Aller au contenu

assis là sur un banc


  • si peu d’homme, si peu / de balançoires

      il y a les beaux, il y a les défigurés
      humains rien qu’humains, la tête dans la bassine, le vide de la bassine
      il y a la mort et ses petits bisous dans le cou, ses bavures policières
      mendiants rien que mendiants, de petits bisous dans le cou

      mission tranquille, sainte éradication de l’esprit
      le soir pousse à la misère. le soir.
      trop de gens pour que j’y accorde quelque attention – je fais comme si
      de rien n’était, on fait comme si de rien n’était, et n’était rien
      que nous faisant comme si

      ceux qui tombent, et ceux qui sautent
      ceux qui marchent, et ceux assis
      ceux en bref qui ne vont nulle part, qui retournent à l’endroit où, qui retournent à l’envers de
      sous les manches les bras tout éraflés qu’est-ce à dire
      je voudrais te souffler dessus, que tu n’existerais pas

      parle-moi quand je ne suis pas là, parle-moi
      raconte-moi par exemple, et pour l’exemple
      l’histoire du loup, de l’ennui sous la bruine
      tue-moi fleur au couteau, la peur est dans mon camp
      j’ai déserté mon camp

      la passion dans un seul trou je me rappelle pas bien, je me rappelle rien
      qui me rappelle quoi, ne me rappelle rien
      aesh au chevet d’un monde
      en sursis permanent
      d’un monde à l’échelle
      si courte, sexy déflagration
      – rends-moi le pan, rends-moi le vin
      quotidien

    15 novembre 2020

  • kiss me first

      un être a bu sa bête – qu’est-ce que tu veux que je te dise de plus ?
      une cohérence ? quelle cohérence ? et à quel prix ? un être a bu sa bête, c’est tout
      j’aurais voulu dire je t’aime, il est hors de question que je dise je t’aime
      j’aurais voulu dire je t’aime, je n’ai rien dit du tout

      un mort ne se suicide pas. un ressuscité
      ne se présente pas aux urgences, les urgences sont prises d’assaut par ceux qui s’obstinent à ne pas ressusciter, qui récusent l’idée-même de résurrection, comme s’il y avait plus urgent que la résurrection
      ce n’est pas une question de dignité non plus, pas une question d’ailleurs: je préfère mourir c’est clair
      même sans dieu, je préfère mourir. sans dieu je préfère mourir
      – que j’aime mourir sans dieu !

      je suis parti dormir. étrange de dire ça comme ça: partir dormir il est pourtant si facile de sauver un homme que rien ne peut sauver…
      je ne veux faire l’amour à personne. je ne veux
      pas faire l’amour
      je veux mourir
      profondément, plus profondément que la mort même, plus profond que mourir
      ou que n’avoir jamais été
      je sais pas

      ma poupée a les bras cassés
      ma poupée a le chignon coupé
      ma poupée a de la bave partout sur elle
      c’est ma poupée quand même
      elle coule en moi

    kiss me first

    13 novembre 2020

  • la perception miséricorde

      il n’y avait jamais rien
      ou du moins, il n’y avait jamais rien que l’on puisse dire
      et tout ce que l’on puit taire semblait s’évaporer
      je me faisais de moi-même l’image d’un homme, je veux dire d’un être humain
      à quel point être, à quel point humain ?
      une tare dans la conscience, en soi déjà douloureuse, d’être

      dis-leur simplement que j’aimais dieu
      qu’avant toute chose, avant quoi que je fusse, j’aimais dieu
      et que mort je cesse enfin de lui faire ombre, de faire ombre à dieu
      je l’aimais à la mesure de la honte d’être moi mais ça ne leur dis pas, dis-leur juste
      que j’aimais aimer dieu
      quoi que cela veuille dire
      ou ne le veuille pas, d’un seul et même fond

      néanmoins je fus un homme
      quelqu’un qui se tient droit, une colonne vertébrale, poignante verticale
      quelqu’un qui s’effondre, un affaissement de la matrice, au moins je fus un homme
      j’aurais tant voulu que l’on me gratifie de cet amour-là, de cette pitié-là
      dont tout âme est issue
      je n’ai survécu que d’une pitié
      disons deux
      trois
      des milliers d’anonymes pitiés


      le mensonge te fait-il tant de peine ? oui, le mensonge me fait tant de peine. et je ne devrais pas. je veux dire…
      et il ne devrait pas
      à y regarder de près, la honte qui me structure n’en est qu’une simple composante
      j’ai honte de beaucoup plus et beaucoup plus profondément que de moi-même
      peu importe en définitif
      tant que cela reste de la honte, tant que reste la honte, tant qu’il reste
      de la honte. mais c’est quoi ton problème au final, avec le mensonge ?
      

