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assis là sur un banc


  • lié à la perte et aux antécédents

      je suis un homme qui ne va nulle part or un homme qui ne va nulle part n’est pas vraiment un homme
      il y avait du vent il y avait des vagues il paraît même
      qu’il y avait des hommes, tambours battant et peut-être également des êtres
      humains pour le décor
      mais humain ça veut rien dire, humain ça sent
      la mort ou ses antécédents

      un chien perdu deux vagabonds, dont l’un je fus
      je ne suis l’objet d’aucun sujet, tous morts selon mon hypothèse
      si l’on n’appartient à rien, quelle connivence du coup s’établit-il entre ceux qui ne s’appartiennent pas eux-mêmes ?
      on s’assirait sur le muret, buvant à même le goulot et on se dirait putain qu’c’est bon d’être à ce point-là
      né pour rien

      je ne m’appartiens pas – simple précision
      j’aime un mort, lequel malgré ce ne parvient pas à me ressembler
      les cercueils en carton coûtent bien moins cher et brûlent d’autant mieux
      faut-il se tuer ou faut-il subsister, quitte à endurer la honte ?

      crève et c’est un ciel. heureusement le ciel était présent
      je vis dans l’âme où l’âme semble un tout petit rien – un tout petit rien c’est tellement moins que rien, boudant là dans un coin
      je vis avec la sensation que cela ne veut plus dire grand chose, et de dire ça je me sens si petit, comme quand j’aimais une femme parce que le sexe traîne une réputation d’organe sensible
      quoique sensiblement mort

     

    lié à la perte et aux antécédents

    23 avril 2021

  • où ça dérape

      j’ai creusé un trou et j’ai fait le tchou-tchou, j’ai dit c’est mon métro. mon métro ne mène pas loin, jusqu’en rase campagne
      car rase la campagne. sans parler la froidure. voilà pourquoi le métro. on se réchauffe dans le métro. on y oublie qu’on est mort

      on arrive tout seul jusqu’à la porte, on ouvre la porte, et c’est déjà demain
      finir ne finit pas. manger ne mange pas. secourir un clandestin vous expose à des représailles policières, voire judiciaires
      jeter du pain aux pigeons, aux canards, aux poissons

      je me suis battu contre mes propres poings. je me suis défoncé la gueule. j’ai même failli me faire jouir le zizi
      heureusement ou malencontreusement, je m’y prenais mal. en tout, quoi que j’entreprisse, je m’y prenais mal
      ça a commencé par l’annulaire. ainsi que nous le supposions, tout commence par l’annulaire

      à tomber de haut ou l’on s’écrase, ou bien on rebondit. puis rebondit encore jusqu’à ce qu’on s’écrase
      à contrario, je doute qu’à force de s’écraser l’on rebondisse jamais, mais sait-on jamais
      c’est vrai ça : sait-on jamais ?

    21 avril 2021

  • elle remplit la carafe

      être là pour rien me retire une écharde du pied, ou un piquant d’oursin. c’est de nue nudité qu’on habille sa poupée
      elle est morte dans mes bras, si lourds depuis

      je nage sur le côté, comme ça c’est plus tranquille, plus reposant
      tous les lundis j’ai élastique – je monte, je descends, je monte, je descends. cela ne rime à rien. à rien tel qu’on s’essore

      je ne crois plus au vide. d’ailleurs je ne me regarde plus dans le miroir. mon esprit est le vide. qui tourne à vide
      on marche sur le bord, présumant qu’à marcher ainsi on finira par tomber mais non, car le bord borde toujours un vide qui n’existe
      pas / qu’en plein esprit

      un jour n’existe pas. elle ramasse les bris d’un miroir où je ne me regarde pas et tente malgré tout d’en reconstituer l’image
      assembler des morceaux bien entendu ne suffit pas – il faut pisser dessus, accroupie de préférence, bien que cela puisse se faire debout. avec peut-être une efficacité moindre du coup, mais on s’en fout

      je ne lui ressemble pas. ça ne lui ressemble en rien. homme ou femme assise dans une lumière neutre, disons une luminosité de lundi
      on a besoin d’un pause des fois. alors on appuie sur pause. ou sur la détente

