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assis là sur un banc


  • le dos contre la machine

      j’apprivoise l’idée d’une autre vie, d’une autre voie menant à une autre mort plus exactement, et pourquoi pas un autre genre de mort

      ce n’est jamais vraiment si pur. jamais si pur, vraiment
      on s’attendait peut-être à quelque chose, peut-être même à quelque chose… d’autre
      qui végéterait là quelque part accroché à la paroi intestinale, ou plus au fond encore

      nous ne vieillirons pas ensemble, supposé qu’on vieillisse jamais
      on suit une piste et parfois cette piste nous fait tourner en rond, en bourrique autour d’un arbre seul, à la rigueur d’un pâté de maisons – fut-ce d’un univers entier que cela ne changerait pas grand chose, disons n’ajouterait rien à ce qui, déjà, n’existe pas
      ou ne le réclame pas

      le poème le plus profond qu’on ait jamais composé s’adresse à mon ami pierrot. j’ignore si l’on continue à en bercer les enfants. j’ignore si l’on berce encore les enfants. j’ignore si naissent encore des enfants. si tous les enfants n’ont finalement pas été noyés dans le lac, et grattent le fond du lac, fredonnant chacun pour soi ma chandelle est morte, plus loin suppliant que l’on ouvre une porte, ce qui n’est pas évident après tout, quand bien même on pourrait supposer qu’une porte est précisément faite pour qu’on l’ouvre, au moins autant que pour rester fermée
      fermée n’est pas coutume

      crescendo et ça tombe, et ça roule entre les pattes. ça finit comme ça, probablement toujours
      comme ça.
      alors un peu d’silence, s’il vous plaît

    9 mars 2021

  • discours du havre

      je n’attends de l’existence qu’une tacite émotion poétique, au fil de l’heure qui passe et se découvre
      dans le sentiment tout à la fois mielleux et nauséeux de la tristesse, gris flottement ou léger pincement
      de l’heure qui passe, ou se découvre

      je ne sais pas si mon destin me suit, ou si je l’ai par inadvertance perdu en route, semé déluge…
      seul est un mot qui subconsciemment m’échappe, une obscénité entrevue sous les traits renfrognés d’un homme qui vieillit, naufrage sur pattes, et vieillit tel qu’il a vécu, c’est à dire plutôt mal
      il en arrive à se demander s’il a encore le droit, voire l’indécence d’espérer quoi que ce soit. pourquoi faut-il n’aimer ce monde qu’au moment-même où il se retire, et ne nous semble t-il attachant que lorsque l’on se voit contraint, après quelque sommation d’usage, de s’en détacher ?

      je ne sais pas vivre dans le temps, dont je n’éprouve nulle consistance, et qui ne m’est révélé qu’à travers l’expérience du manque – d’objet, de contenu, d’un minimum de densité que l’on prendrait pour la réalité. un tel écart entre moi et tout ce qui ne l’est pas me fait vivre comme au bord, sur la brèche, souffle coupé. pire : je ne suis moi qu’en cette distance vidant l’être de toute substance. j’embrasse le vide, je serre contre moi mon ombre frêle, mon ombre épaisse, mon épaisseur fébrile. cela rappelle mourir et c’est ainsi que je n’ai jamais vraiment cessé de mourir, que mourir constituait l’unique preuve de vie que je pouvais m’apporter

      il faut bien regarder quelque chose, et regarder me fait mal. il faut bien regarder quelque chose pour en réveiller la beauté, funèbre hommage, et me dénie cette beauté me faisant fatalement défaut
      j’ai beau scruter je ne discerne rien, comme si mon regard n’attachait pas, et ne se découvrait pour tout reflet, pour tout écho, tristement que le vide de soi
      sans doute y a t-il un dieu, caché, une forêt tapie dans l’ombre de cet arbre qui n’en finit pas de pencher, pencher, et tant se penche…

     

    discours du havre

    7 mars 2021

  • terre des brumes, chien qui pisse

      il a plu toute la nuit, comme par un fait exprès. et de fait fut exprès
      sur ce le jour se lève, ce qui n’arrange rien. derrière les vitres où de vagues visages tardent à l’allumage, le café, certains matins, a comme un arrière-goût
      de cigarette…

