu sans auréole, une perte de sens
      une prise de vue, là où il n’y a rien à voir

      ma vie s’est rapetissée, au fur et à mesure que progressait l’insignifiance
      les frontières s’estompaient. mon père à ma naissance travaillait au bureau des douanes
      le colonel est mort, j’en suis à aller pisser toutes les deux heures
      pour le divertissement probablement
      ou pour faire diversion
      mais diversion à quoi ?

      j’habite loin de la poste, et surtout le chemin n’en vaut pas le détour. j’hérite d’un
      vide incommensurable. je ne sais pas quoi faire la nuit
      je ne sais pas quoi faire le jour – d’un 
      vide incommensurable

      ton extrait d’acte de naissance
      a plus de trois mois. et toi aussi tu as plus de trois mois, ton extrait d’acte de naissance.
      je m’endors seul, perpétuellement je m’endors seul. et soi aussi je m’abandonne. les chambres gardent froides.
      un œil au fond d’un œil. tapi. au taquet. mais sans paupière pour le soulager
      hors-clôture

      ma maison a été cambriolée. il n’y avait rien à voler, à mettre sens dessous
      à part un rouleau de PQ, une tasse fêlée. j’ai pris de vous…
      j’ai pris de vous rien, avant même
      que la nuit nous submerge

    25 octobre 2020

  • le graal à la petite cuillère

      pars-tu à la recherche de soi, ou bien cours-tu
      à la perte de soi. mon machin. ma poupée-zapoï. de luminante errance
      survivre est un dur métier, dont on voudrait parfois
      démissionner
      pour arroser les roses

      es-tu bien sûr que chaque fois, chaque fois prévaut l’incertain ? bouger d’un trait
      de visage ou d’eye liner, dieu ne me parle plus au travers de chattes pointues, de ventres soliloques dieu ne me parle plus
      ai-je du souci à me faire ? j’ai du souci à me faire. je dois
      outrepasser la mort – pas n’importe quelle mort, pas la mienne, pas la tienne
      mais la mort en soi, degré zéro d’une rame

      ma terre c’est de l’indécence pure. de la corruption, du goudron. il n’y a de doux en moi que
      la renonciation, la disjonction
      la chance de n’avoir pas correspondu, pas été à la hauteur, lichen de permafrost
      je te fais la bise sur la joue gauche – pour le reste, dieu nous pardonnera
      quoique j’en doute

      ta vie je lui ai parlé doucement à l’oreille
      je lui ai susurré, comme si susurré allait l’exciter. j’aurais voulu porter un masque
      être enterré masqué afin que dieu
      ne fasse la différence – rien qu’un baquet d’eau chaude, où il ferait si bon
      se réchauffer les pieds
      se réchauffer les mains

     

    le graal à la petite cuillère

    23 octobre 2020

  • marre des ronds

      je suis entré
      quelque part d’accord je ne suis
      sorti de rien
      ni ressorti

      mon chien t’a mangé mon chien
      t’a t-il mangé, ma
      vie
      t’a t-elle servi à quelque chose
      ou à une morte ?

      ta race et les jumelles
      j’ai pas eu l’habitude vraiment
      ni l’hiver d’avant
      celui d’avant
      l’hiver d’avant
      le mort-né d’avant
      d’avant mon score nul

      r’bouche-moi l’trou
      comme si on avait des enfants
      ou quelque chose
      qui ressemblerait à des enfants
      et ce serait presque
      des enfants

      rien n’est arrivé
      on aurait pu croire à un genou, ce n’était
      que caresse, égratignure
      un cri dès lors me collant aux gencives

     

    marre des ronds

    21 octobre 2020

  • empêche-moi simplement de mourir

      la mort a une idée de moi, moi pas
      moi pas dedans mon coup
      choisis-en une au hasard, comme le hasard fait bien les femmes
      et c’est un trou devant

      il n’y a pas de vie là-dedans
      à moins qu’un rail n’ait pris la tangente
      à moins d’avoir jamais dit oui, voire consenti
      à moins d’avoir vraiment vécu

      je ne m’appelle rien et toi, comment m’appelles-tu et toi
      comment t’appellerai-je ? le nœud de delta blonde.
      j’apporte un bras un bras ça pèse pas lourd. j’apporte une manche
      une manche ça flotte et tout

      tu ne m’appelleras plus, promets-moi tu ne m’appelleras plus, tu feras juste semblant
      que je n’existe pas et effectivement, je n’existerai pas
      lundi et jours de pêche
      empêche-moi simplement de mourir

      et que nous dirions-nous si nous cessions soudain de nous mentir ?
      je ne prétends à rien, trichant mais pour moi seul
      puis il a plu
      c’est pas de ma faute si il a plu
      c’est la faute à personne d’ailleurs, ni la faute d’un homme
      : il a plu, c’est tout