     

    elle remplit la carafe

    19 avril 2021

  • nihil effervescence

      il y a une tristesse c’est évident, quand l’existence et le néant en viennent ainsi à déborder l’un sur l’autre, à se baver dessus tant qu’on en parle
      j’ignore de quel chemin la boucle, à l’oreille arrachée, d’un son tout écorché
      d’un écho malveillant…

      mes yeux tâtonnent dans le cadre d’un espace mortellement fini. immense mais fini, fini bien qu’inconcluant
      il va falloir faire quelque chose. il va falloir se dire adieu. ne rien faire c’est continuer à ne rien faire, chemin faisant persévérer dans le non-être
      qui est à l’être ce que le non sert à souper

      je migre. un siège fermement fixé au transit, et vois donc comme il tangue… le transitoire ça nous dépanne
      un jour par exemple. un jour de fête par exemple. où on ne fête rien, un coin pour les bougies
      je me rendors jusqu’en pleine lumière

      s’il fait beau c’est mon ombre se retournant contre elle-même – y a pas cause à litige, on s’aime comme on peut…
      s’il fait beau c’est qu’il flotte, qu’il flottera toujours, et qu’en rêve la délivrance lève les bras – au ciel dis t’entends ça, au ciel ! – se rétractant dès qu’on fait mine de lui arracher
      un poil de sous l’aisselle…

      à la dernière limite je m’effondre, l’ultime et c’est pourquoi on la dénomme limite
      je rage un peu d’entre mes dents. pas trop. je préserve le souffle long, courant du fond. ce n’est pourtant pas encore de moi dont je parle, en sus de l’avatar
      je me rase à l’oubli
      monnaie d’singe l’oubli

    17 avril 2021

  • dire qu’il fait beau

      il s’est perdu dans le nombre d’habitants. il aspirait seulement à être l’un d’entre eux, en appuyant sans y paraître sur l’adverbe seulement, en dépit du bon sens
      il ne reconnaissait pas son accent. c’est à dire que celui-ci ne lui semblait plus aussi familier, plus aussi naturel depuis que…
      depuis rien. la mémoire saine ou sauve mais pas les deux non, pas les deux en même temps

      ce n’est plus une langue c’est un cheveu. suffisant cependant pour le dire, pour dire quoi ? je n’sais pas. dire qu’il fait beau par exemple, et le dire sans ciller
      et même, si l’on aime à tenter l’impossible, en corrupteur mystique, le dire une bonne fois pour toutes ou par acquis de conscience – dire quoi ?
      dire qu’il fait beau

      évidemment, c’est du mystère
      à moins qu’il ne s’agisse que d’un humble secret, suffisamment humble pour être profond quoique pas si profond qu’il puisse passer pour mystère
      j’ai largement la baie, se dit-il, ouverte sur le côté. et de là nier tout un mur…

      le poids dès qu’on l’oublie, il nous faut l’emporter
      il aurait pu se contenter des premiers termes de la proposition, sans même prendre la peine d’y accoler certains points d’inutile suspension – or il fallut l’emporter, ce poids dès qu’on l’oublie
      et nous avec, quelque détachés que nous déambulions

      il s’est perdu dans le nombre des résidents, les confondant aux passants, et de passant lui-même ne sachant plus où résider
      le regard se souvient-il encore de la flamme qui l’anima, ou d’un air qui l’accable en sauvegarde t-il le terne souvenir, que rien ne justifie ?
      c’est sur cela qu’elle couve.

     

    dire qu'il fait beau

    15 avril 2021

  • j’ai pas de plus petit cheval que ça

      il y a des cheveux partout mais il y a un cheveu, un seul,  qui va du front à la mort dense et pourquoi tu m’appelles ta mort,
      pourquoi tant d’insouciance ?

      qui perd gagne, on n’a qu’à jouer à qui perd gagne – toi par le devant ne sachant d’où ça vient
      et moi par le dessous, attendant d’au-dessus
      qu’ça tombe ou qu’ça tombe pas

      j’ai la vague idée de ne servir à rien. n’ayant de corps que du moment qu’on le touche
      et le touche avec ses mains, le touche avec sa langue, de tout son déchirement

      il est un son dont je n’ai pas eu l’écho, un son triste de la voix. je demeure le port
      d’une absence embarquée

      je pense à ton tout petit cheval alors que moi j’en ai un gros comme ça, un gros qui se décède
      il te pénètre tout en esprit, de mille feuilles défeuillu

       » je suis l’amer dont la bouche
        te nique, prive d’eau douce
        l’amer dont la bouche escarpée
        nue de raison et nue d’amour… »

    13 avril 2021

  • un homme rend sa maîtresse

      ma vie sans ça ma vie c’est rien, mais c’est ma vie quand même
      et c’est mon rien

      l’amour il faut en coudre, en coudre et en découdre, je m’appelle marie je
      me touche la verveine

      un millionième de moi n’a pas vu le beau temps. le reste à l’aveuglette
      bataillait du chignon

      me sens comme un virage à fleur de peau, éraflée de toute part et encore, je résiste au départ tel
      qu’on se jette au trou, la fenêtre debout

      accoutume-toi à moi, jusqu’à ne plus pouvoir t’en passer, jusqu’à
      ne plus me séparer

      plus personne ne sait qui d’une audace ou d’un chien mort
      prit possession de l’âme

      qui de quoi d’où comment c’est, je ne joue pas avec toi, je ne joue pas à suce-l’os
      j’ai peur commune

      la dernière fois j’ai vu ta mère elle me colle un timbre sur le front j’encule de l’air, de l’air gelé
      rhabille-moi d’une flamme illimitée

