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assis là sur un banc


  • éthique des môles

      des jambes pour aller, des chaises pour s’asseoir, on a l’confort et tout
      après on répond non à la question posée (toute question, subsidiaire), on se fait pas la bise, on tourne autour
      du pot commun

      au bout de mon idée il y a une idée vide, avec quelqu’un de mort planant au-dessus, qui ne tient pas la barre
      voire pas d’idée du tout, évanescente, claire

      intelligence universelle c’est mon copain, un fluide commensal, l’esprit ménopausé t’as bien conscience de ça hein, de n’être
      que destin. alors pars, les coudes gris

      parce que c’est triste, triste la vie, et qu’on y met des enfants dedans, qu’on leur frotte les dents au savon noir
      je me regarde jusqu’au bout. ça fait un bail, jusqu’au bout…

      dieu était un homme assis, j’ai regardé par-d’sus l’épaule
      l’épaule comme membre du corps, social était le corps, l’homme s’est levé d’un dieu resté assis
      à l’épaule gauche perroquet

      toute chose obstrue la vue, toute chose se pose entre soi et le néant, entre soi et son propre néant
      ainsi l’idée de soi, une fenêtre en plein jour, un vide en lieu et place  du cœur – si avec ça je n’ai pas raison c’est que raison
      n’y entend rien

     

    éthique des môles

    12 mai 2021

  • chantefrêle

      j’ai un corps mais c’est comme tu voudras, j’ai le corps intermittent
      mon petit ami a crié au secours, au secours a t-il crié, je l’entends encore
      quand je me retourne de l’autre côté je l’entends déjà moins, d’où l’intérêt
      d’un autre corps, d’une autre moitié

      j’explore mon mètre carré; j’entube mon mètre carré
      mon mètre n’est carré que dans les coins, il jouit d’un dé de transparence
      imagine je mets le feu à mon chignon

      il est trop tôt dans la montagne, en-haut dans la montagne, ferme les yeux encore un peu
      tape debout
      ton amour, ton non-amour ne portent pas à conséquence
      en conséquence de quoi, rien

      on a vidé les abattoirs
      les abattoirs vidés on les a fait entrer tout entiers dans une vache
      une vache à l’air libre
      c’est d’ailleurs de là qu’on s’écrit

    10 mai 2021

  • le chemin très vieux, ou le très vieux chemin

      le lien entre ceux
      qui meurent et ceux qui ne meurent pas
      est rompu
      d’où ce sentiment de flottement, d’égarement, dérive permanente…
      un chien assis, mais pourquoi sur le toit ?

      la pluie mesure un trou
      d’une flaque de masse, émerge un reflet
      un homme ne survit pas, on l’appelle dans un bar
      la fermeture du bar

      un lieu. une vie. un paysage catatonique.
      je réagis comme je réagis, un peu à l’écart
      de comme je réagis
      un jour on rassemble tout ça, le poids
      n’y est toujours pas

      pluie battante, personnage féminin.
      on s’attend mais, à pas grand chose en vérité
      on s’attend là, en toute connaissance
      de cause ou à peu près, c’est à dire nulle part
      n’importe où nulle part

      un chien fait pas l’printemps, un mort fait pas l’néant, je souris
      de certaines dents je souris, de certaines autres je m’abstiens
      dont dérive l’abstinence

     

    le chemin très vieux, ou le très vieux chemin

    8 mai 2021

  • la pluie laquelle le sanglier

      ne pas être prend soin de toi. ne pas être se met à poil et c’est en ce sens-là qu’il faut le caresser, lui réapprendre à vivre, et les nomenclatures

      d’une seule vitre j’ai brisé toutes les pierres, ce qui libère l’espace en un sens. tu me diras trêve de sens et cela laissera comme un vide en substance, la trace indélébile au fond de la mémoire
      d’une patte en suspens (repliée sous le ventre)

      le peu de chien aboie en moi c’est toute une mort
      à arpenter – des fois qu’on ne saurait pas où elle mène, ni de quel trou se faire l’écho, ramasser des débris pour s’en coudre une couverture

      sans lieu originel (sans donc la possibilité d’un éventuel retour), casse toi la gueule, chute. souviens-toi qu’au fond dieu écartant les bras
      ne te rattrapera pas – l’as-tu jamais rattrapé toi, tandis qu’il tombait, tombait, tombait…

      homme sur les quais – de son plein gré mais que pourrait-il faire d’autre en fin de compte. se retrousser les bras, qu’ils ne dépassent piteusement des manches. ramasser les miettes que l’on jette au pigeons pour en faire son repas quotidien. finir par se douter que mourir debout ne suffira probablement pas…

      pleure beaucoup mon corps, ou mon corps pleure beaucoup
      il n’y a pas de raison qu’on se reconnaisse, qu’on s’estime, ni même qu’on s’aime
      toi tu te tranches la tresse d’un coup de ciseaux net et radical tandis que je
      plie les bateaux, et prends congé d’un monde où si les yeux pleurent beaucoup, du moins s’apaisent les couleurs