    21 octobre 2020

  • thème astral

      ma vie n’est qu’un dur, un seul dur et ça va
      je serai vraisemblablement le prochain, or de quelle nécessité parle t-on dans un univers singulièrement inachevable
      et quand mon baiser fonde en ton baiser toute raison d’exister ?
      quoique je n’existe pas grand chose et ainsi que je le soupçonne, autre chose que moi vit en moi, sale bestiole
      et de bien plus grand que moi, selon je ne sais plus quel évangile, ni dans quel dessein

      un homme n’est pas forcément le premier, toutefois je le crois être né pour incarner le dernier
      on ne lui demande ni n’en demande pas plus, un homme tout rongé de vermine
      mort je ne savais pas, et désormais vivant pas davantage – peut-être
      ne le suis-je pas vraiment non plus, une fois mort ou vivant

      ok, c’est bon, j’avoue: je suis ressuscité
      ce qui ne m’a servi qu’à ça: être ressuscité, en homme qui ne sert à rien, et qui n’empêche rien
      on ne touchera sans doute pas le pied de dieu mais on ramassera des bouts de croix dans la boue, des bouts de sang séché sur nos cuisses, on avait tant d’amour
      et tant d’amour nous a maudit – n’étions-nous donc que sac d’os et d’âme ?

      mon chien s’est mordu la queue – ça aurait pu être pire, sa queue l’ayant alors piqué: on y aurait
      pas survécu un seul instant
      un seul instant c’est trop
      un seul instant c’est tout
      je me relève et ma tombe éclate d’un orgasme forcé, je sais pas comment tu t’appelles
      je sais pas comment on s’appelle, j’espère un jour…
      le reste du temps, face contre suie

    17 octobre 2020

  • des boues

      je ne me sens jamais plus vivant que conduisant sur le réseau secondaire, graves routes de pluie
      là où je laisse mon âme une trace en demeure et cette trace finit par absorber toute la pensée
      l’esprit vide, mais vide de quoi
      épiler dieu sur la croix, coupe des ongles massage de pieds, tu ne comprendras pas – en tout cas moi je ne comprends pas
      il y avait un trou et je suis tombé, un étrier et je suis monté, une cigarette
      que j’ai fumée, taffe sur taffe

      nous ne sommes pas ensemble vraiment
      nous ne sommes pas ensemble du fait de naître seul, nous ne sommes pas ensemble
      du fait de mourir seul, un torchon à la main
      un vague sourire à quelque souvenir salace
      le pot de miel entamé dans le buffet

      j’aspirais seulement à un bout de vérité, rien qu’un bout m’aurait sauvé, maintenant c’est trop tard
      maintenant le bout de vérité je l’ai trouvé là justement
      où elle faisait défaut, sous ce bout de vérité manquante, ce qui ne m’aide ni à vivre
      ni à mourir
      ni à rien
      et cependant je ne tiens qu’à ça, à mon non-bout
      de vérité…

      je n’aime pas ce qu’on fait des morts, comme si les morts n’étaient pas
      des bouts de dieu voguant vers dieu, des avortons buttés en touche, des tampons dont on se débarrasse dans le petit sceau noir
      à côté de la cuvette – je n’aime pas
      ce qu’on fait des vivants, comme s’ils portaient un nom, mon nom ou n’importe quoi de plus lourd que leur être, comme s’ils n’avaient pas à pleine bouche
      mangé la croix, étouffé de la croix, l’arête originelle, le zizi frauduleux, claudiquant
      sur leur genou tordu

      je m’endors à l’ombre du précipice je m’endors
      sur un champ d’alésia, tout contre un arbre mort et je n’ai pas peur, ne t’y méprends pas à me voir ainsi trembler je n’ai pas peur
      j’ai un chien à ma gauche, mamelles ratissant la poussière, j’ai un chien à ma gauche
      j’ai un chien à ma droite il a mal aux organes un cancer je sais pas les couilles toutes gonflées j’ai un chien à ma droite
      mon dieu si bel est l’horizon, si bel
      l’horizon, ne l’écartèle pas

