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assis là sur un banc


  • un pays qui s’tient sage

      crève de bonheur, ou fais l’inverse
      dans un pays libre, il y a des gens qui marchent
      d’autres restent assis
      le loin et l’ici-présent n’y entrent pas en contradiction
      – éjaculer contre un mur lui inséminera t-il la distance ?

      ma femme se noie
      pendant que ma femme se noie, je tricote une bouée
      une bouée c’est plus ou moins facile à manier
      ça se gonfle en dedans

      en fin de droits, mais le manche à pleine main
      la mort n’en vient pas à bout: le réel en avance la preuve
      la mort en avance la preuve
      dieu comme agent
      de la contamination en avance la preuve

      j’habite assez loin de la mer, quoique la mer s’en rapproche
      l’amour a la bouche toute dégoulinante de matières visqueuses
      de gluantes sécrétions
      ça passe mieux comme ça, ou comme ça ça passe mieux

      je réside sur la tour eiffel, la tour eiffel c’est haut
      quand on en tombe cependant, la hauteur rétrécit
      et lorsque on se relève, on se sent fier
      d’avoir été, d’avoir menti, d’avoir caché son parachute

      on cherche en soi
      le cri de la grenouille, aux oreilles pendantes…

    6 décembre 2020

  • broute la digue

      je voulais être profond, très profond, or je voulais être libre
      – creuser et voler
      m’ont arraché les pattes, et m’ont rogné les ailes
      j’étais content dès lors, poulet sous cellophane, homme à genoux mains sur la nuque
      amoureux éperdu
      transi là sur un banc

      il s’y prenait comment, avec quel corps, et selon quelle
      infantilité ? il
      s’y prenait autrement, le corps rétrocédant, et secouant son
      hochet –
      l’esprit par l’esprit suspecté

      je me suis mis en travers de la voie
      comme ça, de tout mon long
      et je me suis laissé
      rouler dessus. les services concernés, aussitôt prévenus
      ont bien tout nettoyé
      – la propreté avant tout

      je me suis casé une patte
      il n’y a pas d’âge, pour se casser une patte
      je suis moi-même sans âge
      le nouveau-né, le dernier-mort sont sans âge
      et même hors âge
      – que m’arrive t-il donc ?

      il n’y a que pluie de ronces, je ne sais comment l’abattre
      il annoncent un malheur, ils annoncent le malheur – moi je suis le malheur
      en toute modestie

     

    broute la digue

    4 décembre 2020

  • l’enfant cassé

      sans réfléchir avant, pompon, sans réfléchir après,
      la nuit-chèvre, la nuit comme elle broute,
      et quelque chose encore, sorti de son contexte,
      font et feront l’objet de
      mon lourd chagrin d’esprit

      la nuit quand elle s’trimbale, les pleurs quand il succombe.
      il leur suffira de choisir un enfant, comme on pioche une carte
      ou de le jouer aux dés, à pile ou à face
      de le coucher, juste au-dessous des yeux de le border
      définitivement

      ce n’est qu’un jour après, ce n’est que vent debout
      il en fallait toujours un restant
      debout.
      ce que l’on avait pris pour soi vacillait flamme sèche
      mèche tombante, ça ne prend pas.
      t’as beau souffler dessus, ça ne prend pas

      de là et z’entre deux paupières, un homme s’éveille.
      sous le bourrelet l’œil vivace. je vivote
      je vivote et dans mon dos.
      ce n’est pas comme si la terre, ce n’est pas comme si la mer
      évidemment

      il ne retient rien précisément, la lumière dans le dos.
      il semble qu’une roue de secours rebondisse indéfiniment
      sur place, sans tourner sur elle-même, et toujours à la même hauteur.
      cela donne une idée, douloureuse et tangente,, quelque idée tout au moins
      de l’éternité

    2 décembre 2020

  • jacadi a dit baisse le son

      ne sois pas déçue. mouche-toi.
      il ressemble à un chemin dont on aurait noué les deux bouts
      ou à une route goudronnée.
      j’appelle à témoin, je suis mon propre témoin, le témoin se rétracte
      le témoin se contracte

      quand bien même il erre ailleurs, ou se concentre
      il rase le centre.
      écartant un pan de mon manteau j’ai peur d’y découvrir
      une bestiole à moitié morte. une écuelle à ma portée.
      pense à survivre des fois
      des fois à autre chose

      manque de respire, à fond, ou tout le long.
      un nid de pies en haut du charme dénudé, porté à la vue de tous
      et en plein vent.
      qu’il est étrange de continuer à recevoir la pluie alors qu’il ne pleut plus
      depuis une heure au moins, d’un pluie n’ayant
      jamais cessé, d’une pluie tout
      contre mon ventre

      tu ne peux pas mourir un mardi. le mardi on ne meurt pas
      ici.
      le sol sent le pourri, et c’est ainsi pourri
      qu’on vit, poussant son pion.
      quelqu’un retape après moi
      dans ses mains, ou recrache un refrain – il a l’air
      de jouir à sec

      désœuvrement la terre entière, du mieux qu’elle peut
      n’y pouvant rien.
      je me caresse le ventre, le ventre
      comme à regret.
      et puis les morts enfin, qu’on alite, qu’on recouvre
      d’une pincée de cendres…

