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assis là sur un banc


  • un homme rend sa maîtresse

      ma vie sans ça ma vie c’est rien, mais c’est ma vie quand même
      et c’est mon rien

      l’amour il faut en coudre, en coudre et en découdre, je m’appelle marie je
      me touche la verveine

      un millionième de moi n’a pas vu le beau temps. le reste à l’aveuglette
      bataillait du chignon

      me sens comme un virage à fleur de peau, éraflée de toute part et encore, je résiste au départ tel
      qu’on se jette au trou, la fenêtre debout

      accoutume-toi à moi, jusqu’à ne plus pouvoir t’en passer, jusqu’à
      ne plus me séparer

      plus personne ne sait qui d’une audace ou d’un chien mort
      prit possession de l’âme

      qui de quoi d’où comment c’est, je ne joue pas avec toi, je ne joue pas à suce-l’os
      j’ai peur commune

      la dernière fois j’ai vu ta mère elle me colle un timbre sur le front j’encule de l’air, de l’air gelé
      rhabille-moi d’une flamme illimitée

     

    un homme rend sa maîtresse

    11 avril 2021

  • casse la ronde

      j’ai éteint la mort et je me suis bien tu, bien tu, rien ne dépassant de ce qui n’existe pas
      depuis l’origine déjà je n’ai rien existé, le couteau nage en moi, planté à l’endroit même
      rien ne le retire ni ne l’extrait de mon corps à ja-
      mais prématuré

      fonce dans le vide et tiens-toi sage, il te reste faute de vivre, une âme à perdre
      et comme un nuage se recroqueville dans le poing dur, on se frappe au hasard en plein visage et ailleurs
      ailleurs toujours plus bas, toujours plus loin en soi, d’un soi toujours plus bas

      je marche dans la forêt et c’est toute la forêt qui meurt, qui ne dit pas son nom
      j’achète un sécateur et c’est avec ça que dedans moi j’opère
      il y a une fille en moi, et tout au fond de moi j’attends qu’elle me sourie,
      me reconnaisse enfin

      je marche sur un néant dur. dure est l’insignifiance
      dure genre béton dur, raide mur
      avec un faux couteau suisse je décapsule une bière. c’est ma maison et c’est là que je m’emmitoufle dans ma peur
      j’ai tout un crâne pour me protéger de la nuit mais pas du noir

      je marche un couteau dans le ventre, un couteau planté
      je marche même quand je ne marche pas. je reste enceinte d’un cadavre. c’est en moi qu’il pourrit
      il ne me sourit pas. se contente de me regarder tristement, ému de gratitude et scrupuleusement évitant
      d’évoquer ce sur quoi mon corps est né

    10 avril 2021

  • la nuit bouffe ton volet

      je t’appelle à pas de loup, c’est que la voix ne porte pas
      la vie pâtit d’un défaut de prestige – le vide pensé comme luxe ultime
      je retire une à une les épines du gland, de la moelle ou du fer
      pour une arcadie libre

      il ne s’appelle rien, dans tous les sens du terme
      il casse une tour devant
      de toute façon si c’est devant faut le casser, jusqu’à ce que mort s’enjouisse
      sans ça on tourne en rond

      entre la mer à boire et les boules de cristal, je fais le grand écart
      je me déchire le muscle si tu me déchires le muscle je te déchire le muscle
      j’ai toujours comme tu le vois su parler
      aux femmes et à leurs dames

      tout danse en moi, sauf la musique
      et ce si grand silence qu’on n’y pense jamais qu’au travers de la danse
      si je dis quelque chose c’est que cela m’échappe, et si je ne dis rien
      c’est alors moi un moment échappant
      à l’immense solitude, ce dialogue ininterrompu entre deux fois le même…

      je n’mange rien ce soir. d’ailleurs je ne mangerai plus rien dorénavant
      j’ai sucé mon pouce jusqu’au moignon, du pouce
      je ne m’écoute plus, attendant de passer et passant sans en
      penser davantage, ou par ouï-taire…

     

    la nuit bouffe ton volet

    8 avril 2021

  • j’avance à pas perdus

      il recolle ses os – faut dire que les ballades
      dominicales lui ont manqué, surtout les jours ouvrables, les jours ouvrant
      ainsi que les murs blancs

      je me lève et c’est toujours
      à plat dos que je me lève. à pas de géant, ou minuscules je me lève
      j’aperçois le trapèze insaisissable, je capte bien l’espace et tout au fond,
      l’absence criante de filet

      il y a un homme mort en moi
      qui ne résout pas tous les problèmes, n’en pose qu’un
      la main au front provoque la sueur, heureux celui
      qui s’essuie quelque part, sur un mouchoir par exemple

      il y a la vie, elle vide, mais pas tant que ça finalement
      elle vide au plus haut point et dire que nous ne disposons
      contre l’imagination que de l’imagination
      et c’est avec ça qu’on vide

      il manque une cour à ma récréation, un élastique à mes sautillements pour leur donner l’air de figures
      de plus, mes lèvres ont perdu de leur rouge
      demain le destin défonce ma porte
      (rien donc ne me sert d’y frapper plus longtemps)

      un peu de moi lève le voile, le jour où l’on ne se regarde pas
      c’est seul qu’on boit, les yeux bien dans les yeux, avec un trou dedans
      pour se faire peur
      se faire peur pour de vrai

