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assis là sur un banc


  • réglisse

      souffle sur l’un
      souffle sur l’autre
      tond le courant

      souffle sur l’un
      là qu’il s’éteint
      s’essuie les mains

      retour au souffle
      là je m’endors
      respire profond

      peu de chance
      mais une chance
      quand même

      promptement
      change d’idée
      embrasse ses morts

      en se tournant
      se retournant
      ralliant le vide

      j’ai un jardin
      petit jardin
      d’une seule pomme

      j’abrite un arbre
      un arbre en soi
      creux sous mon pull

      évidemment mon âme
      ne m’appartient
      pas

      regarde-moi
      évidemment regarde-moi
      tombe dedans

      une vague
      il faudra mettre une vague
      sous mon poids

      hébergement nu
      j’habite
      une chemise perdue

      c’est le vent qui dedans
      enfle
      t’enchaîne à ses pensées

      je pense pas
      j’arrive pas
      je pars d’un malentendu

      quelqu’un, une bouche
      se lave les dents
      réglisse…

     

    réglisse

    24 juin 2021

  • trou dans l’nombril

      je n’irai pas
      par quatre chemins je n’irai pas
      par un seul chemin : je n’irai pas du tout.
      déterre un pied, soulève
      le sourcil droit – on ira où on veut et même
      où on ne veut pas. ça s’arrête à présent

      je suis bourré d’absence, la rare ébriété
      tout un cortège m’ennuie.
      si tu veux je regarde par là, si tu veux je m’affaisse à quelques millimètres à peine
      du trou de balle d’hélène, j’abdique d’une chaise vide
      déjà, je manquais à l’appel…

      je cherche la racine, et me voici raclant une poignée de sable
      : c’est pas l’écho qui fait la voix.
      à part ça tout va bien, je me rince les os à la fontaine bouchée,
      j’ tire la gueule au métro port’ de vincennes

      une armure à ma ceinture – j’gobe les mouches
      pour être plus exact, j’gobe une mouche
      pour être plus exact encore, j’lui arrache les ailes, j’la sodomise, j’lui bouffe la tête
      c’est un verrou d’posé et c’est un dur métier : si je traverse la rue, or la rue me traverse

      méthodiquement
      presque héroïquement
      la vitre perd ses ch’veux.
      je vais à la mer. et quand je dis je vais à la mer, je dis ça comme on dit tiens j’vais me pendre
      j’vais me pendre à la mer
      et nul besoin de corde pour cela : respirer suffira

      je jouis debout, un glaçon droit dans l’âme
      iceberg de miséricorde
      si tu me lèches avec une minuscule langue de chat, on n’en finira jamais, et on n’ira pas loin
      pas loin me touche la joue
      jouir à genoux, un glaçon dans le g’nou

    21 juin 2021

  • les animaux débiles

      on savait pas pourquoi, mais rassure-toi on savait pas pour qui, non plus
      la quoi la mort, ou le pull à l’envers, côté peau
      je ne savais pas quoi dire, le cul blessé à terre j’absorbe la disette
      cette fois-ci c’est le poisson qui me recrache

      méta-don. comme un sacrifice qui n’aurait pas lieu d’être. don sans bénéficiaire
      la chandelle d’un jeu ne la valant pas, histoire de comprimer le sens
      bref on ne s’oublie pas

      songer à ceci, songer à cela, s’tenir assis sur ses pattes de devant
      mes granges sont vides, leurs poutres bien solides, les cordes toutefois, oui les cordes
      manquent de raideur
      – un peu d’homme aussi, poussière entre les doigts collants

      pour moi la pièce retombe du côté vide
      ou sur la tranche. il y a peu d’âme en vue – et peu d’âme en vue
      recouvre tout le paysage, maudit
      car maudit soit le paysage, et tout, tout ce qui l’accompagne

      on se rassoit blasé, en toute circonstance on se rassoit
      on ferme les yeux avant même d’en avoir épuisé le fond, médusé calfeutré
      – quand vivre se bornait à couver son pot d’chambre…

      sombre verte, sombre morte, j’me cure les dents de tes arêtes
      de profonds courants m’annulent
      et lorsqu’on regarde plus loin (il arrive parfois qu’on regarde plus loin), que cloutée au plancher récidive une larme…

