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assis là sur un banc


  • couvre-feu, feu de paille, παει κι΄αυτο

      ça n’avait plus de sens, mais plus de sens.
      prends ma main et trace un cercle dans ma paume avec ton doigt
      non, pas un cercle, une spirale plutôt – comme si cela pouvait exorciser le vide, d’invoquer le mystère…
      ça n’avait plus de sens, et ça n’avait pas plus de sens de se battre contre ça, s’opposer à la débâcle
      alors on a laissé tomber

      un homme en moi ne se souvient de rien
      il se rappelle mais en vain – nul ne lui répond ni à son nom.
      un homme hors moi s’égare, chasse la mouche et serpente. un homme hors moi ne se sépare pas de soi.
      c’est le feu. bientôt le feu partout. un feu de boue

      va falloir y aller. ou s’enfoncer. s’enfoncer en soi ou s’évader hors soi
      totalement, tant le fil est rompu.
      la terre qu’on a première ne se réveille pas. on tient à ce qu’elle nous revienne or le retour a comme un goût de cendres, de serviette usagée
      va falloir y faire un saut. un saut arrière un saut avant, un saut qui n’en/n’y retombe pas
      un saut froid

      j’ai vu la mer au milieu, de tout un corps j’ai vu la mer.
      il me reste mes dents. et si tu veux il me reste ma langue. derrière la langue une longue famine, à laquelle on ne prête plus attention.
      avec le recul on y pense moins, on n’y pense même pas. avec le recul on sait plus d’où, de quand on vient, ni comment faire
      avec le recul on tressaille sur sa chaise

      prends ma main et enfonce l’ongle de ton pouce fortement dans ma paume, ma paume fera le reste.
      il ne m’arrive rien. d’un côté comme de l’autre il ne m’arrive rien, la rue déserte.
      l’absence incandescente.
      je me retourne machinalement et machinalement je sens que vivre me pèse, qu’il fallait s’y attendre, qu’il n’y a là
      rien à attendre.

    14 février 2021

  • dortoir des filles

      fin d’la journée c’est la fin d’la journée : il n’y a pas mort dedans
      ou alors ça ne compte pas
      le dernier jour debout je l’ai passé debout, c’est tout à fait inconfortable
      j’ai crié. j’ai vomi. je crois même
      que j’ai vomi un peu. n’importe
      tout au fin fond d’la vie je vis encore, je vis encore un peu, un peu comme ça sent fort
      un peu c’est déjà tant
      et un peu plus que ça. j’adore tes ch’veux

      un simple rectangle (deux triangle accolés ?)
      un simple rectangle c’est balançoire, avec les cordes tressées au-dessus, au-dessus de chaque côté
      le miel des cordes. ils en vendent du miel de corde. suis-je ne suis-je pas
      l’humainement ? du miel de corde
      s’embrasser sur la bouche

      on aurait pu se prendre pour quelqu’un d’autre, si seulement il y avait eu
      quelqu’un d’autre. l’autre est mort en attendant. chacun son tour
      chacun son tour d’être mort, à tour de rôle le rôle du mort. je ne sors
      que pour aller à l’épicerie. j’ignore pourquoi, l’épicière me déteste, je crois
      que c’est sa façon d’être, comme moi avec mon sexe
      si j’avais un fusil, mon sexe
      si j’avais un couteau, latex

      j’apporte une main tout autour du poing, moi qui ne suis que serrement
      que saignement
      de vis.
      un jour en attrape un autre, d’où la lumière si indécise, l’incertitude quant au lieu.
      il s’aime d’abord
      après quoi il se pend, ou se noie, selon qu’il habite
      plus près d’une poutre, plus près d’une mare

     

    dortoir des filles

    13 février 2021

  • soleil rasant, mutant

      j’ai changé d’parc. le contrôle au faciès semble t-il
      n’a rien donné. il coule un peu
      du nez, de la seine ou de je ne sais quoi – peu importe au fond, quoi ni demain…
      on propose un abri à un homme, afin qu’il dorme à l’abri, on ferme bien la porte
      tout au bout de l’autre côté une autre porte s’ouvre, finit par s’ouvrir
      – quand mourir est toute la liberté qu’il nous reste, l’entière liberté

