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assis là sur un banc


  • néant soudain

      il y a des fois un homme ou deux. des fois. des fois deux
      il y a des fois qui se courent l’un derrière l’autre, ou l’une, il y a toujours un homme en trop, un trou ou l’autre
      un trou en moins

      je n’achète rien je me dis juste que c’est pas comme ça – les bonbons sont sucés…
      on y pêche à la mouche. bon. rien. on y pêche au coquelicot. bon
      et puis c’est tout

      j’ai rêvé que j’avais la bouche pleine de gravillons et que je me fourrais les doigts dans la bouche pour les retirer mais c’était mes dents, toutes mes dents en morceaux que je retirais là, recrachais jusqu’à plus rien de dents
      mon plus gros mensonge fut dieu : il n’est là que si je le renie. la morgue

      un monde sans dieu
      un bout de fer rouillé, comme il en traîne sur les chantiers ou comme on en a tous un nageant à contre-courant dans le colon. une poupée empaillée
      un monde sans dieu, un clou s’enfonçant en toute planche, chair de salut, en plein dans l’sein – un monde sans dieu quoi
      une vie sans vie

      et soudain le miracle
      néant soudain le miracle

     

    néant soudain

    20 mai 2021

  • l’accent sur la douleur

      la joie poussait ses pions, ses pouilleux massacreurs. les bûchers funéraires
      lançaient leurs flammes claires

      osselets d’oiselets, fossiles d’espaces mornes. tu t’écartes et je plonge dedans, je m’enfonce me débâcle, battant des bras tremblant des doigts tu sais, je me mouche dans ton sang tu sais,
      j’ai l’amour pandémique

      on murmure entre soi on se dit tiens, entre moi – ça n’a pas plus de sens que ça comment dire, ça ne va pas
      chercher plus loin que ça, comment dire

      on reste là, assis sur un seul pied là à attendre, on attend là
      la fin du monde
      en attendant la fin du monde on reste là, attendant là
      la fin du monde
      on s’fait des crêpes

      la vie roule t-elle partout, écrase t-elle
      les méchants comme les gentils, grinçant des dents, saignant du cul
      la vie tombe des nues, puis regrimpe au rideau

      la joie luisait à plein néon, elle s’explosait la chatte la joie
      mélangeait la chienlit avec les roses – les roses, tu connais ça les roses, les bouches roses…?

    18 mai 2021

  • passion assise

      quelque chose couvre mes yeux et j’ignore quels sont mes yeux, ou ce qu’ils ouvrent
      un homme n’est que l’habitude d’un homme or la surprise vient de la mort, peau lisse et nue sous sa robe anthracite

      manger de la famine, manger de la famine toute blanche. des gens meurent à l’aube, et pourquoi donc à l’aube, comme si le jour était trop clair, ou trop long
      long comme un jour sans vin dit-on, long comme gueule de loup

      ils s’en vont
      il s’en vont en marchant, à bécane ou sur les dents, ils s’en vont se traînant
      ne les rappelle pas en amis : les amis meurent écrasés, systématiquement
      d’où notre réticence aux signaux amicaux

      tu as une toute petite bouche, on ne sait pas comment y entrer, ni quoi y mettre, dans cette toute petite bouche
      alors on y met une virgule, une toute petite virgule, croche entre deux absences longues. encore faudrait-il ne pas y
      laisser sa peau, lisse et nue sous sa robe anthracite

     

    passion assise

    16 mai 2021

  • amour amor et son vélomoteur

      les hommes ont une chienne à leurs pieds, et quand la chienne leur pisse dessus
      les hommes ont un dieu à leur poing, qui résiste aux offenses
      et s’en prend plein la trogne

      je ne suis la mort de personne, en toute circonstance
      et je débouche mon cercueil, je décapsule ma queue, soulève la jupe d’une idée claire
      y a rien dessous non, ni l’œil crispé, ni l’épouse en personne

      j’sais pas quoi, j’sais pas qui, j’sais pas c’qu’on fout d’abord
      la mort à la mort mitaine, ou le sosie d’un sexe
      j’te clashe la chatte et c’est moi qui suffoque – on fait la manche à bethléem
      on fait la manche partout

      dieu ne m’appelle pas dieu, il m’appelle seulement quand il a soif
      en attendant je fume sa clope
      qu’est-ce que je fume je fume sa clope, je chiale un peu
      mon frère est mort mais pas tout mon frère, pas toute la mort, mon frère est mort et moi je suis vivant

      quand tu plantes là ton couteau dans le noir, et tu me tournes en rond, en rond et en travers
      c’est si bas qu’un soleil, irréversible
      et pis non plus tu ne m’envoies nulle chanson, d’un glas miséricorde

