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assis là sur un banc


  • mauvaise tournure

      je ne me reconnais pas dehors, je ne me reconnais pas dedans. dedans est encore trop dehors. je me trouve
      en dehors du dehors, mais sans dedans non plus. un peu comme le reflet
      d’un ciel pataugeant dans la flaque

      quelque chose à regarder, comme afin de saisir quelque chose qui
      d’un dedans regarderait. une tombe dont on ne fait pas mystère
      l’inexpugnable à ses côtés

      galeuse la brebis, c’est pas nous la brebis. nous, l’herbe que l’on broute
      pousse à l’envers, crisse sous le regard absent et pourquoi absent le regard
      au profil bas, à loucher vers le haut

      l’homme sans ébahissement, avec un trou gros comme ça en guise d’œil à travers tout le ventre. le ventre à sec
      un émerveillement sec il n’a pas pris une ride, le rond dans l’eau d’une bouche velue,
      recluse au creux de l’épaisseur

      que le poisson soit rouge, que le poisson soit vert, le poisson mis en terre
      un triste anniversaire
      une marée feignasse
      je ratisse et qu’est-ce que je ratisse, qu’est-ce que je ramasse de ce ratissage ?
      un os de seiche. c’est tout ce que je récupère du large

     

    mauvaise tournure

    2 juillet 2021

  • eaux usées, perdues ou mortes

      mort-vivant mais pas outre mesure, de l’un plus que de l’autre, sujet planant
      non identifié et redondant. il y a de l’espoir dit-on le courant va
      revenir sous peu et les échelles
      redescendre sagement dedans les caves

      minutieusement c’est pas comme si tu m’avais vu,
      bretelles tombantes, à la mi-nu
      j’échange mon sabre contre un trèfle, j’ai tellement peur
      de mal finir. alors je te suce à l’envers

      il y a des yeux, des yeux surtout, une marée de courant mort
      j’abats un mur le mur repousse, une femme me touche je ne réap-
      parais nulle part
      – qui donc nous empêche ?

      la mort est drôle, parle à travers
      mes oreilles déconfites. je crains de vivre à
      contre-courant, à
      contre-jour, j’acharne un jet, très peu de douceur
      ressort d’un tel régime
      – qu’un doigt enfonce la nuit

      peupliers, on en met dans les angles
      j’ai mal à ma douleur, c’est pas grave
      grave n’est pas grave
      le chien fredonne de l’aznavour non mais qui donc
      de nos jours fredonne de l’aznavour ?
      le chien

      tu bleu, tu doubl bleu. il te pleut sur les reins, le cul et les paupières – ouvre-toi humanitaire
      réveille-toi camarade, ton moulin va trop vite et c’est mouillé qu’on nage
      c’est mouillé qu’on reflue
      tu t’ébroues parapluie

    30 juin 2021

  • zéro chameau

      ronds de suture
      mais ronds quand même
      en quelque morte

      tu sèmes
      à tout hasard
      des pluies au nord

      ronds de fumée
      large enjambée
      – flotter dedans

      un ciel seulement, mais
      un ciel ouvert
      un ciel en pente

      j’en attrape un
      le remets dans le sac
      un homme s’évade

      un homme seulement, ciel sous verre
      penché sur
      son ombre maigre

      si profond qu’une
      enclume y
      flotte nue

      entre les branches
      entre les algues d’un
      astre mourant

      t’as la démence
      d’un chat qui pue
      la vulve à vif

      on se remémore peu :
      un ventre
      vers les sous-bois

      batifolant, des seins
      de vénitienne
      la seine en contrebas

      j’ai si peur de rester
      en place, chasse gardée
      rêve d’almanach

      c’est pas comme si
      rêveur et le rêvé pêchaient
      du même bord

      maintes fois, maints courants d’eau
      j’épluche la pomme
      d’un seul tirant

      il n’y a plus rien en moi
      coiffé d’un ras nuage
      – la soif m’a déserté

     

    zéro chameau

    27 juin 2021

  • tulipes

      depuis qu’elle pense
      elle ne danse plus
      la panne

      je retrouve ma maison
      penchée
      sur un obus

      quelque chose me ronge
      mais ce n’est pas
      un ciel, j’ai l’impression

      un chemin de travers
      une béquille
      le redresse

      je pleure une flamme
      crache un mollard
      tabac

      froid mais tabac
      je crache un froid
      venin

      fiole
      un jour-sans me
      rentre dedans

      coincé entre
      deux yeux, passe frivole
      ou l’arme à gauche

      monte quelque part
      reprend la chute
      en sens inverse

      depuis un jour
      n’importe lequel
      ma tombe fuit

      colmate la brèche
      un ciel nature
      le néant méconnu

      et puis une bêche
      un coup de bêche
      racine fendue

      retourne en rond
      rond dans le sens
      vacant du centre

      rien ne m’oblige
      juste une envie de
      passer le temps

      tulipes, comment assumer
      le feu de toutes ces
      tulipes ?

