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assis là sur un banc


  • et l’autre tout au fond

      je mange un ch’val. et quand je mange pas un ch’val je
      feuillette le courrier des balkans. je cherche une frontière, m’asseoir
      à cheval sur une frontière
      – l’avenir est à la bourre

      de vérité, crachée jurée. de vérité extrapolée.
      il regarde en arrière, il croit qu’il va trouver
      quelque chose en arrière
      devant semble si nu
      il faut tant de pudeur, pour oser aller nu

      mon cheval m’a attrapé par la jambe, mon cheval
      s’est réfugié dans le chenal, homme le violeur.
      toute flèche me transperce et pourtant je ne suis cible de rien je ne suis cible
      les flèches vont sans cible

      vivre nulle part, en héros par hasard
      en gars largué. vivre nulle part.
      ma manche pend, je tends le geste
      faisant l’aumône de
      quelques gouttes de sang
      or je n’ai pas de sang. le sang ne coule pas
      : j’avorte en plein milieu, ne me regarde pas

      ceux-là n’ont pas su vivre
      quant à ceux qui l’ont su ils en sont
      revenus dévastés.
      j’aime une grue
      une grue ça monte haut
      et ça pioche au gré des vers
      une grue c’est toute
      une aventure

    28 janvier 2021

  • qui n’ont pas d’vacances

      je n’aime pas le chemin que je prends. je le prends malgré tout
      j’aime le prendre malgré tout
      j’aime malgré tout
      et ça m’fait quelque chose – de quoi me fais-je l’écho

      ainsi avons-nous tout perdu, nous réduisant
      au maintien des distances, à la bruine fadasse
      à la peur de vieillir et que seule la mort sait encore
      nous faire jouir.
      tu me croiras ou tu riras, mais j’estime
      cette déchéance-là, ce sépulcre d’un gris, ce deuil incontournable
      lumière pauvre lumière sale, amour malgré tout amour
      à l’encontre de toute dignité

      je me suis promené. je me suis promené comme on se promène quand on n’a rien d’autre à faire que de rentrer chez soi
      je regardais ailleurs, l’ailleurs vu d’ici-bas, l’ailleurs qui reflue, échoue là. un écho mal placé.
      à quoi joues-tu donc ? moi je ne joue pas. me laisseras-tu
      entrer dans ton jeu, de quilles, de dupes, d’éborgnés ? ton jeu je n’en veux pas
      à un bout du tape-cul l’hostilité
      latente d’exister, à l’autre bout l’effroi, rien que l’effroi

      le bout du chemin n’est pas encore la fin du chemin – fais donc péter l’bouchon.
      j’ai la nuit ténardière, je pense comme je respire c’est l’air
      qui gonfle les poumons.
      je voudrais me jeter or pas de vide qui m’accueille, pas de vitre à traverser, pas de trou où se terrer, tendrement se décomposer
      pas d’eau
      pas d’homme au bout de ce qu’il peut supporter
      pas de support en dernier lieu

     

    qui n'ont pas d'vacances

    27 janvier 2021

  • l’absent de nos écarts

      je vois le monde
      recouvert d’une neige, d’une certaine neige je vois le monde – j’en serais les yeux si cela ne me dégoûtait pas.
      il y a un virage au bout de là
      il y a un virage et je sais que je vais me planter, le rater, le décor
      non pas de décor. il y a un virage et je vais m’en tirer

      un ciel c’est beaucoup trop large, même un ciel
      hermétiquement clos. avec les dents d’devant. la langue lymphatique, prisonnière des on-dit.
      on va quitter l’navire. on va quitter la mer par-dessus bord. on va tout se quitter
      ne restera de nous qu’un objet, que l’objet
      – on se dira goodbye

