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assis là sur un banc


  • d’une forêt sans arbre le triste dénuement

      être triste, si triste que relever les yeux
      les inonde de gris

      je ne résiste plus, j’embarque une porte ouverte, une porte donnant sur
      un ciel ver-
      tigineusement vide

      les hommes se sentent bêtes parfois, ils attrapent un mollusque
      parfois c’est toute la rivière qu’ils pêchent et lovent
      dans le creux de leur soif

      pour aller où ceci dit, vent se frottant sur les tombes. l’ombre
      gagne du terrain

      le millième, le millionième
      d’un homme assis
      se raccroche à un nuage en priant qu’il
      ne pleuve pas…

      la larme originelle ne coule pas, c’est l’homme tout autour
      qui s’égoutte, sèche au grand vent

      tour à tour éminemment
      et rien au demeurant
      – d’où donc se jeter pour cesser de tomber ?

      une tache, et qu’est-ce qu’on en dit là on n’en dit rien – elle ne
      s’efface pas

      la flèche
      a disparu derrière l’horizon. on enterre l’arc
      par deux fois, ou deux fois plus profond

    5 février 2021

  • renouvelle-moi les anges

      ce jeu n’est qu’un jeu. les règles disparaissent
      dans le néant premier

      tout au levant, quoique je n’aie pas de levant.
      dans un sac pas de billes: rien
      que l’envers du dehors

      on peut trouver une raison à toute chose, toute chose cependant
      excède sa raison

      que me veux-tu ? de quelle haine
      me poursuis-tu ? tu vois bien que j’habite un
      glissement
      de terrain permanent

      dieu n’était que tourbillon, et le
      tourbillon prît assise

      là où tout a commencé
      où que cela ait commencé…
      je vois les briques s’empiler sur les briques, l’espace rétrécir
      jusqu’à ne plus pouvoir contenir, ou retenir
      la douleur

      c’est juste
      que je n’ai pas le cœur à ça
      à quoi à ça je ne sais pas – à peine
      oserais-je y penser, y pensant tout de même…

      dans la cour d’à-côté, le riz faisant défaut j’ai
      perpétué l’absence.
      au fond de la cour et se disséminant, rien
      ne passe ni ne se passe…

      toute chose excédant sa raison, on suppose l’essence d’une chose
      sans raison sans
      antécédent

     

    renouvelle-moi les anges

    3 février 2021

  • soit avec moi soit avec vous, le lien importe peu

      la pluie mouille la pluie, est-ce fini, cela
      finira t-il jamais ? il n’y a plus lieu de croire, et de ne croire à rien.
      je me trouve tout ouïe, toute
      honte bue. j’ai même les mains gelées, je tire
      les marrons d’un feu mort

      un homme est presque mort, juste de quoi
      se délivrer enfin de l’homme, l’allonger sur le sable.
      j’ai peur d’un homme un homme est mort, en moi ou presque
      ce qu’il en naît n’en naît pas vraiment, ce qu’il en naît simplement ressuscite l’é-
      ternité, ample fidélité

      j’avais un œil, un œil crevé.
      j’imagine à tout nord, j’imagine à tout va – un néant me
      manque assidument.
      à vif. à nu. à l’abdomen.
      si je ressens quelque chose je ne te dirai pas ce que je ressens ce que je ressens
      se perd à vif, à nu
      irrémédiablement. je tombe dedans

      j’aime quelqu’un et quand je n’aime pas quelqu’un c’est que quelqu’un
      me manque. me manque éperdument.
      tu m’as raccompagné. à un moment ou à un autre tu as du me
      raccompagner. c’est dans la force des choses, tout comme on longe une voie
      ferrée pour l’occasion, un autre mur de soi

      mémoire-moi.
      tu ouvres le temps, refermes la distance.
      j’ai peur de moi, de moi tel que je n’en connais que le nom, ignorant
      tout le reste. j’avorte une ombre
      mon ombre
      celle-ci sait par où elle couche. avec lequel. et pour exactement combien

    2 février 2021

  • berck-plage en hiver

      je l’aime et des coutures. sous la couture
      couvent les lentes
      les lentes se concentrent le long de la couture, le temps de gestation.
      la concentration importe avant tout
      les hommes également. leurs femmes à peine moins.
      tout l’monde
      déteste la mélisse

      chien méchant je chope une puce. un pou. un morpion. on vient pas d’où on veut.
      je cherche une frontière. j’appuie sur la frontière, voir là où elle cède.
      il y a les vivants morts, ce ne sont pas les pires
      les pires sont parmi nous. parmi
      chacun d’entre nous

      le chien hurle à la mort. c’est sa seule raison.
      ma seule raison c’est moi
      moi donc n’importe qui, n’importe quoi, moi donc un chien mort.
      il hurle.
      et qui ne hurle pas, tout en dedans
      tout en dedans de rien ?

