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assis là sur un banc


  • nos arbres quittent la route, et caetera

      il ne manque de rien. un autre univers nous construit la lumière
      c’est un fait établi : la viande et le marteau, cette fraternité sans fondement de gens s’agglutinant
      en ordre dispersé, inconsolables ir-
      réconciliables

      à l’endroit comme à l’envers se rendorment nos champs. on se résorbe
      en menus bonheurs quotidiens, en douleurs lancinantes
      au carrefour l’un tourne à droite, l’autre s’en retourne au
      nulle part viscéral

      quand un arbre tombe à terre un autre sort de terre et s’ébroue, affamé de lumière
      il en meurt chaque jour et chaque jour trimbale
      sa déchéance à l’air libre, bien que rare. une vraie sangsue
      une vraie sangsue épuise le mystère

      trou quand tu trou, la selle en feu, gémissements retenus. j’en ai un qui prend l’eau
      j’en ai un qui prend l’air, rare mais libre. ces gens qui couvrent-feu
      leur arrache une larme

      peu
      et quand je dis peu c’est peu, la claire absence en filigrane
      un vendredi non moins saint qu’un autre que
      tout autre égout au fond du jour, quand je dis peu c’est peu
      il en rajoute toujours un peu

     

    nos arbres quittent la route, et caetera

    9 juin 2021

  • séquestration d’une immortelle

      je marchais mais plus je marchais, moins j’avançais, en contrebas des pas perdus
      j’aurais du faire quelque chose je sais, j’aurais du
      prendre la fuite à bras le corps, descendre du missile en marche j’aurais du…
      jusqu’à me retrouver là tel indigent, en retrait de tout ce que j’aurais du donc mais ne

      les odes, les morts, et tout le matériel signifiant on dirait bien que le décor
      s’est effondré sur eux et s’il fallait en tirer quelque conclusion non, n’en tirons rien :
      qu’un vent claque et les transmissions enrayées – un ciel pur en bref,
      un vide en toute sa gloire

      les unions ressemblent aux unions, telles qu’elles avortent un quart d’heure avant les éléments qui la composaient lesquels
      désormais se retirent en ordre dispersé tu vois non tu vois rien, il faut donc te
      regonfler les paupières, en secouer la poussière afin de
      t’insuffler vue nouvelle, éradicale

      tu crois qu’on pourrait s’embrasser mais sans la bouche (sucées succions), sans en parler à personne non plus, la langue séquestrée ?
      tu pourrais faire semblant de regarder ailleurs pendant que je passe derrière toi anonymisant ainsi
      les formes du réel. pour un sou, deux sous de bonheur exigu

      contre la vérité je ne fais rien, m’habille à reculons
      il reste si peu de temps, si peu de temps l’éternité, variantes régionales
      on s’en remet – difficilement, on s’en remet au vide…

    7 juin 2021

  • pont des charades

      c’est une mystique, c’est un dieu vulnérable, c’est un chien parmi les glands. qu’on en fasse quelque chose ou qu’on n’en fasse rien, il nous bourre les poches de bonbons cramoisis, rubans de langues roses fanés

      tu pues des pieds tu sens l’tabac. quelque chose était bon à prendre certes mais quelque chose était tout aussi bon à laisser. on laisse bien les cheveux pousser, les ongles, et les jours sans passer

      je ne m’appelle pas comme ci peut-être mais je ne m’appelle pas comme ça. le tord-boyaux fera ce soir encore son office de détecteur de mensonge qui l’eut cru, le sexe béant d’un mensonge l’eut cru

      chien baveux ronge sa queue. j’ai eu droit à ça moi aussi autrefois comme c’est touchant. à la fin du monde il y a le néant et que donc à la fin du néant ? une scène d’amour entre un fil et son jus

      le pauvre en esprit ne parle que d’une chose, le miséreux de rien, jouant ainsi son va-tout. le vent ressortant par l’oreille gauche, on doit pouvoir, malgré les hauts malgré les bas, imaginer qu’il souffle un peu, le vent par peu d’esprit
      ou pas d’esprit du tout, quand bien mal lui en prend

     

    pont des charades

    5 juin 2021

  • hors périmètre

      tenir en équilibre sur rien : l’espace si friable n’est-ce pas – d’où ce vol éphémère, celui probablement d’un
      avion sans périmètre.
      cependant l’horizon reste clair. il a pénétré la maison. toute la maison. explosée la maison

      un chaos digne de personne et ça tombe bien, personne (ne) se dresse là, en tant qu’absent ayant toujours raison – preuve que le nombre ne compte pas.
      il y a toujours l’alcool facile, en vente libre, ainsi que les tensions faciales
      ce qui tire finira par tout déchirer les tissus, celui
      de ta robe y compris

      la porte à tous les vents, le vent emporte la porte.
      en équilibre donc sur moins que le vide, sur la forme-même du vide, lequel bien entendu sans fond,
      et démontre à tous nos auditeurs qu’effectivement, pour autant que cela fasse sens, tout repose
      sur un malentendu. triste malentendu

