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assis là sur un banc


  • sous l’parapluie

      les hommes font de jolis morceaux, de jolis morceaux par terre, dans le miroir des femmes
      je suis tombé sur mes genoux et j’ai prié, j’ai prié jusqu’à ce que dieu ne me réponde pas essentiellement
      puis j’ai fermé le robinet, tellement fermé le robinet qu’il fuit depuis partout
      notamment sur les terrasses

      j’ai parlé pour parler, mais d’abord pour m’entendre. m’entendre signifiait que quelque chose était là, dont la voix parvenait
      je suis né par mégarde, entre deux poteaux de rugby et dans un champ de ronces – il faut bien mourir de quelque chose me diras-tu, alors je suis né quelque part :
      un des envers les plus pauvres du pays, dont la maternité justement vient d’être fermée, comme vient d’être refermée
      la cage où l’on prétend confiner le néant

      ils s’en vont, tous s’en vont, nous déchirant en partant comme si devenus trop lourds – eut-il été préférable de ne pas s’attacher ?
      je les aimais comme on aime une pompe et voilà désormais la pompe à sec, sifflet coupé
      j’ai tué dieu pour être seul, seul face à tous les absents du monde entier, et le monde en son entier
      tenait dans mon cœur vide

      un genre de mouche verte m’a piqué sauvagement, tandis qu’innocemment je siestais
      entre l’ici et le rien je fais le funambule – maigre la terre, avec un sexe au milieu avide de caresses
      si ton chien a un accent un tant soit peu picard bats-le, et si tu retournes à tes origines retrouve-toi face au
      premier venu, tout juste né de la
      dernière pluie

     

    sous l'parapluie

    5 septembre 2021

  • dernier homme avant la mer

      je me suis mépris sur le sens à donner à mon inexistence, l’inexpression ne contenant que le deuil d’une porte définitivement ouverte comme à tout ce qui se rate

      il ne fit rien – par exemple de l’accordéon, du son en pressurant le vide, un minimum vital qui ne le raccorde qu’à l’idée de sa fondamentale inadéquation

      qu’un arbre crache la forêt ne lui rendra pas les dents propres. il a fallu l’allonger sur le dos, ou sur une planche, puis la casser au milieu

      apparemment il faisait rage. à l’extérieur non plus rien de très sage. la mort en mille morceaux a du grincer des dents, si j’en crois ma propre mâchoire

      main basse sur tout ce qui respire, ou fait mine d’exister alors tiens-toi coi, reste du bon côté du souffle et tout finira par s’apaiser dans un néant sans crainte, malgré le sang qu’il perd

      car dieu ne dispose plus que d’un seul œil, l’autre naviguant à vue de visage en visage et leur air incrédule reconstituant les signes
      d’un paysage en perdition…

    3 septembre 2021

  • l’éternel non-retour

      le dieu d’avant la porte, après la porte c’est trop tard, il tend son gant et sous son gant nulle main ne défile, nul doigt ne se faufile

      j’arrive donc à la raison pure, la raison pure de raison comme on déblaie la neige – mais à quoi bon déblayer neige qui ne cesse

      défection, alors là tout à coup, on fait la défection. il ne reste de monde que les lèvres tendues à en embrasser le creux

      blanc dans les yeux, blanc dans les poches, on ne mange pas ses béquilles avec passion, ni ne s’épanche de façon propre sur ce qui finalement ne jouit pas très longtemps

      quarante-neuf fois le mont vouloir, avant de retomber au terme vide, lequel n’appartient qu’à soi

      on s’amoure à l’arrache. à force de se concentrer sur l’inessentialité on a même oublié de quel côté étaler sa production, sur quel sol recomposer ses têtues négations

      le square mange ses grilles ça le distrait un peu, et de peu digeste en empalement sûr, l’espace recommence exactement là où il s’était tu : dans nos bouches vagabondes…

     

    l'éternel non-retour

    1 septembre 2021

  • tomber amoureux de nastassia philippovna

      il y a des gens qui pleuvent beaucoup, pleurent du beurre
      et dansent en boucle les raisons profondes de s’abstenir, tel qu’on se tient droit et droitement à plus ou moins
      longue échéance on meurt, juste mais alors très juste à
      côté de la plaque

      tombe après tombe, ban de poissons traversant l’espace ou rasant
      le gazon. entre nous la verveine, la poisse sous le bras
      et le vide du cœur. j’abîme un certain temps, ou alors je médite: je médite
      ces bombes réfractaires, ces éclats d’obus clairs et j’en appelle
      ams stram gram et j’en appelle…
      écarte-moi les g’noux