      les précaires sont dans l’azur. et toute forme de survie, de déchéance absoutes – dieu couve ses couilles.
      c’est pas la mort, c’est pas ce que je ferai après
      la mort – je, pas un autre, un autre je m’en fous c’est une question plus que d’homme encore: de courage
      le courage de mourir je n’en ai pas. le courage d’être mort pas davantage. quant à celui de vivre n’en parlons pas
      je parle du courage d’être faible, et de survivre à tout
      c’est à dire à la mort, d’où qu’elle vienne et quelle qu’elle soit

      j’avais un homme mais un homme c’est autre chose que moi – un homme c’est déjà
      quasiment une femme. je suis la femme d’un autre moi-même, celle
      qu’on n’aura jamais vraiment aimée et qui s’en sera lassée, j’avais un homme
      mais je n’ai désormais entre les mains que les os de l’homme
      qu’il fut jadis et comme je n’y connais rien je ne sais ni d’après le bassin ni d’après la mâchoire s’il s’agit
      d’un homme ou d’une femme, dont je tiens là les os

    26 janvier 2021

  • de gravité, et d’abandon

      pas à soi, mais au dépassement de soi, que l’on
      dépasse en coulant, dépasse en s’envolant, dépasse en
      refusant d’avancer, souvent.
      ta race et des calvaires, m’entends
      un gland pauvre déverse cette lumière

      un certain
      déhanchement de l’ombre, une vie
      prenant la tangente, plutôt que parallèle.
      j’ai appris qu’au milieu surnage le fœtus, cet engrenage
      tressant subversivement le tout au rien.
      je ne me rappelle pas. je n’ai pas d’âge. un mendiant devant moi
      saute à cloche-pied, homme d’un seul pied

      où va t-on comme ça, s’esquintant le nombril. où creuse t-on comme ça, la vue voguant à vue, la fossoyeuse 
      une lumière si pauvre, si sale
      un maigre terrain de foot en bordure d’autoroute
      si pauvre, si sale, où va t-on comme ça ?
      nulle part, au large d’ici-bas, les yeux bandés les yeux à vif
      de larges plaies crissantes

      t’as le courage de quoi, j’ai le courage de rien – cela me manipule
      la puissance ahurie dans le courage de rien
      un bond se jetant sur rien, les cuisses écartées d’un sexe en panne, l’intersection des genres.
      il ne pleut pas souvent mais quand il pleut il pleut tout l’temps il ne s’arrête jamais vraiment
      de pleuvoir

      j’ai mal à ce qu’on ne dit pas, à ce qu’on
      ne doit pas dire à ce qui
      reste sans voix le long d’la croix. être vrai n’existe pas.
      j’ai fait l’amour au champignon, j’ai fait l’amour à un anus, j’ai fait l’amour
      au cadavre d’une mouche –
      la femme en moi n’en a jamais rien su

     

    de gravité, et d'abandon

    24 janvier 2021

  • morbidité poisson géant

      on jette une pierre dedans. tout bonnement on jette
      une pierre dedans
      la mare
      la vitre
      le visage, tout de pure mouvance
      et d’une inflexion grave

      il y a quelqu’un et dès qu’on l’aime il n’y a plus rien, c’est incertain
      un homme ça se racle, ça se racle au fond de l’homme en soi. il faut lui pardonner
      si le pardon ne lui sied pas, ou même ne suffit pas, on croisera le trou
      on battra sa compagne

      j’ai pris mon épée, mon épée en bois, et je me suis embarqué sur un navire de papier
      le premier monstre venu m’a englouti et ce n’était pourtant
      qu’un tout petit poisson

      nulle part est au milieu, tout de douce prudence
      j’y pose un pied, j’y frotte deux bouts de bois pour en tirer un rêve je n’en tire qu’un filet
      de tremblante fumée. fumée ne se façonne, fumée monte d’instinct
      sans y croire vraiment

      des trous dans l’eau. je ne me lasse pas
      de faire des trous dans l’eau. je ramasse toute pierre, et quand les pierres viennent à manquer, je ramasse des plumes, je plie des bouts d’papier
      pour faire des trous dans l’air

