il y avait le centre et le centre s’est démis. il y avait la mer et la mer a coulé je ne me mêle de rien, je ne me mêle d’amour, inopportune d’un silence bestial la corne s’est redressée et porte au loin
je vois mais, je ne vois pas et rien ne compte le sang qui monte
je vois mais, je ne sens pas pas maintenant, condoléance
condoléance et c’est ainsi métal courant
un rail sur deux, entre les deux coule un ravin. je n’en sais rien c’est à peine si je te reconnais comme ça, cheveux cramés, cheveux ventés à peine si je te foule
du sang d’cochon dans la tête des anges, mais du ciel dans leurs tripes pas un ciel de caen non, car un ciel véhément, un pur accident de l’ennui, un ciel s’exhibant dans son plus simple appareil
pleurer te fait pleurer, sombrer te fait guili – il suffit d’un chant pour contenir la chute, exorciser le naufrage il suffit d’un avion pour prendre l’air, l’avion fut-il d’air de plumes, de papier, ou en forme de ballon contre toute attente léger
ça n’avait plus de sens, mais plus de sens. prends ma main et trace un cercle dans ma paume avec ton doigt non, pas un cercle, une spirale plutôt – comme si cela pouvait exorciser le vide, d’invoquer le mystère… ça n’avait plus de sens, et ça n’avait pas plus de sens de se battre contre ça, s’opposer à la débâcle alors on a laissé tomber
un homme en moi ne se souvient de rien il se rappelle mais en vain – nul ne lui répond ni à son nom. un homme hors moi s’égare, chasse la mouche et serpente. un homme hors moi ne se sépare pas de soi. c’est le feu. bientôt le feu partout. un feu de boue
va falloir y aller. ou s’enfoncer. s’enfoncer en soi ou s’évader hors soi totalement, tant le fil est rompu. la terre qu’on a première ne se réveille pas. on tient à ce qu’elle nous revienne or le retour a comme un goût de cendres, de serviette usagée va falloir y faire un saut. un saut arrière un saut avant, un saut qui n’en/n’y retombe pas un saut froid
j’ai vu la mer au milieu, de tout un corps j’ai vu la mer. il me reste mes dents. et si tu veux il me reste ma langue. derrière la langue une longue famine, à laquelle on ne prête plus attention. avec le recul on y pense moins, on n’y pense même pas. avec le recul on sait plus d’où, de quand on vient, ni comment faire avec le recul on tressaille sur sa chaise
prends ma main et enfonce l’ongle de ton pouce fortement dans ma paume, ma paume fera le reste. il ne m’arrive rien. d’un côté comme de l’autre il ne m’arrive rien, la rue déserte. l’absence incandescente. je me retourne machinalement et machinalement je sens que vivre me pèse, qu’il fallait s’y attendre, qu’il n’y a là rien à attendre.
fin d’la journée c’est la fin d’la journée : il n’y a pas mort dedans ou alors ça ne compte pas le dernier jour debout je l’ai passé debout, c’est tout à fait inconfortable j’ai crié. j’ai vomi. je crois même que j’ai vomi un peu. n’importe tout au fin fond d’la vie je vis encore, je vis encore un peu, un peu comme ça sent fort un peu c’est déjà tant et un peu plus que ça. j’adore tes ch’veux
un simple rectangle (deux triangle accolés ?) un simple rectangle c’est balançoire, avec les cordes tressées au-dessus, au-dessus de chaque côté le miel des cordes. ils en vendent du miel de corde. suis-je ne suis-je pas l’humainement ? du miel de corde s’embrasser sur la bouche
on aurait pu se prendre pour quelqu’un d’autre, si seulement il y avait eu quelqu’un d’autre. l’autre est mort en attendant. chacun son tour chacun son tour d’être mort, à tour de rôle le rôle du mort. je ne sors que pour aller à l’épicerie. j’ignore pourquoi, l’épicière me déteste, je crois que c’est sa façon d’être, comme moi avec mon sexe si j’avais un fusil, mon sexe si j’avais un couteau, latex
j’apporte une main tout autour du poing, moi qui ne suis que serrement que saignement de vis. un jour en attrape un autre, d’où la lumière si indécise, l’incertitude quant au lieu. il s’aime d’abord après quoi il se pend, ou se noie, selon qu’il habite plus près d’une poutre, plus près d’une mare
j’ai changé d’parc. le contrôle au faciès semble t-il n’a rien donné. il coule un peu du nez, de la seine ou de je ne sais quoi – peu importe au fond, quoi ni demain… on propose un abri à un homme, afin qu’il dorme à l’abri, on ferme bien la porte tout au bout de l’autre côté une autre porte s’ouvre, finit par s’ouvrir – quand mourir est toute la liberté qu’il nous reste, l’entière liberté