      un cheval par hasard. mais il aurait pu en passer
      un autre. tout aussi bien. qui n’aurait pas boité, ni tenté vainement
      de dissimuler ses plaies. un cheval de manège. un homme qui fait semblant
      fait semblant d’être un homme c’est la seule façon qu’il sache
      de ressembler à un homme, de se persuader qu’il en est un, de faire comme s’il
      en était un – un quoi un homme, un homme de rien
      un ch’val ouvert

      j’ai compris tout à l’heure ce que humilité voulait dire, ça voulait dire
      ne pas vouloir aller jusqu’au bout
      ne pas avoir la force
      de gagner, de persévérer
      ni même d’aimer. je t’ai fouetté les fesses avec des roses peines d’épines, ou était-ce le contraire
      très haut là-haut très haut je veille le haut vent, le vide froid
      je prononce le solfège, le solfège fait mi ra dol
      je suce le sang du ch’val, pour ne pas succomber
      je succombe quand même, bien avant l’aube ou dans une mare

      un chou a poussé sur ma tombe, de bruxelles ou chinois, j’aurais préféré de la menthe
      à la mi-février les jours se désenclavent, je m’enlise en personne
      je me regarde fixement et je me reconnais bien là, forcené de n’être rien, d’avoir un chien
      jamais je ne pourrais battre mon chien
      je sais qu’au fond je suis mon chien, et que la laisse de ce chien
      pend au vide, c’est à dire pend au vent, c’est à dire pend. ce n’est même plus un chien
      ce n’est rien, tous crocs dehors

    11 février 2021

  • roman succinct

      mon sol flemmard, ultra flemmard
      j’habite un ch’veu de toi, un poil sur ta langue, l’abrégé d’une vulve
      je ne me prénomme pas, ne me prononce personne – j’attends que tu aies quelque chose à me dire
      sinon c’est pas grave
      pas grave, non c’est pas grave
      on pourrait par exemple dire qu’on s’aime, si on avait quelque chose à se dire
      on pourrait aussi ne rien se dire, si seulement on s’aimait vraiment
      pour une autre raison que celle de résister
      à de toute façon l’irrésistible
      si promptement futile

      quelqu’un m’en veut. de j’sais pas de quoi quelqu’un m’en veut
      de n’exister pour rien, de faire pipi au lit
      j’aurais du commencer
      par le commencement
      dans le cas où il y aurait eu
      un quelconque commencement
      mais la mort étant pure, j’ai du dormir dessous
      et la mort trop pure ne s’est pas allumée

      une pluie contre-battante, un volet oscillant
      il n’y a plus d’eau dans ma bouche, plus de rivière ni plus de lit épars, de lit pierreux
      j’avance à cheveux longs, de me raser le coude, le plus discret c’est de ne pas paraître
      désamorcer l’hormone
      avec une berge qui s’effondre en son milieu
      avec une ville qui crie d’assaut, et se noie dans son propre égout
      avec un paysage à peine intact, éternité sombrant dans la plus pale insignifiance
      le dos courbé
      toujours le dos courbé

      tu meurs de quelque chose, de quelque chose m’intéresse pas, tu meurs
      de quelque chose comme de mortalité, probablement
      cela étant
      or cela n’étant pas, tu meurs de l’avoir rêvé, de l’avoir simplement pensé, même quand tu n’y pensais pas
      je suis à jour de mes vaccins, présumes-tu
      ce n’est donc pas mon jour
      on en avait rêvé pourtant – ça s’appelait deux enfants dont l’un va mort
      l’un va mort l’autre en marchant

      il y a un mioche, là, une pomme pourrie d’adam
      on l’enterre comme on peut, on couvre ça de feuilles
      rallie-moi à présence, si tu peux, sinon un café noir ne sera pas d’refus
      j’abrège ma langue, c’est le clou du poème. j’habille une conscience. j’habite
      une ruine de conscience, seulement vivre
      je lui tourne le dos elle me saute à la gorge c’est toujours
      ça de pris comme on dit

