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assis là sur un banc


  • krasny krasny krasnaya

      un nœud n’est pas un nœud, pas tout à fait un nœud
      mais déjà plus qu’une corde, déjà
      au-delà de la corde. un nœud
      me serre le cou, le cou la corde, je ne
      suis qu’âme après tout
      après mais vraiment tout
      – qu’âme
      émergeant d’après tout

      mon dieu remue
      les doigts dans ses poches, tripote ses clés, lesquelles
      ne ferment rien
      n’en ouvrent pas davantage
      dans une totalité qui du fait d’être telle ne se peut
      ni fermée ni ouverte, à quoi donc
      sert un trousseau pour une vie en forme de trou de serrure, si ce n’est à aller, par pur désœuvrement
      faire un tour dehors, faire un tour dedans ?

      on est à la campagne n’est-ce pas, à la
      décroisée des chemins, l’équerre des jambes
      les arbres, pine dressée
      il manque quelqu’un à l’appel et pourtant dure l’appel – l’appel
      dure éternellement, presque autant du moins
      que l’absence à l’appel

      on se fout une petite gifle, comme ça, pour se remonter le moral, se donner du courage
      du courage on n’en a pas – celui de mourir prenant déjà toute la place l’en reste plus
      pour celui simple de vivre, comme si de rien n’était, bref futilement
      sans faire de vague, tout juste débordant
      d’insouciante cruauté, de coupable innocence

      qu’est-ce qu’on a fait après tout, ce n’était
      qu’une petite fille, et combien de petites filles
      trouve t-on dans l’annuaire, en
      photo de classe ou jouant du piano, soufflant des bulles
      des bulles partout…

    12 janvier 2021

  • par terre. par terre la sale

      éloigne-moi
      de la nuit, définitive éloigne-moi
      du reste de moi-même, les mains si froides…

      chacun se raconte
      sa petite histoire, tâchant de convaincre pour s’en convaincre soi-même, sale petite histoire. laquelle
      ne remplacera pas
      l’irremplaçable, avec ou sans
      boucle d’oreille

      j’ai porté la vie à mes lèvres et tant pis si
      j’en ai renversé un peu en cours de route tant pis si
      je l’ai toute renversée le goût du sable après tout
      le goût des cendres
      le goût sans goût
      du sable, des cendres grises

      l’une est la mer. l’autre le destin, mauvais
      je m’accroche à la voile, sensiblement démâté
      faut dire qu’il souffle fort. un vent à décorner les bœufs, comme aurait
      dit ma belle-mère

      tout ce qui reste debout
      ne le reste pas de sa propre vertu, mais d’un mur porteur
      d’un hasard d’équilibre ou encore par
      la grâce du néant, tout ce qui tient debout
      ne tient que par l’effort tout à fait rédempteur
      de l’impuissance

     

    par terre. par terre la sale

    11 janvier 2021

  • quelques oiseaux le perche, quelques choucas

      une prison de cassée, par laquelle s’évader
      il n’y a pas de grille
      ni de poignée à l’œil – un cœur à contrecœur, un contrecœur à soi
      s’en éloigne à la nage
      je n’ai pas compris pourquoi, pas vraiment compris pour quoi
      pas osé demander
      attendre de réponse
      on repassera demain, ou après-demain peut-être et alors, un jour, le jour où justement
      il ne pleuvra pas, on vieillira tranquille
      et on avancera
      droit devant soi
      toujours tout droit face à la mer
      ou devant soi

      la mort respire enfin, l’à plein poumon
      j’arrache les herbes
      les bonnes les mauvaises, j’arrache
      les herbes
      personne ne te questionne sur la nature du vide, personne ne te questionne
      sur le vide qui pousse en lieu et place de
      l’arbre qu’on abat
      car on abat un arbre, mine de rien, on abat
      un arbre
      là exactement où, d’entre les bruits
      repousse un vide

      où deux rivières confluent, tu choisis la plus sage
      où deux rives se jouxtent, remballe un pont
      l’absence
      se fait la malle, il est toujours temps
      de se faire la malle, en y fourrant pêle-mêle tout ce dont peut se revendiquer l’absence
      : elle s’abandonne
      si on lui demandait tout net et franchement, quel est votre péché ? elle ne répondrait pas, ou seulement
      d’un regard triste seulement
      : elle s’abandonne

