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assis là sur un banc


  • où l’inutile s’avère nécessaire

      rien ne vous empêche de poser un mouchoir devant vous et de fermer les yeux
      les yeux ou tout ce qui vous viendrait à l’esprit sauf le sang, tant le sang se fait rare
      et rares les mouchoirs…

      dieu n’est que prétexte : la vie se trouvait là
      bien avant le néant – le néant quoi qu’il en soit, chemin de traverse ou œil pour dent
      je te remarque que tu
      ne me remarques pas, cent ans de vie funèbre

      j’aime les mouches – peut-être parce qu’elles ne piquent pas et se contentent
      de prendre sans mendier, dansantes obstinées…
      derrière moi se tient un homme et je tue l’homme, l’homme étant ce qui reste
      de l’homme qu’il a tué

      ton eau pue le vin, ton ciel va nu-pieds
      bouseux métaphysique
      des papillons sèment à tout va – que donc ? même pas du vent : des marlènes, des lilis, des airs tristes et blêmes afin d’exorciser
      le néant pur, les couilles qui tournent à vide, de menus artifices
      qu’on s’octroie faute de mieux…

      je crois qu’il est dans les airs, je crois
      qu’un homme se porte garant de sa claire déchéance
      il n’abhorre plus, il oublie d’aboyer. il retourne ses dents, inutilement méchant – méchant seulement
      pour être méchant
      pour être moi

     

    où l'inutile s'avère nécessaire

    24 septembre 2021

  • one by one les mouches

      dieu comme un ciel inattendu, la part de fée en moi. la part de rien en soi
      n’être rien, n’avoir nulle part, nul oreiller, finira par représenter l’essence même du bonheur – d’un bonheur
      vide de sens, dépourvu de but, ou d’un quelconque intérêt

      choyez la porte et la porte sera brève
      la personne que j’embrasse sur la bouche à l’exclusion de toute autre ne vit pas de la même mort
      je vais pourvoir passer devant. pourrir sur pied passer devant

      dans la banlieue d’adèle j’ai fini par haïr adèle, et les centres urbains
      je recueille sur ma langue la sueur de qui meurt à son odeur, de qui ne jouira plus
      de qui la tombe se pare d’une bête guirlande de noël

      les étoiles concaves, ou comment l’on se trompe
      de poupée. de poupée se tromper. et se morfond
      on arrivera à vivre malgré tout ou au pire, on ouvrira les clapiers

      on s’abrite derrière un arbre et l’arbre n’en finit pas
      de rétrécir, jusqu’à laisser nos fesses à découvert, et nos malfaçons
      j’ai perdu quelque chose. en chemin j’imagine, dès l’entrée du faubourg ou bien sur les coteaux, j’ai perdu quelque chose…

    22 septembre 2021

  • l’homme de personne

      un ciel sans faute
      un saut qui dure
      accroupi, un homme s’oublie
      mouille l’herbe
      l’herbe sous lui
      repousse
      ou pas
      . pas de permis de vivre

      orphelin est un
      métier
      le jour s’en fut
      le jour s’en fout
      il s’en fallut
      de peu, presque de
      tout un destin
      . orphelin est une vo-
      cation

      j’ai fait un trou
      dans ma cervelle
      en enfonçant le doigt
      il pleut
      par moments, il pleut
      on dira
      que par moments il pleut
      par moments non
      en enfonçant le doigt

      une butte
      (un tumulus)
      . sur une butte
      siège un enfant
      l’homme sous lui
      ne l’atteint pas
      ne le recouvre pas
      sangsue, tique, lierre
      peau truquée
      l’hiver à fleur de pipe

      un chien
      n’a pas de nom
      on ne donne pas de nom, galeux
      à ce chien-là
      on meurt assis
      monument aux puces
      on boit à même
      la flaque

      chien-appeal
      il touche du bois
      il mord du bois
      il raide
      la corde au loup
      et quand il redevient
      loup
      il mord le trou
      . j’ai tombé dans le sceau, se surprend-il

     

    l'homme de personne

    20 septembre 2021

  • naviguai naviguèrent, où navigué-je

      à mi-chemin
      d’un côté
      comme de l’autre
      sauf que ça ne coûte rien
      rien d’un côté
      comme de l’autre
      à mi-chemin
      de nulle part vers
      là où
      . rentre dehors

      trace une ligne
      et sur la ligne un corps
      : perdre le temps
      et perdre ce qui
      n’est déjà plus le temps
      râle d’une morte
      . j’attends d’avoir trop bu

      quelqu’un
      rouge cuillère
      s’amenuise envers
      quelqu’un
      . je repars
      inabouti je
      repars en son
      obstinément l’ab-
      stention

