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assis là sur un banc


  • dans l’œil du cyclope

      fais ce que tu veux, moi je parle à ta maison de poupée
      je colle ma bouche à la porte de ta maison de poupée, et lui susurre des secrets de poupée
      de poupée déséquilibrée, de poupée démantibulée
      on mourra rouges

      la représentation du monde tourne en rond sur les mille boîtes à jouets. on jouit dedans
      toupie on jouit dedans
      cela fait cent ans qu’on manque un but, toujours le même but, et leurs ailes à chaque bord
      ramant à vide, quoique à outrance

      d’arrivée au bord de la mer, tu me remplis les yeux
      de vin nouveau, diabolo-fraise. tirer le ver
      du nez, ne recouvrera pas l’odorat
      l’odorat m’a quitté

      le ventre vide les côtes hautes, je retourne au zéro, au zéro nul partout
      j’embouteille du vide, une flaque autour est de saison. une flaque toute saison
      il y a des soirs où je m’essuie encore un peu

      ainsi s’achève le passé, les pieds devant la mort au bide
      aléatoire la balle rebondissante mais toujours à hauteur fixe
      d’un même élan la hauteur nulle
      or nul n’y croit

     

    dans l'œil du cyclope

    16 août 2021

  • l’amorce d’un pied nu

      ils ne voulaient pas se faire, se défaire
      se dire ni se dédire – ils ont finalement réussi à attraper le loup
      par la queue
      et le loup les a bouffé

      le deuil, c’est de se refuser à abandonner ce que l’on a aimé, refuser de le sacrifier afin de survivre soi-même, ou de vivre une vie à soi
      le deuil c’est de continuer à mourir avec nos morts, à vivre de leur mort plutôt que de les trahir, d’ainsi trahir l’amour en nous, sans lequel nous nous dégoûterions de vivre
      – tuer son passé à coups de rame, à la faucille ou aux chardons, délivrer la mort de ses morts pour vivre de mort pure…

      passer sous les radars, entre les gouttes et jusqu’à un certain point
      pour un éternel autre. il ne fait jamais chaud, par ici
      doux n’est pas chaud
      doux n’est pas froid non plus
      comme un pays qui pourrit à l’intérieur de nous

      n’appartenir qu’à soi égale être perdu, les jours où l’on s’immonde
      que ce soit par la vie, que ce soit par la mort, je fais tout pour échapper à la terre
      j’en ai pourtant plein la bouche, de la terre
      ou de ce pain rassis

      trouver refuge sous un arbre nous préservera un moment de la pluie
      après, on verra
      une piscine où plonger, un ciel à creuser, inversé si nécessaire, quitte à se dissoudre dans la mort intérieure
      au bout de laquelle, va savoir, une paire de jambes nouvelles…

    14 août 2021

  • on s’arrange avec les dents

      … qu’entre l’os et la plume flottait l’idée d’un ange. c’est pas toute la misère c’est juste un blanc
      tanguant entre deux seins – ouvrir fermer, fermer ouvrir
      creuser le vide

      il fait tout l’temps, quel que soit l’temps il fait tout l’temps
      beau ou de merde, on ne ressemble qu’à soi, la tête à grand peine émergeant
      du rien confidentiel
      et j’m’en fous plein partout

      vulve comme elle te châtre, avec les dents devant, rampant
      s’il y a un homme ce n’est que l’idée d’un homme, déviante, ou dérivant d’un toit, d’une poutre
      enfin, ce n’est que ce qu’on se raconte…

      si j’arrive quelque part c’est qu’il est déjà trop tard, et trop tard
      n’avorte pas.
      j’aurais voulu disparaître, disparaître de moi, et du reste avec moi. j’avais pas apporté
      ma brosse à dents. violette, ma brosse à dents. juste pour la reconnaître

      je recule mais jusqu’où, c’est la seule question
      acculé à la mer on sait qu’on n’ira pas plus loin, oui mais d’ici à pas plus loin quelle marge, quel large ?
      évidemment que je demeure là
      où tu, nul, je
      ne m’attends pas

     

    on s'arrange avec les dents

    12 août 2021

  • ta moule

      chaperon rouge, mais rouge quand même. pas de pardon, 
      rien que des cyclistes.
      la mort dans l’âme et l’âme dans la mort, bûcher privé de bûches
      j’ai du hurler l’absence. tout sauf muette, l’absence muette

      tu t’es donc résigné à un seul chapeau. j’aurais du m’en douter, ou mourir
      un peu plus tôt, ou bien à bon escient mais le plus pur suicide
      est le suicide raté – sinon à quoi bon ?

