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assis là sur un banc


  • du pont de tancarville

      de la douleur originelle je fais une bouche, un trou tendu vers dieu, lequel une bouche, un autre trou tendu vers moi
      on s’bave du ciel

      de claire mélancolie j’ai mangé mon buvard, mon buvard pisse-partout
      j’ai léché tout ton crâne, aussi

      hippie des villes hippie des champs, en oiseaux continus en chute d’altitude
      rêver plus grand qu’ses yeux creuse un trou au milieu, une ride triste de chaque côté

      du pont de tancarville une seine moelleuse, un liquide glaireux. je me rapproche de chez moi déjà s’agitent les atouts
      au fond des manches creuses

      nuit comme elle vient, et se soulage comme elle peut – au pied d’un arbre ou seule face au miroir, balise échouée en zone tranquille…

      altération du sens, démesure d’urgence – j’appuie dessus mais rien n’en sort. c’était bien la peine d’en faire toute une histoire, de revivre en dehors
      de tout ce qui hors-champ
      crevait par le dedans

      la pluie sur le côté, la rance coule au milieu. si j’étais vivant j’en saurais quelque chose. si j’étais vivant je m’tripoterais l’néant tout en suçant, en suçotant
      un bonbon à la mangue

      tout ce qui vient du ciel vient du ciel, la pluie comme l’absence de pluie, les fientes pigeonnières les aurores boréales que sais-je ? il faudrait relever une tête pour savoir, une tête pour la relever, une idée dedans la tête ou en tout cas
      n’en passant pas trop loin

     

    du pont de tancarville

    30 avril 2021

  • portrait craché

      je connais mon origine, et je connais mon terme. je reconnais d’emblée toutes les odeurs émanées de la très basse extraction, pierre courant le long de pierre fuyante, ombre erratique
      je pêche d’un vieux. je pêche d’un homme entre deux visages dont l’un tourné vers l’intérieur, ombre erratique et là j’abdique. du refus permanent l’homme éjacule à
      contre-courant

      quelque chose comme il se pense et il se pense comme il est mort, ou si pas mort pas loin de mort, un pas de côté du mort en soi faisant la différence
      la différence c’est moi, d’entre le mort et soi, moi n’étant enfin pleinement soi que mort, par contumace si besoin, mais d’un sapin

      et j’en peux plus de mes mensonges, lizy se tourne sur le côté. la vie si maigre, maigre à côté, la vie se tourne sur le côté
      j’abrège un mort. un mort c’est moi.. un mort c’est tous ceux qui s’obstinent à ne pas ressusciter, frappant à ma porte or ma porte leur claque aux dents leur dit non c’est pas toi, et c’est pas toi, et c’est pas toi non plus

      quelque chose en moi nie d’un trou mauvais. je ne suis pas négociable
      un jamais aux trousses d’un toujours lui caresse les côtes, il bande mais c’est pour rien
      car c’est pour rien qu’il bande, à vide vide et demi

      incessamment le poursuit l’ombre de ce qu’il fut quoique ne l’ait jamais été. je répare mes peluches. j’ai beau les enculer je recouds mes peluches. dans la mort à pieds joints
      brûlant de tout le feu brûlant et que le feu faut-il afin de se consumer. je reconnais le terme et je me branle l’origine. j’importe la douleur car douleur ne ment, elle a trop mal aux dents

    28 avril 2021

  • chatte la borgne

      à chaque étage démissionne. dès le nombril démissionne
      je m’assieds bien tranquille, bien tranquille je cherche un visage dans la forêt et ne trouve que
      branches, branchages

      j’affiche complet. plus que les masques j’affiche complet
      vais répétant ad nauseam le même mot non jusqu’à ce qu’il s’épuise mais jusqu’
      à ce qu’il se fasse os, contre toute l’attente os

      car j’ai tant attendu, de n’avoir fait qu’attendre
      attendre coulait dans une mare ne m’arrivant pas à la cheville
      cul nu de la cheville

      frappe-moi. frappe-moi nu. puis lui demande pardon
      il a cru qu’on baisait sa culotte or ne soufflait que le vent
      en rase-motte

      le chien redouble d’intensité, et j’en ai ras le froc
      je me suis habitué à marcher couramment, au côté d’un temps à perte de vue
      d’un temps défenestré

      ceci n’ayant pas servi. et ceci ne servirant sans doute pas, je réalisai que
      je pompais de l’ombre, et qu’ainsi pompant de l’ombre je
      m’en désisterais

      j’ai mort dans l’pied. dans l’pied c’est infini
      un rien. presque un néant. m’a momifié
      momie plein l’cul