     

    des boues

    15 octobre 2020

  • d’un bout de dieu tombé à terre

      j’ai bouffé le facteur. ou la factrice plutôt, parce que ça coûte moins cher
      avant on écrivait des poèmes. avant on était con. après on est parti à l’incinérateur, parce que ça coûte moins cher
      il y a un homme parmi nous et ce n’est sûrement pas moi – moi à la limite la corde qui le pend, le gouffre qui l’avale. à la limite, à peine plus loin
      je ne salue plus mes voisins. je crois qu’ils m’en veulent un peu. ça les met mal à l’aise. il y a des gens qui trouvent ça naturel de se sentir à l’aise
      qui se sentent bien de se sentir bien et qui peuvent vivre avec ça

      assis là sur un banc comme précédemment mentionné concerne un banc précis, très concret, géolocalisable enfin j’imagine qu’il existe encore, même si plus du même bois ça va de soi, changé depuis ce temps
      pareillement je sais de quel square je parle, à quel ciel mouillé je me réfère, quel néant momifié. je n’invente absolument rien
      je n’ai plus de raison de mentir, de travestir – bientôt non plus d’exhiber, d’évoquer: une telle nostalgie du néant que nul néant n’y survivra
      quand un poisson crève dans son bocal, le plus pitoyable des deux ce n’est évidemment pas le poisson…

      j’éprouve une tendresse particulière pour toute cette crédulité, cette fausse innocence. je voudrais embrasser tous ces gens sur la bouche mais je crains la contamination, et puis ça nous dégoûterait tous un peu
      admirable à tout égard ce que la mer fait des noyés, les roulant les délavant, les refoulant sur le rivage, puisque tout finit par remonter paraît-il
      moi j’enferme mes secrets – non parce qu’il s’agit de mes secrets, mais parce que j’ai besoin d’enfermer quelque chose pour ne pas me dissoudre tout à fait, tout à fait ni totalement

      on n’a jamais vraiment tout perdu tant qu’il nous reste un souffle de souffle, mais on chérit abondamment l’idée d’avoir tout perdu et si l’on est riche de quoi que ce soit ce ne peut être que de cette idée-là
      quand ton chien a soif tu sui donnes à boire. et quand ton chien a soif tu lui donnes quand même à boire (!). à cause de la soif d’une part, et aussi à cause du chien. au final à cause de l’eau
      tu voudrais mourir que tu n’y pourrais rien. et dieu t’entendrait qu’il ne te répondrait pas

    13 octobre 2020

  • mortels nous fûmes, mortels nous fumions

      les hommes ne s’embrassent pas ils vont tuer les démons, laissant derrière eux les femmes
      s’embrasser entre elles – les hommes et les démons que veux-tu…
      tandis que le ciel s’éclaircit il ne reste plus grand monde des uns
      comme des autres. on fait avec ce qu’on trouve, un bout de banc ou un caillou, la main gauche
      ou la main droite

      et d’en bas vers le haut, il pleure le deuil, il hurle l’absence, chuchote l’abandon, et d’en bas jusqu’en haut
      le cerveau plus petit que la mort moyenne – ce n’est pas faute d’intelligence mais comment encule t-on
      une paire de ciseaux ?
      me voilà sans voix, ne me reste que mon pull, on ne tricote plus les pulls: on laisse passer sa chance
      pour ne pas la gâcher, je présume…

      mon oiseau est parti du midi il ne reviendra plus
      se poser sur mon avant-bras, ni sur mon doigt
      il y avait une direction elle m’a dit tiens, une direction Val de Baize juste là, bé, a, i, zèd, e, je lui ai répondu machinalement ah ouais, là juste au-dessous du Mont de Vénus, vé, é, ène, uss elle m’a dit qu’est-ce que t’es kitsch, c’est comme quand tu chiales à chaque fois devant tes séries à la con
      dès qu’on voit un gosse et son parent se perdre ou se retrouver ça devient lassant à la fin, et tellement pathétique

      j’aime à la fin j’aime quelqu’un, la fin ça provoque ça, ça provoque de l’amour
      il y a des chose dont on ne peut s’empêcher, comme d’être triste parce que le monde est triste, éjaculer dans son sommeil quand on ne le fait pas dans son éveil, se saouler la gueule tous les trois quatre jours pour rembobiner le temps et briser l’omerta – de l’âme aussi ça s’évacue et pourtant c’est plus douleur que jouissance, une paire de ciseaux
      c’est à mon tour d’abandonner, de lever l’ancre d’enfiler
      le gilet de naufrage. c’est un gilet sans manche