    6 avril 2021

  • le ciel, chaumont, le ciel

      l’humain offre une issue à l’homme qui rame
      qui rame d’une seule main, d’une seule rame ou qui rame sans les rames, comme on se branlerait sans les mains
      et qu’on s’tient là debout tout nu sous la pluie, sous un déguisement d’humain
      j’ai rêvé d’un humain avec des cheveux – je ne saurais pas comment les toucher, ces cheveux

      un homme est mort avant moi, que seule ma mort apparemment
      ressusciterait. il n’y a pas d’excuse à cela. moi je n’ai aucune excuse
      pour quoi que ce soit. vivre n’égrène qu’une suite d’humiliations, et rien de plus humiliant pour parer à cela
      que de relever l’orgueil d’une tête, tout faux avec la tête

      un crabe est né. peu importe le nom dont on l’a affublé un crabe est né, une pincette
      on s’amarre au noir et chacun tire de son côté, s’arrachant ou nous arrachant l’un l’autre (le noir et soi) les tripes
      en une unique séquence je vis de vive vision tout ce que j’avais en moi toujours vu, ignorant qu’il fut vrai
      : une femme voilure blanche sur un vélo hollandais s’élevant dans les airs, jusqu’à disparaître derrière la cime des arbres
      car il y avait des arbres en ce temps-là, maintenant à la surface le parc fondamental

      mon chien d’abord mon chien après, et la crotte au milieu, à partie de laquelle insidieusement
      la possibilité d’un chien.
      j’arrache mon g’nou
      j’arrache mon knout
      je me dis tout est bien qui finit mal, je tombe à g’noux
      dieu ne me guérit pas. le néant ne me guérit pas. il faut se droguer

     

    le ciel, chaumont, le ciel

    4 avril 2021

  • d’une légèreté de gifle

      je ne m’habitue pas à vivre dans un monde sans vent

      je rentre mes dents, mes griffes mon ventre, me déclare lisse d’une rage
      pleure calebasse pleure, et rentre te coucher. les hommes en moi sont tous morts, ne subsistent que les tantes
      lesquelles préparent des gâteaux secs, affectionnent nos mines
      de grillons ivres-morts.
      je pense qu’une femme aurait pu ne pas se contenter d’indiquer le chemin, d’écraser un mégot
      sur l’œil à moitié gauche, tandis que je hurlai
      d’une quelconque douleur

      je ne me bats contre rien. j’ai juste rabattu mes oreilles
      il y a u chien plus loin, une course déhanchée, une perte des eaux
      j’ouvre la braguette et rien n’en sort, qu’une vague odeur d’ascenseur, j’attends déjà depuis mille ans
      je ne vivrai que tant que j’attendrai, je ne vivrai qu’en attendant, oreille sur l’enceinte et les yeux ferraillant

      j’avais personne. j’avais personne entre mille et une nuits – les histoires qu’on se raconte pour ne pas sombrer sec
      t’as l’allure d’un quoi j’ai l’allure d’une tête
      de cheval coupée, on n’avait plus de paille on l’a rempli de crin, de brin, de cartes postales des seychelles
      j’ai toujours mort assis

    3 avril 2021

  • si vieux qu’un clandestin

      quelqu’un d’autre suivra, que l’on ne reconnaîtra pas
      ou plutôt nous dépassera, comme on oublie un amour d’adolescence – qu’est-ce qui me prouve que j’ai vraiment vécu si ce n’est
      peut-être cette interrogation-même
      et le poids de mon bras se tendant vers le vase que deux ou trois tiges assassinent…

      fuir dans le silence. avec la peau nue des mains sous le gant, la peau nue du gant sur le sexe. ça crispe
      effectivement, la mort détend
      c’est pourquoi il est à la fois vain et blasphème de présenter un miroir au visage d’un mort, de mort fut-elle accidentelle
      je mange tout un poisson et j’ai la sensation qu’il n’en reste que moi, l’arête

      je récuse l’image d’un homme auquel on tend une carte de visite dépourvue de toute indication, vierge d’identité
      j’y lance une adresse en l’air, j’y inscris un nom au hasard, comme si le hasard était libre, comme si le hasard ne retombait pas de toute façon et à chaque occasion
      sur ses pieds, qu’il avait grands, cela pour mieux te semer, mécréant

      au bout de cent pompes, il n’éprouvait plus le besoin d’appuyer contre le sol – le corps hochait seul entre l’oblique et l’horizontale
      c’est à la verticale que j’ai cherché mon ombre, quémandé la suppression de toute récurrence
      en ligne de mire l’éternité, mais à cours de munition…