      non ne me parle pas
      du temps qui passe
      ou qui tarde à passer, ou bien qui passe mal – on en vend encore
      quelques exemplaires de la sorte, mais cela fait des années que l’on
      ne les fabrique plus
      du coup je suis parti
      en pleine nuit, qui n’est plus vraiment la nuit
      ou en plein jour, qui n’est plus vraiment le jour
      quelque chose me retient par la manche et quand je me retourne agacé non, je ne vois là qu’une manche dont l’âme
      probablement blessée…

      il murmure si souvent, ce qui ne veut pas dire
      qu’il murmure longtemps – un homme
      se reverse un verre
      si petit est le verre, qu’il ne contiendrait pas je pense
      l’idée
      de le désaltérer – un homme
      se lève à l’aube, puisque l’aube s’obstine
      dans son refus de se lever en lui
      si petit est cet homme – en prêtant l’oreille, on perçoit même le léger craquement
      qu’il fait quand il s’écrase…

    9 janvier 2021

  • mal de mer

      chacun se dit et quand il pleut, où irai-je m’abriter ?
      les grilles
      du parc sont fermées, les préaux
      ne sont pas surveillés, il ne fait
      plus jamais vraiment jour, plus jamais vraiment nuit il ne fait
      plus rien, à personne
      et la personne cède
      par au-dedans

      très sommairement c’est comme
      si le temps parvenait à ma hauteur, me demandait du feu
      me reniflait les doigts d’un air inquiet, je ne sais pas
      ce qui m’arrive, s’il m’arrive quelque chose
      s’il ne m’arrive rien je marcherai
      le long de la jetée en évitant les flaques: les flaques
      ça mouille les pieds

      je ne réussis plus
      à m’oublier
      à rester dehors par le temps qui court, puis s’effondre au bout de quelques pas
      il faut boire quelque chose, de chaud de préférence
      une gorgée de ça
      faire figure d’étranger à l’hostilité du monde
      ou peigner sa poupée, maladroitement les longs cheveux
      et quand ça lui fait mal

      on n’a pas idée
      on n’a pas idée ou alors très vague, on s’en tire quand même
      à peu près, ou pas trop mal
      on se ménage une petite caresse sur la joue libre, là où n’a pas encore cicatrisé
      la gifle précédente…
      et le mal de mer, que fait-on du mal de mer ?
      que dit-on du mal de mer ? il ne faut pas
      dire de mal du mal de mer

     

    mal de mer

    7 janvier 2021

  • je n’ai pas le vertige d’un enfant qui s’abîme

      tu nies la valeur du présent et la valeur te nie toi
      me troublent les grandes filles, celles qui font deux mètres cinquante et néanmoins fragiles
      elles plient leur papillon, cherchent des visages dans les motifs du papier peint
      – que faire d’un pot de cendres ?

      la vie est forte d’un rêve ou deux cache-moi je crie
      presse-moi le crâne sur ton ventre étouffe ma panique, dis-lui que tu ne l’as jamais vue, ne m’as pas reconnu
      d’entre les mille têtes dépassant du marteau
      – cours le plus loin possible

      j’avance éperdument, irrésistiblement vers le mort en moi, mon ombre me tendant la main
      et le rejoindre enfin, négatif personnel et se lécher la langue
      dans un fracas de miroir falsifié
      – blanche colombe et tir à vue

      je ne sais comment ça se passe, ni si ça se passe vraiment
      je sais que j’aurais du rester là à t’attendre dans le froid, jusqu’à ce que mort s’ensuive, et un peu au-delà même, où de grands cris d’animaux
      face à leurs feux de tout bois, ton amour fera feu de toute herbe
      de tout brin d’herbe, paille ou poil de nos corps

      un jour de neige et toi la suce, nous n’irons pas nous balader d’ailleurs tout a gelé
      il n’y a plus de place en moi pour la pitié entends-tu: je ne m’épargne pas
      la seule place pure en moi, là où je ne meurs ni ne mens restera celle
      où ton pardon me perce, alléluia