      à l’heure de la promenade. la promenade sous la pluie. on affecte pas grand chose, on prend comme à chaque heure la mesure de ce qui nous distingue d’un mort
      pas de n’importe quel mort mais, précisément, du mort en nous, du mort qu’on est déjà, et de tout âge

      des mottes, partout des mottes. des taupinières. on ne se demande pas quel jour. on ne se demande pas comment le jour
      au ras de l’être, seulement, sortir ses p’tites oreilles…

      j’ai le cri d’une mouette. même sans le son, on n’entend plus que ça. je n’entends plus que ça. je ne suis plus que ça. le AUM de la mouette
      en moins mystique c’est sûr. un peu plus déchirant

      il morfle dans les gris
      ce n’est plus un ciel, mais une lessiveuse. qu’y creuse une gueule de bois ?
      une gueule de bois n’y creuse rien. une gueule de bois n’y chante pas

      toujours besoin d’une petite lumière avec soi. où qu’on aille, petite lumière
      qu’on se la tripote qu’on la mette à sécher, en sourdine ou à tremper, partout tout l’temps, clignote la loupiote
      en plein néant

    6 mars 2021

  • la mort en autosuffisance

      le soir je passe à côté de ma douleur, où ma douleur me frôle. on fait comme si on
      ne se reconnaissait pas, le premier de nous deux qui criera
      nettoiera le vomi

      lui sers pas de café. de café il n’en prend pas. noir
      et le voilà qui plane, pense qui pense à quoi qui pense à dieu
      sait quoi et dieu comme ils s’en vont
      ils s’en vont de plus belle…

      le matin m’ouvre la porte, la porte s’ouvre tout l’temps. la porte s’ouvre tout’ seule
      rien, jamais, ne se fera vraiment. ni totalement
      le contraire m’eut à peine étonné

      la vie quitte ma vie. c’est dehors qu’il fait froid. dehors a toujours froid
      la vue quitte mes yeux. elle tombe
      sur tout ce qui rougit, elle tombe

      tout ce dont un homme est mort – il en fait une avec sa langue
      il ne se passera rien. plus rien. le vent d’ouest tombera. alors se lèvera, vertigineux,
      le vide lumineux.
      même pas

      il ne se passe rien. je crois que, à l’orient, quelque chose s’éclaircit
      par contumace.
      ou seulement sur nos corps

     

    la mort en autosuffisance

    4 mars 2021

  • vider les conséquences

      supplication muette. j’achète une corde
      j’achète un terrain d’foot, moi qui n’joue pas au foot
      d’ailleurs personne n’y joue, j’vide le terrain
      de joueurs, de mauvais joueurs, d’hagards supporteurs. je contemple mon terrain
      vide. le beau vide de mon terrain. je garde mon terrain
      vide

      tout cela ne m’explique pas
      d’ailleurs tout ne s’explique pas
      il y a des jours ainsi, le jour faiblit. je finis par
      ressembler à une taupe, une taupe grise, gris-taupe
      je serai faible avec les faibles, je rêve aussi parfois
      de trains sales ou sans
      locomotive, ou alors je m’ennuie, suivant de loin le match poussif
      entre deux gros nuages…

      je ne remarque rien, tu ne remarques rien non, je ne remarque rien
      se gratte la raie, s’écaille
      la pomme de pin, sirène
      à la découpe, tranches d’eau douce
      il y a des gens qu’on appelle son copain
      il y a des gens qu’on croise aussi, sans souvenir de l’origine

      parcourir oh parcourir, hors-champ l’hors-sol
      une amulette contre le mauvais temps, le mauvais temps dehors
      tandis que je rentre en dedans, plus fébrile en dedans, visage à nu
      soudé au masque
      c’est la nature qui m’dénature, là carrément