    14 mai 2021

  • éthique des môles

      des jambes pour aller, des chaises pour s’asseoir, on a l’confort et tout
      après on répond non à la question posée (toute question, subsidiaire), on se fait pas la bise, on tourne autour
      du pot commun

      au bout de mon idée il y a une idée vide, avec quelqu’un de mort planant au-dessus, qui ne tient pas la barre
      voire pas d’idée du tout, évanescente, claire

      intelligence universelle c’est mon copain, un fluide commensal, l’esprit ménopausé t’as bien conscience de ça hein, de n’être
      que destin. alors pars, les coudes gris

      parce que c’est triste, triste la vie, et qu’on y met des enfants dedans, qu’on leur frotte les dents au savon noir
      je me regarde jusqu’au bout. ça fait un bail, jusqu’au bout…

      dieu était un homme assis, j’ai regardé par-d’sus l’épaule
      l’épaule comme membre du corps, social était le corps, l’homme s’est levé d’un dieu resté assis
      à l’épaule gauche perroquet

      toute chose obstrue la vue, toute chose se pose entre soi et le néant, entre soi et son propre néant
      ainsi l’idée de soi, une fenêtre en plein jour, un vide en lieu et place  du cœur – si avec ça je n’ai pas raison c’est que raison
      n’y entend rien

     

    éthique des môles

    12 mai 2021

  • chantefrêle

      j’ai un corps mais c’est comme tu voudras, j’ai le corps intermittent
      mon petit ami a crié au secours, au secours a t-il crié, je l’entends encore
      quand je me retourne de l’autre côté je l’entends déjà moins, d’où l’intérêt
      d’un autre corps, d’une autre moitié

      j’explore mon mètre carré; j’entube mon mètre carré
      mon mètre n’est carré que dans les coins, il jouit d’un dé de transparence
      imagine je mets le feu à mon chignon

      il est trop tôt dans la montagne, en-haut dans la montagne, ferme les yeux encore un peu
      tape debout
      ton amour, ton non-amour ne portent pas à conséquence
      en conséquence de quoi, rien

      on a vidé les abattoirs
      les abattoirs vidés on les a fait entrer tout entiers dans une vache
      une vache à l’air libre
      c’est d’ailleurs de là qu’on s’écrit

    10 mai 2021

  • le chemin très vieux, ou le très vieux chemin

      le lien entre ceux
      qui meurent et ceux qui ne meurent pas
      est rompu
      d’où ce sentiment de flottement, d’égarement, dérive permanente…
      un chien assis, mais pourquoi sur le toit ?

      la pluie mesure un trou
      d’une flaque de masse, émerge un reflet
      un homme ne survit pas, on l’appelle dans un bar
      la fermeture du bar

      un lieu. une vie. un paysage catatonique.
      je réagis comme je réagis, un peu à l’écart
      de comme je réagis
      un jour on rassemble tout ça, le poids
      n’y est toujours pas

      pluie battante, personnage féminin.
      on s’attend mais, à pas grand chose en vérité
      on s’attend là, en toute connaissance
      de cause ou à peu près, c’est à dire nulle part
      n’importe où nulle part

      un chien fait pas l’printemps, un mort fait pas l’néant, je souris
      de certaines dents je souris, de certaines autres je m’abstiens
      dont dérive l’abstinence