     

    roman succinct

    9 février 2021

  • la conscience au carbon14, plus (+) une dent de lait

      t’inquiètes, il y a des gens
      il y a des tubes aussi, à peine tiennent debout, et dont le contenu, gélatineusement…
      des hommes pensent que leur vie ne changera pas
      ou pas trop
      ou pas trop pire
      puis se trompent de manche ou de jambe le matin au réveil
      se trompent de tout
      tant qu’on meurt pas on est vivant, se rassurent-ils
      et d’autant plus tant que l’on meurt, persistent-ils

      un chien bordel, un chien
      ça ne mange pas de pain. cela n’a rien à voir
      j’ouvre en grand ma conscience, et ce fut l’orifice
      le lankavatara en rouleaux de six ou douze
      la gravitation certes, mais en fonction d’un centre qui n’existe pas, la rage sans les dents
      je t’apporte un chou, voudras-tu de mon chou ? cuiras-tu mon chou, mordras-tu
      dans mon chou ?
      séquestre ma conscience, l’annulaire sent l’alliance, déliquescente…

      je sais pas comment faire pour vivre encore, ce fabuleux tour
      de prestidigitation – respirer par le nez j’imagine
      par les poumons tant qu’on y est
      ne suffit pas à faire d’un être un être vif, moitié vivant pourtant
      j’allume un clope
      je sais qu’ainsi surgit le temps, décroche le temps, décrotte la mariée
      on se rend compte de rien – personnellement, je me rends compte de rien
      et ça prend toute la place

      un ciel en mille morceaux, une puce à l’oreille
      je m’entends bien, m’écoute peu mais m’entends bien
      je savais qu’il y aurait un homme
      je savais qu’il y aurait une femme
      (nuage et foudre dans l’entre-deux, à moins que ne prolifère le mouron)
      mon petit chien l’a dit et mon petit chien ne se trompe jamais je l’ai décapité pour ça
      et pour bien moins que ça
      on ne doit pas traiter les gens ainsi m’entends-tu
      ni autrement d’ailleurs – d’ailleurs,
      on ne traite pas les gens

    8 février 2021

  • l’inconséquence d’être, virgule

      murmure oh ma vicieuse, murmure – ne le laisse
      pas traîner là. ne me laisse pas traîner là
      entre deux taffes ou
      sur le tapis

      la mort m’a entrouvert les yeux. je n’aspire qu’au coma

      il a beau se coucher, il a beau se détendre tout du long, il ne se
      réveillera plus.
      il dort blotti contre son ombre, mauvaise passe…

      il ferait mieux de marcher nu
      jusqu’à la lune et long du quai
      bavant son mors, tirant son clope

      une distance m’expulse. je prends
      la sortie de secours. on ne peut rien contre la pluie
      contre la pluie on ne peut rien

      une gratitude. peut-être m’achèteras-tu
      une gratitude, me rachèteras-tu
      une bonne conduite. mais ni volant ni ivresse
      ne me rendront le sens présent

      une vieille femme à l’air minable; l’œil cramoisi ou mégot écrasé
      passant tout près de moi :
      « me frôle ta beauté, mais le fond est puant ! »

      les yeux ferment les yeux, qui les ferment à leur tour, qui les ferment encore, en peaux d’oignon…
      or tout au fond un œil veille – un œil sans paupière, un œil
      que rien ne peut éteindre, boucher ni clôturer
      : un œil vide

      au bout de moi pend une corde
      au bout de laquelle pend le vide
      se raccrochant au vide…

     

    l'inconséquence d'être, virgule

    6 février 2021

  • d’une forêt sans arbre le triste dénuement

      être triste, si triste que relever les yeux
      les inonde de gris

      je ne résiste plus, j’embarque une porte ouverte, une porte donnant sur
      un ciel ver-
      tigineusement vide

      les hommes se sentent bêtes parfois, ils attrapent un mollusque
      parfois c’est toute la rivière qu’ils pêchent et lovent
      dans le creux de leur soif

      pour aller où ceci dit, vent se frottant sur les tombes. l’ombre
      gagne du terrain

      le millième, le millionième
      d’un homme assis
      se raccroche à un nuage en priant qu’il
      ne pleuve pas…

      la larme originelle ne coule pas, c’est l’homme tout autour
      qui s’égoutte, sèche au grand vent

      tour à tour éminemment
      et rien au demeurant
      – d’où donc se jeter pour cesser de tomber ?

      une tache, et qu’est-ce qu’on en dit là on n’en dit rien – elle ne
      s’efface pas

      la flèche
      a disparu derrière l’horizon. on enterre l’arc
      par deux fois, ou deux fois plus profond

