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assis là sur un banc


  • vider les conséquences

      supplication muette. j’achète une corde
      j’achète un terrain d’foot, moi qui n’joue pas au foot
      d’ailleurs personne n’y joue, j’vide le terrain
      de joueurs, de mauvais joueurs, d’hagards supporteurs. je contemple mon terrain
      vide. le beau vide de mon terrain. je garde mon terrain
      vide

      tout cela ne m’explique pas
      d’ailleurs tout ne s’explique pas
      il y a des jours ainsi, le jour faiblit. je finis par
      ressembler à une taupe, une taupe grise, gris-taupe
      je serai faible avec les faibles, je rêve aussi parfois
      de trains sales ou sans
      locomotive, ou alors je m’ennuie, suivant de loin le match poussif
      entre deux gros nuages…

      je ne remarque rien, tu ne remarques rien non, je ne remarque rien
      se gratte la raie, s’écaille
      la pomme de pin, sirène
      à la découpe, tranches d’eau douce
      il y a des gens qu’on appelle son copain
      il y a des gens qu’on croise aussi, sans souvenir de l’origine

      parcourir oh parcourir, hors-champ l’hors-sol
      une amulette contre le mauvais temps, le mauvais temps dehors
      tandis que je rentre en dedans, plus fébrile en dedans, visage à nu
      soudé au masque
      c’est la nature qui m’dénature, là carrément

      à part vivant, que foutre ?
      se gratter l’ventre, le nombril jusqu’au sang, il n’y a plus de sang
      sous le nombril, pas l’ombre
      d’une étincelle. alors on compte jusqu’à quatre, aller-retour on compte, recompte jusqu’à quatre, puis on décompte
      que chacun en soi, vraiment en soi, ait intégré le zéro
      soi-même come image du zéro
      dont la foule s’effraie, soit jusqu’à quatre

    3 mars 2021

  • abri quand il s’abrite, le reste n’est qu’ennui

      je ne me nourris plus
      de l’un de l’autre, ni d’eau
      je ne me nourris plus de faim, de la moelle de mes os, je ne mange pas non plus
      de pain. du christ de ce pain. d’un vague quignon, de queues d’cerises
      je crois j’avale de l’air, rien que de l’air, même pas du vent

      si je tourne à gauche, à gauche y aura du vent
      si je tourne à gauche une fois encore à gauche je ne m’y trouverai pas, ne laissant rien de moi
      traîner, par pure méchanceté
      il n’est pourtant pas méchant, le malin qui s’faufile, le regard titubant, et confondant son ombre
      à l’ombre du dossier
      de chaise

      sous le silence conformément, je guette
      je guette ou j’attends
      à tour de rôle, j’attends
      je recule mon fou, je touche la tête de mon cheval
      au grand galop, ma tour
      je guette du haut. j’attends, dedans
      il pleut sur mes lunettes

      il ne se passe pas un jour sans. c’est pour cela
      que je rôde la nuit, j’enfile
      ma nudité, si frêle, si lourde nudité, et déchirée sur le côté
      si frêle et si lourde qu’on ne sait plus la baptiser, la recadrer. pour ainsi dire j’attache une corde
      à un clou.
      et déchirée sur le côté

      j’entrevois une femme. une femme la
      bouche à peine ouverte, juste de quoi laisser passer
      un filet d’air, un rot, une discrète déception
      je ne suis pas loyal, je devrais lui
      tendre la main, serrer la main, lui dire bonjour, comment ça va tout en
      pensant à autre chose, à autre fois

     

    abri quand il s'abrite, le reste n'est qu'ennui

    1 mars 2021

  • dieu dans leurs usines

      commettre un voyage
      sidéralement immobile, j’ai la tendance
      quand il montre du doigt, il ment
      quand il élève la voix, il ment
      il lui suffit de mentir pour paraître crédible, ravale sa gangrène
      tuer une heure, deux heures, allons – mais toute une vie ?

