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assis là sur un banc


  • si peu de joie remue en toi. plante-lui un clou

      des femmes minutieuses comptaient jusqu’à l’aurore
      : ce n’étaient que mes os

      le miroir je l’ai avalé, il est à l’intérieur de moi, je couche dedans
      depuis lors, j’imite ma mort
      non : je la simule

      je ne jouis pas. c’est un étranger en moi qui jouit
      il se rince la verge quand je pense mes plaies

      mon âme est un ulcère. il se laisse pousser les poils sous les bras
      on ne voit plus que ça

      parle-moi comme tu m’aurais parlé si je n’avais pas été n’importe qui
      chante-moi, pour la première fois de la vie chante, justement parce
      qu’il est déjà trop tard
      depuis le début trop tard

      un homme replie ses ailes
      un homme précisément, c’est qu’il replie ses ailes

      une fois pour toutes, mais toutes les fois pour une
      qu’on ne soit au moins pas mort pour rien de n’avoir
      vécu pour rien

      un mort vit à l’envers et ça ne se voit pas, du fait même qu’il est le dernier
      comme tout un chacun

     

    si peu de joie remue en toi. plante-lui un clou

    19 mars 2021

  • parpaings

      l’éternité change de mode; on peut dire que la fête est finie
      pomme noire, pomme malgré tout.
      là où je regarde fait grève le miroir, ne renvoie pas d’image
      ainsi faudra t-il encore s’embrasser sans savoir où se posent les lèvres,
      à se tordre la bouche

      il faudrait faire la lumière, avant tout faire la lumière
      sur ce qui nous restreint – éclaircir les bordures, mettre en relief les arêtes qu’elles saillissent
      lignes de vie brisées, ruptures d’anévrisme…
      une vie
      n’abrite qu’une vie sans toit, et c’est irréparable.
      cette lassitude également, d’aller de par le temps comme on pisse à côté

      j’ai comme un indien sous le crâne
      la conscience d’être
      creuse l’inégalité.
      j’ balance les dés – à peine heurtent-ils le sol qu’ils se transforment en billes
      et roulent, roulent, roulent…
      je tique une bille, au choc de l’ongle redevenue simple caillou, à la mobilité réduite.
      il neige au fond de moi, l’indien va nu, le sexe pris en tenailles tandis qu’yseult dans les bois
      soigne ses genoux
      raccommode les trous

      il vente dans le vide
      un cube d’espace vide, dont le dehors
      est contenu tout au-dedans
      – ainsi la totalité échappe t-elle à la représentation.
      je rêve avec nadja, rêve avec maïté, les aisselles rasées
      infinis dépareillés. le cube ni le vent ne savent le chemin d’un retour.
      il neige au fond de moi, conscience nue
      il faut apprendre à vivre me diras-tu, sans
      et sempiternellement, sans
      me tombe des mains, béantes

     

    parpaings

    17 mars 2021

  • en cage ou l’animal

      qu’est-ce que tu me serines ? un bond dans le saut ne m’évade de rien
      l’écarte les bras
      je dis : l’écarte les bras blancs comme des linges, des cuisses de poulet. i pleure un ch’veu
      i ou l, pas d’importance
      on a fini par les confondre, confondre en genre
      et en nombre, à cran dans les dortoirs. un saut dans le bond je te dis
      ne soulage de rien

      qu’est-ce qui me prend, ou qu’est-ce qui m’emmène, on dirait que ça lâche
      on dirait que ça tombe
      des cordes. des trombes. des fausses notes il faut si peu
      pour fausser une note et plus c’est peu, plus fausse sonnera la note.
      je plonge en plein désespoir ça ne fait pas d’éclaboussures

      affole pas
      les ours on les mettra de côté, on s’occupe pas de ça
      je sais, on s’occupe de rien, de divers et menus, de si peu si menu
      à se gratter le coude
      à se gratter le coude ça se met à puer, et puer sur la table
      on finira bien par y monter, un jour, sur cette table. l’escalader, même si
      on n’ira jamais plus haut que le plafond. sauf à s’y pendre.
      on s’y pendra d’en bas

      le dieu qu’ils ont brûlé j’ai du pisser dessus, pour l’éteindre
      et toute la poussière des mondes m’a fait pleuré les yeux – heureusement j’avais, et j’ai sorti
      un léger mouchoir blanc, tout en papier
      et je me suis mouché, comme ça discrètement, entre un dieu macramé
      et la poussière dans l’œil

      c’est ma maison qui déménage, et tout l’espace – moi je ne sais pas bouger
      en fait ce n’est pas la mienne de maison, et l’espace sans morale
      perdure à mes dépends.
      j’ai tout de même gardé le réflexe équivoque de tourner la poignée
      de la fenêtre dans un sens, et dans l’autre sans l’ouvrir
      ni la fermer. l’ouvrir ni la fermer.