     

    jacadi a dit baisse le son

    30 novembre 2020

  • l’amour sale

      il m’en manque une, une quoi, une lumière à soi.
      quoi qu’on en fasse, il ne faut pas quitter des yeux
      ce regard-là.
      les mères ne nous effraient pas – pourquoi des mères
      nous effraieraient-
      elles ?

      manger de la main droite, celle avec laquelle.
      il n’y a pas de pont, il n’y a
      pas d’amour sous les ponts.
      quitte à sombrer je sombrerai sans poids – s’évaporent les poids
      s’affranchissent les mesures

      nagent-elles
      en plein délire, elles les ruptures d’équilibre.
      un vieux
      sert de tombe à un moins vieux que soi, ou de moins vieux qu’il fut: on est vieux dès le temps.
      dès le temps, dès qu’il soit encore temps, traîner devant –
      devant c’est compliqué

      lui parler à l’oreille grandira son cerveau, repoussera les limites.
      il fait noir dans un coin il fait noir, dans l’autre coin aussi. le noir
      occupe tout l’espace, l’espace
      est ainsi fait

      il y met tout son poids, ça commence aux épaules
      mais la paresse aidant…
      la paresse aura toujours le dernier mot, le monde finit en vacances.
      près d’un arbre abattu, un homme se redresse
      : le transfert effectué

    27 novembre 2020

  • des fleurs partout

      j’ai rage de chant. je veux te regarder encore
      et pas seulement dans les yeux, quand bien même tout n’existerait que par les yeux
      les yeux troués les yeux bandés, du désir de voir quand les mains figées se raccrochent désespérément à leur mât d’infortune
      au petit père les anges, le souffleur de nuages…

      je cherche un numéro de téléphone et quand je le trouve je n’appelle pas
      je cherche une adresse et quand je la trouve je ne m’y rends pas
      je donne rendez-vous à un ami et face à lui je ne parle pas
      du crottin dans les oreilles, un anneau dans le nez, dont les trous
      se sont refermés, comme se referment les trous et claquent les fins de
      non-recevoir

      ma poupée n’a plus d’bras, ma poupée a perdu
      son bandeau dans les ch’veux
      ma poupée n’a plus ses ailes, ma poupée n’a plus ses fentes
      ses rebondis, ses redondances
      ma poupée a perdu son accent japonais, ma poupée a perdu son accent prolétaire
      ma poupée n’a plus d’jambes, ma poupée n’a plus d’bouche
      je crois que ma poupée c’est moi, telle qu’elle aurait voulu que je sois

      je ne suis pas poète. dans la tombe à côté du prophète, trois jours durant c’était moi
      c’était moi donc c’était toi, que je n’osais pas encore vouvoyé
      quand je me suis jeté à la mer, la mer ne m’a pas noyé. elle m’a juste recraché, comme on retire une arête de sa bouche
      j’ai cessé d’être quoi que ce soit, grenouille au fond d’sa mare, princesse municipale
      faut dire que le sommeil a tendance, ces derniers temps
      à s’épaissir dans les branchies

     

    des fleurs partout

    25 novembre 2020

  • foirer les excédents

      un peu à l’image d’un homme qui se noie mais n’en abuse pas
      un homme qui m’empêche d’aller plus loin, plus loin que de ne me reconnaître en rien, bouffée d’inoxygène
      un homme qui, depuis la nuit des temps, manquerait à l’appel si l’appel n’avait, depuis la nuit des temps, manqué lui-même à l’homme
      ce sont des choses qui arrivent n’est-ce pas, même si l’on regarde ailleurs…

      cela ne m’avance à rien de savoir que tu n’existes pas quand tu restes planté là devant ou en moi, tel un
      bâton d’eskimo…
      il se peut qu’un homme dure, qu’il se tire les cheveux, il se peut qu’un homme ne rencontre en soi qu’une faible résistance et qu’il s’assoie le soir à son seuil, comme si une fille allait jamais passer là, qu’il regarderait passer
      transgressant ainsi l’im-
      mortalité

      un chien vaut mieux qu’un rien, un tiens mieux qu’un tu l’auras pas
      un monde sans horizon s’effondre, un monde sans horizon n’ayant plus pour horizon que son propre effondrement
      c’est un château de cendres, j’ai de la cendre dans la bouche
      c’est la langue de marie version carbonisée

      et pourtant j’aime beaucoup, j’aime beaucoup
      de travers mais beaucoup
      la mort prétendis-je c’est de ne faire partie de rien, de ne rien partager or il s’agit de bien plus
      ou d’un peu moins, selon le sens dans lequel on le prend
      dans ce sens-ci, je fais le mort dans ce sens-là, la mort m’enfante, la mort me lave à l’eau froide, douce mais froide
      et pourtant j’aime beaucoup

      une femme ne se rend compte de rien, ne discernant en moi que
      l’abysse d’un brute
      de moins en moins se manifeste la nécessité d’être, ou ne s’impose à moi l’idée de l’être comme nécessité
      ontologiquement parlant, je débande
      c’est comme si finalement les lacrymos n’avaient plus d’effet sur les yeux d’une contestation à l’état pur, d’une contestation sans objet
      d’un ciel à cœur ouvert, depuis l’éternité démesu-
      rément ouvert