      pilleur de tombe, les jambes bien écartées
      un petit miroir en tain, ramassé des décombres
      c’est un animal bizarre, je m’y épie
      je m’y regarde mais ne m’y reconnais pas, ou pas vraiment
      une vague ressemblance, peut-être…
      il cherche un peu, tombe sa cendre – lui là, l’inactuel

      dégommer l’plongeon, c’est ainsi que j’envisage sexuellement
      ce départ de fumée, pisseuse matinée
      on prie devant sa porte
      ou sur son tapis de yoga
      son miteux tatami
      on prie sur les genoux, dos au mur voilà qui
      rehausse le ton

      paumé ça crève d’envie, déjà de revenir
      j’aspire une pomme, toujours la même, avec à l’intérieur
      calé le même trognon, le même procédé de pépins, semence épilatoire
      un cil de poisson-femme, afin de recoudre
      les absences, et tout ce qui en soi
      se trouve décousu

      marée haute, basse, plus basse encore
      marée qui tangue. sur son cheval de mer
      ou le long du canal, ballade forcée, dans les pas saugrenus des noyés
      ou encore la main engoncée dans le slip
      d’une mésange taciturne

    28 février 2021

  • marteau ciseaux blanco, viens jouer avec moi

      un rien met la distance
      entre soi et sa propre pensée
      comme tu t’endors, tu dors, de façon gauche
      il y a l’immatériel elle pense
      je n’en suis que poupée, maligne
      et toute rance

      je mords un coup, dedans, je mords un coup, et jusqu’au coude
      pomme résille, crachin
      existentiel
      cela meurt avec moi, si peu meurt avec moi – les quarantièmes mugissants
      on les franchit en pédalo

      vu comment il s’assied et toujours mal assis i s’nique le dos
      à l’ombre d’un ciel bas, plus bas que soi, plus bas que lui
      l’intérieur module sa chanson – chanson toute intérieure, ça va de soi

      tu m’obliges un dimanche, ferme les vannes
      et tous les jours d’la s’maine, clapet capot le clapotis
      ça rame
      ça rame avec le chance, et d’une seule main tandis
      que l’autre se branle un doigt, une prise
      : en vue l’impondérable

      séquence incontournable, elle jouit
      comme une souris, à petits cris
      à petites doses, rideaux tirés
      dès l’premier mars, j’aboie
      chacun son truc, j’aboie
      je me retourne en elle, c’est elle j’en conviens, cette absence
      étourdissante

     

    marteau ciseaux blanco, viens jouer avec moi

    25 février 2021

  • peur de dire la vérité à ta maman qui pue

      l’homme quand il vient n’aime personne, son cul
      tire la langue à tout l’monde, à l’essence-même
      s’il en a l’envergue. je suis un sage, se dit-il et comme un sage je
      me tais, je salive je
      déborde de la page, j’aime pas les petites filles, pas les petits garçons
      je mords les animaux

      je m’abrite sous ton pouce, on appelle ça un abri-pouce, on ne rencontre de pitié que là où elle coûte si peu que l’âme est pure, oh si pure…
      un homme est mort et nul ne pleure dessus, pas même sa mère et quand bien mort cet homme
      ne pleurerait pas dessus sa mère, c’est quand même tordu

      toutes nos douleurs vont à dieu, le reste importe peu, ou si peu…
      toutes nos douleurs vont à dieu, je creuse ma tombe en dieu
      le reste importe peu, ma maman importe peu, ce qu’est dieu en soi importe peu
      ou si peu… j’ai tellement vieux…

      il y a des hommes qui bourrent mon crâne
      de crin, de filasse, de sperme il y a des hommes
      qui bourrent mon crâne de chevaux
      qui se souviennent – ils se souviennent oh mes chevaux
      on va les traire, les équarrir on va les chteub
      et moi qu’en sors vivant, toujours vivant, avec la honte, avec la haine
      et moi qu’en sors branlant, il pleure debout