      à force de
      crever on finit par
      marcher. ça ne
      s’arrête pas
      ou c’est d’un arrêt fluide
      permanent
      vacation permanente

      si peu d’homme après moi
      je ne
      débouche sur rien
      l’huître a sa perle
      l’oiseau son nid
      le regard son mystère
      et l’autre son
      vide abyssal, mi-
      roir aux abois

      sable dans
      la soupe
      ou entre les
      orteils, nombril
      pas de nombril ou dans l’
      nombril
      sable dans
      mouvant le trou
      le trou mouvant
      mouvant garçon

    18 septembre 2021

  • tout ce que j’ai souillé, tu l’as aimé

      j’avais envie
      de nager contre
      le
      courant aigu
      de ses muqueuses
      ici-bas ou là-haut
      ici-haut ou là-bas
      quelque part en tout cas
      plus vif que mort

      leurs beaux bateaux
      ma ruse à moi
      mon cheval de toi
      mon sang très pur
      en toi si pure
      et leurs visages aussitôt
      muèrent en étrange
      physionomie

      qu’est-ce que
      c’est
      papier-poussière
      je revis un moment
      juste le temps de
      rembobiner le
      temps mort
      le déterrer
      le aérer

      totalement
      morte ou encore
      un peu tanguante
      j’aime l’eau froide
      ainsi que tout le
      souffle perdu
      à la tiédir.
      dehors est un
      bus en pleine
      dérive

      on mord dedans
      même quand on
      ne mord rien
      même sans dents
      sans armes
      sans la hargne
      in-dis-pen-sable
      juste à rester
      là vaguement
      debout

      nuque
      brisée
      échine
      courbée
      papa va à la mer
      papa va introduire
      la mort dans l’œuf
      passe sa rage

     

    tout ce que j'ai souillé, tu l'as aimé

    16 septembre 2021

  • vertus d’un extincteur

      si le non-sens fait mal c’est qu’il y a un sens tant à la douleur qu’au non-sens, et que de ce sens-là on espère à tout hasard extraire un essentiel

      prendre mes yeux pour des cauchemars ambulants, alors qu’on y peut lire en parallèle une intime paresse
      et qu’un intense ennui les garde droit debout

      pas de châteaux en espagne, mais Gijon me tend un plus profond miroir, en lequel l’image des choses
      concentre toute la vérité des choses, sans que cette vérité ne parvienne à annuler ces choses
      ni n’en atténue la douleur

      mourir à flot, dernier objet auquel se raccrocher pour ne pas verticalement sombrer
      il eut fallu réunir ses bras autour d’une brassée de vent mélancolique, de lilas
      sous cutanés

      à trop cracher le dos se déshydrate. je tenais surtout à te dire que seul le feu
      ressuscite le feu,
      où s’entrechoquent deux formes éculées d’une même extinction

    14 septembre 2021

  • et ne sait pas danser

      trash en l’air et tête en bas, on n’baise plus. on n’baise plus car les serpents sont déjà passés, leurs mues en matière préservative
      un temps pour se préserver, un temps pour sa tête brûler, tel est le tao
      or le tao est un plat qui se mange froid
      ou chaud, indifféremment quant à la saison

      mon miel s’est fait piquer par une abeille. un homme revenu de nulle part lui a retiré le dard
      et a soufflé dans son poumon, jusqu’à ce qu’elle retrouve le goût de vivre, le goût de tuer
      personne ne me demande de le suivre. chacun me convie à me perdre

      un homme ne me pardonnera pas d’être un homme, pas plus qu’un nuage – n’essayé-je donc que de gagner du temps ?
      il y a un tiroir en moi, un qui ne s’ouvre pas, comme si c’était moi que je refusais d’ouvrir alors je me mets un gun sur la tempe et je me hurle :
      rectangle, ouvre-toi !
      ou change de métier

      je ne sers à rien. j’ai plombé mon nichon
      le mors d’un cheval ne le retiendra pas, les rênes d’un cheval ne le dirigeront pas, et voici que je me bats pour une place assise
      contre ma propre chaise ?
      un diable hors de sa boîte, comme sorti de nulle part, et ne sait pas danser…