    23 novembre 2020

  • on dirait qu’il s’affole

      j’allumette
      au point où j’en suis, j’allumette
      un bidon d’essence, le corps en confettis, tu parles d’un homme
      tu parles d’un homme à haut débit, d’une cacophonie
      je m’égare et je sais
      que je m’égare
      je m’égare et je sais

      persistante agonie. parle-moi comme tu peux
      souffle-moi dans l’oreille. pour jouir. ou ne répondre de rien
      tu me ramasseras, hein, promets-moi que tu me ramasseras, en mode carreau cassé, mouchoir souillé
      les yeux ne ferment pas, pourtant les destins sont scellés

      peu d’hommes, autant de rames – ne manque que la mer
      ou la rivière
      je creuse au fond du puits, je creuse, et toujours les affres
      quelqu’un lève les bras, on dirait qu’il s’envole, quelqu’un creuse les bras
      on dirait qu’il s’affole

      il pleure et des poussières, il pleure
      et des poussières.
      un parapluie protège de la pluie mais pas du vent. j’ai enlevé mes bottes
      ça soulage les pieds, j’arrête de chanter
      chanter c’est trop dur. le dureté de chanter
      on s’y fait malgré tout, ça soulage les pieds

     

    on dirait qu'il s'affole

    21 novembre 2020

  • dorénavant les p’tites guitares

      je n’ai pas le lieu de l’Émouvoir
      un homme c’est tout, une pile en instance. j’ai pas
      l’innocence de m’endormir, j’ai pas le fluide
      à la tête d’un homme mort une croix creuse le temps, un tabac reste ouvert
      le dimanche et aux heures creuses. j’ai pas le lieu
      de s’Émouvoir

      je ne marche pas, je ne marche plus. je ne m’assieds
      là sur un banc. pas. je le refuge.
      est-ce que tu m’amènes un peu de lumière
      est-ce que tu importes un peu d’air dans l’asphyxie de l’intérieur
      est-ce que tu cours à quatre pattes, le loup au cul

      la certitude du pire rassure non par le pire, mais par la certitude
      un jour je serai creux, et je sauterai dedans
      l’espoir de m’endormir enfin pèsera sur
      ma conscience, ci-git une conscience
      la belle au bois dormant, les cuisses à l’équerre
      et je cracherai dedans

      depuis ce matin je ne me réveille pas, je ne dors plus
      les yeux de mon âme et conscience ont largué leurs paupières. j’appelle un s’cours
      une roue
      j’appelle une roue une tuile, et ça tombe de partout
      ça déboule de toujours

      la vierge d’un trou, la bâche en plastique noir
      personne ne me remet dans ma bouche, personne aucun son
      en face de moi, autour de moi et en moi, je dévisage les terreurs
      qui perd pied, même s’il n’a pas encore ou jamais
      jeté le dé, balancé la chanson

    19 novembre 2020

  • néant concomitant

      vivre à part, balle perdue, joujou cassé
      ma vie a fait un pas dans le sens
      d’un futur oublié. j’ai pas dit non
      j’ai pas dit non j’ai pas dit oui
      j’ai rien dit
      je pensais partager l’idée d’un vol fané
      la mort est née en moi, en simplificatrice
      en moi quidam rampant
      sur un chemin de dames

      quand il ne restera plus
      que la peur, raclant les fonds
      ta veilleuse en sourdine, ton rat galeux
      il y en a un de beau sur la lune il y en a un de beau
      et on en arrive là bout du bout, la verge en crucifix, le rien entre les mains
      patate froide

      laisse-moi tranquille. tâte le pouls
      un chien devant ma porte, je lui pisse dessus, je lui balance un os
      tu pleures ou tu fais semblant ? tu pleures de faire semblant
      ça arrive, ça arrive comme on y vient, opter pour la mort lente
      opter pour la mort brève

      un chemin me ramène au milieu, au lieu-dit du carrefour effacé
      il y a des yeux dans tous les coins
      je te branle le système nerveux, je te branle
      je te le convertis en gentillesse, en simple politesse
      je voudrais t’arracher un cri, je te touche le bras
      le bras c’est déjà ça

     

    néant concomitant

    17 novembre 2020

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