     

    chatte la borgne

    26 avril 2021

  • l’ennui avec les roses

      à la mort d’un être humain comment différencier la mort
      de l’être humain ?
      si peu ou humain soit-il par ailleurs ?
      même si j’avais envie d’un pomme je ne pourrais pas manger une pomme
      je pourrais être mort que je n’y croirais pas

      apporte-moi du pain à lier. fais le moi manger
      parle-moi de tout ce qu’on n’a pu aborder, la marée descendante
      j’ai eu l’envie soudaine d’être mort, pour ne pas condescendre, ne pas souiller ce qui de toute éternité luit de beauté, puisque de toute éternité
      mais crève la dèche. crève la mort. crève le chien dans l’cul du chien

      et puis on n’a rien dit
      on n’a rien dit, parce qu’on n’a rien dit
      et accessoirement parce qu’on n’avait rien à dire
      ou qu’il était trop tard pour dire
      ou qu’il ne restait rien ne plus ni à faire
      que dire
      pour rien
      parce que dire pour rien

      depuis lors rien n’a changé – je suis toujours le fantôme de moi-même, l’amoureux d’une seule bruine
      il va falloir y aller maintenant
      je marche mais je ne marche pas, dans l’ombre mais dans l’ombre de rien
      et quand il revint ce n’était plus qu’un animal, ou qu’à l’état d’animal
      traînant sa queue dans la poussière, les ronces
      grognant dans son sommeil

      si je ne me suicide pas c’est que je ne sais pas quoi faire de la mort, pas comment on s’y prend, tant moralement que physiquement
      et peut-être pas envie, tout simplement
      je voudrais la serrer dans mes bras et pourtant elle n’est rien. je voudrais la serrer dans mes bras peut-être du fait qu’elle n’est rien
      et que moi non plus je ne suis rien

    25 avril 2021

  • lié à la perte et aux antécédents

      je suis un homme qui ne va nulle part or un homme qui ne va nulle part n’est pas vraiment un homme
      il y avait du vent il y avait des vagues il paraît même
      qu’il y avait des hommes, tambours battant et peut-être également des êtres
      humains pour le décor
      mais humain ça veut rien dire, humain ça sent
      la mort ou ses antécédents

      un chien perdu deux vagabonds, dont l’un je fus
      je ne suis l’objet d’aucun sujet, tous morts selon mon hypothèse
      si l’on n’appartient à rien, quelle connivence du coup s’établit-il entre ceux qui ne s’appartiennent pas eux-mêmes ?
      on s’assirait sur le muret, buvant à même le goulot et on se dirait putain qu’c’est bon d’être à ce point-là
      né pour rien

      je ne m’appartiens pas – simple précision
      j’aime un mort, lequel malgré ce ne parvient pas à me ressembler
      les cercueils en carton coûtent bien moins cher et brûlent d’autant mieux
      faut-il se tuer ou faut-il subsister, quitte à endurer la honte ?

      crève et c’est un ciel. heureusement le ciel était présent
      je vis dans l’âme où l’âme semble un tout petit rien – un tout petit rien c’est tellement moins que rien, boudant là dans un coin
      je vis avec la sensation que cela ne veut plus dire grand chose, et de dire ça je me sens si petit, comme quand j’aimais une femme parce que le sexe traîne une réputation d’organe sensible
      quoique sensiblement mort

     

    lié à la perte et aux antécédents

    23 avril 2021

  • où ça dérape

      j’ai creusé un trou et j’ai fait le tchou-tchou, j’ai dit c’est mon métro. mon métro ne mène pas loin, jusqu’en rase campagne
      car rase la campagne. sans parler la froidure. voilà pourquoi le métro. on se réchauffe dans le métro. on y oublie qu’on est mort

      on arrive tout seul jusqu’à la porte, on ouvre la porte, et c’est déjà demain
      finir ne finit pas. manger ne mange pas. secourir un clandestin vous expose à des représailles policières, voire judiciaires
      jeter du pain aux pigeons, aux canards, aux poissons

      je me suis battu contre mes propres poings. je me suis défoncé la gueule. j’ai même failli me faire jouir le zizi
      heureusement ou malencontreusement, je m’y prenais mal. en tout, quoi que j’entreprisse, je m’y prenais mal
      ça a commencé par l’annulaire. ainsi que nous le supposions, tout commence par l’annulaire

      à tomber de haut ou l’on s’écrase, ou bien on rebondit. puis rebondit encore jusqu’à ce qu’on s’écrase
      à contrario, je doute qu’à force de s’écraser l’on rebondisse jamais, mais sait-on jamais
      c’est vrai ça : sait-on jamais ?

    21 avril 2021

  • elle remplit la carafe

      être là pour rien me retire une écharde du pied, ou un piquant d’oursin. c’est de nue nudité qu’on habille sa poupée
      elle est morte dans mes bras, si lourds depuis

      je nage sur le côté, comme ça c’est plus tranquille, plus reposant
      tous les lundis j’ai élastique – je monte, je descends, je monte, je descends. cela ne rime à rien. à rien tel qu’on s’essore

      je ne crois plus au vide. d’ailleurs je ne me regarde plus dans le miroir. mon esprit est le vide. qui tourne à vide
      on marche sur le bord, présumant qu’à marcher ainsi on finira par tomber mais non, car le bord borde toujours un vide qui n’existe
      pas / qu’en plein esprit

      un jour n’existe pas. elle ramasse les bris d’un miroir où je ne me regarde pas et tente malgré tout d’en reconstituer l’image
      assembler des morceaux bien entendu ne suffit pas – il faut pisser dessus, accroupie de préférence, bien que cela puisse se faire debout. avec peut-être une efficacité moindre du coup, mais on s’en fout

      je ne lui ressemble pas. ça ne lui ressemble en rien. homme ou femme assise dans une lumière neutre, disons une luminosité de lundi
      on a besoin d’un pause des fois. alors on appuie sur pause. ou sur la détente

