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assis là sur un banc


  • humble la terre, et tout ce qui ne sert à rien, ana na na

      mon corps est à moi, roué de poux
      il s’avance vers moi et c’est moi qu’il ne reconnaît pas
      il s’avance à tâtons à tâtons il s’enlace, voulant me retenir, il m’enlace, voulant se souvenir
      de manière quasi subtile, d’une esquive à bon dos lui ferai-je défaut

      une boule à la fenêtre une fenêtre dans la gorge, c’est comme ça qu’on s’y prend
      on s’y prend comme un nœud, un nœud
      ne s’y prendrait pas autrement, on enfonce les doigts pour en retirer débris, arêtes, relents de paysages
      relents de paysages malgré tout

      j’ai un peu le vertige en hauteur, en bas c’est plus propre
      ça tourne un peu en rond mais on s’y fait avec le temps, on se fait à tout
      avec le temps. sauf au temps. sauf aux ronds
      sauf à tourner en rond, en bas c’est plus propre et cependant
      en bas aussi j’ai le vertige

      à la mort coccineau. comme à la mort. coccineau
      tu te couches dans ton panier, en boule dans ton panier, panier percé panier papier
      si tu me regardes à travers le trou d’une serrure c’est que je suis déjà mort, tu peux me recouvrir de ta paupière
      je le dirai à personne, recouvre-moi
      de ta paupière et d’un peu
      de poussière…

      un garçon s’est tu. à corps et à cris. s’est tu
      je ne pensais pas te retrouver là. je vais à reculons. jusqu’à la ferme des potiers
      quand on remonte le chemin  on se dit que l’on décroît
      l’on décroît jusqu’à soi. à corps et à cris. un zénith flambant neuf

    26 décembre 2020

  • pas de sexe entre nous, on préserve l’espèce

      un rat menace ma famille. je l’ai eu d’un coup de bêche. fendu en deux
      et dans les mégapoles, où personne n’entend la langue de personne, les matraques ont la vie dure, rendant jaloux les humains
      qui tombent sous leurs coups

      mal accoutumé à la vie en société, j’attrape un paquet d’chips, je chope la crève
      dormir en paix n’est pas gratuit. la générosité n’est pas gratuite. un orgasme peut vous coûter cher
      à force d’appuyer sur le même bouton, on finit par
      se tordre le pouce

      à chaque bagarre une dent de perdue, ne reste que la langue au fond du trou
      elle bouge encore.
      les macchabées qui s’tripotent sur les bancs publiques, au vu et au su
      des passants ordinaires.
      même la mort ne te protège pas, ne t’offre ni le gîte ni la garantie, ne te
      caresse la tête.

      j’ai remballé toute mes chansons. en fait je n’en ai qu’une, toujours la même
      la discordance tendre corde, par où qu’on la pince discordante
      : un acte sexuel pur et simple. à la fois pur et brut. éminemment sexuel la
      déchéance de fonctionnalité, le gland tout gangrené

      tu veux dire je n’ai pas la fonction ON ?
      tu veux dire j’ai pas la fonction OFF ?
      tu veux dire où que t’habites moi je te sortirai de ce trou, je t’en expulserai
      l’anus ou le meilleur, d’entre nous
      – ce l’a quoi l’on survit ne nous le
      pardonnera pas

     

    pas de sexe entre nous, on préserve l'espèce

    24 décembre 2020

  • à la marelle surtout ne perds pas ton caillou

      les autres se retiennent
      par la manche ou par le gant. cela
      m’est complètement égal. mon père
      passe me voir tous les dimanches, il parle tout seul
      il a besoin de ça. ça va
      faire bientôt trente ans qu’il est mort

      on ne se ressemble pas. on perd contact
      on prend contact, on se connecte avec le sexe
      ou par le sexe.
      c’est comme le bouche à bouche, une fois qu’on est parti on ne se
      reverra plus. promis juré
      craché

      ça finit mal. ça finit toujours mal. et puis ça recommence, on n’y
      échappe pas. ça s’enlise en aval, mais déjà
      ça s’épuise en amont – les orchidées
      sont placées du mauvais côté, attends

      j’ai courageux du sommet
      du sommet plat du sommet lisse. je me déplace en surplace
      ou en auto, ça dépend, mais jamais pour longtemps.
      toutes les deux heures, je change de drap

      tu me caresses où ça fait mal, les cheveux tirés en arrière
      tu te retrouves derrière moi, chaque fois qu’un trou
      et c’est toujours la même histoire, même rengaine
      une autre fois peut-être…

