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assis là sur un banc


  • le ciel, chaumont, le ciel

      l’humain offre une issue à l’homme qui rame
      qui rame d’une seule main, d’une seule rame ou qui rame sans les rames, comme on se branlerait sans les mains
      et qu’on s’tient là debout tout nu sous la pluie, sous un déguisement d’humain
      j’ai rêvé d’un humain avec des cheveux – je ne saurais pas comment les toucher, ces cheveux

      un homme est mort avant moi, que seule ma mort apparemment
      ressusciterait. il n’y a pas d’excuse à cela. moi je n’ai aucune excuse
      pour quoi que ce soit. vivre n’égrène qu’une suite d’humiliations, et rien de plus humiliant pour parer à cela
      que de relever l’orgueil d’une tête, tout faux avec la tête

      un crabe est né. peu importe le nom dont on l’a affublé un crabe est né, une pincette
      on s’amarre au noir et chacun tire de son côté, s’arrachant ou nous arrachant l’un l’autre (le noir et soi) les tripes
      en une unique séquence je vis de vive vision tout ce que j’avais en moi toujours vu, ignorant qu’il fut vrai
      : une femme voilure blanche sur un vélo hollandais s’élevant dans les airs, jusqu’à disparaître derrière la cime des arbres
      car il y avait des arbres en ce temps-là, maintenant à la surface le parc fondamental

      mon chien d’abord mon chien après, et la crotte au milieu, à partie de laquelle insidieusement
      la possibilité d’un chien.
      j’arrache mon g’nou
      j’arrache mon knout
      je me dis tout est bien qui finit mal, je tombe à g’noux
      dieu ne me guérit pas. le néant ne me guérit pas. il faut se droguer

     

    le ciel, chaumont, le ciel

    4 avril 2021

  • d’une légèreté de gifle

      je ne m’habitue pas à vivre dans un monde sans vent

      je rentre mes dents, mes griffes mon ventre, me déclare lisse d’une rage
      pleure calebasse pleure, et rentre te coucher. les hommes en moi sont tous morts, ne subsistent que les tantes
      lesquelles préparent des gâteaux secs, affectionnent nos mines
      de grillons ivres-morts.
      je pense qu’une femme aurait pu ne pas se contenter d’indiquer le chemin, d’écraser un mégot
      sur l’œil à moitié gauche, tandis que je hurlai
      d’une quelconque douleur

      je ne me bats contre rien. j’ai juste rabattu mes oreilles
      il y a u chien plus loin, une course déhanchée, une perte des eaux
      j’ouvre la braguette et rien n’en sort, qu’une vague odeur d’ascenseur, j’attends déjà depuis mille ans
      je ne vivrai que tant que j’attendrai, je ne vivrai qu’en attendant, oreille sur l’enceinte et les yeux ferraillant

      j’avais personne. j’avais personne entre mille et une nuits – les histoires qu’on se raconte pour ne pas sombrer sec
      t’as l’allure d’un quoi j’ai l’allure d’une tête
      de cheval coupée, on n’avait plus de paille on l’a rempli de crin, de brin, de cartes postales des seychelles
      j’ai toujours mort assis

    3 avril 2021

  • si vieux qu’un clandestin

      quelqu’un d’autre suivra, que l’on ne reconnaîtra pas
      ou plutôt nous dépassera, comme on oublie un amour d’adolescence – qu’est-ce qui me prouve que j’ai vraiment vécu si ce n’est
      peut-être cette interrogation-même
      et le poids de mon bras se tendant vers le vase que deux ou trois tiges assassinent…

      fuir dans le silence. avec la peau nue des mains sous le gant, la peau nue du gant sur le sexe. ça crispe
      effectivement, la mort détend
      c’est pourquoi il est à la fois vain et blasphème de présenter un miroir au visage d’un mort, de mort fut-elle accidentelle
      je mange tout un poisson et j’ai la sensation qu’il n’en reste que moi, l’arête

      je récuse l’image d’un homme auquel on tend une carte de visite dépourvue de toute indication, vierge d’identité
      j’y lance une adresse en l’air, j’y inscris un nom au hasard, comme si le hasard était libre, comme si le hasard ne retombait pas de toute façon et à chaque occasion
      sur ses pieds, qu’il avait grands, cela pour mieux te semer, mécréant

      au bout de cent pompes, il n’éprouvait plus le besoin d’appuyer contre le sol – le corps hochait seul entre l’oblique et l’horizontale
      c’est à la verticale que j’ai cherché mon ombre, quémandé la suppression de toute récurrence
      en ligne de mire l’éternité, mais à cours de munition…