      c’est la mort. on la traite comme on veut mais en pliant genou
      en récitant prière
      et l’on revient à berck. à berck-plage
      et l’on renaît à berck. berck-plage
      c’est là qu’on meurt à berck. plage

      les hommes vont au milieu. vont au milieu.
      qui me caressera les cheveux, quand j’ai rasé
      tous les cheveux ?
      qui me sucera la motte quand j’ai rasé
      toute la motte ?
      et ceux qui mordent dedans
      à pleine bouche.

      la nuit c’est églantine, et en dedans elle pique. j’ai pas le droit
      de dire, d’exister d’expliquer, à peine celui
      de respirer. je me semble un intrus.
      la nuit c’est clandestine, on s’y défère
      ou on succombe, la nuit c’est carnassière

     

    berck-plage en hiver

    31 janvier 2021

  • et l’autre tout au fond

      je mange un ch’val. et quand je mange pas un ch’val je
      feuillette le courrier des balkans. je cherche une frontière, m’asseoir
      à cheval sur une frontière
      – l’avenir est à la bourre

      de vérité, crachée jurée. de vérité extrapolée.
      il regarde en arrière, il croit qu’il va trouver
      quelque chose en arrière
      devant semble si nu
      il faut tant de pudeur, pour oser aller nu

      mon cheval m’a attrapé par la jambe, mon cheval
      s’est réfugié dans le chenal, homme le violeur.
      toute flèche me transperce et pourtant je ne suis cible de rien je ne suis cible
      les flèches vont sans cible

      vivre nulle part, en héros par hasard
      en gars largué. vivre nulle part.
      ma manche pend, je tends le geste
      faisant l’aumône de
      quelques gouttes de sang
      or je n’ai pas de sang. le sang ne coule pas
      : j’avorte en plein milieu, ne me regarde pas

      ceux-là n’ont pas su vivre
      quant à ceux qui l’ont su ils en sont
      revenus dévastés.
      j’aime une grue
      une grue ça monte haut
      et ça pioche au gré des vers
      une grue c’est toute
      une aventure

    28 janvier 2021

  • qui n’ont pas d’vacances

      je n’aime pas le chemin que je prends. je le prends malgré tout
      j’aime le prendre malgré tout
      j’aime malgré tout
      et ça m’fait quelque chose – de quoi me fais-je l’écho

      ainsi avons-nous tout perdu, nous réduisant
      au maintien des distances, à la bruine fadasse
      à la peur de vieillir et que seule la mort sait encore
      nous faire jouir.
      tu me croiras ou tu riras, mais j’estime
      cette déchéance-là, ce sépulcre d’un gris, ce deuil incontournable
      lumière pauvre lumière sale, amour malgré tout amour
      à l’encontre de toute dignité

      je me suis promené. je me suis promené comme on se promène quand on n’a rien d’autre à faire que de rentrer chez soi
      je regardais ailleurs, l’ailleurs vu d’ici-bas, l’ailleurs qui reflue, échoue là. un écho mal placé.
      à quoi joues-tu donc ? moi je ne joue pas. me laisseras-tu
      entrer dans ton jeu, de quilles, de dupes, d’éborgnés ? ton jeu je n’en veux pas
      à un bout du tape-cul l’hostilité
      latente d’exister, à l’autre bout l’effroi, rien que l’effroi

      le bout du chemin n’est pas encore la fin du chemin – fais donc péter l’bouchon.
      j’ai la nuit ténardière, je pense comme je respire c’est l’air
      qui gonfle les poumons.
      je voudrais me jeter or pas de vide qui m’accueille, pas de vitre à traverser, pas de trou où se terrer, tendrement se décomposer
      pas d’eau
      pas d’homme au bout de ce qu’il peut supporter
      pas de support en dernier lieu

     

    qui n'ont pas d'vacances

    27 janvier 2021

  • l’absent de nos écarts

      je vois le monde
      recouvert d’une neige, d’une certaine neige je vois le monde – j’en serais les yeux si cela ne me dégoûtait pas.
      il y a un virage au bout de là
      il y a un virage et je sais que je vais me planter, le rater, le décor
      non pas de décor. il y a un virage et je vais m’en tirer

      un ciel c’est beaucoup trop large, même un ciel
      hermétiquement clos. avec les dents d’devant. la langue lymphatique, prisonnière des on-dit.
      on va quitter l’navire. on va quitter la mer par-dessus bord. on va tout se quitter
      ne restera de nous qu’un objet, que l’objet
      – on se dira goodbye

      les précaires sont dans l’azur. et toute forme de survie, de déchéance absoutes – dieu couve ses couilles.
      c’est pas la mort, c’est pas ce que je ferai après
      la mort – je, pas un autre, un autre je m’en fous c’est une question plus que d’homme encore: de courage
      le courage de mourir je n’en ai pas. le courage d’être mort pas davantage. quant à celui de vivre n’en parlons pas
      je parle du courage d’être faible, et de survivre à tout
      c’est à dire à la mort, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit

      j’avais un homme mais un homme c’est autre chose que moi – un homme c’est déjà
      quasiment une femme. je suis la femme d’un autre moi-même, celle
      qu’on n’aura jamais vraiment aimée et qui s’en sera lassée, j’avais un homme
      mais je n’ai désormais entre les mains que les os de l’homme
      qu’il fut jadis et comme je n’y connais rien je ne sais ni d’après le bassin ni d’après la mâchoire s’il s’agit
      d’un homme ou d’une femme, dont je tiens là les os