      quelque chose meurt depuis la fin des temps et je n’ose y dire quoi
      champignon vénéneux, qu’on lèche dans le sens d’un sexe à l’envers, un sexe à reculons
      bras ballants de la sainte trinité j’abats le jour
      à la faux comme à la fraîche, j’abats le jour
      jusqu’à me gratter l’cul de la pleine conscience

      j’oublie un ch’min. je remonte sur le pont j’oublie d’une route – entre la mort et l’infini se dresse un triste musicien
      j’embrasse ta bouche. jusqu’à en user la langue les lèvres à la corde, j’embrasse ta bouche. jusqu’à l’os de la bouche j’embrasse ta bouche
      s’est pendu le musicien à chacune des cordes mais que veux-tu moi, je n’oublie pas ta bouche

      du zéro à l’infini la droite est courbe, la gauche s’enferre dans la mer anales coulent les larmes du pendu universel, de sa mère ou de sa femme, j’ai fait le tour de l’univers en un seul vélomoteur
      sa fille avait déjà fui le foyer, une fois trois quarts le tour du néant
      poker menteur, pouilleux massacreur, comprendras-tu jamais à quel point je suis vivant, désespérément vivant ?

    30 août 2021

  • potentiellement méchant

      tourner le dos au même, même armé d’un couteau et ne se rend pas compte
      j’ai rêvé d’une bouée de sauvetage, sauf que la mer n’y étais plus. et je sais pas si je portais encore un caleçon à cette étape de ma déconnexion
      à force de bonds sur le côté j’ai fini par perdre pied et m’endormir dans un champ d’orties blanches, lesquelles contiennent
      les vingt-deux acides aminés

      un soleil charmant, joli pet de travers – ma sagesse aborde une immensité sans dent
      je tape dedans, et quand je dis je tape dedans je ne parle pas d’un ballon, d’un chien ni d’un fessier boudinant, mais, la terre retenant son peu de souffle restant, d’un vol en rase-motte dont l’issue consiste en l’issue-même
      la porte close en descendant

      l’infini de la mort gagne sur le présent, grignote toujours un peu plus de mon espace, que mon espace est blême
      il faut encore un homme afin qu’il puisse arriver quelque chose à cet homme, ou par cet homme à ce qui ne survient que pour autant que quelque chose y survienne
      : un homme par exemple – et quoi d’autre en effet qu’un homme, ou autre chose entre les deux, de flou d’indéfini

      la dernière cigarette est celle dont la fumée ne se dissipera jamais tout à fait
      et j’incarne au fond le trou de cette mémoire. d’un style certes convenu. et les chiens dans la ville en auront reconnu les remparts
      si bien que si je vis en moi, c’est que je n’y habite déjà plus vraiment…

     

    potentiellement méchant

    28 août 2021

  • vide mon porc

      de toute la nature morte et de toute la nature morte, le lien est mort. le lien est mort et je n’y puis rien faire
      il y a un arbre aussi, ou ce qui semble être un arbre, en tout cas l’être d’un âme, bordant la route
      réalité cachée réalité crachée, sous couvert d’un jour creux

      on s’y perd. caillou jeté dans la mare, on s’y perd
      il fait donc jour plus tôt que prévu, les horaires de marée
      ont sonné la décrue. un ciel fait le mur, mur assis sur un mur
      puis retombe au milieu, un peu comme en enfance, légèrement au milieu

      j’ai beau marger, les mollets gonflent
      me reste un souvenir encore du temps où j’avais des souvenirs
      avec des rideaux qu’on entrebâille, quelques poils frisonnants débordant du slip
      me rangeant sur le côté, j’imagine que je ne sers à rien
      d’autre qu’à ne pas me faire écraser

      j’ai bouffé mes bonbecs. il m’en reste trois papiers tout froissés dans la poche
      dont un où s’inscrit le taux de mon absence, ou de l’attention présente portée à cette absence
      d’après laquelle les choses ressemblent précisément à ce qu’elles ne sont pas – petits commerces inessentiels en enfilade d’une rue pas plus longue que mon bras

      fuir devient l’impératif, l’espace à qui sans corps, le souffle à qui soupire
      autour de moi le vide entier se décompose en mille détails insignifiants sur le miroir inversé de la conscience
      j’avale ma pisse
      c’est comme qui dirait j’ravale ma pisse