     

    si vieux qu'un clandestin

    1 avril 2021

  • la nuit un vol cramé, vilain petit garçon

      seulement dans l’esprit qui s’ignore, s’ignore t-il tout au plus
      je marche tête à vide. la mort soigne la douleur, la douleur de mourir. n’y fais pas attention
      je marche jusqu’à ce que cède le sol, jusqu’à ce qu’à mon pas plus rien
      n’oppose résistance

      résiste la douleur. résister par la douleur. même les cheveux mouillés
      n’être d’accord avec rien marque un progrès par rapport à l’époque où une tasse de café ne présume rien du destin
      et pis d’abord je m’en fous. c’est notre façon à nous de flotter sur la mort, de faire le mort afin de
      ne pas la réveiller

      l’amour se compte sur les doigts d’un pied gauche. à retirer aux interstices la merde y ayant séché
      je lance ma ligne dans le miroir et j’attends, à la fois concentré et détendu
      une ombre se faufile dans l’eau noire, un obscur reflet. à quoi bon coudre les lèvres d’une bouche qui n’embrasse pas ?

      le néant tel qu’on y vient. ou tel qu’on en accouche, tombant dans le trou qu’en nous-mêmes creusons
      et vice versa
      j’allume une lampe, toujours une lampe semblable, à la clarté minimale et tout juste suffisant à invisibiliser l’obscur, lequel n’oppose aucune limite à
      la vision sans nom

      je saute à pieds joints dans mon âme. crois-tu que j’éclabousse ? il y a longtemps que je t’aime
      je me retourne d’un côté. cela fait autant mal, mais le mal change de côté, ce qui soulage l’un côté
      comment apprend-on à ne pas se réveiller ? est-ce en regardant toujours dans la même direction, et sans jamais lever ni
      détourner le regard ?

    30 mars 2021

  • la joie marquée fuyante

      on ne peut avoir raison contre le néant, l’irraison pure
      face au néant, chacun perd sa raison
      c’est comme chercher minuit à quatorze heures, alors même que j’ai cessé sinon d’être, du moins de croire que l’être est, péché contre l’esprit s’il en est
      mais happy hour où sans espoir…

      l’étrange façon de resserrer les coudes contre son corps en attendant qu’ça passe
      entre soi et personne la seule épaisseur d’un souvenir, je range mes bretelles dans la boîte en carton
      définitivement, je n’irai pas plus haut

      tout bien pensé, le néant est l’exacte négation de la mort, ou son image inversé dans le miroir sans fond
      j’ai introduit un rond dans la fente, en espérant qu’il ne pleuve pas
      et que personne ne fonde en larmes tout à coup, du simple fait qu’il souffre

      ce que j’aime avant tout dans le néant c’est son silence, un silence qu’on n’entend pas
      un silence à notre image quand précisément nous ne ressemblons à rien
      si la douleur s’immisce et pourtant elle ne brise, car juste un peu de sable qui crisse sous un peu de sable là plus profond encore,
      où le miroir n’accède…

      je n’y peux rien. je suis entré dans le néant de mon poumon. au terme de la régression imagine un coquelicot
      imagine le néant sous la forme d’un coquelicot. négocie le pavot
      le néant achève la destruction. c’est toutefois toujours le néant qu’on détruit

     

    la joie marquée fuyante

    28 mars 2021

  • mon dieu est un homme qui ne dit pas merci

      une âme errante. on dirait presque qu’elle le fait exprès. une âme errante c’est un homme pas enceinte
      pas encore
      tombé enceinte
      puisque enceinte veut qu’on y tombe
      et qu’on ne trouve là qu’un cheval harassé, épuisé
      de traîner tout le poids du monde, d’un monde tout en pesanteur, pesanteur d’un vide, d’un
      vide sans destin, vide hors compétition

      vendre une voie. je suis l’homme qui n’achète rien, je suis l’homme d’un rien
      toute la vie dit j’aime une femme, or moi je dis je n’aime pas une femme
      je suis la femme sans sexe, l’oreille outrée
      seul un mort vient m’embrasser. je lui recrache sa morve
      je lui recrache ses os
      je lui recrache la mer

      quelqu’un en moi n’appartient à personne, et surtout pas à soi
      un chat crevé et t’as beau le masser, tu ne réussiras pas
      à le ressusciter. je vais nulle part
      éventuellement je vais nulle part, nulle part ne
      me trouve. que je m’habille comme ci, que je m’habille comme ça, nulle part désigne le lieu
      où s’incarne mon absence

      un vieux est trop gras, un vieux est trop maigre, pour résumer mon désarroi
      je plante là ma tente, je n’ai pas de piquets, le vent remplace les piquets
      je vais d’un amour deuil
      en conséquence de quoi
      en conséquence de rien
      le rien, cet homonyme d’attila