    6 mai 2021

  • les yeux ouvrent grande la bête

      un jour j’ai bu un coup, et tout un coup était désert. un jour j’étais un être, dorénavant bien moins que ça, que ça un être, une bouteille à la mare

      faut bien mourir quelque part, étant donné qu’on a vécu ailleurs. et ailleurs c’est parfois hors du trou, on compte ses animaux, voir qu’il n’en manque pas un…

      le premier nom de l’âme était un immortel. dès le second fléchissant, chipotant sur l’essentiel comme si l’essentiel tenant la barre, obstinément se refusait à
      éjaculer

      je suis mûr pour un tour de manège, deux tours de manège allez, trois tours de manège mais pas plus – un trognon de pompon m’a bouché le siphon, un chignon réfractaire

      la vérité toute la vérité rien que la vérité, c’est à dire un nuage en papier, une ovule en carton
      mâché juré, puis recraché

      échapper au sens, et même au sens inverse, en se touchant le sexe ou en fourrant sa main dedans la manche pour la couper du froid, par exemple

      je ne distille la lumière d’aucun ciel fixe, conscience anti-matière, anus miserabilis. il faudra vivre avec ou sans, ce qui ne change pas grand chose au fond
      or c’est privé d’ensemble que le détail prend relief…

     

    les yeux ouvrent grande la bête

    4 mai 2021

  • ok ben moi je nage

      on n’échappe à sa mort qu’en contemplant sa mort, en la surplombant. et c’est ainsi qu’on meurt deux fois, une fois debout une fois couché
      une fois mort une fois vivant

      je n’ai plus rien, pas même un mal de dent, une humaine insomnie, la promesse foireuse d’un présent compatible
      au ras du ciel, à peine plus bas, je me suis faufilé

      parquet flottant, ciel incertain – tous ces méandres d’un beau baratin. je sors ma petite bouteille d’eau elle ne contient que ça ma petite bouteille, chargée négativement en
      retour de courant

      le cimetière sous la neige, sauf quand y a pas de neige. ou quand on se réveille – c’est sûr ressusciter ça c’est du sport
      alors comment ne pas rester assis se dire certes la fin est raide, la mort si plane…

      j’ai pas d’pulsion. les pulsions sont trop courtes, et j’enchaîne les longueurs
      loin de tout mais proche de rien, je m’étale en langueurs, en langueurs exutoires

      du jeu dans les béquilles, du mords aux dents et tant pis si gâtées. on n’est pas mort tout l’temps faut pas croire – des fois même on fout le feu, on fout le feu à l’étincelle

      ton chien d’abord tu mords. ensuite tu meurs à jeun, de haute lutte mais à jeun. penchant du côté droit quand la mer monte à gauche, penchant du côté gauche le reste du temps
      ou bien le temps qu’il reste, comme tu veux

      où aller au-delà de l’idée qu’il n’y a que néant et miracle, que l’un sans l’autre s’excommunient, et que les filles pour faire l’amour généralement enlèvent leurs chaussettes   mais pas systématiquement

    2 mai 2021

  • du pont de tancarville

      de la douleur originelle je fais une bouche, un trou tendu vers dieu, lequel une bouche, un autre trou tendu vers moi
      on s’bave du ciel

      de claire mélancolie j’ai mangé mon buvard, mon buvard pisse-partout
      j’ai léché tout ton crâne, aussi

      hippie des villes hippie des champs, en oiseaux continus en chute d’altitude
      rêver plus grand qu’ses yeux creuse un trou au milieu, une ride triste de chaque côté

      du pont de tancarville une seine moelleuse, un liquide glaireux. je me rapproche de chez moi déjà s’agitent les atouts
      au fond des manches creuses

      nuit comme elle vient, et se soulage comme elle peut – au pied d’un arbre ou seule face au miroir, balise échouée en zone tranquille…

      altération du sens, démesure d’urgence – j’appuie dessus mais rien n’en sort. c’était bien la peine d’en faire toute une histoire, de revivre en dehors
      de tout ce qui hors-champ
      crevait par le dedans

      la pluie sur le côté, la rance coule au milieu. si j’étais vivant j’en saurais quelque chose. si j’étais vivant je m’tripoterais l’néant tout en suçant, en suçotant
      un bonbon à la mangue

      tout ce qui vient du ciel vient du ciel, la pluie comme l’absence de pluie, les fientes pigeonnières les aurores boréales que sais-je ? il faudrait relever une tête pour savoir, une tête pour la relever, une idée dedans la tête ou en tout cas
      n’en passant pas trop loin