     

    si vieux qu'un clandestin

    1 avril 2021

  • la nuit un vol cramé, vilain petit garçon

      seulement dans l’esprit qui s’ignore, s’ignore t-il tout au plus
      je marche tête à vide. la mort soigne la douleur, la douleur de mourir. n’y fais pas attention
      je marche jusqu’à ce que cède le sol, jusqu’à ce qu’à mon pas plus rien
      n’oppose résistance

      résiste la douleur. résister par la douleur. même les cheveux mouillés
      n’être d’accord avec rien marque un progrès par rapport à l’époque où une tasse de café ne présume rien du destin
      et pis d’abord je m’en fous. c’est notre façon à nous de flotter sur la mort, de faire le mort afin de
      ne pas la réveiller

      l’amour se compte sur les doigts d’un pied gauche. à retirer aux interstices la merde y ayant séché
      je lance ma ligne dans le miroir et j’attends, à la fois concentré et détendu
      une ombre se faufile dans l’eau noire, un obscur reflet. à quoi bon coudre les lèvres d’une bouche qui n’embrasse pas ?

      le néant tel qu’on y vient. ou tel qu’on en accouche, tombant dans le trou qu’en nous-mêmes creusons
      et vice versa
      j’allume une lampe, toujours une lampe semblable, à la clarté minimale et tout juste suffisant à invisibiliser l’obscur, lequel n’oppose aucune limite à
      la vision sans nom

      je saute à pieds joints dans mon âme. crois-tu que j’éclabousse ? il y a longtemps que je t’aime
      je me retourne d’un côté. cela fait autant mal, mais le mal change de côté, ce qui soulage l’un côté
      comment apprend-on à ne pas se réveiller ? est-ce en regardant toujours dans la même direction, et sans jamais lever ni
      détourner le regard ?

    30 mars 2021

  • la joie marquée fuyante

      on ne peut avoir raison contre le néant, l’irraison pure
      face au néant, chacun perd sa raison
      c’est comme chercher minuit à quatorze heures, alors même que j’ai cessé sinon d’être, du moins de croire que l’être est, péché contre l’esprit s’il en est
      mais happy hour où sans espoir…

      l’étrange façon de resserrer les coudes contre son corps en attendant qu’ça passe
      entre soi et personne la seule épaisseur d’un souvenir, je range mes bretelles dans la boîte en carton
      définitivement, je n’irai pas plus haut

      tout bien pensé, le néant est l’exacte négation de la mort, ou son image inversé dans le miroir sans fond
      j’ai introduit un rond dans la fente, en espérant qu’il ne pleuve pas
      et que personne ne fonde en larmes tout à coup, du simple fait qu’il souffre

      ce que j’aime avant tout dans le néant c’est son silence, un silence qu’on n’entend pas
      un silence à notre image quand précisément nous ne ressemblons à rien
      si la douleur s’immisce et pourtant elle ne brise, car juste un peu de sable qui crisse sous un peu de sable là plus profond encore,
      où le miroir n’accède…

      je n’y peux rien. je suis entré dans le néant de mon poumon. au terme de la régression imagine un coquelicot
      imagine le néant sous la forme d’un coquelicot. négocie le pavot
      le néant achève la destruction. c’est toutefois toujours le néant qu’on détruit

     

    la joie marquée fuyante

    28 mars 2021

  • mon dieu est un homme qui ne dit pas merci

      une âme errante. on dirait presque qu’elle le fait exprès. une âme errante c’est un homme pas enceinte
      pas encore
      tombé enceinte
      puisque enceinte veut qu’on y tombe
      et qu’on ne trouve là qu’un cheval harassé, épuisé
      de traîner tout le poids du monde, d’un monde tout en pesanteur, pesanteur d’un vide, d’un
      vide sans destin, vide hors compétition

      vendre une voie. je suis l’homme qui n’achète rien, je suis l’homme d’un rien
      toute la vie dit j’aime une femme, or moi je dis je n’aime pas une femme
      je suis la femme sans sexe, l’oreille outrée
      seul un mort vient m’embrasser. je lui recrache sa morve
      je lui recrache ses os
      je lui recrache la mer

      quelqu’un en moi n’appartient à personne, et surtout pas à soi
      un chat crevé et t’as beau le masser, tu ne réussiras pas
      à le ressusciter. je vais nulle part
      éventuellement je vais nulle part, nulle part ne
      me trouve. que je m’habille comme ci, que je m’habille comme ça, nulle part désigne le lieu
      où s’incarne mon absence

      un vieux est trop gras, un vieux est trop maigre, pour résumer mon désarroi
      je plante là ma tente, je n’ai pas de piquets, le vent remplace les piquets
      je vais d’un amour deuil
      en conséquence de quoi
      en conséquence de rien
      le rien, cet homonyme d’attila

    27 mars 2021

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