    26 janvier 2021

  • de gravité, et d’abandon

      pas à soi, mais au dépassement de soi, que l’on
      dépasse en coulant, dépasse en s’envolant, dépasse en
      refusant d’avancer, souvent.
      ta race et des calvaires, m’entends
      un gland pauvre déverse cette lumière

      un certain
      déhanchement de l’ombre, une vie
      prenant la tangente, plutôt que parallèle.
      j’ai appris qu’au milieu surnage le fœtus, cet engrenage
      tressant subversivement le tout au rien.
      je ne me rappelle pas. je n’ai pas d’âge. un mendiant devant moi
      saute à cloche-pied, homme d’un seul pied

      où va t-on comme ça, s’esquintant le nombril. où creuse t-on comme ça, la vue voguant à vue, la fossoyeuse 
      une lumière si pauvre, si sale
      un maigre terrain de foot en bordure d’autoroute
      si pauvre, si sale, où va t-on comme ça ?
      nulle part, au large d’ici-bas, les yeux bandés les yeux à vif
      de larges plaies crissantes

      t’as le courage de quoi, j’ai le courage de rien – cela me manipule
      la puissance ahurie dans le courage de rien
      un bond se jetant sur rien, les cuisses écartées d’un sexe en panne, l’intersection des genres.
      il ne pleut pas souvent mais quand il pleut il pleut tout l’temps il ne s’arrête jamais vraiment
      de pleuvoir

      j’ai mal à ce qu’on ne dit pas, à ce qu’on
      ne doit pas dire à ce qui
      reste sans voix le long d’la croix. être vrai n’existe pas.
      j’ai fait l’amour au champignon, j’ai fait l’amour à un anus, j’ai fait l’amour
      au cadavre d’une mouche –
      la femme en moi n’en a jamais rien su

     

    de gravité, et d'abandon

    24 janvier 2021

  • morbidité poisson géant

      on jette une pierre dedans. tout bonnement on jette
      une pierre dedans
      la mare
      la vitre
      le visage, tout de pure mouvance
      et d’une inflexion grave

      il y a quelqu’un et dès qu’on l’aime il n’y a plus rien, c’est incertain
      un homme ça se racle, ça se racle au fond de l’homme en soi. il faut lui pardonner
      si le pardon ne lui sied pas, ou même ne suffit pas, on croisera le trou
      on battra sa compagne

      j’ai pris mon épée, mon épée en bois, et je me suis embarqué sur un navire de papier
      le premier monstre venu m’a englouti et ce n’était pourtant
      qu’un tout petit poisson

      nulle part est au milieu, tout de douce prudence
      j’y pose un pied, j’y frotte deux bouts de bois pour en tirer un rêve je n’en tire qu’un filet
      de tremblante fumée. fumée ne se façonne, fumée monte d’instinct
      sans y croire vraiment

      des trous dans l’eau. je ne me lasse pas
      de faire des trous dans l’eau. je ramasse toute pierre, et quand les pierres viennent à manquer, je ramasse des plumes, je plie des bouts d’papier
      pour faire des trous dans l’air

    23 janvier 2021

  • tout ce qui est mort sème la panique

      c’est à coups de pierre
      qu’on se lave le visage.
      la nuit toute tordue, toute tordue
      on n’en trouve pas trace.
      le héros en moi
      dort pour toujours, accouplé
      au mort en moi

      si sage sois-je, je
      ne t’apprends rien.
      je recompte à l’envers
      c’est le compte à rebours
      contre-courant du sens.
      tout au fond de ton corps
      à la porte de l’âme, je m’expulse
      je m’expulse tout chaud
      je m’expulse tout froid

      mon mal, ma cravache
      et mon cheval de bois.
      je cours mais où cours-tu
      il y fait froid même en été.
      quelqu’un qui moins que marche
      néanmoins ma rattrape
      me saborde, me submerge
      – quel nom donner aux choses ?

      caresse-moi l’abdomen
      ou caresse-moi l’absinthe
      il fait nuit tout le jour
      et le jour rétrograde.
      il faudra marquer chaque larme d’une croix
      pisser dessus, si nécessaire.
      faudra pas faire comme si on
      savait pas, ou comme si on
      n’en avait rien su, jamais

      tape-lui dessus
      tape-lui dessus de niveau deux
      pleure avec lui, ou pleure sur lui
      rudimentaire pleure par-dessus, pleure
      sur son visage, sur ses joues creuses
      sa poitrine creuse, son pubis fielleux
      pleure sur ses cuisses creuses, ne te
      lasse pas distraire
      jusqu’à l’astragale, plus bas encore
      lèche-lui la terre

     

    tout ce qui est mort sème la panique

    21 janvier 2021

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