     

    un homme rend sa maîtresse

    11 avril 2021

  • casse la ronde

      j’ai éteint la mort et je me suis bien tu, bien tu, rien ne dépassant de ce qui n’existe pas
      depuis l’origine déjà je n’ai rien existé, le couteau nage en moi, planté à l’endroit même
      rien ne le retire ni ne l’extrait de mon corps à ja-
      mais prématuré

      fonce dans le vide et tiens-toi sage, il te reste faute de vivre, une âme à perdre
      et comme un nuage se recroqueville dans le poing dur, on se frappe au hasard en plein visage et ailleurs
      ailleurs toujours plus bas, toujours plus loin en soi, d’un soi toujours plus bas

      je marche dans la forêt et c’est toute la forêt qui meurt, qui ne dit pas son nom
      j’achète un sécateur et c’est avec ça que dedans moi j’opère
      il y a une fille en moi, et tout au fond de moi j’attends qu’elle me sourie,
      me reconnaisse enfin

      je marche sur un néant dur. dure est l’insignifiance
      dure genre béton dur, raide mur
      avec un faux couteau suisse je décapsule une bière. c’est ma maison et c’est là que je m’emmitoufle dans ma peur
      j’ai tout un crâne pour me protéger de la nuit mais pas du noir

      je marche un couteau dans le ventre, un couteau planté
      je marche même quand je ne marche pas. je reste enceinte d’un cadavre. c’est en moi qu’il pourrit
      il ne me sourit pas. se contente de me regarder tristement, ému de gratitude et scrupuleusement évitant
      d’évoquer ce sur quoi mon corps est né

    10 avril 2021

  • la nuit bouffe ton volet

      je t’appelle à pas de loup, c’est que la voix ne porte pas
      la vie pâtit d’un défaut de prestige – le vide pensé comme luxe ultime
      je retire une à une les épines du gland, de la moelle ou du fer
      pour une arcadie libre

      il ne s’appelle rien, dans tous les sens du terme
      il casse une tour devant
      de toute façon si c’est devant faut le casser, jusqu’à ce que mort s’enjouisse
      sans ça on tourne en rond

      entre la mer à boire et les boules de cristal, je fais le grand écart
      je me déchire le muscle si tu me déchires le muscle je te déchire le muscle
      j’ai toujours comme tu le vois su parler
      aux femmes et à leurs dames

      tout danse en moi, sauf la musique
      et ce si grand silence qu’on n’y pense jamais qu’au travers de la danse
      si je dis quelque chose c’est que cela m’échappe, et si je ne dis rien
      c’est alors moi un moment échappant
      à l’immense solitude, ce dialogue ininterrompu entre deux fois le même…

      je n’mange rien ce soir. d’ailleurs je ne mangerai plus rien dorénavant
      j’ai sucé mon pouce jusqu’au moignon, du pouce
      je ne m’écoute plus, attendant de passer et passant sans en
      penser davantage, ou par ouï-taire…

     

    la nuit bouffe ton volet

    8 avril 2021

  • j’avance à pas perdus

      il recolle ses os – faut dire que les ballades
      dominicales lui ont manqué, surtout les jours ouvrables, les jours ouvrant
      ainsi que les murs blancs

      je me lève et c’est toujours
      à plat dos que je me lève. à pas de géant, ou minuscules je me lève
      j’aperçois le trapèze insaisissable, je capte bien l’espace et tout au fond,
      l’absence criante de filet

      il y a un homme mort en moi
      qui ne résout pas tous les problèmes, n’en pose qu’un
      la main au front provoque la sueur, heureux celui
      qui s’essuie quelque part, sur un mouchoir par exemple

      il y a la vie, elle vide, mais pas tant que ça finalement
      elle vide au plus haut point et dire que nous ne disposons
      contre l’imagination que de l’imagination
      et c’est avec ça qu’on vide

      il manque une cour à ma récréation, un élastique à mes sautillements pour leur donner l’air de figures
      de plus, mes lèvres ont perdu de leur rouge
      demain le destin défonce ma porte
      (rien donc ne me sert d’y frapper plus longtemps)

      un peu de moi lève le voile, le jour où l’on ne se regarde pas
      c’est seul qu’on boit, les yeux bien dans les yeux, avec un trou dedans
      pour se faire peur
      se faire peur pour de vrai

    6 avril 2021

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