    25 juin 2021

  • réglisse

      souffle sur l’un
      souffle sur l’autre
      tond le courant

      souffle sur l’un
      là qu’il s’éteint
      s’essuie les mains

      retour au souffle
      là je m’endors
      respire profond

      peu de chance
      mais une chance
      quand même

      promptement
      change d’idée
      embrasse ses morts

      en se tournant
      se retournant
      ralliant le vide

      j’ai un jardin
      petit jardin
      d’une seule pomme

      j’abrite un arbre
      un arbre en soi
      creux sous mon pull

      évidemment mon âme
      ne m’appartient
      pas

      regarde-moi
      évidemment regarde-moi
      tombe dedans

      une vague
      il faudra mettre une vague
      sous mon poids

      hébergement nu
      j’habite
      une chemise perdue

      c’est le vent qui dedans
      enfle
      t’enchaîne à ses pensées

      je pense pas
      j’arrive pas
      je pars d’un malentendu

      quelqu’un, une bouche
      se lave les dents
      réglisse…

     

    réglisse

    24 juin 2021

  • trou dans l’nombril

      je n’irai pas
      par quatre chemins je n’irai pas
      par un seul chemin : je n’irai pas du tout.
      déterre un pied, soulève
      le sourcil droit – on ira où on veut et même
      où on ne veut pas. ça s’arrête à présent

      je suis bourré d’absence, la rare ébriété
      tout un cortège m’ennuie.
      si tu veux je regarde par là, si tu veux je m’affaisse à quelques millimètres à peine
      du trou de balle d’hélène, j’abdique d’une chaise vide
      déjà, je manquais à l’appel…

      je cherche la racine, et me voici raclant une poignée de sable
      : c’est pas l’écho qui fait la voix.
      à part ça tout va bien, je me rince les os à la fontaine bouchée,
      j’ tire la gueule au métro port’ de vincennes

      une armure à ma ceinture – j’gobe les mouches
      pour être plus exact, j’gobe une mouche
      pour être plus exact encore, j’lui arrache les ailes, j’la sodomise, j’lui bouffe la tête
      c’est un verrou d’posé et c’est un dur métier : si je traverse la rue, or la rue me traverse

      méthodiquement
      presque héroïquement
      la vitre perd ses ch’veux.
      je vais à la mer. et quand je dis je vais à la mer, je dis ça comme on dit tiens j’vais me pendre
      j’vais me pendre à la mer
      et nul besoin de corde pour cela : respirer suffira

      je jouis debout, un glaçon droit dans l’âme
      iceberg de miséricorde
      si tu me lèches avec une minuscule langue de chat, on n’en finira jamais, et on n’ira pas loin
      pas loin me touche la joue
      jouir à genoux, un glaçon dans le g’nou

    21 juin 2021

  • les animaux débiles

      on savait pas pourquoi, mais rassure-toi on savait pas pour qui, non plus
      la quoi la mort, ou le pull à l’envers, côté peau
      je ne savais pas quoi dire, le cul blessé à terre j’absorbe la disette
      cette fois-ci c’est le poisson qui me recrache

      méta-don. comme un sacrifice qui n’aurait pas lieu d’être. don sans bénéficiaire
      la chandelle d’un jeu ne la valant pas, histoire de comprimer le sens
      bref on ne s’oublie pas

      songer à ceci, songer à cela, s’tenir assis sur ses pattes de devant
      mes granges sont vides, leurs poutres bien solides, les cordes toutefois, oui les cordes
      manquent de raideur
      – un peu d’homme aussi, poussière entre les doigts collants

      pour moi la pièce retombe du côté vide
      ou sur la tranche. il y a peu d’âme en vue – et peu d’âme en vue
      recouvre tout le paysage, maudit
      car maudit soit le paysage, et tout, tout ce qui l’accompagne

      on se rassoit blasé, en toute circonstance on se rassoit
      on ferme les yeux avant même d’en avoir épuisé le fond, médusé calfeutré
      – quand vivre se bornait à couver son pot d’chambre…

      sombre verte, sombre morte, j’me cure les dents de tes arêtes
      de profonds courants m’annulent
      et lorsqu’on regarde plus loin (il arrive parfois qu’on regarde plus loin), que cloutée au plancher récidive une larme…