    23 janvier 2021

  • tout ce qui est mort sème la panique

      c’est à coups de pierre
      qu’on se lave le visage.
      la nuit toute tordue, toute tordue
      on n’en trouve pas trace.
      le héros en moi
      dort pour toujours, accouplé
      au mort en moi

      si sage sois-je, je
      ne t’apprends rien.
      je recompte à l’envers
      c’est le compte à rebours
      contre-courant du sens.
      tout au fond de ton corps
      à la porte de l’âme, je m’expulse
      je m’expulse tout chaud
      je m’expulse tout froid

      mon mal, ma cravache
      et mon cheval de bois.
      je cours mais où cours-tu
      il y fait froid même en été.
      quelqu’un qui moins que marche
      néanmoins ma rattrape
      me saborde, me submerge
      – quel nom donner aux choses ?

      caresse-moi l’abdomen
      ou caresse-moi l’absinthe
      il fait nuit tout le jour
      et le jour rétrograde.
      il faudra marquer chaque larme d’une croix
      pisser dessus, si nécessaire.
      faudra pas faire comme si on
      savait pas, ou comme si on
      n’en avait rien su, jamais

      tape-lui dessus
      tape-lui dessus de niveau deux
      pleure avec lui, ou pleure sur lui
      rudimentaire pleure par-dessus, pleure
      sur son visage, sur ses joues creuses
      sa poitrine creuse, son pubis fielleux
      pleure sur ses cuisses creuses, ne te
      lasse pas distraire
      jusqu’à l’astragale, plus bas encore
      lèche-lui la terre

     

    tout ce qui est mort sème la panique

    21 janvier 2021

  • rêverie soyuz

      à la vie à la mort, je n’ai rien ajouté. j’ai la mort à côté
      je crois je ferme les yeux. mes yeux se ferment. je n’arrive plus aujourd’hui à
      contrecarrer. je sors du temps. le temps ça sert à ça
      les psychotropes
      la cuisse du verglas
      : mourir élargit l’horizon

      mourir m’habite. du coup je meurs à vide
      j’espère bien renaître un jour, au petit jour
      remis à jour
      un jour tout comme un autre
      je connais les nuits torrides, les nuits corrida, les nuits glaciales entre deux pôles
      désormais les nuits
      ne sont plus que de nuit

      abrège la pente. porte la sur ton dos
      on n’a plus rien à craindre, la crainte à craindre. on a peur de tout
      l’ennui s’ennuie bâton en main, qu’il touille du fond
      si je n’ai rien à dire, c’est déjà quelque chose
      et quelque chose c’est déjà rien

      mon port mobile. mon large accessoirement ne bouge pas. s’enfonce
      je bande d’une femme. autrement dit une femme me bande
      les yeux en demi-teinte, les yeux à peine éclos, une femme me bande c’est décidé
      – lequel d’entre moi n’y
      cédera pas

      j’ai un homme et quand il vit, c’est qu’un fil le rattache
      j’évite le milieu je glisse vers les berges, me subordonne au large, sage division
      il y a de quoi se noyer dis-donc et tout du long
      quelqu’un m’enlace la cheville, la cheville est trop basse
      et trop basse si proche

    20 janvier 2021

  • petit pays tordu

      ils se cherchent, prenant soin de se chercher là où ils sont sûrs
      de ne pas se trouver, proximité inclue, ils se cherchent prenant soin
      de ne pas se trouver certes il y a, certes il est
      une politesse de l’âme, un sourire de perdre certes il y a
      mais ce n’est pas de ça encore
      que l’on parle
      ça dont on parle

      il y a des crachats rentrés il y a
      des allumettes intraverties, qui ne s’embrasent pas ou qui foutent le feu
      à des crânes rasés, à des amours déchues ou qui n’ont
      pas existé vraiment, comme on n’a pas existé vraiment
      même prenant tant de place, tant de place étant libre
      d’espace décimé

