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assis là sur un banc


  • j’avais pas peur au début. à la fin j’étais sans âge

      il y avait quelqu’un. quelqu’un c’est pas grand monde. une âme presque personne
      je l’ai embrassé pourtant, ou l’inverse je ne me souviens pas vraiment. il y avait quelqu’un
      quelqu’un du genre y a pas grand monde

      un cheval. on a fini par l’abattre un cheval
      ça remplaçait un homme, juste pour ça
      pour l’abattage. et là d’un coup je me sens fort dépourvu
      puisque abattre existe, il faut bien que cela s’abatte, et quelqu’un sur lequel
      cela s’abatte

      ma manivelle a toujours fui, je suis l’amant
      d’un soleil d’hiver.
      au bout d’une vie je me sens comme un champ dévasté. il serait plus raisonnable d’être mort
      plutôt que ça, quoi que soit ça, tombé des nues

      mon chien aboie. bon on éradique le chien vu que le chien de toute façon
      n’existe pas. reste l’aboi, quant à lui bien réel, plus que réel lui la colonne
      vertébrale
      de toute réalité. c’est à dire d’un chien
      errant – un chien forcé ça c’est errant, sinon rien.
      tellement honte d’être encore là

      la vie sublime, la perle rare. d’ailleurs je me rappelle rien. triste mensonge.
      trouver le trou. le chas l’aiguille mais là avec mes grands yeux de bigleux, tâter le trou, le chas l’aiguille
      j’en perds le fil…

     

    j'avais pas peur au début. à la fin j'étais sans âge

    25 mars 2021

  • sans y être invité, je me suis retiré

      les yeux parlent aux yeux – faut dire que les yeux
      ont beaucoup déménagé ces derniers temps
      ces derniers temps ça dure un bail. ces derniers temps sont pas d’équerre

      on meurt ça c’est certain, et toute la vie organisée de telle sorte qu’on l’oublie
      qu’on oublie quoi ? aller-retour retour-aller. louer un appartement, ça devient compliqué

      l’habitude d’un homme c’est un homme à moitié ivre, sans que l’autre moitié vraiment ne soit tout à fait sobre. on met
      les cimetières en bord de ville, les cimetières de banlieue on ne demande pas mieux
      que vivre, même malheureux

      j’arrache ma ch’veu, j’arrache mon tête. je vise l’éternité, quoique un mort en moi ne s’y raccorde pas
      c’est le mal-mort en moi.
      tu iras comme tu veux, sur ton dos tu monteras. tu iras sur ton dos et tu verras
      qu’on n’en redescend pas, ou guère intact

      sans y être invité je me suis retiré c’est une vie, une vie θερμαïκος *
      au fond j’t’assure c’est propre, faut juste pas
      faire le dégoûté en plongeant, en plongeant sans rancune, sans y être invité
      je me suis retiré comme on retire un jour sa queue dé-
      figurée d’une vie, une vie θερμαïκος…


    23 mars 2021

  • dieu d’une pomme de terre

      et puis la dernière heure, on l’a laissée couler…

      je tends la main au vide, ça ne l’oblige pas
      ça ne l’oblige pas, et ça ne m’engage pas
      qui perd la main perd le vide, débouté

      chien méchant gaule sa mouche cependant, cela n’a rien à faire avec une quelconque histoire d’animaux

      une pomme est tombée, ce qui serait plutôt bon signe si derrière
      l’arbre n’avait pas crevé, ni l’cracheur de pépins.
      la dernière fois j’ai dit je t’aime, nous n’étions même pas nés

      si j’embrassais un serpent dans la bouche, avec ma langue d’homme, oserait-il me mordre ?

      du sang sur les paupières, la nostalgie d’un temps qui n’a jamais été
      on se tient là pourtant, en bancal équilibre sur le fait qu’on existe
      à n’en savoir que dire…

      maudits. maudits soient les sons et ceux qu’on n’entend pas – ne sommes-nous au final
      que l’écho des rumeurs ?

