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assis là sur un banc


  • dieu a voulu qu’elles s’allient

      dieu ne sera plus qu’un homme, l’homme plus qu’un rat, et les soldats de se curer les dents sur un poil de vierge
      et là plus qu’une grenouille, qui respire comme elle peut entre deux bouffées de tôle – la tôle, celle qu’on s’enfonce dans les côtes quand on reste seul au monde…

      je meurs d’un vide autour de moi, et faut pas croire qu’un vide c’est large, une nuit d’pigeons-raves
      j’ai presque quelque chose à te dire, presque un désir au bout d’la langue – une presque-vie à vivre
      je meurs d’un moi autour du vide

      réponds-moi quand je t’appelle pas, réponds-moi la vie dans l’phone
      mon cheval court où il veut. Brême est une ville au nord de l’allemagne. la campagne autour de Brême
      abats-moi comme un chien, si t’as jamais eu un chien

      je ne veux plus rien dire l’eau est trop forte, trop dure
      quand tout ce qu’il reste d’une civilisation, la pureté de cette civilisation
      le niveau monte, et monte et monte encore, au fur et à mesure que baisse le niveau
      et ramasse à la pelle

      de tous trous sortent les rats, plus rien en les retient. j’absous une heure, lapant les meurtrissures
      on ne tue pas un être d’un seul doigt
      je ne sais que je n’y puis, que survivre est une chose mais
      j’habite de l’autre côté, l’autre côté de l’autoroute
      je t’aime bien quand même

     

    dieu a voulu qu'elles s'allient

    1 juin 2021

  • tendance la potence

      interstellaire as-tu du feu, de la masse, du nœud ? j’échappe à mon destin mon destin pique une crise, prends-moi dans tes bras. s’il te plaît c’est une urgence prends-moi donc dans tes bras, et plus si affinité
      genre nique un œil

      petit chemin de ronde attrape ta queue, dis-lui comme on plaque d’une plombe
      et qu’on en a sacrément marre. qu’il faudrait tout rouvrir. on se répandrait nus, parce que nu c’est si beau
      de douleur retenue

      je n’ai plus rien à t’apprendre d’ailleurs – les galons ont sauté, de ma prescience notoire
      j’ai gerbé sur tes souliers vernis pardonne-moi. indulge-moi. rabote-moi si tu ne peux t’en empêcher je sais pressants certains besoins
      quant à moi je n’ai besoin de rien

      d’un road trip-dostoÏevski j’ai dégusté la chair et j’ai bu le canon. je me rends sous toute forme. habille-moi comme tu veux – tel que tu me vois, nu je n’existe pas. que l’on jette et que l’on renverse
      d’une bouchée, d’un gorgée

      survivre à soi la tâche ardue. en s’effaçant de soi il y a du mou par là-bas t’efface pas comme ça mon chien n’est pas méchant. mon lien n’est pas tranchant
      je me couvre d’un cheveu. sur la langue ou dans l’cul qu’importe – athlète du cercueil, ophélie en bocal…
      pardonne-moi si tu peux

    30 mai 2021

  • nourrir sa vierge de petits poissons crus

      poussière étrange, étrange poussière – de celles qui ne se ramassent pas ni qu’on souffle dessus. on souffle sur une poupée, un nuage de poupée, une poupée-minute c’est effrayant
      – sensation qu’on trucide un brouillard

      le couloir nous éblouit, on n’est pas vitre pour ça. on n’est vitre pour rien, par hasard ou pour poser front tout contre le paysage; pour se briser, ne plus savoir de quel côté dedans de quel côté dehors, ni qui suce en dernier lieu
      le dernier lieu a fait chou blanc, dorénavant l’espoir
      décime nos attentes

      il y avait un garçon, et ce garçon toujours sur un nuage
      or ce nuage avait la rage. stratosphérique, nuage vénéneux
      elles ne font plus illusion, les filles des bords de quai

      s’il y avait un homme il y aurait un homme. et personne ne lui répondrait, pas une femme, souple pousse de saule
      suis-je l’être qui sans savoir, t’a marché sur le pied – plus que le pied peut-être même, t’a pissé sur la lune ?

      j’ai l’informe d’un tas de linge, rappelle-moi si tu reçois ce message
      j’ai peur du vide aussi, qui n’a pas peur du vide mais plus encore, j’ai peur de tout ce qui peuple ce vide, ce vide hors de soi
      si tout au fond de moi