      être mortel me va, tant que je ne meurs pas
      le rond-point des gilets noirs, le faisceau de circonstances
      à peine atténuantes
      c’est pas la peur de ne pas vivre c’est juste la peur
      que ça ne serve à rien tiens une mouche
      se pose sur mon bras
      et plus profond encore

      rien ne me rassure. rien
      ne me rassurera. entre quelque part et nulle part
      s’insinue ma douleur
      et ma douleur répare
      pas l’hiver bien entendu, pas le banc qui s’effondre, se roule en boule
      mais ma douleur répare
      le simple réparable entre nulle part
      et quelque part

     

    petit pays tordu

    18 janvier 2021

  • anticyclone

      nous sommes des gens très bien, des gens
      qui pissons dans not’ slip, qu’en n’avons rien à foutre
      si la roue tourne à gauche, si la roue tourne à droite, ou zigzague en tout bien
      tout honneur, il n’y a pas de poème pour ça, il n’y a
      pas de poème pour nous
      on tourne tout droit et on s’enfonce
      on tourne tout droit et on s’écrase

      voler nous donne des ailes, en tout bon charabia – voler
      quand ne reste qu’un ciel, sans couleur évidemment.
      je ne parle pas à mon voisin. je ne parle pas
      à ma voisine non plus. j’enfante un train en marche

      voler ne sert à rien au sein d’un espace sans frontière, d’un espace
      non confiné. la mort en somme
      ou par déduction, la mort par addiction nous refusons caté-
      goriquement
      de réduire l’espace à un chemin quand bien même l’espace ne saurait se
      déplacer autrement

      tu me lèches la main, c’est mieux que rien et, va savoir, peut-être plus que tout
      moi je ne domine rien, tu sais bien que je ne domine rien, je me tiens à carreau
      on ne meurt pas tous en même temps ce qui permet
      une bonne aération, une aération
      en quelque sorte naturelle

      je ne prétends pas faire un homme – tout juste le
      bâton d’un homme, sur lequel s’appuie
      un vide. ou à défaut toute une science
      du vide
      et malgré tout cela me manque

    16 janvier 2021

  • je me mange, je n’fais rien

      ce chien est rouge tous les chiens heureusement
      ne sont pas rouges, or celui-ci précisément
      est rouge. on s’en accommode
      ou pas
      non tant d’avoir vécu – ça c’est fait – que d’avoir encore à vivre, sans raison vraisemblable
      ni même valable, et valodia qui dit allez, on r’met ça
      sacré valodia va, zapoï épique
      épique et colégram
      un peu beaucoup passionnément
      voire pas du tout

      ils ont les mains libres c’est à dire qu’ils n’en font rien qu’ils n’en
      branlent pas une – les hommes
      courent après les femmes, ça les occupe, ça occupe les femmes
      aussi. les vrais gagnants
      dorment en boucle, squattent nos lits
      du coup nous on se nique le dos

      je ne crains pas d’être distrait du vide quand tout me ramène
      au vide dans son cri d’oiseau, au vide quand il se tait, quand on le tait, que le silence à coups de masse
      le réduit.
      il n’y a plus que l’air et un poumon
      plus que l’air
      et un poumon

      si on a le choix c’est qu’on ment.
      j’ai un petit truc rouge
      au bout du fil, car j’ai un fil aussi, me rattachant
      à rien en particulier ou à un pe-
      tit truc rouge – ne serais-je au final que ce
      petit truc rouge là, au bout duquel pend
      l’homme qui ment, hésitant entre rien et le rien, l’insignifiance et la
      conscience de l’insignifiance

      et malgré ce, il aime
      il aime, il pense à ça il ne vit pour
      rien il ne vit pour
      il a rendez-vous au dentiste demain matin il a déjà la veille au soir
      sorti sa brosse à dents ses affaires propres lesquelles reposent
      sur le piano désaccordé, il est désaccordé il n’a peut-être même plus
      de corde
      de dent
      ou d’affaires propres

     

    je me mange, je n'fais rien

    14 janvier 2021

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