     

    dieu d'une pomme de terre

    22 mars 2021

  • quelqu’un se brûle on lui coupe le feu

      c’est comme si je n’étais pas né. ayant vécu pourtant, donc sans réalité
      en fantôme mal sapé
      parfois carrément déchaussé

      on pourrait se donner rendez-vous, s’attendre chacun de son côté
      et ne jamais se retrouver

      c’est la mort qui se suicide à chaque inspiration
      je me mets à poil et même les chiens ne me reniflent pas
      donc je passe au travers

      petite nuit rideau tiré. le lumière n’éclaire rien. plus elle nous ressert l’évidence moins elle illumine
      comme tout un porte son ombre

      le froid nous prive de sommeil
      il existe diverses sources de froid
      on en couve un paquet

      je n’ai survécu qu’en trichant
      vivre prouve que je mens

      seule s’abolit la mémoire. raison pour laquelle nous nous évertuons à nous réduire au
      souvenir de nous-mêmes

     le jour où je manque à l’appel me voit enfin présent


    20 mars 2021

  • si peu de joie remue en toi. plante-lui un clou

      des femmes minutieuses comptaient jusqu’à l’aurore
      : ce n’étaient que mes os

      le miroir je l’ai avalé, il est à l’intérieur de moi, je couche dedans
      depuis lors, j’imite ma mort
      non : je la simule

      je ne jouis pas. c’est un étranger en moi qui jouit
      il se rince la verge quand je pense mes plaies

      mon âme est un ulcère. il se laisse pousser les poils sous les bras
      on ne voit plus que ça

      parle-moi comme tu m’aurais parlé si je n’avais pas été n’importe qui
      chante-moi, pour la première fois de la vie chante, justement parce
      qu’il est déjà trop tard
      depuis le début trop tard

      un homme replie ses ailes
      un homme précisément, c’est qu’il replie ses ailes

      une fois pour toutes, mais toutes les fois pour une
      qu’on ne soit au moins pas mort pour rien de n’avoir
      vécu pour rien

      un mort vit à l’envers et ça ne se voit pas, du fait même qu’il est le dernier
      comme tout un chacun

     

    si peu de joie remue en toi. plante-lui un clou

    19 mars 2021

  • parpaings

      l’éternité change de mode; on peut dire que la fête est finie
      pomme noire, pomme malgré tout.
      là où je regarde fait grève le miroir, ne renvoie pas d’image
      ainsi faudra t-il encore s’embrasser sans savoir où se posent les lèvres,
      à se tordre la bouche

      il faudrait faire la lumière, avant tout faire la lumière
      sur ce qui nous restreint – éclaircir les bordures, mettre en relief les arêtes qu’elles saillissent
      lignes de vie brisées, ruptures d’anévrisme…
      une vie
      n’abrite qu’une vie sans toit, et c’est irréparable.
      cette lassitude également, d’aller de par le temps comme on pisse à côté

      j’ai comme un indien sous le crâne
      la conscience d’être
      creuse l’inégalité.
      j’ balance les dés – à peine heurtent-ils le sol qu’ils se transforment en billes
      et roulent, roulent, roulent…
      je tique une bille, au choc de l’ongle redevenue simple caillou, à la mobilité réduite.
      il neige au fond de moi, l’indien va nu, le sexe pris en tenailles tandis qu’yseult dans les bois
      soigne ses genoux
      raccommode les trous

      il vente dans le vide
      un cube d’espace vide, dont le dehors
      est contenu tout au-dedans
      – ainsi la totalité échappe t-elle à la représentation.
      je rêve avec nadja, rêve avec maïté, les aisselles rasées
      infinis dépareillés. le cube ni le vent ne savent le chemin d’un retour.
      il neige au fond de moi, conscience nue
      il faut apprendre à vivre me diras-tu, sans
      et sempiternellement, sans
      me tombe des mains, béantes