    24 février 2021

  • il s’agit du père ou bien d’la neige

      tu pleures dans les deux sens, tu t’arrêtes pas
      tu répudies
      tu répudies jusqu’à ce que
      ciel s’ensuive, ou le cercueil, auréolé
      confortablement assis dans son cercueil, rêvassait l’homme assis, l’homme
      rassis, d’un ciel exterminé

      un chien mordra ma queue or les anges le
      lui rendront au centuple c’est promis, je r’crache un ch’veu, un poil de sirène dans la cuvette à ch’veux
      et toute la tête avec allez, bouffe-lui l’crâne, un chien
      mordra ma queue et tout ce qu’elle contient
      d’abnégation, de frustration, de comptines enfantines je lui caresse
      la tête, un chien ravale sa queue

      je sais où je vais j’ignore juste
      par quel chemin j’y vais, par quel chemin m’y rendre, une crotte
      au pied de chaque calvaire déposée, lorgner sur
      la barquette de frites, rapport qualité-prix on en est là te rends-tu compte, rapport
      qualité-prix, l’imprescriptible

      le chien est descendu avec une amie – ce n’est pas mon amie bien entendu, mais ce n’est pas mon chien
      non plus
      pelé de part en part, l’autre épilée
      d’une vie qui n’est pas la sienne, laissée là sur le gaz
      je bouffe de l’herbe. je bouffe des bruyères. si quelqu’un chante rassure-moi ce n’est pas moi qui chante
      mais je l’entends

      mon amie parle à mon amie, je lui garde ses amygdales
      il fait si triste que je n’ai pas le moindre doigt
      de lui gratter le ciel, je vis dans un coma
      tout au fond d’un coma, je vis dans l’omerta
      je te montre mon sexe, tu me soulèves d’un doigt, d’un autre doigt, d’un doigt à toi
      – plante comme elle croît

     

    il s'agit du père ou bien d'la neige

    22 février 2021

  • minimal social

      j’habite un ch’val, un ch’val c’est si précieux, surtout s’il est malade
      pas de trace d’amour, sur le doigt ni sur le gland. du rocher dont on se jette
      se retire la mer, se retire l’espace, dieu même
      récuse cette épave. o néant beau néant, mère sangsue de cette épave
      cercueil à glands

      j’attache un être pur
      à un marteau j’attache
      un être pur, sous ce faisceau
      c’est ma vie, et c’est ma vie que j’enfouis là. je te regarde à travers des yeux
      de cloporte mort il y a mille ans
      ou dix mille ans je ne sais plus, cent mille et des poussières je te regarde
      quand tu n’existes pas

      mon genre est amoureux, poupée de glaires poupée de cendres
      minimal social.
      ta race et des loupiotes, ton cul plein de lucioles
      minimal social.
      j’arrache la brosse à dents, je recrache toutes les dents – les miennes, les tiennes, celles des petits enfants
      j’mets bas
      un singe en cage, minimal social
      en cage en pierre tombale, minimal
      social.

      la dernière fois j’ai dit vas-y, vas-y va t’en
      pierre angulaire, mais angulaire de quoi
      un homme n’oublie pas. un homme, c’est ce qui n’oublie pas
      et qui finit pourtant
      par s’oublier, soit mentalement, soit après
      avoir raclé le fond, oui mais quel fond