     

    les animaux débiles

    19 juin 2021

  • la mal assise

      le sol, produit de la décomposition des morts, ne respire qu’au travers des vivants, bambous debout perçant la surface et distribuant  le souffle, circulateur d’images dont la bouche
      recrache les clichés rétros…

      s’immuniser contre l’eau chaude, le commun des mortels.
      en l’absence d’un corps gris les yeux bandant, tous ces caquètements grouillant sous la braguette, les bras ballants du harcèlement petit petit petit
      alors faudra pas venir se plaindre, hein…

      les voilà se battant pour quatre malheureux radis, réfléchissant déjà à comment s’en répartir les fanes. j’ai un trou s’il vous plaît
      et tombé dans ce trou la rafle d’une seule braise je crains ne pas
      pouvoir tenir le coup. allons…

      les routes nous contournent. dissidents d’un oubli, nous réapparaissons plus loin, prétendument tenus de nous justifier et agitant les bras
      – quoi, tu ne les aimes pas, mes petits rideaux noirs ?

      seul est avec moi, il me parle tout bas. il me dit n’importe quoi, ou m’enjoint formellement : allez répète après moi. j’en ai ma claque
      qu’il s’arrange donc avec ceux d’en bas, ceux dont le trèfle à trois ou quatre feuilles – moi je raccroche mes dents
      je quitte le réseau

    17 juin 2021

  • le mur à l’endroit, le mur à l’envers

    dans la lumière il y a l’éternité, et dans l’éternité la lumière
      donc il pleuvait sur mon balcon

      tu ne vaux guère plus qu’une tête de mort, par où les rêves transitaient
      lequel d’entre eux seul s’y arrêtait, y trouvant simultanément
      fugue et refuge

      j’ignore qui a bouchonné mon ch’val, qui m’a gratté le dos. quelqu’un n’aurait pu m’embrasser sur la bouche
      sans que je ne m’en aperçoive

      il m’a mordu avec sa langue, avec sa langue m’a lavé les dents
      il est mort à présent, comme tous les saugrenus

      le chaos s’installe parmi nous, dont nous devenons les pièces folles, les fous fumeux
      modifiant nos positions, clarifions nos nudités

      il me mange dans la main or rien ne mange dans la main
      dont il recrache les pépins, les pépins dans la main

      il y a la lumière partout et il (n’) y a la lumière nulle part. entre les deux un jour ou l’autre
      tend sa demeure

     

    le mur à l'endroit, le mur à l'envers

    14 juin 2021

  • dieu dump la résistance

      c’est à cela qu’on reconnaît une âme. elle chasse sur d’autres terres
      sur d’autres terres sous d’autres cieux, cet air soucieux, cet appétit pour ce qui ne se mange pas
      même à petites bouchées même
      au doigt levé et refuse de crever

      j’imagine un homme est-ce si fratricide que cela d’imaginer un homme
      auquel miroir tire sa langue, hargneuse, putréfactieuse. j’imagine un homme au lieu d’un trou
      un trou camouflé en homme. un rayon oblique de temps à autres y pénètre en sourdine c’est à qui
      se penchera le plus avant sans y
      verser de bord

      il y a un fou dans mon jardin il y a un fou, grandeur nature
      diagonale du bonheur je fais le choix, je tends le cou
      roucoule o ma douleur, diagonale du bonheur je tends la joue
      mange-moi la joue

      ça doit se voir
      qu’un œil me pend tandis que l’autre reluque, mèche rebelle
      un homme tient lieu de cadre au paysage mouvant
      de son deuil plastique – comment le tirer de là on ne sait pas. avec un treuil

      ça doit se voir et se savoir que je cherche, matin midis et soir à quatorze heures, ou la même heure aux
      matin midis et soir, ou plus tard dans la nuit quand sommeille en moi la brute, et s’en dégage somnambule
      une bouche lucide. les dents de la pitié. mordant à même le sein nu de dieu je dis je suis
      tout nu de dieu

    11 juin 2021

  • nos arbres quittent la route, et caetera

      il ne manque de rien. un autre univers nous construit la lumière
      c’est un fait établi : la viande et le marteau, cette fraternité sans fondement de gens s’agglutinant
      en ordre dispersé, inconsolables ir-
      réconciliables

      à l’endroit comme à l’envers se rendorment nos champs. on se résorbe
      en menus bonheurs quotidiens, en douleurs lancinantes
      au carrefour l’un tourne à droite, l’autre s’en retourne au
      nulle part viscéral

      quand un arbre tombe à terre un autre sort de terre et s’ébroue, affamé de lumière
      il en meurt chaque jour et chaque jour trimbale
      sa déchéance à l’air libre, bien que rare. une vraie sangsue
      une vraie sangsue épuise le mystère

      trou quand tu trou, la selle en feu, gémissements retenus. j’en ai un qui prend l’eau
      j’en ai un qui prend l’air, rare mais libre. ces gens qui couvrent-feu
      leur arrache une larme

      peu
      et quand je dis peu c’est peu, la claire absence en filigrane
      un vendredi non moins saint qu’un autre que
      tout autre égout au fond du jour, quand je dis peu c’est peu
      il en rajoute toujours un peu