      à part vivant, que foutre ?
      se gratter l’ventre, le nombril jusqu’au sang, il n’y a plus de sang
      sous le nombril, pas l’ombre
      d’une étincelle. alors on compte jusqu’à quatre, aller-retour on compte, recompte jusqu’à quatre, puis on décompte
      que chacun en soi, vraiment en soi, ait intégré le zéro
      soi-même come image du zéro
      dont la foule s’effraie, soit jusqu’à quatre

    3 mars 2021

  • abri quand il s’abrite, le reste n’est qu’ennui

      je ne me nourris plus
      de l’un de l’autre, ni d’eau
      je ne me nourris plus de faim, de la moelle de mes os, je ne mange pas non plus
      de pain. du christ de ce pain. d’un vague quignon, de queues d’cerises
      je crois j’avale de l’air, rien que de l’air, même pas du vent

      si je tourne à gauche, à gauche y aura du vent
      si je tourne à gauche une fois encore à gauche je ne m’y trouverai pas, ne laissant rien de moi
      traîner, par pure méchanceté
      il n’est pourtant pas méchant, le malin qui s’faufile, le regard titubant, et confondant son ombre
      à l’ombre du dossier
      de chaise

      sous le silence conformément, je guette
      je guette ou j’attends
      à tour de rôle, j’attends
      je recule mon fou, je touche la tête de mon cheval
      au grand galop, ma tour
      je guette du haut. j’attends, dedans
      il pleut sur mes lunettes

      il ne se passe pas un jour sans. c’est pour cela
      que je rôde la nuit, j’enfile
      ma nudité, si frêle, si lourde nudité, et déchirée sur le côté
      si frêle et si lourde qu’on ne sait plus la baptiser, la recadrer. pour ainsi dire j’attache une corde
      à un clou.
      et déchirée sur le côté

      j’entrevois une femme. une femme la
      bouche à peine ouverte, juste de quoi laisser passer
      un filet d’air, un rot, une discrète déception
      je ne suis pas loyal, je devrais lui
      tendre la main, serrer la main, lui dire bonjour, comment ça va tout en
      pensant à autre chose, à autre fois

     

    abri quand il s'abrite, le reste n'est qu'ennui

    1 mars 2021

  • dieu dans leurs usines

      commettre un voyage
      sidéralement immobile, j’ai la tendance
      quand il montre du doigt, il ment
      quand il élève la voix, il ment
      il lui suffit de mentir pour paraître crédible, ravale sa gangrène
      tuer une heure, deux heures, allons – mais toute une vie ?

      pilleur de tombe, les jambes bien écartées
      un petit miroir en tain, ramassé des décombres
      c’est un animal bizarre, je m’y épie
      je m’y regarde mais ne m’y reconnais pas, ou pas vraiment
      une vague ressemblance, peut-être…
      il cherche un peu, tombe sa cendre – lui là, l’inactuel

      dégommer l’plongeon, c’est ainsi que j’envisage sexuellement
      ce départ de fumée, pisseuse matinée
      on prie devant sa porte
      ou sur son tapis de yoga
      son miteux tatami
      on prie sur les genoux, dos au mur voilà qui
      rehausse le ton

      paumé ça crève d’envie, déjà de revenir
      j’aspire une pomme, toujours la même, avec à l’intérieur
      calé le même trognon, le même procédé de pépins, semence épilatoire
      un cil de poisson-femme, afin de recoudre
      les absences, et tout ce qui en soi
      se trouve décousu

      marée haute, basse, plus basse encore
      marée qui tangue. sur son cheval de mer
      ou le long du canal, ballade forcée, dans les pas saugrenus des noyés
      ou encore la main engoncée dans le slip
      d’une mésange taciturne