    21 février 2021

  • poupée bancale

      c’est moi poupée bancale, l’échasse cassée l’entorse au centre
      de grave gravité
      l’écharpe en sang
      si ça fait mal c’est que quelqu’un
      appuie dessus, si là j’ai mal c’est que quelqu’un
      enfonce un clou, fracasse une brique ou simplement
      déplace son fou

      je ne sais plus comment m’y prendre pour te dire bonjour, j’achoppe un creux, je suis tout mur
      j’me lèche la bouche en coin et au final, je me trouve devant rien
      un sexe s’empare de moi il prend le trou
      pour sa circonférence, s’empale sur un vide
      exponentiel

      le matin je ne me lève plus, le soir ne me couche plus. je ne me lave plus
      plus plus plu il a plu, donc il pleuvra certainement, et par ce temps
      il pleut toujours dans mes poèmes, quoiqu’il pleuve
      à l’envers essentiellement
      sinon quoi sinon il y a des jardins, à travers les jardins
      des passages piétons dont j’ai oublié le nom, la forme et la trace qu’incidemment quelqu’un a du
      laisser en moi

      on jouait avec les enfants, avec les enfants c’est tout
      on a retiré nos yeux, versés dans la coupelle
      ou jetés dans la soupe…
      c’est discrètement qu’un arbre, famélique, rachitique
      nous abrite encore nous abrite de quoi
      ou fait semblant

      tu meurs d’un instinct pur
      nécromancien par le doigt jaune, formule érotomane
      je cherche un mort, un mort qui me ressemblerait
      le trou en moi je le répare
      en lui tendant l’étrange miroir où il s’enfonce
      c’est là qu’un mort, un mort en moi s’éveille, qui me ressemblerait

     

    poupée bancale

    19 février 2021

  • les yeux comme dans les yeux, le soir entre les deux

      j’ai mal au cri. mon p’tit bonhomme lucide git mort devant moi. j’ai mal
      aux dents du cri. et tout ce qui tourne en rond, épouvantail de toute direction,
      cueille des fraises ou, faute de fraises, ramasse les bouses
      avec lesquelles on se frotte les testicules, pour ceux tout au moins disposant
      de testicules

      au-dessus de moi la mort, dieu au-dessus de la mort et au-dessus de dieu
      règne diaphane mon amour.
      l’obsolescence aux points
      dits cardinaux, pas de vaccin contre l’essentiel, quelqu’un me susurre à l’oreille
      or con est mon cerveau – mon cerveau tel qu’il s’entend
      est con

      mouches à merde collées à la lampe ou cognées à la vitre – soleils gluants, femmes clandestines…
      il y a l’espoir de quelque chose je le sens bien, il y a l’espoir, le vide anal et sidéral
      fous-moi la paix avec la vérité, la vérité qui louche, mes verres embués
      à cause du masque. évidemment à cause du masque

      un homme s’arrête à mi-chemin – où d’autre qu’à mi-chemin ? même le bout est à la mi
      même le bout est à la bourre…
      je ne lis sur les traits de ton visage que le destin d’un accent grave. mourir ne faiblit pas
      entre deux vides il rougira

    17 février 2021

  • mon ballon est crevé, il faut le regonfler

      il y avait le centre et le centre s’est démis. il y avait la mer et la mer a coulé
      je ne me mêle de rien, je ne me mêle d’amour, inopportune
      d’un silence bestial la corne s’est redressée
      et porte au loin

      je vois mais, je ne vois pas
      et rien ne compte
      le sang qui monte

      je vois mais, je ne sens pas
      pas maintenant, condoléance

      condoléance et c’est ainsi
      métal courant

      un rail sur deux, entre les deux coule un ravin. je n’en sais rien
      c’est à peine si je te reconnais comme ça, cheveux cramés, cheveux ventés
      à peine si je te foule

      du sang d’cochon dans la tête des anges, mais du ciel dans leurs tripes
      pas un ciel de caen non, car un ciel véhément, un pur
      accident de l’ennui, un ciel s’exhibant dans
      son plus simple appareil

      pleurer te fait pleurer, sombrer te fait guili – il suffit
      d’un chant pour contenir la chute, exorciser le naufrage il suffit
      d’un avion pour prendre l’air, l’avion fut-il d’air
      de plumes, de papier, ou en forme de ballon
      contre toute attente léger

     

    mon ballon est crevé, il faut le regonfler

    16 février 2021

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