    22 décembre 2020

  • tu t’efforceras de bruiter les amours

      je ne te placerai pas derrière moi, je ne te placerai
      jamais derrière moi. derrière moi la famine
      et vaut mieux l’avoir en photo qu’à table, la famine

      tous les gens sont heureux, tant qu’on
      ne les bats pas, tant qu’on ne les poursuit pas, tous les gens sont heureux
      à l’heure creuse ou d’un réveil matin
      tous les gens sont nombreux

      mille fois j’ai donné ma démission. tous les jours je démissionne. et tout le jour
      durant.
      alors je fais les courses, des fois je fais les courses
      quand même.
      et puis je rentre et quand je rentre, à peine rentré, je démissionne
      encore.

      parfois il est né. parfois, il fait signe d’être né.
      personne ne lui prépare à manger. personne
      ne le caresse dans le sens du poil. personne
      ne se met à poil devant lui pour danser. personne ne danse
      lui non plus ne danse pas

      il n’y a plus d’eau sous la douche. c’est une douche sèche
      il n’y a plus d’eau à la bouche. elle ne coule pas de source
      il n’y a
      plus d’eau nulle part, ni dans le ciel. il mouille un sceau

     

    tu t'efforceras de bruiter les amours

    20 décembre 2020

  • l’amour à la débroussailleuse

      un homme ça n’arrange rien. ça se présente tel quel, en s’excusant en s’excusant de quoi
      comme si la hargne ne suffisait pas, il trace des chemins qui soi-disant mènent ailleurs, ou même ne mènent à rien, c’est à dire n’importe où
      – que pourrais-je pardonner de plus, et à qui donc ?
      l’amour ressemble à ça ne ressemble à rien, l’amour
      ne me ressemble pas

      appartenir à ce qui n’appartient à rien, les figures transitoires
      un christ en loques – je n’ai plus l’esprit de m’occuper à cela ni à autre chose
      on meurt debout
      on meurt assis
      on meurt couché
      tant de façons de mourir d’une seule et même mort, où le vent paraît-il
      ne souffle pas

      l’amour à la débroussailleuse, soit, comment embrasser
      le mur où ce naufrage… il ne reluit de rien
      moi qui ait tant trahi – preuve en est que je subsiste, or je tombe de travers, je tombe en porte-à-faux
      ressassant l’home sans peine

      j’ai pas la peur, j’ai pas la mort, je vis simplement
      dans un autre pays, un pays sans dessous.
      il y avait des paysages et alors quoi, les paysages ?
      les chiens meurent dans les coins
      les vivants meurent dans les coins
      les hommes s’y terrent, ils se questionnent du regard
      ne trouvent pas de réponse
      en leur regard

    18 décembre 2020

  • ta race et des limaces

      je voudrais être délicat, dire des choses délicates – sans déconner
      avoir la matraque souple, le tonfa tagada, et cetera
      la langue seule me rattache à l’homme en tant que bestial social carnaval
      je crache ma langue. conchie ma langue. j’encule ma langue. j’ai besoin d’une larme pure
      et faute de, je crève ma mère

      ta race et des limaces – si seulement n’être rien pouvait guérir d’être seul…
      pour quoi, pour rien, entamai-je la saignée du lierre
      j’ai acheté de la mousse à raser, moi l’homme sans rasoir, et sans rasoir je tentai comme un autre
      de survivre, héros d’une heure qui passe…

      un chien nourrit sa race, une race nourrit son chien
      quand elle le peut. quand elle a les mains libres. le jour où je m’évade ne viens pas me renifler
      l’anus ni l’aisselle.
      au-delà de l’imaginaire git un trou, un trou de taille respectable, néant sous l’auréole

      ai-je caressé la joue du chien ? si l’homme est l’être qui sait qu’on lui ment et se sachant mentir, ai-je sucé la chatte d’un menhir ?
      je meurs d’envie d’en être un autre, figure du rien – et quel intérêt de mourir si ne meurt
      que l’orgueil d’être moi, les oreilles rabattues, le chemin distordu ?

      je ne me laisse mourir de rien. on ne meurt que de rien je me meurs voilà tout
      pourtant j’ai
      le sourire carnassier, pourtant j’ai
      l’allure débonnaire, au jeu de comment je marche et si je ne marche pas regarde
      comment
      vivre fusionne au saint esprit

     

    ta race et des limaces

    16 décembre 2020

  • béni le plat, raz la marée

      un chien ça sent pas bon, surtout mouillé. un animal non plus, humain soit-il
      la plus susceptible et risible des bêtes, j’ai même failli écrire un poème, un jour que j’étais triste, va savoir pourquoi
      si seulement je parvenais à me boucher totalement les oreilles et à ouvrir les yeux de long en large, comment dire, virginalement, un nouveau monde peut-être
      surgirait-il enfin, sans gravité

      que tu me mentes. que tu me mentes et qu’on n’en parle plus.
      mon ciel est gris mon ciel est plat. j’ai pas gagné l’euromillion. je ne maîtrise l’art d’un combat. je sais pas faire jouir trois femmes à la fois
      je ne marche plus. je crois même que je n’attends plus. le monde est au fond suffisamment beau sans qu’on ne 
      l’encombre de nos rêves, le salisse d’un espoir

      il est un homme il est
      une foire à tout va, il a mal aux dents chaque lundi de pâques il voudrait l’embrasser mais rien
      n’y fait, il s’agrippe à la manche d’une femme comme si l’on ne pouvait être homme qu’aux dépends d’un femme – c’est donc à ça que servent les manches ?
      il ne renonce à rien, et s’il a tout foiré prétend-il ce n’est que par
      pure timidité nan mais là j’hallucine