     

    les animaux débiles

    19 juin 2021

  • la mal assise

      le sol, produit de la décomposition des morts, ne respire qu’au travers des vivants, bambous debout perçant la surface et distribuant  le souffle, circulateur d’images dont la bouche
      recrache les clichés rétros…

      s’immuniser contre l’eau chaude, le commun des mortels.
      en l’absence d’un corps gris les yeux bandant, tous ces caquètements grouillant sous la braguette, les bras ballants du harcèlement petit petit petit
      alors faudra pas venir se plaindre, hein…

      les voilà se battant pour quatre malheureux radis, réfléchissant déjà à comment s’en répartir les fanes. j’ai un trou s’il vous plaît
      et tombé dans ce trou la rafle d’une seule braise je crains ne pas
      pouvoir tenir le coup. allons…

      les routes nous contournent. dissidents d’un oubli, nous réapparaissons plus loin, prétendument tenus de nous justifier et agitant les bras
      – quoi, tu ne les aimes pas, mes petits rideaux noirs ?

      seul est avec moi, il me parle tout bas. il me dit n’importe quoi, ou m’enjoint formellement : allez répète après moi. j’en ai ma claque
      qu’il s’arrange donc avec ceux d’en bas, ceux dont le trèfle à trois ou quatre feuilles – moi je raccroche mes dents
      je quitte le réseau

    17 juin 2021

  • le mur à l’endroit, le mur à l’envers

    dans la lumière il y a l’éternité, et dans l’éternité la lumière
      donc il pleuvait sur mon balcon

      tu ne vaux guère plus qu’une tête de mort, par où les rêves transitaient
      lequel d’entre eux seul s’y arrêtait, y trouvant simultanément
      fugue et refuge

      j’ignore qui a bouchonné mon ch’val, qui m’a gratté le dos. quelqu’un n’aurait pu m’embrasser sur la bouche
      sans que je ne m’en aperçoive

      il m’a mordu avec sa langue, avec sa langue m’a lavé les dents
      il est mort à présent, comme tous les saugrenus

      le chaos s’installe parmi nous, dont nous devenons les pièces folles, les fous fumeux
      modifiant nos positions, clarifions nos nudités

      il me mange dans la main or rien ne mange dans la main
      dont il recrache les pépins, les pépins dans la main

      il y a la lumière partout et il (n’) y a la lumière nulle part. entre les deux un jour ou l’autre
      tend sa demeure

     

    le mur à l'endroit, le mur à l'envers

    14 juin 2021

  • dieu dump la résistance

      c’est à cela qu’on reconnaît une âme. elle chasse sur d’autres terres
      sur d’autres terres sous d’autres cieux, cet air soucieux, cet appétit pour ce qui ne se mange pas
      même à petites bouchées même
      au doigt levé et refuse de crever

      j’imagine un homme est-ce si fratricide que cela d’imaginer un homme
      auquel miroir tire sa langue, hargneuse, putréfactieuse. j’imagine un homme au lieu d’un trou
      un trou camouflé en homme. un rayon oblique de temps à autres y pénètre en sourdine c’est à qui
      se penchera le plus avant sans y
      verser de bord

      il y a un fou dans mon jardin il y a un fou, grandeur nature
      diagonale du bonheur je fais le choix, je tends le cou
      roucoule o ma douleur, diagonale du bonheur je tends la joue
      mange-moi la joue

      ça doit se voir
      qu’un œil me pend tandis que l’autre reluque, mèche rebelle
      un homme tient lieu de cadre au paysage mouvant
      de son deuil plastique – comment le tirer de là on ne sait pas. avec un treuil

      ça doit se voir et se savoir que je cherche, matin midis et soir à quatorze heures, ou la même heure aux
      matin midis et soir, ou plus tard dans la nuit quand sommeille en moi la brute, et s’en dégage somnambule
      une bouche lucide. les dents de la pitié. mordant à même le sein nu de dieu je dis je suis
      tout nu de dieu

    11 juin 2021

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