      au fond de soi enfin au fond de soi, pour cesser de mentir naturellement mais pas seulement 
      : pour se retrouver là où l’on est, tant qu’on y est là et pas ailleurs, encore ailleurs
      que le poisson respire, et que la mer languit…

      comprendre mais que comprendre, la chance n’y suffit plus
      la mort perdait ses os, je ne portais pas à conséquence, tel oiseau sur sa croix
      sa croix d’inconséquence

      tout le monde n’est pas mort, restent ceux ne sachant pas encore morts :
      rue d’une triste convention, la noix qui casse les dents, barrage infranchissable
      et puis ces lourds radiateurs comme en apesanteur – se sentir à ce point
      coupable de vivre, jouissant à reculons…

    10 août 2021

  • çui qui l’dit

      le cinq c’est le sept, moins le zéro, et zéro me promet
      et zéro me naufrage
      j’aime une tuile, vivre bluffe t-il ?
      j’arrive à zéro moins un j’appuie
      sur l’accélérateur, mais que j’en meure ou que j’en jouisse rien n’est fini : l’infini
      reste à recommencer

      je demeure étranger, au plus proche étranger
      j’affuble le ballon décousu d’un nez de phoque, d’un sexe très incertain mais pas trop, un peu comme un écran fatigué
      dont la vue tremblerait

      ce n’est pas mourir le plus dur, mais cette rupture dans la chaîne de solidarité
      entre morts et vivants, et donc j’assassine
      poisson mort la mémoire, j’assassine, je récite
      le prénom, le prénom ne répond pas au mien – je n’en ai point
      je n’en ai guère

      un intrus s’est glissé dans mon slip, l’intime très sensible
      je lance le frisbee vers la mer insatiable, la marée ne rapporte
      que mes dents. mes dents c’est l’essentiel

      les balkans ne tiennent pas tous sur mon banc, j’ai du faire une sélection
      un petit tri d’autofiction, sournoise séduction
      un bel harakiri soudain m’a souri. je lève un lièvre, une jupe :
      le trou fait bouh !

     

    çui qui l'dit

    7 août 2021

  • ton moulin ton moulin

      la mort prenait la forme de tes seins, et donc je l’ai sucée. j’ai pris
      mon mal en impatience, or cela coûte cher, il faut payer et me voilà
      surendetté. la mort efface la dette

      le néant
      et n’être qu’une bite contre ça, contre une bouche sans langue, une bouche sans dent, qui ne s’effondre pas
      je ne meurs plus par hasard, depuis que j’en ai fait mon destin

      la vitre parfaite, celle qui ne se raye
      même à notre image. la vitre qui jouit dès
      qu’on ne la touche, et l’homme sur la touche, l’homme qui se brise
      à peine qu’on y touche
      à peine qu’on n’y touche
      pas

      le mur a son supplice, n’en rajoutons pas
      faire de ce trou un trampoline, du plafond une simple
      erreur d’orientation, comme au jeu avec les mouches
      sauf que du côté des mouches, on ne joue pas

      mes chiens sont bourrés d’tiques, mon sang contaminé, j’exhale dernièrement
      une odeur de soumis morte malgré tout dieu m’aime encore, à travers la figure
      d’un sapin décongelé
      mon sapin dure toujours

    5 août 2021

  • azur au sol

      dieu est mon ami, or mon ami est grand
      je lui ai donc insufflé la douceur dans les oreilles et dans les yeux
      j’ignore lequel je suis mais je discerne exactement celui que je ne suis pas et quand je pisse dessus,
      il pousse un râle

      les hommes ne meurent qu’un jour sur deux, les autres comblent les trous et de fait
      accèdent à une forme subtile et inédite de la totalité
      j’en fais un cube avec mes gènes, que je balance là sur le sommier crevé

      si quelqu’un une seule fois m’avait appelé par mon nom, j’aurais porté ce nom
      et tous les avantages qui vont avec, les pass par ci, les pass par là
      passe un ange. un ange te dégomme une chatte

      de loin me parvient le pâle écho de mes silences
      tu te soulèves et je respire, tu retombes quand j’inspire. il y a des bouts partout
      de queue nulle part, qui réunirait les bouts

      on s’évade se rebelle pour se rejoindre un peu plus loin et pis merde, on se retrouve
      nu comme un ver, se jurant de dévioler toute femme, tout garçon si solitaire soit-il
      et perdant toute ses dents une à une dans l’évier
      du qui-perd-part