      à la photo sans pareil, ou d’un baiser sans contact. il pleut sur notre dame.
      notre dame aux pieds nus, les chevilles enflées entre deux prises de vue – on y glissera quelques accords mineurs, comme s’accouplent renards mouillant la toile de fond
      on y gagnera pas un rond

      pisser dans le paysage le rend plus réel en quelque sorte, plus physique
      comme si en faire partie interrompait notre dédoublement, nous extirpait de l’ombre de nous-mêmes.
      de quoi serais-je donc le paysage alors, évanescent d’évanescence, tache grise dans un coin du polaroïd
      ou l’avis de recherche placardé sur le couvercle d’un cercueil mi flottant, mi sombrant…

    3 juin 2021

  • dieu a voulu qu’elles s’allient

      dieu ne sera plus qu’un homme, l’homme plus qu’un rat, et les soldats de se curer les dents sur un poil de vierge
      et là plus qu’une grenouille, qui respire comme elle peut entre deux bouffées de tôle – la tôle, celle qu’on s’enfonce dans les côtes quand on reste seul au monde…

      je meurs d’un vide autour de moi, et faut pas croire qu’un vide c’est large, une nuit d’pigeons-raves
      j’ai presque quelque chose à te dire, presque un désir au bout d’la langue – une presque-vie à vivre
      je meurs d’un moi autour du vide

      réponds-moi quand je t’appelle pas, réponds-moi la vie dans l’phone
      mon cheval court où il veut. Brême est une ville au nord de l’allemagne. la campagne autour de Brême
      abats-moi comme un chien, si t’as jamais eu un chien

      je ne veux plus rien dire l’eau est trop forte, trop dure
      quand tout ce qu’il reste d’une civilisation, la pureté de cette civilisation
      le niveau monte, et monte et monte encore, au fur et à mesure que baisse le niveau
      et ramasse à la pelle

      de tous trous sortent les rats, plus rien en les retient. j’absous une heure, lapant les meurtrissures
      on ne tue pas un être d’un seul doigt
      je ne sais que je n’y puis, que survivre est une chose mais
      j’habite de l’autre côté, l’autre côté de l’autoroute
      je t’aime bien quand même

     

    dieu a voulu qu'elles s'allient

    1 juin 2021

  • tendance la potence

      interstellaire as-tu du feu, de la masse, du nœud ? j’échappe à mon destin mon destin pique une crise, prends-moi dans tes bras. s’il te plaît c’est une urgence prends-moi donc dans tes bras, et plus si affinité
      genre nique un œil

      petit chemin de ronde attrape ta queue, dis-lui comme on plaque d’une plombe
      et qu’on en a sacrément marre. qu’il faudrait tout rouvrir. on se répandrait nus, parce que nu c’est si beau
      de douleur retenue

      je n’ai plus rien à t’apprendre d’ailleurs – les galons ont sauté, de ma prescience notoire
      j’ai gerbé sur tes souliers vernis pardonne-moi. indulge-moi. rabote-moi si tu ne peux t’en empêcher je sais pressants certains besoins
      quant à moi je n’ai besoin de rien

      d’un road trip-dostoÏevski j’ai dégusté la chair et j’ai bu le canon. je me rends sous toute forme. habille-moi comme tu veux – tel que tu me vois, nu je n’existe pas. que l’on jette et que l’on renverse
      d’une bouchée, d’un gorgée

      survivre à soi la tâche ardue. en s’effaçant de soi il y a du mou par là-bas t’efface pas comme ça mon chien n’est pas méchant. mon lien n’est pas tranchant
      je me couvre d’un cheveu. sur la langue ou dans l’cul qu’importe – athlète du cercueil, ophélie en bocal…
      pardonne-moi si tu peux

    30 mai 2021

  • nourrir sa vierge de petits poissons crus

      poussière étrange, étrange poussière – de celles qui ne se ramassent pas ni qu’on souffle dessus. on souffle sur une poupée, un nuage de poupée, une poupée-minute c’est effrayant
      – sensation qu’on trucide un brouillard

      le couloir nous éblouit, on n’est pas vitre pour ça. on n’est vitre pour rien, par hasard ou pour poser front tout contre le paysage; pour se briser, ne plus savoir de quel côté dedans de quel côté dehors, ni qui suce en dernier lieu
      le dernier lieu a fait chou blanc, dorénavant l’espoir
      décime nos attentes

      il y avait un garçon, et ce garçon toujours sur un nuage
      or ce nuage avait la rage. stratosphérique, nuage vénéneux
      elles ne font plus illusion, les filles des bords de quai

      s’il y avait un homme il y aurait un homme. et personne ne lui répondrait, pas une femme, souple pousse de saule
      suis-je l’être qui sans savoir, t’a marché sur le pied – plus que le pied peut-être même, t’a pissé sur la lune ?