     

    nourrir sa vierge de petits poissons crus

    28 mai 2021

  • on éborgne bien les prolos

      chaque caresse abolit la mort, abolit comme un délit de mort. et c’est mort que je cours pieds nus sur le gravier, le sexe secoué d’est en ouest débroussaillant
      les nuages macchabées

      semer quoi, semer des pissenlits, sur nos existences rognées. éventuellement cela m’évoque un phare – un phare non pour signaler le port, rentrer bredouille au port mais pour défaillant,
      déborder sur le large, rentrer bredouille au large

      oh dieu, quel état d’âme oh dieu, quelle sortie d’autoroute. quel ventre en loques recevant sans broncher sous les coups de boutoir la semence énervée
      on en restera là, effaré comme on dit, dévié de la terre promise

      est-ce que tu voudras vivre toute la vie avec moi ou t’es mort, t’esquintant à recoudre à la bouche
      le palais et la langue.
      je ne connais d’humeur que la vie que l’on serre entre ses mains fébriles, ses petites mains déphalangées
      de mère célibataire

      j’ai versé dans le crachoir je ne me souviens plus vraiment
      de quel côté tombe la larme, sur quel corps atrophié, à ma décharge privée – fosse commune où il faut bien l’avouer,
      mourir m’a coûté toutes les dents…

    26 mai 2021

  • venir d’en bas. y revenir

      ce qu’on fait avec ses pieds, ce qu’on fait avec ses morts. ce qu’on fait avec les pieds d’un mort. on s’éveille toute la journée on s’éveille, mais en fait on s’éveille pas. on dort un chiale

      l’éternité bouge en moi. l’espace recule. je brandis une épée invisible tout l’monde voit bien qu’il n’y a pas d’épée n’empêche que je la brandis, cette épée invisible ou qui n’existe pas. car c’est avec une épée qui n’existe pas qu’on tranchera le néant

      c’est l’objet d’un rare délit, lilas en fleurs. cela ne s’adresse à personne et cela résonne d’autant plus loin, cela résonne sans écho. c’est comme la maladie – à quoi sert la maladie, sinon de rentrer en soi quand dehors fait si froid

      le vent qui tourne il tourne en rond, mais il finit toujours pas s’échapper, par trouver une issue. c’est à ce titre seulement que j’embrasse ton genou, te lèche la cuisse, enfonce un œil captif dans l’origine béate. il pleut en rond

      je n’fume pas. il me reste bien quelques cigarettes au fond d’un vieux paquet, mais je n’fume pas. je n’fume pas, le ciel en contrebas. sous la pluie je n’fume pas, bien qu’accroupi. je me suis dit qu’accroupi ça passerait peut-être mieux

     

    venir d'en bas. y revenir

    24 mai 2021

  • le reste du temps, j’m’achète une corde

      je n’mange pas. je n’mange pas parce que tu ne me donnes pas à manger. non – je n’mange pas parce qu’il n’y a rien à manger. je me rue sur les miettes. les miettes il n’y a que ça les miettes, des poussières de festin
      comme on fait grève, je n’mange pas

      je n’ai pas caressé la femme de Du Fu. en général, je ne caresse pas les femmes des poètes, qui plus est morts. les femmes mortes, des poètes morts, non je ne les caresse pas
      leurs os me restent en travers de la gorge

      je suis la mi-temps d’une éternité, l’intermède entre deux cuisses. ou deux fesses. le hamac où se balance un mort. je lui ai dit tu me manqueras quand je serai mort. non, je ne le lui ai pas dit
      je roulais sous ma langue un silence de plomb

      je n’bois pas. ou seulement comme un trou. un trou absorbe les flaques, le ciel à travers elles. les arbres, les immeubles. un trou recrache les images du monde. il en aspire les larmes, et recrache les images
      c’est un trou comme il faut

      je n’baise pas. la dernière fois que j’ai baisé j’avais comme l’impression d’être au piquet. en cale basse. je n’baise pas à cause des trous, qui s’enveniment. ou des trous vénéneux, des trous véreux
      je n’baise pas, par désœuvrement