     

    le chemin très vieux, ou le très vieux chemin

    8 mai 2021

  • la pluie laquelle le sanglier

      ne pas être prend soin de toi. ne pas être se met à poil et c’est en ce sens-là qu’il faut le caresser, lui réapprendre à vivre, et les nomenclatures

      d’une seule vitre j’ai brisé toutes les pierres, ce qui libère l’espace en un sens. tu me diras trêve de sens et cela laissera comme un vide en substance, la trace indélébile au fond de la mémoire
      d’une patte en suspens (repliée sous le ventre)

      le peu de chien aboie en moi c’est toute une mort
      à arpenter – des fois qu’on ne saurait pas où elle mène, ni de quel trou se faire l’écho, ramasser des débris pour s’en coudre une couverture

      sans lieu originel (sans donc la possibilité d’un éventuel retour), casse toi la gueule, chute. souviens-toi qu’au fond dieu écartant les bras
      ne te rattrapera pas – l’as-tu jamais rattrapé toi, tandis qu’il tombait, tombait, tombait…

      homme sur les quais – de son plein gré mais que pourrait-il faire d’autre en fin de compte. se retrousser les bras, qu’ils ne dépassent piteusement des manches. ramasser les miettes que l’on jette au pigeons pour en faire son repas quotidien. finir par se douter que mourir debout ne suffira probablement pas…

      pleure beaucoup mon corps, ou mon corps pleure beaucoup
      il n’y a pas de raison qu’on se reconnaisse, qu’on s’estime, ni même qu’on s’aime
      toi tu te tranches la tresse d’un coup de ciseaux net et radical tandis que je
      plie les bateaux, et prends congé d’un monde où si les yeux pleurent beaucoup, du moins s’apaisent les couleurs

    6 mai 2021

  • les yeux ouvrent grande la bête

      un jour j’ai bu un coup, et tout un coup était désert. un jour j’étais un être, dorénavant bien moins que ça, que ça un être, une bouteille à la mare

      faut bien mourir quelque part, étant donné qu’on a vécu ailleurs. et ailleurs c’est parfois hors du trou, on compte ses animaux, voir qu’il n’en manque pas un…

      le premier nom de l’âme était un immortel. dès le second fléchissant, chipotant sur l’essentiel comme si l’essentiel tenant la barre, obstinément se refusait à
      éjaculer

      je suis mûr pour un tour de manège, deux tours de manège allez, trois tours de manège mais pas plus – un trognon de pompon m’a bouché le siphon, un chignon réfractaire

      la vérité toute la vérité rien que la vérité, c’est à dire un nuage en papier, une ovule en carton
      mâché juré, puis recraché

      échapper au sens, et même au sens inverse, en se touchant le sexe ou en fourrant sa main dedans la manche pour la couper du froid, par exemple

      je ne distille la lumière d’aucun ciel fixe, conscience anti-matière, anus miserabilis. il faudra vivre avec ou sans, ce qui ne change pas grand chose au fond
      or c’est privé d’ensemble que le détail prend relief…

     

    les yeux ouvrent grande la bête

    4 mai 2021

  • ok ben moi je nage

      on n’échappe à sa mort qu’en contemplant sa mort, en la surplombant. et c’est ainsi qu’on meurt deux fois, une fois debout une fois couché
      une fois mort une fois vivant

      je n’ai plus rien, pas même un mal de dent, une humaine insomnie, la promesse foireuse d’un présent compatible
      au ras du ciel, à peine plus bas, je me suis faufilé

      parquet flottant, ciel incertain – tous ces méandres d’un beau baratin. je sors ma petite bouteille d’eau elle ne contient que ça ma petite bouteille, chargée négativement en
      retour de courant

      le cimetière sous la neige, sauf quand y a pas de neige. ou quand on se réveille – c’est sûr ressusciter ça c’est du sport
      alors comment ne pas rester assis se dire certes la fin est raide, la mort si plane…

      j’ai pas d’pulsion. les pulsions sont trop courtes, et j’enchaîne les longueurs
      loin de tout mais proche de rien, je m’étale en langueurs, en langueurs exutoires

      du jeu dans les béquilles, du mords aux dents et tant pis si gâtées. on n’est pas mort tout l’temps faut pas croire – des fois même on fout le feu, on fout le feu à l’étincelle

      ton chien d’abord tu mords. ensuite tu meurs à jeun, de haute lutte mais à jeun. penchant du côté droit quand la mer monte à gauche, penchant du côté gauche le reste du temps
      ou bien le temps qu’il reste, comme tu veux

      où aller au-delà de l’idée qu’il n’y a que néant et miracle, que l’un sans l’autre s’excommunient, et que les filles pour faire l’amour généralement enlèvent leurs chaussettes   mais pas systématiquement

    2 mai 2021

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