     

    azur au sol

    3 août 2021

  • nous la panique, nous le geste fauché

      où la vie rencontre tes dents ce sont tes dents, et ce n’est que mon ennui, dithyrambique soit, chargé en honte
      l’habitude érode la douleur, quelle chute nous éveillera, quelle faille
      ne nous trahira pas ?

      je me suis appauvri jusqu’à contenir ma propre négation mais cela ne claquait la gifle que d’une seule joue
      les cyclistes du lundi
      sont tout ce qu’il est resté des cyclistes du dimanche…

      dans ta maison où ma maison, par les serrures quelle vision
      dans ta maison souris crevée, les murs dépassent l’homme d’un toit
      dans ta maison souris crevée, plafond profond, que j’occupe
      de tout mon vide

      peu d’arbres dans les dunes, mais des piquants partout
      des tessons me suturent, la marée
      à contre-courant évidemment. évidemment que je
      n’y entends rien

      je ne pêche que le poisson qui ne mord à l’hameçon
      qu’est-ce que j’y gagne au bout du compte, si ce n’est une ombre en creux me tenant en éveil ? j’ai les soupçons – les preuves à jamais ensevelies
      sous des coulées de bave…

    1 août 2021

  • le vide dans la tête

      le temps n’est pas méchant, il racle avec ses dents
      j’ai l’âge de n’être plus qu’une habitude, ou que par habitude, dites qu’à force de ronger son frein celui-ci
      finira par lâcher

      l’ange ne pose un pied à terre sans y perdre ses ailes, ou du moins sans y laisser quelque plume
      que l’on retrouvera tôt ou tard au chignon de certaine coquette…
      après tout pourquoi pas ?

      dieu dans un seul panier, percé se dit panier
      à quoi bon continuer, si l’on n’y risque rien ?
      seul changeant face à l’inamovible, seul immobile face à l’évanescent

      je me suis maintenu à un souffle de l’insignifiance sans jamais cependant
      m’abandonner à son harmonie. toujours en-deçà d’une pluie, perdu dans ce laps ballotté entre un flac
      et un floc

      le dieu sous la virgule, le souffle-sœur en continu
      il faudra vivre de vivre mal, ou de ne même pas vivre – le vide entre les barreaux dans la cage du moi
      sera toujours plus large que le barreau
      entre le vide et soi…

     

    le vide dans la tête

    30 juillet 2021

  • chaperon, rouge, malgré tout chaperon

      panne d’électricité gigantesque
      panne d’électricité. un jour je ploie le genou, un jour j’ouvre le parachute
      il n’y a pas d’âme entre les deux. en fait, tout l’entre-deux est occupé par l’absence d’âme
      et c’est là-dedans que retombe le sperme

      chacun d’eux tremble un peu, histoire de devenir –
      et toi et nous, et moi et soi, qui ne devenons rien, assis saugrenument sur nos talons
      il faudrait qu’on s’héberge, qu’on se pince et se tire le téton, il y a des jours comme ça
      où l’on s’effraie d’un rien. des jours comme ci
      où qu’on fait plus vraiment semblant

      t’as soif. tu te bourres la gueule de neige. il parait qu’on passe à côté de soi, qu’on se rate de peu, la tombe vide
      ciel maussade, l’entrejambe moite. j’y verse une gourde. on n’aime pas les enfants
      rien de plus sale que de s’aimer soi-même. rien de plus sale que l’innocence

      je suis une bombe dans ma maison, et ma maison une bombe en moi. du coup je ne reconnais plus les lieux
      et que l’on jette une balle au milieu, style un nouveau-né dans un ban de requins, il ne se passe rien
      tout rentre chez soi – exceptés le ballon, le parc vidé de son sable et de son sceau, la pluie qui se retient
      de tomber trois fois pour rien, merdique mélancolique…

      jusqu’à preuve du contraire, nous sommes immortels. et l’immortalité se trompe de trou
      j’ai baissé ma culotte, il y avait des ronds au fond de l’eau. le fond de l’eau est rond, aussi
      effectivement, les ronds remontent, d’une immortalité blessée…

    28 juillet 2021

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