     

    et ne sait pas danser

    12 septembre 2021

  • chemin de malfaisance, contrefaçon de vivre

      le vent s’est caché dans mes branches, il doit bien rester en moi quelqu’un
      que je crains de décevoir, et dont la peine me ferait renoncer
      aujourd’hui, je m’en vais manger la mer
      aujourd’hui, je m’en vais à pleines dents mordre à même les couilles de la mer
      car aujourd’hui, au nom de tout ce que j’ai jamais aimé, je m’en vais brûler mon âme
      ou l’exact contraire

      un chien mourra deux tu l’auras, tu ne me soulèveras pas le bras
      sans en lécher l’odeur, et l’os, et la gamine au midi pile
      s’il faut survivre c’est que la mort ne suffit pas, ne se suffit pas à elle-même, la toujours-à-la-traîne
      la traînée
      l’aveugle à la canne perdue

      ta mère a le cancer et alors – moi aussi j’ai le cancer. un seul cancer pour tous
      je marche dans la rue et alors – la rue fait semblant d’être plate, ou droite. en vrai, la rue recule devant moi
      la flaque n’est là que pour s’y noyer, à moins bien entendu que l’on se décide
      à y sauter pieds nus

      tu me pardonneras hein, tu me pardonneras ? je sais que tu me pardonneras
      et pourtant, ce pardon ouvre la possibilité d’un retour – maudit soit ce pardon
      maudit soit le retour
      le seul retour est devant nous, bouche ouverte

    10 septembre 2021

  • temps du partage

      mon chien s’est mordu la langue, mon chien s’est mordu la dent, alors mon chien s’est mordu l’anus
      il est mort ce matin
      le vent lui servira de tombe
      comme il sert de tombe à tout un chacun
      avec les mouches

      mais revient le temps du partage
      du partage du pain dur
      tant dur était le pain, d’un christ non ressuscité, d’un christ rassis, d’un christ qui ne nous aurait
      pas laissés tomber, la douleur jusqu’à ce qu’elle sourie et se nomme pitié
      si la pomme pourrit c’est que son cœur est mort, c’est que son cœur
      a cessé de saigner

      tu fais ce que tu veux avec la mie de pain mais je reste moi le héros d’un jour encore non advenu
      en attendant j’arpente la grève, à m’en faire saigner la plante des pieds
      on ne mourra pas sans se dire au revoir – mieux : on ne mourra pas
      sans s’être vraiment retrouvés
      à jamais retrouvés

      il me faut digérer toute la mort non pour mériter, mais pour supporter tant de beauté – la beauté ne se livrant qu’au néant, comme la grâce relève d’une chute
      mais justement je me suis pissé partout, la mort n’arrivant pas à tout nettoyer je suis tombé dessus
      je n’étais qu’un enfant

     

    temps du partage

    8 septembre 2021

  • un rasoir pour deux

      sous mon casque il y a un crâne, les insectes s’écrasent sur la visière – être homme, n’est-ce pas choisir le lieu de son décès, élire son puits ?
      de quelle femme eus-je été l’homme ? l’homme n’est-il homme que d’une femme – dès la deuxième se confondant déjà à la bouée
      de son propre naufrage ?

      le pays le plus gris ne résiste pas à ses fleurs – l’homme-bouche a tété son moignon
      quand je me regarde de travers c’est de travers que je me regarde, le pôle nord en pleine poitrine
      et le nombril à découvert

      j’en reviens à ma moelle épinière. je cours en rut à travers la sapinière
      le cache-sexe d’un jour si gris. je lui demande si ça va – ça va ça va, ça va entre deux piles
      de linge toujours sale, quoi qu’on y fasse

      des chants dans les herbages, des orties plein le slip, tu gratteras jusqu’au sang l’allumette fringante
      il faut mourir en ordre. des gens marchent sans cesse juste de n’avoir nulle part où aller., on leur procure des tentes
      cela ne suffit pas – je leur livre mes rites, mon gîte, encore ma tante
      quand le feu s’éteindra, les cendres renaîtront, prédisent-ils

      j’ai un cheval par hasard, faut dire que j’ai acheté un cheval par hasard
      parce que chez nous, on achète les chevaux, on achète tout – nos dents, nos propres baisers, nos simples hasards, dépourvus de coïncidence
      et jusqu’à notre propre écho, miroir d’un cri qu’on n’a jamais poussé

    7 septembre 2021

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