      rien ne se passe. la mort attend la mort et c’est tout

    11 novembre 2020

  • le sens et l’indécence

      dieu reste au milieu
      au milieu
      mais si tu passes le gué
      les herbes rases les herbes hautes
      les tiges coupantes
      le marais bethléem
      la vierge du bessin

      un homme c’est un homme, ses poches le trahissent
      une simple histoire de trous
      j’accoste ma race, ma race quand elle a tout vu, quand elle s’est
      dégénérée, moi je n’ai qu’un amour

      le seuil. le pardon. l’au-diable. tu ne me répondras pas
      m’alarme mais sans urgence, détache-moi du corps
      je ne crois à ma réalité que lorsque la mer m’insulte, teigneuse, hargneuse, m’insulte me
      crache à la gueule, tandis que je reste à terre
      ni mère ni ferme

      ton cercueil a une panne de côté
      tu tournes et c’est ta mère qui te crève les yeux
      j’ai cru apprendre à dire oui, je ne faisais qu’éclater mes couilles sur la bâtisse
      il faut dire oui, oui malgré non, épongé le mot ne gicle pas
      et le vent siffle ailleurs

      on se baisera le sexe c’est sûr, on s’empalera l’inné
      doucement, quasi tendrement on se remuera le couteau dans la plaie, la grosse plaie
      j’ai envie d’un corps qui ne soit pas mon terroriste, un corps non signé
      la mer qui m’annihile et le fait sans pitié
      m’aime

      la mort est dans mon cercle vu comme le cercle
      s’élargit, s’inspire de ma douleur, mets ta chatte en demeure, œil pour œil, langue large, écharde
      ne réveille la nuit
      les ferries vont de nuit, ne réveille la nuit
      la nuit

     

    le sens et l'indécence

    9 novembre 2020

  • j’habite un pas plus loin, au bord d’une route

      les enfants sont pas morts. ils sont au lit. avant même que ne s’impose à eux le choix
      entre mourir pour rien
      ou vivre pour rien. je reviens de la mer la mer n’a pas cédé. l’élan caduque.
      une vague dans la tête quand la tête est perdue, la mer ne répond plus
      la digue du néant

      et je n’ai plus d’esprit; moi qui suis tout esprit, en suis réduit à ça
      n’ai pas été pêché, suis revenu bredouille, comme à rester scotché toute la nuit devant l’immuable feu rouge d’un carrefour. d’un carrefour.
      te souviendras-tu de moi, alors même que je ne me souviendrai plus de moi, scotché à un feu rouge ?

      la nuit elle fait bizarre, quand elle surgit « naturellement »
      d’un faisceau de circonstances
      ou parce que c’était l’heure
      chacun étant rentré chez soi
      la mort n’était pas tout à fait morte
      les hommes éjaculaient dans l’vide
      les femmes aussi
      les enfants pareil
      les animaux tout l’temps

      je n’arrive pas à comprendre pourquoi je parle encore, plutôt que de me contenter d’incarner ce lieu creux
      sans doute faute d’être un lieu clos
      qu’on ne prend même plus la peine de fermer
      et qui cependant radicalise mon impuissance
      mais ce n’est qu’une question de temps
      de temps mis en question, soumis à la question
      une fuite hors de l’oubli, c’est évident

      comment échapper à ce qui n’existe pas, à des bras troués ?
      si je pouvais me voir dans une glace inévitablement je réaliserais n’être qu’une poupée gonflable dans laquelle
      on a pas pensé souffler
      et que si j’ai jamais rêvé m’en sortir, ce n’est pas sans soupçonner
      n’y avoir seulement
      jamais pénétré