    16 mars 2021

  • mon bateau feignait d’sombrer

      on s’y reconnaît pas, on s’y reconnaît rien
      marchant à reculons dans la plus sombre prédiction
      et à tout petits pas, les orteils collés au talon, ou comme si on devait remettre le bonbon dans le sac et touiller d’une main fébrile
      saliver dans l’décor
      mais là y a plus d’salive – qu’un vieux clou de girofle fourré dans une dent creuse

      c’est donc l’histoire d’un miroir, où c’est lui qui nous scrute et se cherche
      en nous, afin de restaurer l’image globale
      naturellement, on floute. on floute à notre insu. on déraille l’apparence, tout naturellement
      jusqu’à présent personne n’est beau, sauf quand il meurt
      or on ne meurt pas si souvent

      je m’absentais la nuit. voilà pourquoi on ne s’apercevait de rien
      de rien c’est déjà ça, de nuit ça se voit pas. je m’absentais de jour, aussi.
      peut-être est-ce là que tu m’as reconnu. c’est difficile à croire
      je préfère ne rien croire. croie ça donne soif

      on dit qu’un homme et cet été. or ce qu’il fut quoique
      cela ne nous regarde pas.
      à force d’imiter les ombres nous sommes nous rendus transparents. on dit qu’un homme et ce raffut…
      cela ne s’entend pas. il miaule à chaque porte
      chaque porte s’enferme

      dernier accroc dans ma cabine : il manche.
      il n’est pas trop à plaindre, le vilain frère des oies. il se mouche dans l’herbe.
      celui qui manque à l’appel ne recevra pas de gifle. dorénavant, il ne recevra rien du tout
      pas un centime de grâce, ni corvée de douleur

     

    mon bateau feignait d'sombrer

    14 mars 2021

  • la vie en mars-mathieu

      et puis à midi, à minuit c’est pareil
      à minuit il fait noir, il fait gris à midi. à midi trente aussi
      j’ai les jambes cousues, difficile d’avancer, il va t-être
      compliqué d’aller plus loin, va falloir se contenter de
      revenir de nulle part
      et de nulle part ailleurs

      nulle part c’est ailleurs, on y a son comptoir. son rond d’sapin, le trou béni
      le meilleur on le garde pour la fin, la fin fait comme elle peut
      il n’y a plus que moi en été, moi dans tout l’été, moi
      dans le plein été. si seulement y avait eu l’été
      si seulement y avait eu moi
      l’un en l’autre et l’autre en l’un, ailleurs c’est déjà nulle part
      et nulle part déjà l’hiver…

      comme la place était prise, du dernier homme, j’ai pris l’avant-dernière
      ou l’antépénultième. je n’ai
      pas su garder sa race – allez en un seul souffle :
      je n’ai pas su garder sa race
      intacte. intègre. pure. la race du dernier homme. du dernier homme connu
      connu de qui du pénultième, ou de l’avant-
      avant-dernier
      homme connu connu de qui connu de nul, non advenu, pas même de lui-
      même en tout cas, ou à peine

      il a merdé. il a foiré. allons bon.
      j’ai marché jusqu’au nord. ça fait un bout. il a bien fallu faire demi-tour, rebrousser court
      j’ai marché jusqu’à moi, encore très loin du sud évaluai-je, à inégale distance entre est
      et ouest. entre est et ouest le terrain vague, la nitrate, soleil miteux
      entre est et ouest terrain miné, verglas heureux

      la dernière fois j’ai dit ouvre les dents, tu m’as dit non
      ou plutôt non tu n’as rien dit, pas même fait comprendre, te suffisait
      de les garder serrées, farouchement, à la manière d’un sourire figé, d’un sourire renfrogné, le refus de l’ouvrir
      après le dernière fois je n’ai plus rien compté, ni compté pour rien
      me suis laissé aller, aller tel qu’on s’y pend