      j’ai l’informe d’un tas de linge, rappelle-moi si tu reçois ce message
      j’ai peur du vide aussi, qui n’a pas peur du vide mais plus encore, j’ai peur de tout ce qui peuple ce vide, ce vide hors de soi
      si tout au fond de moi

     

    nourrir sa vierge de petits poissons crus

    28 mai 2021

  • on éborgne bien les prolos

      chaque caresse abolit la mort, abolit comme un délit de mort. et c’est mort que je cours pieds nus sur le gravier, le sexe secoué d’est en ouest débroussaillant
      les nuages macchabées

      semer quoi, semer des pissenlits, sur nos existences rognées. éventuellement cela m’évoque un phare – un phare non pour signaler le port, rentrer bredouille au port mais pour défaillant,
      déborder sur le large, rentrer bredouille au large

      oh dieu, quel état d’âme oh dieu, quelle sortie d’autoroute. quel ventre en loques recevant sans broncher sous les coups de boutoir la semence énervée
      on en restera là, effaré comme on dit, dévié de la terre promise

      est-ce que tu voudras vivre toute la vie avec moi ou t’es mort, t’esquintant à recoudre à la bouche
      le palais et la langue.
      je ne connais d’humeur que la vie que l’on serre entre ses mains fébriles, ses petites mains déphalangées
      de mère célibataire

      j’ai versé dans le crachoir je ne me souviens plus vraiment
      de quel côté tombe la larme, sur quel corps atrophié, à ma décharge privée – fosse commune où il faut bien l’avouer,
      mourir m’a coûté toutes les dents…

    26 mai 2021

  • venir d’en bas. y revenir

      ce qu’on fait avec ses pieds, ce qu’on fait avec ses morts. ce qu’on fait avec les pieds d’un mort. on s’éveille toute la journée on s’éveille, mais en fait on s’éveille pas. on dort un chiale

      l’éternité bouge en moi. l’espace recule. je brandis une épée invisible tout l’monde voit bien qu’il n’y a pas d’épée n’empêche que je la brandis, cette épée invisible ou qui n’existe pas. car c’est avec une épée qui n’existe pas qu’on tranchera le néant

      c’est l’objet d’un rare délit, lilas en fleurs. cela ne s’adresse à personne et cela résonne d’autant plus loin, cela résonne sans écho. c’est comme la maladie – à quoi sert la maladie, sinon de rentrer en soi quand dehors fait si froid

      le vent qui tourne il tourne en rond, mais il finit toujours pas s’échapper, par trouver une issue. c’est à ce titre seulement que j’embrasse ton genou, te lèche la cuisse, enfonce un œil captif dans l’origine béate. il pleut en rond

      je n’fume pas. il me reste bien quelques cigarettes au fond d’un vieux paquet, mais je n’fume pas. je n’fume pas, le ciel en contrebas. sous la pluie je n’fume pas, bien qu’accroupi. je me suis dit qu’accroupi ça passerait peut-être mieux

     

    venir d'en bas. y revenir

    24 mai 2021

  • le reste du temps, j’m’achète une corde

      je n’mange pas. je n’mange pas parce que tu ne me donnes pas à manger. non – je n’mange pas parce qu’il n’y a rien à manger. je me rue sur les miettes. les miettes il n’y a que ça les miettes, des poussières de festin
      comme on fait grève, je n’mange pas

      je n’ai pas caressé la femme de Du Fu. en général, je ne caresse pas les femmes des poètes, qui plus est morts. les femmes mortes, des poètes morts, non je ne les caresse pas
      leurs os me restent en travers de la gorge

      je suis la mi-temps d’une éternité, l’intermède entre deux cuisses. ou deux fesses. le hamac où se balance un mort. je lui ai dit tu me manqueras quand je serai mort. non, je ne le lui ai pas dit
      je roulais sous ma langue un silence de plomb

      je n’bois pas. ou seulement comme un trou. un trou absorbe les flaques, le ciel à travers elles. les arbres, les immeubles. un trou recrache les images du monde. il en aspire les larmes, et recrache les images
      c’est un trou comme il faut

      je n’baise pas. la dernière fois que j’ai baisé j’avais comme l’impression d’être au piquet. en cale basse. je n’baise pas à cause des trous, qui s’enveniment. ou des trous vénéneux, des trous véreux
      je n’baise pas, par désœuvrement

    22 mai 2021

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