    7 novembre 2020

  • il exprime un vertige

      ta bouche, j’embrasse ta bouche
      ta bouche cousue, ta bouche motus, j’embrasse ta bouche
      avec la langue dedans
      je veille à fracasser, sommeil écartelé, je dois
      me frayer un passage à travers ronces, bouche cousue bouche motus, les jambes nouées
      vers lesquelles un os louche, des-
      cend le nil en crue

      la question ne concerne pas ce que je serais devenu, mais ce qu’il reste de ce que je fus ou plus exactement, ce qu’il reste en moi de ce qui fut
      un stress imminent, une tourmente
      une absence en urgence
      flanqué d’un précaire échafaudage de tôles, le bec ébréché d’un sourire
      un tas de tôles recouvrant une panique. une panique.
      la mort en vivace

      on se croit tout au bord alors que depuis longtemps déjà, on ne fait que tomber
      à pic, à pic à colégram
      on se croit tout au bord quand on est soi-même le bord, le bord-même de la chute
      à laquelle on a fini par ne plus prêter foi à force de
      ne pas s’écraser, de faire corps au nulle part
      ou à l’ombre de soi

      défricher le zéro, le dégager de tout ce qui l’encombre et tout l’encombre, jusqu’à lui retirer sa
      circonférence et qu’il n’en reste rien, c’est à dire zéro pur, un peu avant minuit
      on se glisse dedans, et si
      on se glissait dedans, entièrement nu, disparaître entièrement nu
      dans le zéro si patiemment couvé, le zéro tel
      que d’en dedans il nous gobe
      tout cru

      au milieu j’ai la bouche, une bouche à la
      fois pierre et trou, pierre jetée en pleine face et le fracas des dents
      un trou en forme de pierre, qui tout avale et tout recrache, dégueule un trou
      à cause de ce trou, à cause de cette pierre au milieu, je ne parle plus à personne – je bave des pierres, je bave des trous
      j’en fous partout

    4 novembre 2020

  • il rouge, le passant qui s’allume…

      entre l’un et le zéro, la dribbleuse virgule…
      et que quelqu’un me touche
      au bon endroit, et pas seulement à l’envers du mauvais
      comment être autre sans tricher, par quel aveu d’anonymat, invalidant toute stratégie
      de séduction ?
      il rouge, le passant qui s’allume…

      il n’y a pas d’heure que ça, le dernier mort panique
      y déposer des fleurs n’y changera rien. rien
      n’y changera rien, ni d’ailleurs. ailleurs
      lui tresse des couronnes, auréoles à vide
      cidre éventé
      – ne succombe qu’à rien, clandestinement…

      défile devant mon spot – suis-je la femme d’un mort ? l’inconditionnelle
      épouse d’une absence ?
      la frontière n’est pas gardée, la guérite bâillait, la frontière
      s’appuyant contre le paysage, malgré légère, légère malgré
      le poids des lignes, la raréfaction
      des signes dans le ciel

      l’esprit se raréfie, l’air s’égoutte – a t-on jamais fini de se venger de soi ?
      les griffures dans le dos cicatrisent-elles un jour ?
      questions que l’on soulève rien qu’en soufflant devant
      souffle devant, homme respirant
      coiffe-toi avec un clou jusqu’à en-
      rayer l’idée…

      après quoi, que faire ?
      mourir n’est techniquement plus possible
      une pierre en plein miroir et c’est la pierre qui rompt
      c’est la rame qui se noie. je plonge
      une main dans le noir, je ne vois plus ma main, je ne
      sens plus ma main, main plongée dans le noir – je crains, non: terrifié je suis
      à l’idée de n’en retirer, pire que le noir en soi,
      rien qu’une main…

    2 novembre 2020

  • voir la mer en photo

      la pluie fait son chemin, pas si large que ça
      d’après nos courtoisies tout un monde s’effondre, un monde
      presque entier, tenant sur un seul pied – un axe c’est déjà ça
      une hache s’en approche, c’est moche

      méticuleusement, j’abrite un arbre
      un parapluie recouvrant mes
      cheveux mouillés, j’arrose le néant
      un néantversant d’un autre néant – chaque lampe
      ravive mon ombre, pas plus épaisse que ça

      j’abrutis complètement
      complètement dum
      un trognon d’homme
      – qui se nourrit de moi ? une ombre, un trou
      se nourrissent de moi, tombe dans l’trou
      je m’ouvre à la caresse mon dieu que le vent frêle, mon dieu,
      que le vent froid…

      insulte mon pardon. insulte ma pudeur
      et puis je m’en irai de là
      où tu auras pris pied, pris possession
      attrapé l’océan par la queue, le poisson par le fond
      médit de soi jusqu’à l’usure
      l’usure ça use
      l’usure ça dure

      et si tout à coup l’ombre cédait
      comme ça, tout à coup cédait
      et ce face à rien, que rien ne viendrait compenser
      – une fois le mur tombé, combien de temps encore son ombre
      peut-elle tenir, à quoi tenir, sur mon épaule s’appuie
      épaule s’appuie, combien de temps encore, sur mon épaule s’appuie, je
      sur mon ombre m’appuie, si tout à coup cédais…