    14 décembre 2020

  • la poisse

      les offenses à la beauté nous ont ratiboisé les bourses, enrayé les ovaires. on se tourne vers nulle part on est jamais déçu
      de ce côté-là
      le reste du temps se passe à discréditer l’idée d’efficacité, enduire d’argile le kyste au cou de dieu, penser l’érotisme comme au radeau d’une méduse ballotté dans les flots tumultueux
      d’un bac à sable
      – être né ne m’aurait certainement pas dispensé de mourir

      j’ai bien
      lancé le bâton le plus loin que je pus, sauf que me manquait le chien de
      me le rapporter – du coup cette histoire de bâton vraiment ne tient pas la route, j’ai revêtu le gilet jaune
      au moment-même où le jaune rendait l’âme, ne participait plus aux couleurs, absent total des nuanciers
      merdai-je encore ? ou se paumer ne fut-il jamais que l’habile précurseur de
      sa propre disparition ?

      il y a la mort ou il n’y a pas la mort, c’est l’un ou l’autre exactement
      je nais donc tu meurs. je meurs donc rien. il y a la mort
      il y a les petits jardins soigneusement entretenus, les rebords des fenêtres fleuris ad nauseam il y a la mort
      et quelque chose qui n’est pas tout à fait la mort encore, quelque chose presque la vie, une pluie si fine qu’on ne la sent pas tomber
      et dont on respire l’odeur plus qu’on ne la voit

     

    la poisse

    12 décembre 2020

  • les armes ça change de mains

      nous n’avons pas besoin de tête, étant donné que nous n’avons pas
      besoin de corps.
      ça rigole pas des masses, ça rigole par milliers, par centaines de milliers, ça brandit des poings mous
      à part ça je pense à rien, à la nuit qui s’étiole
      c’est à dire à rien

      les filles n’aiment pas les morts – n’aiment ceux-ci que les mortes, les filles mortes
      qui du coup cessent d’être filles, c’est à dire violables dans l’inconscient collectif, mixte
      les morts rêvent aux morts, leur chemise de nuit glissant sur leur peau sèche

      il y a un homme ici qui ne représente rien. il ne représente rien. il est mort dans sa tombe
      il y a un homme ici mais ce n’est peut-être pas lui, ni l’ombre de lui-même. il enfonce ses doigts dans la prise de courant et s’en prend tout le jus
      il fut le reflet d’un jour qui passe, un assassin privé de sa victime
      c’est vraiment pas son jour

      les filles ça change de nom. ça change de couleur aussi, et parfois de chignon
      les jours topinambours je t’embrasse où je veux, les jours où je te prends par derrière une tortue nous observe, silencieuse
      une preuve d’innocence, suggères-tu – or il n’y aura jamais de preuve
      à l’innocence

    10 décembre 2020

  • les vers du nez

      la justice ne suffirait pas, il nous faut la vengeance
      c’est plus commode ainsi, avec un sac à main
      il faut savoir se montrer efficace, avec un sac à main

      j’ai pleuré toute une rive, puis me suis tourné de l’autre côté
      de l’autre côté pleurait tranquille, suçant sa verge
      il a fini par s’endormir, tout finit par s’endormir, tout finit
      par s’éveiller, dans la version sha la la

      la première fois je t’ai aimée, la deuxième fois j’ai recopié
      la troisième fois j’ai fait semblant, j’ai simulé
      la dernière fois je t’ai aimée, j’avais vois-tu
      mis le doigt dedans, comme engrené

      un homme fait pas l’hiver, et pourtant qu’est-ce qu’il creuse…
      un chemin de travers, c’est tout ce qu’on lui concède au final
      alors il va, la muqueuse tranquille

      j’ai toujours gardé le même âge
      un vent soufflait par ci, girouette pirouette
      j’animai l’immobile, je me mettais des faux cils
      pour faire plus vrai, pour faire comme si j’étais
      vraiment celui que j’étais, ou à peu près

      couche avec moi, garde ton slip
      à la faveur d’une nuit mal lunée
      on pourrait s’entendre à la rigueur, il suffirait
      de ne pas s’écouter, ne pas se souvenir
      avoir jamais été, ou alors malgré soi

     

    les vers du nez

    8 décembre 2020

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