     

    parpaings

    17 mars 2021

  • en cage ou l’animal

      qu’est-ce que tu me serines ? un bond dans le saut ne m’évade de rien
      l’écarte les bras
      je dis : l’écarte les bras blancs comme des linges, des cuisses de poulet. i pleure un ch’veu
      i ou l, pas d’importance
      on a fini par les confondre, confondre en genre
      et en nombre, à cran dans les dortoirs. un saut dans le bond je te dis
      ne soulage de rien

      qu’est-ce qui me prend, ou qu’est-ce qui m’emmène, on dirait que ça lâche
      on dirait que ça tombe
      des cordes. des trombes. des fausses notes il faut si peu
      pour fausser une note et plus c’est peu, plus fausse sonnera la note.
      je plonge en plein désespoir ça ne fait pas d’éclaboussures

      affole pas
      les ours on les mettra de côté, on s’occupe pas de ça
      je sais, on s’occupe de rien, de divers et menus, de si peu si menu
      à se gratter le coude
      à se gratter le coude ça se met à puer, et puer sur la table
      on finira bien par y monter, un jour, sur cette table. l’escalader, même si
      on n’ira jamais plus haut que le plafond. sauf à s’y pendre.
      on s’y pendra d’en bas

      le dieu qu’ils ont brûlé j’ai du pisser dessus, pour l’éteindre
      et toute la poussière des mondes m’a fait pleuré les yeux – heureusement j’avais, et j’ai sorti
      un léger mouchoir blanc, tout en papier
      et je me suis mouché, comme ça discrètement, entre un dieu macramé
      et la poussière dans l’œil

      c’est ma maison qui déménage, et tout l’espace – moi je ne sais pas bouger
      en fait ce n’est pas la mienne de maison, et l’espace sans morale
      perdure à mes dépends.
      j’ai tout de même gardé le réflexe équivoque de tourner la poignée
      de la fenêtre dans un sens, et dans l’autre sans l’ouvrir
      ni la fermer. l’ouvrir ni la fermer.

    16 mars 2021

  • mon bateau feignait d’sombrer

      on s’y reconnaît pas, on s’y reconnaît rien
      marchant à reculons dans la plus sombre prédiction
      et à tout petits pas, les orteils collés au talon, ou comme si on devait remettre le bonbon dans le sac et touiller d’une main fébrile
      saliver dans l’décor
      mais là y a plus d’salive – qu’un vieux clou de girofle fourré dans une dent creuse

      c’est donc l’histoire d’un miroir, où c’est lui qui nous scrute et se cherche
      en nous, afin de restaurer l’image globale
      naturellement, on floute. on floute à notre insu. on déraille l’apparence, tout naturellement
      jusqu’à présent personne n’est beau, sauf quand il meurt
      or on ne meurt pas si souvent

      je m’absentais la nuit. voilà pourquoi on ne s’apercevait de rien
      de rien c’est déjà ça, de nuit ça se voit pas. je m’absentais de jour, aussi.
      peut-être est-ce là que tu m’as reconnu. c’est difficile à croire
      je préfère ne rien croire. croie ça donne soif

      on dit qu’un homme et cet été. or ce qu’il fut quoique
      cela ne nous regarde pas.
      à force d’imiter les ombres nous sommes nous rendus transparents. on dit qu’un homme et ce raffut…
      cela ne s’entend pas. il miaule à chaque porte
      chaque porte s’enferme

      dernier accroc dans ma cabine : il manche.
      il n’est pas trop à plaindre, le vilain frère des oies. il se mouche dans l’herbe.
      celui qui manque à l’appel ne recevra pas de gifle. dorénavant, il ne recevra rien du tout
      pas un centime de grâce, ni corvée de douleur