     

    voir la mer en photo

    31 octobre 2020

  • être malgré rien

      c’était mieux quand les choses
      semblaient autres que ce qu’elles étaient – du moins pouvait-on
      espérer s’en sortir. elles ne sont désormais
      que ce qu’elles sont, réduites à leur insignifiance, leur grotesque évidence, on ne sait même plus de quoi on tombe, pomme plate
      en quelle mer on coule, sans qu’une goutte d’eau…

      c’est à moi qu’ulysse rapporta sa rame – pas une super rame cela dit
      j’ai contemplé ithaque de son point culminant, j’en ai même gardé une photo – je te la montrerai si tu veux
      des hommes qui renoncent à leur possession pire encore, des hommes qui ne touchent plus leur femme
      des hommes privés de rame…

      si tu es parvenu à mettre un pied devant l’autre bravo à toi: tu viens de faire un pas
      un autre suivra nécessairement, dans le sens de la marche et ainsi de suite, de suite mène au combat, de suite mène à la perte
      ravale t-on ses pas comme on ravale sa salive, resiphonne t-on le sperme éjaculé – et qui vous le rendrait, vous le
      recracherait à la gueule, et là sans masque ?

      tu ne m’appelleras pas par mon prénom, ni d’aucun nom tu ne
      m’appelleras pas, d’aucun secours
      si je veux je lève les bras en l’air, si je veux les laisse retomber je ne suis de toute façon
      l’homme de rien, dans le rêve de quiconque. d’un claquement de doigts tombent les doigts,
      claque la morte…

      un jour qu’on n’avait pas peur on a levé les bras au ciel, le ciel s’est retenu
      je n’aspire pas avoir existé pour quelque chose, mais au moins pour quelqu’un, pour que quelqu’un
      n’ait pas existé pour rien
      ni pour moi, clause de
      confidentialité

    29 octobre 2020

  • face A de la tristesse

      tu t’es arrêté là, comme si le chemin
      refusait d’aller plus loin, et plantait là sa rame
      je dis sa rame, mais ça pourrait être un clou, une algue, un accroche-cœur, ça pourrait être un
      piquet tordu de tente – qui a des jambes va quelque part soi-disant
      quelque part l’y rejoint

      il n’y a de place pour un type comme moi
      ni dans la mort ni dans la place et non définitivement je
      n’aime pas dieu, pire: je n’aime
      pas mon amour de dieu, le seul amour qui vaille à la fin, la fin qui tarde, la fin
      déjà venue, claire apparue

      une chiure de sentiment, genre de vampire anal, tout ça pas loin de Vire, j’ai de la peine
      pour toi, pour moi
      pour chacun d’entre nous, tous les on-n’aurait-pas-du, ce monde peuplé de tronches
      est beau, n’est beau pour rien je
      ne peux m’empêcher d’y penser
      d’y penser je veux dire à ce rien

      j’aimerais avoir quelque chose à dire, savoir
      qu’il y a quelqu’un au bout du fil, de l’onde
      mais le fil est retors on le sait bien, l’onde insonore, et qui d’ailleurs n’a jamais habillé
      son petit homme en fille ?
      je m’imaginais plus grand, je m’imaginais plus beau – heureusement j’y échappai, ou peut-être honteusement m’en sauvait l’ir-
      responsa-
      bilité

      tu n’auras plus affaire à moi, tu te regarderas dans le miroir et tu
      ne me reconnaîtras même pas – tu aurais pu être ma femme, mon clou,
      mon chien contre le vent mauvais, or le vent est tombé, ne s’est pas relevé, et on se retrouve là éclopé
      d’une dent de cassée, un muscle de froissé, on finit par comprendre échaudé
      enfin… tant pis

     

    face A de la tristesse

    27 octobre 2020

Page précédente Page suivante