    27 mars 2021

  • j’avais pas peur au début. à la fin j’étais sans âge

      il y avait quelqu’un. quelqu’un c’est pas grand monde. une âme presque personne
      je l’ai embrassé pourtant, ou l’inverse je ne me souviens pas vraiment. il y avait quelqu’un
      quelqu’un du genre y a pas grand monde

      un cheval. on a fini par l’abattre un cheval
      ça remplaçait un homme, juste pour ça
      pour l’abattage. et là d’un coup je me sens fort dépourvu
      puisque abattre existe, il faut bien que cela s’abatte, et quelqu’un sur lequel
      cela s’abatte

      ma manivelle a toujours fui, je suis l’amant
      d’un soleil d’hiver.
      au bout d’une vie je me sens comme un champ dévasté. il serait plus raisonnable d’être mort
      plutôt que ça, quoi que soit ça, tombé des nues

      mon chien aboie. bon on éradique le chien vu que le chien de toute façon
      n’existe pas. reste l’aboi, quant à lui bien réel, plus que réel lui la colonne
      vertébrale
      de toute réalité. c’est à dire d’un chien
      errant – un chien forcé ça c’est errant, sinon rien.
      tellement honte d’être encore là

      la vie sublime, la perle rare. d’ailleurs je me rappelle rien. triste mensonge.
      trouver le trou. le chas l’aiguille mais là avec mes grands yeux de bigleux, tâter le trou, le chas l’aiguille
      j’en perds le fil…

     

    j'avais pas peur au début. à la fin j'étais sans âge

    25 mars 2021

  • sans y être invité, je me suis retiré

      les yeux parlent aux yeux – faut dire que les yeux
      ont beaucoup déménagé ces derniers temps
      ces derniers temps ça dure un bail. ces derniers temps sont pas d’équerre

      on meurt ça c’est certain, et toute la vie organisée de telle sorte qu’on l’oublie
      qu’on oublie quoi ? aller-retour retour-aller. louer un appartement, ça devient compliqué

      l’habitude d’un homme c’est un homme à moitié ivre, sans que l’autre moitié vraiment ne soit tout à fait sobre. on met
      les cimetières en bord de ville, les cimetières de banlieue on ne demande pas mieux
      que vivre, même malheureux

      j’arrache ma ch’veu, j’arrache mon tête. je vise l’éternité, quoique un mort en moi ne s’y raccorde pas
      c’est le mal-mort en moi.
      tu iras comme tu veux, sur ton dos tu monteras. tu iras sur ton dos et tu verras
      qu’on n’en redescend pas, ou guère intact

      sans y être invité je me suis retiré c’est une vie, une vie θερμαïκος *
      au fond j’t’assure c’est propre, faut juste pas
      faire le dégoûté en plongeant, en plongeant sans rancune, sans y être invité
      je me suis retiré comme on retire un jour sa queue dé-
      figurée d’une vie, une vie θερμαïκος…


    23 mars 2021

  • dieu d’une pomme de terre

      et puis la dernière heure, on l’a laissée couler…

      je tends la main au vide, ça ne l’oblige pas
      ça ne l’oblige pas, et ça ne m’engage pas
      qui perd la main perd le vide, débouté

      chien méchant gaule sa mouche cependant, cela n’a rien à faire avec une quelconque histoire d’animaux

      une pomme est tombée, ce qui serait plutôt bon signe si derrière
      l’arbre n’avait pas crevé, ni l’cracheur de pépins.
      la dernière fois j’ai dit je t’aime, nous n’étions même pas nés

      si j’embrassais un serpent dans la bouche, avec ma langue d’homme, oserait-il me mordre ?

      du sang sur les paupières, la nostalgie d’un temps qui n’a jamais été
      on se tient là pourtant, en bancal équilibre sur le fait qu’on existe
      à n’en savoir que dire…

      maudits. maudits soient les sons et ceux qu’on n’entend pas – ne sommes-nous au final
      que l’écho des rumeurs ?

     

    dieu d'une pomme de terre

    22 mars 2021

  • quelqu’un se brûle on lui coupe le feu

      c’est comme si je n’étais pas né. ayant vécu pourtant, donc sans réalité
      en fantôme mal sapé
      parfois carrément déchaussé

      on pourrait se donner rendez-vous, s’attendre chacun de son côté
      et ne jamais se retrouver

      c’est la mort qui se suicide à chaque inspiration
      je me mets à poil et même les chiens ne me reniflent pas
      donc je passe au travers

      petite nuit rideau tiré. le lumière n’éclaire rien. plus elle nous ressert l’évidence moins elle illumine
      comme tout un porte son ombre

      le froid nous prive de sommeil
      il existe diverses sources de froid
      on en couve un paquet

      je n’ai survécu qu’en trichant
      vivre prouve que je mens

      seule s’abolit la mémoire. raison pour laquelle nous nous évertuons à nous réduire au
      souvenir de nous-mêmes

     le jour où je manque à l’appel me voit enfin présent


    20 mars 2021

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