    12 mars 2021

  • pareillement noce et la dame

      si je devais partir de la réalité je ne partirais de rien
      c’est donc un point fixe situant l’horizon sur la carte du vide, la crête d’un naufrage qu’il faut bien évacuer, présentement de la manière la plus inattendue, au point d’en sembler inappropriée :
      un poème par exemple, ou ce qui nous reste de voix quand même la douleur nous quitte, lâchement nous abandonne
      à notre naturelle mouise…

      peu importe, ouvre les dents
      je n’ai jamais rien su faire de mes dimanches. de mes lundis. de mes mardis…
      pour embrasser avec la langue, je lui dis ouvre les dents
      open the teeth, I told, et ça pue la famine
      je coule à pic dans mon temps, c’est pas exprès

      j’écoute avec la mort, et le mur se raidit
      j’écarte les rideaux et c’est encore le mur, le même réflexe mural, l’automatisme massif
      j’écoute avec la mort, comme si l’un était l’oreille de l’autre, ou chacun de son côté l’oreille d’un même idée noire, au fond d’un crâne dégarni
      j’écoute à la porte du mur j’arrive presque à faire semblant, quand le vent broute,
      d’entendre quelque chose…

      une dalle. piquer une dalle. coller la bouche à l’pierre tombale. abîmer l’maquillage
      pas soigneux pour un sou
      alors j’ai pris mon verre, le petit de côté, celui ne contenant que la mélancolie. du lourd planant. une dalle
      une dèche et des brouettes
      t’y colles ta bouche j’y colle ma bouche
      ma bouche ta louche

      frivole oh la matière, je reviendrai pas dessus
      d’ailleurs elle pique, elle pique oh la matrice, l’oursin dehors, toutes piques dehors, à l’orée d’la matrice
      le temps des chaînes… des matricules faussés
      le temps faussaire, le temps faux cils
      et j’en fais quelque chose, il faut bien en faire quelque chose – le froisse, le fous en boule, le balance
      balance oh le joli balance. balance ton mort

     

    pareillement noce et la dame

    10 mars 2021

  • le dos contre la machine

      j’apprivoise l’idée d’une autre vie, d’une autre voie menant à une autre mort plus exactement, et pourquoi pas un autre genre de mort

      ce n’est jamais vraiment si pur. jamais si pur, vraiment
      on s’attendait peut-être à quelque chose, peut-être même à quelque chose… d’autre
      qui végéterait là quelque part accroché à la paroi intestinale, ou plus au fond encore

      nous ne vieillirons pas ensemble, supposé qu’on vieillisse jamais
      on suit une piste et parfois cette piste nous fait tourner en rond, en bourrique autour d’un arbre seul, à la rigueur d’un pâté de maisons – fut-ce d’un univers entier que cela ne changerait pas grand chose, disons n’ajouterait rien à ce qui, déjà, n’existe pas
      ou ne le réclame pas

      le poème le plus profond qu’on ait jamais composé s’adresse à mon ami pierrot. j’ignore si l’on continue à en bercer les enfants. j’ignore si l’on berce encore les enfants. j’ignore si naissent encore des enfants. si tous les enfants n’ont finalement pas été noyés dans le lac, et grattent le fond du lac, fredonnant chacun pour soi ma chandelle est morte, plus loin suppliant que l’on ouvre une porte, ce qui n’est pas évident après tout, quand bien même on pourrait supposer qu’une porte est précisément faite pour qu’on l’ouvre, au moins autant que pour rester fermée
      fermée n’est pas coutume

      crescendo et ça tombe, et ça roule entre les pattes. ça finit comme ça, probablement toujours
      comme ça.
      alors un peu d’silence, s’il vous plaît

    9 mars 2021

  • discours du havre

      je n’attends de l’existence qu’une tacite émotion poétique, au fil de l’heure qui passe et se découvre
      dans le sentiment tout à la fois mielleux et nauséeux de la tristesse, gris flottement ou léger pincement
      de l’heure qui passe, ou se découvre

      je ne sais pas si mon destin me suit, ou si je l’ai par inadvertance perdu en route, semé déluge…
      seul est un mot qui subconsciemment m’échappe, une obscénité entrevue sous les traits renfrognés d’un homme qui vieillit, naufrage sur pattes, et vieillit tel qu’il a vécu, c’est à dire plutôt mal
      il en arrive à se demander s’il a encore le droit, voire l’indécence d’espérer quoi que ce soit. pourquoi faut-il n’aimer ce monde qu’au moment-même où il se retire, et ne nous semble t-il attachant que lorsque l’on se voit contraint, après quelque sommation d’usage, de s’en détacher ?