    11 octobre 2020

  • les amours totalitaires

      quelqu’un devant se met à prédire qu’il y aura un après. pêche réservée
      il vaut mieux ne rencontrer personne, appuyer sur la gâchette, tirer la chevillette
      mauvaise rencontre, mauvaise passe, l’incertaine identification des corps
      je te parle mais c’est comme si je parlais à un enfant, une arête, le mur
      qui arrête le son

      se rétracter. la voie si peu commune, alors se rétracter
      de tout, -te parole, tout engagement, tirer sur la zézette, la chevillette. ramoner le serpent
      je caresse la vermine ça ne ressuscite rien. je caresse la famine le miracle ne se produit pas
      si au moins on disposait d’un séchoir, pour sécher quelque chose…

      les seins ne sont jamais vraiment nus, qu’ils se portent bas ou hauts, ils s’affublent de seins, pesant leur poids de seins
      l’amour dénude mais une fois dénudé et que rien ne recouvre tu tires sur la quéquette la chevillette, tu craches mort d’homme
      où il y a un trou tu regardes dans le trou. où il y a une pierre tu mastiques, consciencieusement,
      la pierre

      quelqu’un ne veut aller nulle part, et se trouve pris au hameçon de quelque part
      avec un poids sans raison d’être, une familiarité qui ne s’invente pas
      tu passes la main dans les cheveux y a plus d’cheveux, tu renifles tes doigts y a plus de doigts. tu te dis bah qu’est-ce qu’on va faire
      encore debout à cette heure-ci, encore debout
      à cette heure-là

      le reste du temps il faudra bien qu’il pleuve, de temps en temps
      au fond qu’est-ce qu’on s’en fout – étrange que ça fasse mal à ce point, au point du fond qu’est-ce qu’on s’en fout
      on n’est même pas rentré chez soi, on ne s’est même pas
      retourné pour voir, s’il y avait quelque chose à voir
      on aurait bien voulu savoir pourtant, acquérir la certitude
      qu’il n’y avait rien à voir. ça nous aurait
      débarrassé de l’esprit

    9 octobre 2020

  • quelqu’un veut aller quelque part

      il parle à voix basse, il n’est pas d’ici
      il parle à voix basse pour être le moins ici
      possible
      le reste de la vie chante, le reste de la vie hurle, mais lui ne chante pas, mais lui ne hurle pas
      ou alors seulement à voix basse, s’étant bien assuré
      que nul ne l’entendrait

      un léger retard quand au dénouement des choses, une chaussette encore tiède au dénuement de l’âme
      car il reste longtemps, debout, celui qui sans capuche…
      terre brûlée – j’ai un peu la tête d’une
      terre brûlée. et ça se recoud pas

      chien méchante chose. terre évite d’y poser
      le pied, d’y secouer l’ombre d’un pas. quelqu’un voudrait aller quelque part
      ou en sortir
      ou s’en faire une pente à remonter le temps, au cas où le temps serait
      démontable, démonétisable mais ça c’est pas mon genre
      ni d’un genre funk

      ma mort n’a plus qu’un mot à boire, elle en oublie jusqu’à sa
      langue maternelle, si maternelle fut sa langue
      j’attrape un pot, un sceau, une anguille au fond courant, j’arrache un slip
      – suis-je enfin revenu de la guerre ou ne fis-je qu’équipe avec les
      charognards des lendemains de fête
      et de débâcles ?

      quelque chose a dit non avant même de savoir à quoi, quelque chose a dit non
      seule réponse crédible, seule réponse aimable, l’amour ayant déserté le corps
      l’amour ayant déserté l’amour
      et l’armature déboussolée, toute la désinvolte élégance d’une
      fuite sur place

     

    quelqu'un veut aller quelque part

    7 octobre 2020

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