     

    nos arbres quittent la route, et caetera

    9 juin 2021

  • séquestration d’une immortelle

      je marchais mais plus je marchais, moins j’avançais, en contrebas des pas perdus
      j’aurais du faire quelque chose je sais, j’aurais du
      prendre la fuite à bras le corps, descendre du missile en marche j’aurais du…
      jusqu’à me retrouver là tel indigent, en retrait de tout ce que j’aurais du donc mais ne

      les odes, les morts, et tout le matériel signifiant on dirait bien que le décor
      s’est effondré sur eux et s’il fallait en tirer quelque conclusion non, n’en tirons rien :
      qu’un vent claque et les transmissions enrayées – un ciel pur en bref,
      un vide en toute sa gloire

      les unions ressemblent aux unions, telles qu’elles avortent un quart d’heure avant les éléments qui la composaient lesquels
      désormais se retirent en ordre dispersé tu vois non tu vois rien, il faut donc te
      regonfler les paupières, en secouer la poussière afin de
      t’insuffler vue nouvelle, éradicale

      tu crois qu’on pourrait s’embrasser mais sans la bouche (sucées succions), sans en parler à personne non plus, la langue séquestrée ?
      tu pourrais faire semblant de regarder ailleurs pendant que je passe derrière toi anonymisant ainsi
      les formes du réel. pour un sou, deux sous de bonheur exigu

      contre la vérité je ne fais rien, m’habille à reculons
      il reste si peu de temps, si peu de temps l’éternité, variantes régionales
      on s’en remet – difficilement, on s’en remet au vide…

    7 juin 2021

  • pont des charades

      c’est une mystique, c’est un dieu vulnérable, c’est un chien parmi les glands. qu’on en fasse quelque chose ou qu’on n’en fasse rien, il nous bourre les poches de bonbons cramoisis, rubans de langues roses fanés

      tu pues des pieds tu sens l’tabac. quelque chose était bon à prendre certes mais quelque chose était tout aussi bon à laisser. on laisse bien les cheveux pousser, les ongles, et les jours sans passer

      je ne m’appelle pas comme ci peut-être mais je ne m’appelle pas comme ça. le tord-boyaux fera ce soir encore son office de détecteur de mensonge qui l’eut cru, le sexe béant d’un mensonge l’eut cru

      chien baveux ronge sa queue. j’ai eu droit à ça moi aussi autrefois comme c’est touchant. à la fin du monde il y a le néant et que donc à la fin du néant ? une scène d’amour entre un fil et son jus

      le pauvre en esprit ne parle que d’une chose, le miséreux de rien, jouant ainsi son va-tout. le vent ressortant par l’oreille gauche, on doit pouvoir, malgré les hauts malgré les bas, imaginer qu’il souffle un peu, le vent par peu d’esprit
      ou pas d’esprit du tout, quand bien mal lui en prend

     

    pont des charades

    5 juin 2021

  • hors périmètre

      tenir en équilibre sur rien : l’espace si friable n’est-ce pas – d’où ce vol éphémère, celui probablement d’un
      avion sans périmètre.
      cependant l’horizon reste clair. il a pénétré la maison. toute la maison. explosée la maison

      un chaos digne de personne et ça tombe bien, personne (ne) se dresse là, en tant qu’absent ayant toujours raison – preuve que le nombre ne compte pas.
      il y a toujours l’alcool facile, en vente libre, ainsi que les tensions faciales
      ce qui tire finira par tout déchirer les tissus, celui
      de ta robe y compris

      la porte à tous les vents, le vent emporte la porte.
      en équilibre donc sur moins que le vide, sur la forme-même du vide, lequel bien entendu sans fond,
      et démontre à tous nos auditeurs qu’effectivement, pour autant que cela fasse sens, tout repose
      sur un malentendu. triste malentendu

      à la photo sans pareil, ou d’un baiser sans contact. il pleut sur notre dame.
      notre dame aux pieds nus, les chevilles enflées entre deux prises de vue – on y glissera quelques accords mineurs, comme s’accouplent renards mouillant la toile de fond
      on y gagnera pas un rond

      pisser dans le paysage le rend plus réel en quelque sorte, plus physique
      comme si en faire partie interrompait notre dédoublement, nous extirpait de l’ombre de nous-mêmes.
      de quoi serais-je donc le paysage alors, évanescent d’évanescence, tache grise dans un coin du polaroïd
      ou l’avis de recherche placardé sur le couvercle d’un cercueil mi flottant, mi sombrant…

    3 juin 2021

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