     

    du pont de tancarville

    30 avril 2021

  • portrait craché

      je connais mon origine, et je connais mon terme. je reconnais d’emblée toutes les odeurs émanées de la très basse extraction, pierre courant le long de pierre fuyante, ombre erratique
      je pêche d’un vieux. je pêche d’un homme entre deux visages dont l’un tourné vers l’intérieur, ombre erratique et là j’abdique. du refus permanent l’homme éjacule à
      contre-courant

      quelque chose comme il se pense et il se pense comme il est mort, ou si pas mort pas loin de mort, un pas de côté du mort en soi faisant la différence
      la différence c’est moi, d’entre le mort et soi, moi n’étant enfin pleinement soi que mort, par contumace si besoin, mais d’un sapin

      et j’en peux plus de mes mensonges, lizy se tourne sur le côté. la vie si maigre, maigre à côté, la vie se tourne sur le côté
      j’abrège un mort. un mort c’est moi.. un mort c’est tous ceux qui s’obstinent à ne pas ressusciter, frappant à ma porte or ma porte leur claque aux dents leur dit non c’est pas toi, et c’est pas toi, et c’est pas toi non plus

      quelque chose en moi nie d’un trou mauvais. je ne suis pas négociable
      un jamais aux trousses d’un toujours lui caresse les côtes, il bande mais c’est pour rien
      car c’est pour rien qu’il bande, à vide vide et demi

      incessamment le poursuit l’ombre de ce qu’il fut quoique ne l’ait jamais été. je répare mes peluches. j’ai beau les enculer je recouds mes peluches. dans la mort à pieds joints
      brûlant de tout le feu brûlant et que le feu faut-il afin de se consumer. je reconnais le terme et je me branle l’origine. j’importe la douleur car douleur ne ment, elle a trop mal aux dents

    28 avril 2021

  • chatte la borgne

      à chaque étage démissionne. dès le nombril démissionne
      je m’assieds bien tranquille, bien tranquille je cherche un visage dans la forêt et ne trouve que
      branches, branchages

      j’affiche complet. plus que les masques j’affiche complet
      vais répétant ad nauseam le même mot non jusqu’à ce qu’il s’épuise mais jusqu’
      à ce qu’il se fasse os, contre toute l’attente os

      car j’ai tant attendu, de n’avoir fait qu’attendre
      attendre coulait dans une mare ne m’arrivant pas à la cheville
      cul nu de la cheville

      frappe-moi. frappe-moi nu. puis lui demande pardon
      il a cru qu’on baisait sa culotte or ne soufflait que le vent
      en rase-motte

      le chien redouble d’intensité, et j’en ai ras le froc
      je me suis habitué à marcher couramment, au côté d’un temps à perte de vue
      d’un temps défenestré

      ceci n’ayant pas servi. et ceci ne servirant sans doute pas, je réalisai que
      je pompais de l’ombre, et qu’ainsi pompant de l’ombre je
      m’en désisterais

      j’ai mort dans l’pied. dans l’pied c’est infini
      un rien. presque un néant. m’a momifié
      momie plein l’cul

     

    chatte la borgne

    26 avril 2021

  • l’ennui avec les roses

      à la mort d’un être humain comment différencier la mort
      de l’être humain ?
      si peu ou humain soit-il par ailleurs ?
      même si j’avais envie d’un pomme je ne pourrais pas manger une pomme
      je pourrais être mort que je n’y croirais pas

      apporte-moi du pain à lier. fais le moi manger
      parle-moi de tout ce qu’on n’a pu aborder, la marée descendante
      j’ai eu l’envie soudaine d’être mort, pour ne pas condescendre, ne pas souiller ce qui de toute éternité luit de beauté, puisque de toute éternité
      mais crève la dèche. crève la mort. crève le chien dans l’cul du chien

      et puis on n’a rien dit
      on n’a rien dit, parce qu’on n’a rien dit
      et accessoirement parce qu’on n’avait rien à dire
      ou qu’il était trop tard pour dire
      ou qu’il ne restait rien ne plus ni à faire
      que dire
      pour rien
      parce que dire pour rien

      depuis lors rien n’a changé – je suis toujours le fantôme de moi-même, l’amoureux d’une seule bruine
      il va falloir y aller maintenant
      je marche mais je ne marche pas, dans l’ombre mais dans l’ombre de rien
      et quand il revint ce n’était plus qu’un animal, ou qu’à l’état d’animal
      traînant sa queue dans la poussière, les ronces
      grognant dans son sommeil

      si je ne me suicide pas c’est que je ne sais pas quoi faire de la mort, pas comment on s’y prend, tant moralement que physiquement
      et peut-être pas envie, tout simplement
      je voudrais la serrer dans mes bras et pourtant elle n’est rien. je voudrais la serrer dans mes bras peut-être du fait qu’elle n’est rien
      et que moi non plus je ne suis rien

    25 avril 2021

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