    5 janvier 2021

  • de la nature au charbon, tout un wagon

      on parle peu. on parle peu bouche à l’envers, on parle peu
      et peu on parle plus on
      ne pense pas, ou alors à autre chose, que l’on garde pour soi
      pour se tenir chaud, se tenir froid, se tenir par un bout malgré tout
      et ne plus se lâcher

      j’ignore ce que je ferais d’une ville autour de moi, ou même d’un paysage
      une brouette probablement, à vider quelque part, terrain vague ou bas-côté
      il pleut
      tu me diras c’est bien fait pour ta gueule: il pleut
      et ni moi ni la pluie
      n’en voulons à personne

      j’ai fait l’amour à un vase timide, à un vase sans fleur
      on ne fait pas l’amour à qui on veut, on fait l’amour à qui se trouve là, et lutte contre le froid
      c’est instinctif, chez qui a de l’instinct
      après on va s’asseoir dans un café et on regarde sans rien voir, puisqu’il n’y a rien à voir
      on ne parle pas, puisqu’il n’y a rien à dire
      on reste dans l’odeur, le plus longtemps possible

      j’ai tué plus d’un homme dans ma vie, jamais pour le bonheur de tous
      il marche et quand il marche, on voit bien qu’il ne se rend nulle part, d’un pas décidé
      je n’ai fait de cadeau à personne pour noël, je me suis seulement trouvé vieilli
      comme quelqu’un qui n’aurait pas l’argent de retourner chez soi

      il va s’endormir. il vit au ras de l’eau.
      un homme fouille dans mes poubelles, il se prend pour un rat. il esquisse
      des dessins érotiques, des ébauches prédatrices. il doit se rendormir. il n’a plus accès
      c’est triste, de n’avoir plus accès
      c’est un homme triste, mais le rat en lui
      ne lâche rien

     

    de la nature au charbon, tout un wagon

    4 janvier 2021

  • montrer du doigt les vieilles fessées

      les gens qui se retrouvent le dimanche pour paresser en commun, ou la patience orthodoxe
      on finit par ne plus se reconnaître, par ne même plus se voir à force d’être là
      qu’est-ce qui manque à un mort ? une glace en été, l’été à lui seul sans doute
      ne suffisant pas. qu’est-ce qui manque à l’appui ?

      que l’on vive de près ou de loin est également odieux, j’ai donc emménagé une maison au milieu
      l’eau n’entre que par la porte si on ouvre la porte, et le soleil par la fenêtre quand on ouvre la fenêtre
      ça m’a fait tout drôle d’habiter quelque part, j’ai pris le temps d’apprendre l’adresse par chœur
      quand l’homme s’effondrera la maison elle se dressera là, toujours au milieu, toujours à
      la même adresse

      tu me racontes une histoire tu ne me racontes pas une histoire. tu me racontes
      une histoire sans histoire, un genre de non-histoire
      celle d’un homme avec un balai, qui ne savait pas dans quel sens balayer et qui poussait les feuilles mortes, les mégots les papiers
      d’un côté puis de l’autre, d’un côté ou de l’autre, indifféremment
      c’était un homme avec un balai et donc il n’aurait pu
      exister sans balai, qu’importent les feuilles mortes, les mégots les papiers

      il a embrassé sa femme sur le front puis on l’a vu s’enfoncer dans les bois
      touffus sont généralement les bois mais pas en hiver, du moins sous ces latitudes
      de plus cet hiver-là les chasseurs restèrent chez eux bien au chaud – à cause du froid  d’une part, mais aussi parce qu’ils avaient terriblement envie de copuler
      d’autres femmes avant lui s’étaient donné la mort au fond des bois, s’étant bourré de cachetons, certaines fans d’elvis presley
      lui, à tort ou à raison, n’appréciait guère elvis presley – chacun ses convictions après tout…

    2 janvier 2021

  • je suis dans la montagne avec les animaux

      il raconte une histoire, une histoire une histoire
      et comme personne ne l’écoute, il se met à chanter
      à chanter ou à pleurer, cela dépend
      du sens du vent, de comment il s’habille

      en toute connaissance de cause, mais sans celle des effets
      il est vrai qu’il tombe
      de haut, de bien plus haut encore, quoique du haut de rien
      il serre dans sa main un tout petit caillou
      qui n’est pas le pur esprit

      je reviens parmi vous en fantôme poli
      invisible sans être transparent, insaisissable inexpression
      je vois une balançoire dans un parc minuscule, j’aimerais tant
      m’y balancer quelques instants. je n’ose pas
      je sais que si j’osais, je le regretterais

      je suis l’unique témoin de mon œil et ne sais pas quoi faire de ce qu’il voit, qu’il soit
      ouvert ou fermé
      ou seulement entrouvert, à peine clos
      quelqu’un doit passer m’apporter de l’alcool
      quelqu’un tarde à passer
      ma voix reste bloquée, mon souffle mal taillé

      au début de rien il y a le pas grand chose
      on se concentre et quand on en a marre on souffle dessus
      comme pour le soulager, le faire disparaître ou simplement
      sentir le souffle sur sa peau
      le pas grand chose des fois ce peut être un vélo, le tout premier vélo, sur lequel on apprend
      à faire du vélo
      à presque s’envoler