    5 février 2021

  • renouvelle-moi les anges

      ce jeu n’est qu’un jeu. les règles disparaissent
      dans le néant premier

      tout au levant, quoique je n’aie pas de levant.
      dans un sac pas de billes: rien
      que l’envers du dehors

      on peut trouver une raison à toute chose, toute chose cependant
      excède sa raison

      que me veux-tu ? de quelle haine
      me poursuis-tu ? tu vois bien que j’habite un
      glissement
      de terrain permanent

      dieu n’était que tourbillon, et le
      tourbillon prît assise

      là où tout a commencé
      où que cela ait commencé…
      je vois les briques s’empiler sur les briques, l’espace rétrécir
      jusqu’à ne plus pouvoir contenir, ou retenir
      la douleur

      c’est juste
      que je n’ai pas le cœur à ça
      à quoi à ça je ne sais pas – à peine
      oserais-je y penser, y pensant tout de même…

      dans la cour d’à-côté, le riz faisant défaut j’ai
      perpétué l’absence.
      au fond de la cour et se disséminant, rien
      ne passe ni ne se passe…

      toute chose excédant sa raison, on suppose l’essence d’une chose
      sans raison sans
      antécédent

     

    renouvelle-moi les anges

    3 février 2021

  • soit avec moi soit avec vous, le lien importe peu

      la pluie mouille la pluie, est-ce fini, cela
      finira t-il jamais ? il n’y a plus lieu de croire, et de ne croire à rien.
      je me trouve tout ouïe, toute
      honte bue. j’ai même les mains gelées, je tire
      les marrons d’un feu mort

      un homme est presque mort, juste de quoi
      se délivrer enfin de l’homme, l’allonger sur le sable.
      j’ai peur d’un homme un homme est mort, en moi ou presque
      ce qu’il en naît n’en naît pas vraiment, ce qu’il en naît simplement ressuscite l’é-
      ternité, ample fidélité

      j’avais un œil, un œil crevé.
      j’imagine à tout nord, j’imagine à tout va – un néant me
      manque assidument.
      à vif. à nu. à l’abdomen.
      si je ressens quelque chose je ne te dirai pas ce que je ressens ce que je ressens
      se perd à vif, à nu
      irrémédiablement. je tombe dedans

      j’aime quelqu’un et quand je n’aime pas quelqu’un c’est que quelqu’un
      me manque. me manque éperdument.
      tu m’as raccompagné. à un moment ou à un autre tu as du me
      raccompagner. c’est dans la force des choses, tout comme on longe une voie
      ferrée pour l’occasion, un autre mur de soi

      mémoire-moi.
      tu ouvres le temps, refermes la distance.
      j’ai peur de moi, de moi tel que je n’en connais que le nom, ignorant
      tout le reste. j’avorte une ombre
      mon ombre
      celle-ci sait par où elle couche. avec lequel. et pour exactement combien

    2 février 2021

  • berck-plage en hiver

      je l’aime et des coutures. sous la couture
      couvent les lentes
      les lentes se concentrent le long de la couture, le temps de gestation.
      la concentration importe avant tout
      les hommes également. leurs femmes à peine moins.
      tout l’monde
      déteste la mélisse

      chien méchant je chope une puce. un pou. un morpion. on vient pas d’où on veut.
      je cherche une frontière. j’appuie sur la frontière, voir là où elle cède.
      il y a les vivants morts, ce ne sont pas les pires
      les pires sont parmi nous. parmi
      chacun d’entre nous

      le chien hurle à la mort. c’est sa seule raison.
      ma seule raison c’est moi
      moi donc n’importe qui, n’importe quoi, moi donc un chien mort.
      il hurle.
      et qui ne hurle pas, tout en dedans
      tout en dedans de rien ?

      c’est la mort. on la traite comme on veut mais en pliant genou
      en récitant prière
      et l’on revient à berck. à berck-plage
      et l’on renaît à berck. berck-plage
      c’est là qu’on meurt à berck. plage

      les hommes vont au milieu. vont au milieu.
      qui me caressera les cheveux, quand j’ai rasé
      tous les cheveux ?
      qui me sucera la motte quand j’ai rasé
      toute la motte ?
      et ceux qui mordent dedans
      à pleine bouche.

      la nuit c’est églantine, et en dedans elle pique. j’ai pas le droit
      de dire, d’exister d’expliquer, à peine celui
      de respirer. je me semble un intrus.
      la nuit c’est clandestine, on s’y défère
      ou on succombe, la nuit c’est carnassière

     

    berck-plage en hiver

    31 janvier 2021

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