    26 août 2021

  • wu wei en gare de surdon

      éjaculer dans la mer morte ou presque
      morte

      la porte qu’on est comme en anglais la porte
      fasse qu’on en sorte

      va t’en ton ch’min
      va t’en ton crabe
      térébenthine

      boire la bave et se demander
      où la bouche, sur quelle touche-pas-la-bouche

      ça pue du genou. hommes nous ne
      nous lavons pas. c’est par la mou qu’on rase

      la pluie c’est quand il pleut, mais pas longtemps. au doigt mouillé le sexe
      de ma femme

      dans tous les cas le cas contraire, i faut yaller
      retour à pas d’odeur, morbide farandole

      la voix, tout ce qui subsiste du néant d’un homme. sauf
      si la mort vie profonde

      pleure dans ton tube, pleure partout, mais pleure à l’œil
      les derniers poèmes se liront en braille

      la fin du monde, avec chignon et os dans l’nez
      l’épingle au téton droit
      la vodka du bon schleuh

      pas de flic
      que des bruyères
      : toute une rue en pente…

     

    wu wei en gare de surdon

    24 août 2021

  • l’amie sans fin

      s’il fait froid, tu aères plus souvent. il faut vivre n’est pas méchant
      il faut vivre prend place auprès d’un homme en berne. et monte la garde
      s’il fait froid, te rendors tout tremblant. ne te rends pas malade

      il monte le son. il en faut plus pour coucher sa maison
      toucher tout ce qui est mou le laisse sur sa soif, et sans-voix monte le son
      git comme une bête au fond du trou, saccage toute issue

      remonte le chauffage. que ça brûle d’un côté autant que ça gèle de l’autre
      je ne suis rempart à rien. le mal qui ronge me lèche les mains, puis tout le corps
      et tout le corps à l’avenant – il lui reste à saisir quelque chose par le centre ou au milieu

      j’échafaude un non-plan, puis je rentre dedans, avec toute la vigueur que je ne me connais pas
      gonflent les nuages, et vont s’effilochant. l’idée fixe d’un lit ne les effleure pas
      tu t’allonges et tandis qu’allongée là, j’affûte ma boule de cristal

      la dernière fois que je l’ai vue un miroir m’a littéralement défiguré, traversé le visage
      une simple barrière n’a pas pu s’ériger. la guérite à son bord
      pendu sans sa corde je navigue entre deux eaux. il faut bien passer le temps

    22 août 2021

  • les gens dans les villages

      l’amie n’a plus d’ombre sur sa nuque, l’amie
      s’est rasé l’ombre de la nuque, le poil narguant l’anus. il fut un temps
      il fut un temps jadis
      l’amie s’est rasé l’ongle sur mon dos

      que je n’emporte rien. qu’on laisse traîner là
      mes affaires ma gomme, mes crayons de stupeur. j’encule tout par terre
      que l’on ne me retienne pas, ni rien de moi, ni moi de soi. le train c’est confortable. plus confortable que le car
      le train c’est cher.
      que je n’emporte pas

      extraire un pied d’la vase soit, mais si c’est pour le replonger dans la même vase…
      sortir un pied le maintenir hors flot soit, l’autre
      portera tout le poids, s’enfonçant doublement
      à la rame ou au sceau, devant me tend miroir
      et miroir m’en balance

      j’y reviens. et comme j’en reviens, me croise à mi-chemin
      la main droite dans mon dos cherche celle de gauche. mon dos ne mesure pas
      il y a une tristesse et cette tristesse nous vieillit – ainsi
      devançons-nous l’éternité

      d’où l’idée d’un détour, d’un détour sur soi
      le rien restant, seul restant, prend l’odeur de la mer
      or la mer ne dort pas. le phare l’en empêche
      le phare l’en empêche chaque fois
      le phare m’en empêche, aussi

     

    les gens dans les villages

    20 août 2021

  • dormir la mort

      crâne debout, grève de la marche – de toute marche
      s’il pleut c’est qu’il pleut, sur le crâne de l’homme, ou plus bas sur ses genoux
      il ne fait pas la différence
      il faut bien que quelqu’un lui rappelle qu’il ne fait plus la différence, que toute différence
      ici-bas estompée

      je ne mets pas les pieds dans l’eau, ne pousse pas l’aventure si loin
      c’est ainsi que j’honore la mer même si ça leur ferait plutôt du bien, aux pieds
      quelqu’un reste en arrière, il a certainement ses raisons comme a certainement sa raison propre la mer
      qui n’ose trop s’en approcher

      un pétard cramé en guise de cervelle j’avance, j’avance à reculons
      en rendre difficile l’accès élargit le paysage, contenant contenu par excellence
      excellence le lieu où je me retrouve dans la mesure où j’en réchappe, m’en échappe
      c’est un pied juste au-dessus de l’eau, rondelle d’incertitude

      dormir la mort, dormir là plus profonde, la comme une sonde
      ça fait longtemps que je ne me retourne plus sur un bout de soleil, ne me triture plus la plaie d’un bout de fil de fer tordu
      je quitte mon banc
      d’avoir pissé sur moi, je quitte mon banc
      j’entre en totale désertion

    18 août 2021

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