     

    elle remplit la carafe

    19 avril 2021

  • nihil effervescence

      il y a une tristesse c’est évident, quand l’existence et le néant en viennent ainsi à déborder l’un sur l’autre, à se baver dessus tant qu’on en parle
      j’ignore de quel chemin la boucle, à l’oreille arrachée, d’un son tout écorché
      d’un écho malveillant…

      mes yeux tâtonnent dans le cadre d’un espace mortellement fini. immense mais fini, fini bien qu’inconcluant
      il va falloir faire quelque chose. il va falloir se dire adieu. ne rien faire c’est continuer à ne rien faire, chemin faisant persévérer dans le non-être
      qui est à l’être ce que le non sert à souper

      je migre. un siège fermement fixé au transit, et vois donc comme il tangue… le transitoire ça nous dépanne
      un jour par exemple. un jour de fête par exemple. où on ne fête rien, un coin pour les bougies
      je me rendors jusqu’en pleine lumière

      s’il fait beau c’est mon ombre se retournant contre elle-même – y a pas cause à litige, on s’aime comme on peut…
      s’il fait beau c’est qu’il flotte, qu’il flottera toujours, et qu’en rêve la délivrance lève les bras – au ciel dis t’entends ça, au ciel ! – se rétractant dès qu’on fait mine de lui arracher
      un poil de sous l’aisselle…

      à la dernière limite je m’effondre, l’ultime et c’est pourquoi on la dénomme limite
      je rage un peu d’entre mes dents. pas trop. je préserve le souffle long, courant du fond. ce n’est pourtant pas encore de moi dont je parle, en sus de l’avatar
      je me rase à l’oubli
      monnaie d’singe l’oubli

    17 avril 2021

  • dire qu’il fait beau

      il s’est perdu dans le nombre d’habitants. il aspirait seulement à être l’un d’entre eux, en appuyant sans y paraître sur l’adverbe seulement, en dépit du bon sens
      il ne reconnaissait pas son accent. c’est à dire que celui-ci ne lui semblait plus aussi familier, plus aussi naturel depuis que…
      depuis rien. la mémoire saine ou sauve mais pas les deux non, pas les deux en même temps

      ce n’est plus une langue c’est un cheveu. suffisant cependant pour le dire, pour dire quoi ? je n’sais pas. dire qu’il fait beau par exemple, et le dire sans ciller
      et même, si l’on aime à tenter l’impossible, en corrupteur mystique, le dire une bonne fois pour toutes ou par acquis de conscience – dire quoi ?
      dire qu’il fait beau

      évidemment, c’est du mystère
      à moins qu’il ne s’agisse que d’un humble secret, suffisamment humble pour être profond quoique pas si profond qu’il puisse passer pour mystère
      j’ai largement la baie, se dit-il, ouverte sur le côté. et de là nier tout un mur…

      le poids dès qu’on l’oublie, il nous faut l’emporter
      il aurait pu se contenter des premiers termes de la proposition, sans même prendre la peine d’y accoler certains points d’inutile suspension – or il fallut l’emporter, ce poids dès qu’on l’oublie
      et nous avec, quelque détachés que nous déambulions

      il s’est perdu dans le nombre des résidents, les confondant aux passants, et de passant lui-même ne sachant plus où résider
      le regard se souvient-il encore de la flamme qui l’anima, ou d’un air qui l’accable en sauvegarde t-il le terne souvenir, que rien ne justifie ?
      c’est sur cela qu’elle couve.

     

    dire qu'il fait beau

    15 avril 2021

  • j’ai pas de plus petit cheval que ça

      il y a des cheveux partout mais il y a un cheveu, un seul,  qui va du front à la mort dense et pourquoi tu m’appelles ta mort,
      pourquoi tant d’insouciance ?

      qui perd gagne, on n’a qu’à jouer à qui perd gagne – toi par le devant ne sachant d’où ça vient
      et moi par le dessous, attendant d’au-dessus
      qu’ça tombe ou qu’ça tombe pas

      j’ai la vague idée de ne servir à rien. n’ayant de corps que du moment qu’on le touche
      et le touche avec ses mains, le touche avec sa langue, de tout son déchirement

      il est un son dont je n’ai pas eu l’écho, un son triste de la voix. je demeure le port
      d’une absence embarquée

      je pense à ton tout petit cheval alors que moi j’en ai un gros comme ça, un gros qui se décède
      il te pénètre tout en esprit, de mille feuilles défeuillu

       » je suis l’amer dont la bouche
        te nique, prive d’eau douce
        l’amer dont la bouche escarpée
        nue de raison et nue d’amour… »

    13 avril 2021

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