    28 février 2021

  • marteau ciseaux blanco, viens jouer avec moi

      un rien met la distance
      entre soi et sa propre pensée
      comme tu t’endors, tu dors, de façon gauche
      il y a l’immatériel elle pense
      je n’en suis que poupée, maligne
      et toute rance

      je mords un coup, dedans, je mords un coup, et jusqu’au coude
      pomme résille, crachin
      existentiel
      cela meurt avec moi, si peu meurt avec moi – les quarantièmes mugissants
      on les franchit en pédalo

      vu comment il s’assied et toujours mal assis i s’nique le dos
      à l’ombre d’un ciel bas, plus bas que soi, plus bas que lui
      l’intérieur module sa chanson – chanson toute intérieure, ça va de soi

      tu m’obliges un dimanche, ferme les vannes
      et tous les jours d’la s’maine, clapet capot le clapotis
      ça rame
      ça rame avec le chance, et d’une seule main tandis
      que l’autre se branle un doigt, une prise
      : en vue l’impondérable

      séquence incontournable, elle jouit
      comme une souris, à petits cris
      à petites doses, rideaux tirés
      dès l’premier mars, j’aboie
      chacun son truc, j’aboie
      je me retourne en elle, c’est elle j’en conviens, cette absence
      étourdissante

     

    marteau ciseaux blanco, viens jouer avec moi

    25 février 2021

  • peur de dire la vérité à ta maman qui pue

      l’homme quand il vient n’aime personne, son cul
      tire la langue à tout l’monde, à l’essence-même
      s’il en a l’envergue. je suis un sage, se dit-il et comme un sage je
      me tais, je salive je
      déborde de la page, j’aime pas les petites filles, pas les petits garçons
      je mords les animaux

      je m’abrite sous ton pouce, on appelle ça un abri-pouce, on ne rencontre de pitié que là où elle coûte si peu que l’âme est pure, oh si pure…
      un homme est mort et nul ne pleure dessus, pas même sa mère et quand bien mort cet homme
      ne pleurerait pas dessus sa mère, c’est quand même tordu

      toutes nos douleurs vont à dieu, le reste importe peu, ou si peu…
      toutes nos douleurs vont à dieu, je creuse ma tombe en dieu
      le reste importe peu, ma maman importe peu, ce qu’est dieu en soi importe peu
      ou si peu… j’ai tellement vieux…

      il y a des hommes qui bourrent mon crâne
      de crin, de filasse, de sperme il y a des hommes
      qui bourrent mon crâne de chevaux
      qui se souviennent – ils se souviennent oh mes chevaux
      on va les traire, les équarrir on va les chteub
      et moi qu’en sors vivant, toujours vivant, avec la honte, avec la haine
      et moi qu’en sors branlant, il pleure debout

    24 février 2021

  • il s’agit du père ou bien d’la neige

      tu pleures dans les deux sens, tu t’arrêtes pas
      tu répudies
      tu répudies jusqu’à ce que
      ciel s’ensuive, ou le cercueil, auréolé
      confortablement assis dans son cercueil, rêvassait l’homme assis, l’homme
      rassis, d’un ciel exterminé

      un chien mordra ma queue or les anges le
      lui rendront au centuple c’est promis, je r’crache un ch’veu, un poil de sirène dans la cuvette à ch’veux
      et toute la tête avec allez, bouffe-lui l’crâne, un chien
      mordra ma queue et tout ce qu’elle contient
      d’abnégation, de frustration, de comptines enfantines je lui caresse
      la tête, un chien ravale sa queue

      je sais où je vais j’ignore juste
      par quel chemin j’y vais, par quel chemin m’y rendre, une crotte
      au pied de chaque calvaire déposée, lorgner sur
      la barquette de frites, rapport qualité-prix on en est là te rends-tu compte, rapport
      qualité-prix, l’imprescriptible

      le chien est descendu avec une amie – ce n’est pas mon amie bien entendu, mais ce n’est pas mon chien
      non plus
      pelé de part en part, l’autre épilée
      d’une vie qui n’est pas la sienne, laissée là sur le gaz
      je bouffe de l’herbe. je bouffe des bruyères. si quelqu’un chante rassure-moi ce n’est pas moi qui chante
      mais je l’entends

      mon amie parle à mon amie, je lui garde ses amygdales
      il fait si triste que je n’ai pas le moindre doigt
      de lui gratter le ciel, je vis dans un coma
      tout au fond d’un coma, je vis dans l’omerta
      je te montre mon sexe, tu me soulèves d’un doigt, d’un autre doigt, d’un doigt à toi
      – plante comme elle croît

     

    il s'agit du père ou bien d'la neige

    22 février 2021

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