    22 mai 2021

  • néant soudain

      il y a des fois un homme ou deux. des fois. des fois deux
      il y a des fois qui se courent l’un derrière l’autre, ou l’une, il y a toujours un homme en trop, un trou ou l’autre
      un trou en moins

      je n’achète rien je me dis juste que c’est pas comme ça – les bonbons sont sucés…
      on y pêche à la mouche. bon. rien. on y pêche au coquelicot. bon
      et puis c’est tout

      j’ai rêvé que j’avais la bouche pleine de gravillons et que je me fourrais les doigts dans la bouche pour les retirer mais c’était mes dents, toutes mes dents en morceaux que je retirais là, recrachais jusqu’à plus rien de dents
      mon plus gros mensonge fut dieu : il n’est là que si je le renie. la morgue

      un monde sans dieu
      un bout de fer rouillé, comme il en traîne sur les chantiers ou comme on en a tous un nageant à contre-courant dans le colon. une poupée empaillée
      un monde sans dieu, un clou s’enfonçant en toute planche, chair de salut, en plein dans l’sein – un monde sans dieu quoi
      une vie sans vie

      et soudain le miracle
      néant soudain le miracle

     

    néant soudain

    20 mai 2021

  • l’accent sur la douleur

      la joie poussait ses pions, ses pouilleux massacreurs. les bûchers funéraires
      lançaient leurs flammes claires

      osselets d’oiselets, fossiles d’espaces mornes. tu t’écartes et je plonge dedans, je m’enfonce me débâcle, battant des bras tremblant des doigts tu sais, je me mouche dans ton sang tu sais,
      j’ai l’amour pandémique

      on murmure entre soi on se dit tiens, entre moi – ça n’a pas plus de sens que ça comment dire, ça ne va pas
      chercher plus loin que ça, comment dire

      on reste là, assis sur un seul pied là à attendre, on attend là
      la fin du monde
      en attendant la fin du monde on reste là, attendant là
      la fin du monde
      on s’fait des crêpes

      la vie roule t-elle partout, écrase t-elle
      les méchants comme les gentils, grinçant des dents, saignant du cul
      la vie tombe des nues, puis regrimpe au rideau

      la joie luisait à plein néon, elle s’explosait la chatte la joie
      mélangeait la chienlit avec les roses – les roses, tu connais ça les roses, les bouches roses…?

    18 mai 2021

  • passion assise

      quelque chose couvre mes yeux et j’ignore quels sont mes yeux, ou ce qu’ils ouvrent
      un homme n’est que l’habitude d’un homme or la surprise vient de la mort, peau lisse et nue sous sa robe anthracite

      manger de la famine, manger de la famine toute blanche. des gens meurent à l’aube, et pourquoi donc à l’aube, comme si le jour était trop clair, ou trop long
      long comme un jour sans vin dit-on, long comme gueule de loup

      ils s’en vont
      il s’en vont en marchant, à bécane ou sur les dents, ils s’en vont se traînant
      ne les rappelle pas en amis : les amis meurent écrasés, systématiquement
      d’où notre réticence aux signaux amicaux

      tu as une toute petite bouche, on ne sait pas comment y entrer, ni quoi y mettre, dans cette toute petite bouche
      alors on y met une virgule, une toute petite virgule, croche entre deux absences longues. encore faudrait-il ne pas y
      laisser sa peau, lisse et nue sous sa robe anthracite

     

    passion assise

    16 mai 2021

  • amour amor et son vélomoteur

      les hommes ont une chienne à leurs pieds, et quand la chienne leur pisse dessus
      les hommes ont un dieu à leur poing, qui résiste aux offenses
      et s’en prend plein la trogne

      je ne suis la mort de personne, en toute circonstance
      et je débouche mon cercueil, je décapsule ma queue, soulève la jupe d’une idée claire
      y a rien dessous non, ni l’œil crispé, ni l’épouse en personne

      j’sais pas quoi, j’sais pas qui, j’sais pas c’qu’on fout d’abord
      la mort à la mort mitaine, ou le sosie d’un sexe
      j’te clashe la chatte et c’est moi qui suffoque – on fait la manche à bethléem
      on fait la manche partout

      dieu ne m’appelle pas dieu, il m’appelle seulement quand il a soif
      en attendant je fume sa clope
      qu’est-ce que je fume je fume sa clope, je chiale un peu
      mon frère est mort mais pas tout mon frère, pas toute la mort, mon frère est mort et moi je suis vivant

      quand tu plantes là ton couteau dans le noir, et tu me tournes en rond, en rond et en travers
      c’est si bas qu’un soleil, irréversible
      et pis non plus tu ne m’envoies nulle chanson, d’un glas miséricorde

    14 mai 2021

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