un cheval par hasard. mais il aurait pu en passer un autre. tout aussi bien. qui n’aurait pas boité, ni tenté vainement de dissimuler ses plaies. un cheval de manège. un homme qui fait semblant fait semblant d’être un homme c’est la seule façon qu’il sache de ressembler à un homme, de se persuader qu’il en est un, de faire comme s’il en était un – un quoi un homme, un homme de rien un ch’val ouvert
j’ai compris tout à l’heure ce que humilité voulait dire, ça voulait dire ne pas vouloir aller jusqu’au bout ne pas avoir la force de gagner, de persévérer ni même d’aimer. je t’ai fouetté les fesses avec des roses peines d’épines, ou était-ce le contraire très haut là-haut très haut je veille le haut vent, le vide froid je prononce le solfège, le solfège fait mi ra dol je suce le sang du ch’val, pour ne pas succomber je succombe quand même, bien avant l’aube ou dans une mare
un chou a poussé sur ma tombe, de bruxelles ou chinois, j’aurais préféré de la menthe à la mi-février les jours se désenclavent, je m’enlise en personne je me regarde fixement et je me reconnais bien là, forcené de n’être rien, d’avoir un chien jamais je ne pourrais battre mon chien je sais qu’au fond je suis mon chien, et que la laisse de ce chien pend au vide, c’est à dire pend au vent, c’est à dire pend. ce n’est même plus un chien ce n’est rien, tous crocs dehors
mon sol flemmard, ultra flemmard j’habite un ch’veu de toi, un poil sur ta langue, l’abrégé d’une vulve je ne me prénomme pas, ne me prononce personne – j’attends que tu aies quelque chose à me dire sinon c’est pas grave pas grave, non c’est pas grave on pourrait par exemple dire qu’on s’aime, si on avait quelque chose à se dire on pourrait aussi ne rien se dire, si seulement on s’aimait vraiment pour une autre raison que celle de résister à de toute façon l’irrésistible si promptement futile
quelqu’un m’en veut. de j’sais pas de quoi quelqu’un m’en veut de n’exister pour rien, de faire pipi au lit j’aurais du commencer par le commencement dans le cas où il y aurait eu un quelconque commencement mais la mort étant pure, j’ai du dormir dessous et la mort trop pure ne s’est pas allumée
une pluie contre-battante, un volet oscillant il n’y a plus d’eau dans ma bouche, plus de rivière ni plus de lit épars, de lit pierreux j’avance à cheveux longs, de me raser le coude, le plus discret c’est de ne pas paraître désamorcer l’hormone avec une berge qui s’effondre en son milieu avec une ville qui crie d’assaut, et se noie dans son propre égout avec un paysage à peine intact, éternité sombrant dans la plus pale insignifiance le dos courbé toujours le dos courbé
tu meurs de quelque chose, de quelque chose m’intéresse pas, tu meurs de quelque chose comme de mortalité, probablement cela étant or cela n’étant pas, tu meurs de l’avoir rêvé, de l’avoir simplement pensé, même quand tu n’y pensais pas je suis à jour de mes vaccins, présumes-tu ce n’est donc pas mon jour on en avait rêvé pourtant – ça s’appelait deux enfants dont l’un va mort l’un va mort l’autre en marchant
il y a un mioche, là, une pomme pourrie d’adam on l’enterre comme on peut, on couvre ça de feuilles rallie-moi à présence, si tu peux, sinon un café noir ne sera pas d’refus j’abrège ma langue, c’est le clou du poème. j’habille une conscience. j’habite une ruine de conscience, seulement vivre je lui tourne le dos elle me saute à la gorge c’est toujours ça de pris comme on dit
t’inquiètes, il y a des gens il y a des tubes aussi, à peine tiennent debout, et dont le contenu, gélatineusement… des hommes pensent que leur vie ne changera pas ou pas trop ou pas trop pire puis se trompent de manche ou de jambe le matin au réveil se trompent de tout tant qu’on meurt pas on est vivant, se rassurent-ils et d’autant plus tant que l’on meurt, persistent-ils
un chien bordel, un chien ça ne mange pas de pain. cela n’a rien à voir j’ouvre en grand ma conscience, et ce fut l’orifice le lankavatara en rouleaux de six ou douze la gravitation certes, mais en fonction d’un centre qui n’existe pas, la rage sans les dents je t’apporte un chou, voudras-tu de mon chou ? cuiras-tu mon chou, mordras-tu dans mon chou ? séquestre ma conscience, l’annulaire sent l’alliance, déliquescente…