     

    mon bateau feignait d'sombrer

    14 mars 2021

  • la vie en mars-mathieu

      et puis à midi, à minuit c’est pareil
      à minuit il fait noir, il fait gris à midi. à midi trente aussi
      j’ai les jambes cousues, difficile d’avancer, il va t-être
      compliqué d’aller plus loin, va falloir se contenter de
      revenir de nulle part
      et de nulle part ailleurs

      nulle part c’est ailleurs, on y a son comptoir. son rond d’sapin, le trou béni
      le meilleur on le garde pour la fin, la fin fait comme elle peut
      il n’y a plus que moi en été, moi dans tout l’été, moi
      dans le plein été. si seulement y avait eu l’été
      si seulement y avait eu moi
      l’un en l’autre et l’autre en l’un, ailleurs c’est déjà nulle part
      et nulle part déjà l’hiver…

      comme la place était prise, du dernier homme, j’ai pris l’avant-dernière
      ou l’antépénultième. je n’ai
      pas su garder sa race – allez en un seul souffle :
      je n’ai pas su garder sa race
      intacte. intègre. pure. la race du dernier homme. du dernier homme connu
      connu de qui du pénultième, ou de l’avant-
      avant-dernier
      homme connu connu de qui connu de nul, non advenu, pas même de lui-
      même en tout cas, ou à peine

      il a merdé. il a foiré. allons bon.
      j’ai marché jusqu’au nord. ça fait un bout. il a bien fallu faire demi-tour, rebrousser court
      j’ai marché jusqu’à moi, encore très loin du sud évaluai-je, à inégale distance entre est
      et ouest. entre est et ouest le terrain vague, la nitrate, soleil miteux
      entre est et ouest terrain miné, verglas heureux

      la dernière fois j’ai dit ouvre les dents, tu m’as dit non
      ou plutôt non tu n’as rien dit, pas même fait comprendre, te suffisait
      de les garder serrées, farouchement, à la manière d’un sourire figé, d’un sourire renfrogné, le refus de l’ouvrir
      après le dernière fois je n’ai plus rien compté, ni compté pour rien
      me suis laissé aller, aller tel qu’on s’y pend

    12 mars 2021

  • pareillement noce et la dame

      si je devais partir de la réalité je ne partirais de rien
      c’est donc un point fixe situant l’horizon sur la carte du vide, la crête d’un naufrage qu’il faut bien évacuer, présentement de la manière la plus inattendue, au point d’en sembler inappropriée :
      un poème par exemple, ou ce qui nous reste de voix quand même la douleur nous quitte, lâchement nous abandonne
      à notre naturelle mouise…

      peu importe, ouvre les dents
      je n’ai jamais rien su faire de mes dimanches. de mes lundis. de mes mardis…
      pour embrasser avec la langue, je lui dis ouvre les dents
      open the teeth, I told, et ça pue la famine
      je coule à pic dans mon temps, c’est pas exprès

      j’écoute avec la mort, et le mur se raidit
      j’écarte les rideaux et c’est encore le mur, le même réflexe mural, l’automatisme massif
      j’écoute avec la mort, comme si l’un était l’oreille de l’autre, ou chacun de son côté l’oreille d’un même idée noire, au fond d’un crâne dégarni
      j’écoute à la porte du mur j’arrive presque à faire semblant, quand le vent broute,
      d’entendre quelque chose…

      une dalle. piquer une dalle. coller la bouche à l’pierre tombale. abîmer l’maquillage
      pas soigneux pour un sou
      alors j’ai pris mon verre, le petit de côté, celui ne contenant que la mélancolie. du lourd planant. une dalle
      une dèche et des brouettes
      t’y colles ta bouche j’y colle ma bouche
      ma bouche ta louche

      frivole oh la matière, je reviendrai pas dessus
      d’ailleurs elle pique, elle pique oh la matrice, l’oursin dehors, toutes piques dehors, à l’orée d’la matrice
      le temps des chaînes… des matricules faussés
      le temps faussaire, le temps faux cils
      et j’en fais quelque chose, il faut bien en faire quelque chose – le froisse, le fous en boule, le balance
      balance oh le joli balance. balance ton mort

     

    pareillement noce et la dame

    10 mars 2021

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