     

    je suis dans la montagne avec les animaux

    31 décembre 2020

  • quitter l’navire

      au plus offrant je n’offre rien. je reprends
      la navette en sens inverse, j’y couve mes yeux
      repasser dans sa tête le film et le film ne conclut pas, n’aboutit
      pas. il faut tout se laver ne rien oublier allez lave-toi
      le prépuce, les intestins, le tympan. surtout le tympan. le tympan c’est important

      j’arrime une fée. une fée cédille. un genre de vrille
      sans réfléchir à l’eau qui goutte, sans réfléchir à l’eau qui stagne, en homme de paille. en homme
      en empaillé, en homme dépenaillé. sans réfléchir à l’eau du tout, narguer
      le continent

      se savoir mortel vide les lieux, on est bien avancé. vide les yeux
      comme une bête. il y a longtemps qu’on se promène ainsi, divaguant, refoulant
      tout dans l’unité gore – les rêves sans permission, la déliquescence…
      il y a longtemps qu’on se malmène ainsi, on est
      bien avancé

      la rage sans le poing. le poing tout arraché. des fils de fer en guise de nerfs, allez,
      faut tout arrêter, le sport la cuvette, l’espoir d’un mauvais coup…
      ainsi parfois dérape le genre, patine l’impatience – on aimerait entrer dedans on ignore dans quoi
      la peau d’un autre se referme sur moi

      radiographies de l’insoluble, et t’en sais quelque chose
      quelque chose est un bien sans maître, et donc pas vraiment un bien encore, elle glisse sous les ondes
      du choc et de l’acquisition, de la
      définition. pour l’instant on s’assoit, on reste assis on
      laisse filer le temps, en rat familier

      c’est toute une histoire, et toute une histoire m’emmerde. j’arrondis
      mes fins de course. c’est bizarre comme frapper des mains et comme on n’entend rien, comme on
      ne ressent rien, pas le bémol d’un
      doigt claqué. la tentation du large lisse ses plumes, on en sort par le haut
      on en sort par le bas. on en sort comme on peut

    30 décembre 2020

  • éculé d’ta race, vomis dedans

      les milk-shakes à l’eau. y tremper la langue. juste le bout de la langue
      il n’est pas un homme dedans. il n’est pas un homme dehors. dehors il gèle, il vente, il pleut. c’est un destin fébrile
      trempes-y juste le bout de la langue, tu verras comme ça sent bon tu verras comme
      ça lui fera plaisir. tant plaisir

      une main me crache à la figure. j’ai vécu ça
      une auto s’arrête à ma porte. heureusement, ce n’est pas pour moi
      j’esquive les silences, les blocs de silence. je me demande si tu veux. ou s’il vaut mieux
      je me demande mais je cède avant même d’arriver
      au point de l’interrogation. la mémoire mise mat

      tu changes d’évier. tu ne dis rien tu changes d’évier. tu pisses
      dans l’évier. ou à côté. mais plutôt dans l’évier, le seul par où s’échapper
      s’échapper à soi s’échapper à rien, avec un cri au bout
      avec une corde au bout. tu changes de nœud

      toute la douleur sait la douleur. non, elle ne sait rien. elle s’envenime
      la nuit venue le sang perdure, excrémentiel. se perpétue
      l’angoisse. elle est drôle l’angoisse. c’est une drôle d’angoisse

      t’as le zapoï mystique, l’errance cathartique. il fait quoi ton mari ?
      il marche sur la mer, il a les pieds mouillés, le sexe grenadine
      je le montre à ces messieurs, ces messieurs me disent, avale-le tout cru, recrache-le
      du fond d’la mer, du zapoï mystique
      et puis vomis la mer

     

    éculé d'ta race, vomis dedans

    28 décembre 2020

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