je sais pas comment faire pour vivre encore, ce fabuleux tour de prestidigitation – respirer par le nez j’imagine par les poumons tant qu’on y est ne suffit pas à faire d’un être un être vif, moitié vivant pourtant j’allume un clope je sais qu’ainsi surgit le temps, décroche le temps, décrotte la mariée on se rend compte de rien – personnellement, je me rends compte de rien et ça prend toute la place
un ciel en mille morceaux, une puce à l’oreille je m’entends bien, m’écoute peu mais m’entends bien je savais qu’il y aurait un homme je savais qu’il y aurait une femme (nuage et foudre dans l’entre-deux, à moins que ne prolifère le mouron) mon petit chien l’a dit et mon petit chien ne se trompe jamais je l’ai décapité pour ça et pour bien moins que ça on ne doit pas traiter les gens ainsi m’entends-tu ni autrement d’ailleurs – d’ailleurs, on ne traite pas les gens
murmure oh ma vicieuse, murmure – ne le laisse pas traîner là. ne me laisse pas traîner là entre deux taffes ou sur le tapis
la mort m’a entrouvert les yeux. je n’aspire qu’au coma
il a beau se coucher, il a beau se détendre tout du long, il ne se réveillera plus. il dort blotti contre son ombre, mauvaise passe…
il ferait mieux de marcher nu jusqu’à la lune et long du quai bavant son mors, tirant son clope
une distance m’expulse. je prends la sortie de secours. on ne peut rien contre la pluie contre la pluie on ne peut rien
une gratitude. peut-être m’achèteras-tu une gratitude, me rachèteras-tu une bonne conduite. mais ni volant ni ivresse ne me rendront le sens présent
une vieille femme à l’air minable; l’œil cramoisi ou mégot écrasé passant tout près de moi : « me frôle ta beauté, mais le fond est puant ! »
les yeux ferment les yeux, qui les ferment à leur tour, qui les ferment encore, en peaux d’oignon… or tout au fond un œil veille – un œil sans paupière, un œil que rien ne peut éteindre, boucher ni clôturer : un œil vide
au bout de moi pend une corde au bout de laquelle pend le vide se raccrochant au vide…
ce jeu n’est qu’un jeu. les règles disparaissent dans le néant premier
tout au levant, quoique je n’aie pas de levant. dans un sac pas de billes: rien que l’envers du dehors
on peut trouver une raison à toute chose, toute chose cependant excède sa raison
que me veux-tu ? de quelle haine me poursuis-tu ? tu vois bien que j’habite un glissement de terrain permanent
dieu n’était que tourbillon, et le tourbillon prît assise
là où tout a commencé où que cela ait commencé… je vois les briques s’empiler sur les briques, l’espace rétrécir jusqu’à ne plus pouvoir contenir, ou retenir la douleur
c’est juste que je n’ai pas le cœur à ça à quoi à ça je ne sais pas – à peine oserais-je y penser, y pensant tout de même…
dans la cour d’à-côté, le riz faisant défaut j’ai perpétué l’absence. au fond de la cour et se disséminant, rien ne passe ni ne se passe…
toute chose excédant sa raison, on suppose l’essence d’une chose sans raison sans antécédent
la pluie mouille la pluie, est-ce fini, cela finira t-il jamais ? il n’y a plus lieu de croire, et de ne croire à rien. je me trouve tout ouïe, toute honte bue. j’ai même les mains gelées, je tire les marrons d’un feu mort
un homme est presque mort, juste de quoi se délivrer enfin de l’homme, l’allonger sur le sable. j’ai peur d’un homme un homme est mort, en moi ou presque ce qu’il en naît n’en naît pas vraiment, ce qu’il en naît simplement ressuscite l’é- ternité, ample fidélité
j’avais un œil, un œil crevé. j’imagine à tout nord, j’imagine à tout va – un néant me manque assidument. à vif. à nu. à l’abdomen. si je ressens quelque chose je ne te dirai pas ce que je ressens ce que je ressens se perd à vif, à nu irrémédiablement. je tombe dedans
j’aime quelqu’un et quand je n’aime pas quelqu’un c’est que quelqu’un me manque. me manque éperdument. tu m’as raccompagné. à un moment ou à un autre tu as du me raccompagner. c’est dans la force des choses, tout comme on longe une voie ferrée pour l’occasion, un autre mur de soi
mémoire-moi. tu ouvres le temps, refermes la distance. j’ai peur de moi, de moi tel que je n’en connais que le nom, ignorant tout le reste. j’avorte une ombre mon ombre celle-ci sait par où elle couche. avec lequel. et pour exactement combien