      je ne sais pas vivre dans le temps, dont je n’éprouve nulle consistance, et qui ne m’est révélé qu’à travers l’expérience du manque – d’objet, de contenu, d’un minimum de densité que l’on prendrait pour la réalité. un tel écart entre moi et tout ce qui ne l’est pas me fait vivre comme au bord, sur la brèche, souffle coupé. pire : je ne suis moi qu’en cette distance vidant l’être de toute substance. j’embrasse le vide, je serre contre moi mon ombre frêle, mon ombre épaisse, mon épaisseur fébrile. cela rappelle mourir et c’est ainsi que je n’ai jamais vraiment cessé de mourir, que mourir constituait l’unique preuve de vie que je pouvais m’apporter

      il faut bien regarder quelque chose, et regarder me fait mal. il faut bien regarder quelque chose pour en réveiller la beauté, funèbre hommage, et me dénie cette beauté me faisant fatalement défaut
      j’ai beau scruter je ne discerne rien, comme si mon regard n’attachait pas, et ne se découvrait pour tout reflet, pour tout écho, tristement que le vide de soi
      sans doute y a t-il un dieu, caché, une forêt tapie dans l’ombre de cet arbre qui n’en finit pas de pencher, pencher, et tant se penche…

     

    discours du havre

    7 mars 2021

  • terre des brumes, chien qui pisse

      il a plu toute la nuit, comme par un fait exprès. et de fait fut exprès
      sur ce le jour se lève, ce qui n’arrange rien. derrière les vitres où de vagues visages tardent à l’allumage, le café, certains matins, a comme un arrière-goût
      de cigarette…

      à l’heure de la promenade. la promenade sous la pluie. on affecte pas grand chose, on prend comme à chaque heure la mesure de ce qui nous distingue d’un mort
      pas de n’importe quel mort mais, précisément, du mort en nous, du mort qu’on est déjà, et de tout âge

      des mottes, partout des mottes. des taupinières. on ne se demande pas quel jour. on ne se demande pas comment le jour
      au ras de l’être, seulement, sortir ses p’tites oreilles…

      j’ai le cri d’une mouette. même sans le son, on n’entend plus que ça. je n’entends plus que ça. je ne suis plus que ça. le AUM de la mouette
      en moins mystique c’est sûr. un peu plus déchirant

      il morfle dans les gris
      ce n’est plus un ciel, mais une lessiveuse. qu’y creuse une gueule de bois ?
      une gueule de bois n’y creuse rien. une gueule de bois n’y chante pas

      toujours besoin d’une petite lumière avec soi. où qu’on aille, petite lumière
      qu’on se la tripote qu’on la mette à sécher, en sourdine ou à tremper, partout tout l’temps, clignote la loupiote
      en plein néant

    6 mars 2021

  • la mort en autosuffisance

      le soir je passe à côté de ma douleur, où ma douleur me frôle. on fait comme si on
      ne se reconnaissait pas, le premier de nous deux qui criera
      nettoiera le vomi

      lui sers pas de café. de café il n’en prend pas. noir
      et le voilà qui plane, pense qui pense à quoi qui pense à dieu
      sait quoi et dieu comme ils s’en vont
      ils s’en vont de plus belle…

      le matin m’ouvre la porte, la porte s’ouvre tout l’temps. la porte s’ouvre tout’ seule
      rien, jamais, ne se fera vraiment. ni totalement
      le contraire m’eut à peine étonné

      la vie quitte ma vie. c’est dehors qu’il fait froid. dehors a toujours froid
      la vue quitte mes yeux. elle tombe
      sur tout ce qui rougit, elle tombe

      tout ce dont un homme est mort – il en fait une avec sa langue
      il ne se passera rien. plus rien. le vent d’ouest tombera. alors se lèvera, vertigineux,
      le vide lumineux.
      même pas

      il ne se passe rien. je crois que, à l’orient, quelque chose s’éclaircit
      par contumace.
      ou seulement sur nos corps

     

    la mort en autosuffisance

    4 mars 2021

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