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assis là sur un banc


  • et moi aussi, je vais sans ville

      les hommes ne pleurent que sur leur épaule gauche, pensant ainsi se préserver un lieu au sec
      mourir c’est ne plus avoir de retour, et devoir avancer quand rien n’avance plus
      la pluie tombe sur un monde ancien, ancien
      et ne le régénère pas

      n’bouge pas, embrasse ton fer
      sur les deux lèvres
      si tu te lèves il est alors trop tard, si tu t’affales
      rappelle-moi déjà quelle chance une âme de croiser son reflet
      hors de son propre néant ?

      je sais plus qui m’a dit, je sais plus quoi m’a dit. je m’suis dit jacadi
      venir de loin, rater de peu, si loin si peu, c’est quoi la bonne réponse
      les dés se sont jetés dans ma main comme on saute à la gorge d’un homme
      dont on n’espère plus rien

      t’as de l’eau sur le fer. tu ne penses pas
      ou tu penses qu’il ne sert à rien d’y aller, puisque de toute façon arriver
      n’existe pas. le temps le terme, mais rien n’y met
      qu’un chien finisse par rattraper sa queue et la déchire rageusement n’en fera pas pour autant
      un chien à part entière, dimanches inclus,
      et terre des bêtes…

      vivre ne s’apprivoise pas. ou bien on appelle ça la crève
      la dernière fois que le monde ressembla à quelque chose, les arbres regardaient ailleurs
      sur les marchés se vendent à prix bradés des dents, des queues de chien
      c’est pas les miens

      j’aurais pu dire à quelqu’un que je l’aimais, ça nous aurait fait gagner du temps
      l’aurait d’abord fallu qu’il s’arrête là au bon endroit, au bon moment – ce lieu sûr et cette heure fixe en face de moi fatalement inaccessibles
      tout comme inaccessible l’objet-même de ma pensée, l’absence de toute mon attention…

     

    et moi aussi, je vais sans ville

    15 octobre 2021

  • chante-mi d’dans

      j’ai beaucoup joué ces derniers temps
      avec la queue
      du loup
      c’est pas comme si vêtu
      d’une bête peau d’âne je retournais
      à mon caillou, ceint d’une vague
      échouée…

      tu aurais pu t’appeler un nom, une autre maison
      mais dans tes pas las se noyaient
      les jambes d’un étranger

      et alors qu’est-ce qu’il a fait
      à part jouer dans le sable
      et se tromper d’objet ?
      et sinon qui réveillera
      tout d’un brame, tout d’une route
      les peinards absents ?

      là n’est pas l’heure, là n’est pas
      le lieu, la réponse à pas d’question
      – jusqu’où dans la lumière
      creuser, grimper, ramper :
      risquer son âme ?

      toute bourrée, toute pointue, toute
      part de miel en moi – celle bra-
      vant le fauve en moi

      je ne suis pas la victoire
      j’ignore ce qu’est la victoire
      des montagnes meurent à mes pieds, à mon chevet
      le vide même se prend à rêver…

    13 octobre 2021

  • qu’est-ce qu’une barrière

      ils m’ont attrapé par les jambes et m’ont croisé avec un serpent
      comment le néant se greffe t-il à une branche de prunier ?
      ou le sexe d’un grand Il à l’entrejambe d’une
      marelle bancale ?

      j’admets ne pas connaître, j’admets
      ne pas avoir connu, ni même y avoir collé ma bouche, poussé ma langue
      un bout de chemin, pire : l’écho de pas obscurs sur ce bout de chemin, pire : un pan d’ombre étouffant l’écho de pas obscurs
      sur ce bout de chemin, creux

      avec un je au milieu, ou circonférençant le milieu
      l’homme de personne et pourtant il a une vie, presque à lui
      une vie comme un appel au secours, un 115 hors de servir, un homme hors homme
      un vide que nul saut ne vient enfreindre

      on parle de qui on parle de quoi, auxquelles oreilles en éventail ?
      quand on n’est plus qu’âme, tout âme, en quel néant s’efface t-on ?
      s’il faut sauter de quelque pont que ce soit de nul pont
      ou alors de soi
      du tout bas de soi

      je ne suis d’aucun poème; aucun poème ainsi ne m’aime t-il
      à peine prononcé mon nom que je me nomme déjà fuite
      et fuite n’a de cesse…

     

    qu'est-ce qu'une barrière

    11 octobre 2021

  • pluie battante

      la pluie c’était la pluie, le reste rien, trempé pour rien ou déployant un parapluie
      les uns allaient, les autres revenaient, posant un cul au sec, ou décroisant leur verge
      on s’aimera le temps qu’il faut, on se faufilera parmi les herbes hautes
      les filles ratisseront les coins

      on pourra lire et relire, entre les deux sauter les lignes
      j’ai une route – une route malgré tout, ça s’inverse
      un paysage rigoureusement plat également
      je ne vais pas disparaître mille fois pour n’en réapparaître qu’une, et cependant…
      j’avale tes poils ça cale une soif

      dans la forêt y avait un borgne, et le borgne se caressait
      si tu as vu un homme c’est que tu n’as pas vu d’homme
      tu m’as bien vu pourtant, même si moi je ne t’ai pas reconnue. en plus de pire il y a pis que pire
      il y eut un homme. un homme vient de se reconnaître borgne

      un chien, rien qu’un chien
      nous préservera de l’ultime
      or moi je ne dispose pas de satan à mon bord, ni de rame élégante, pas même de premier amour
      j’attends que la mort passe, et la mort passera, ainsi que passe ce pour lequel
      nous avions renoncé à tout

      les hommes sont les fantômes des hommes, l’herbe recouvre leurs champs
      ou alors s’habillent en noir, une chaise à leur immédiate proximité
      dés qu’il peuvent aller droit, ils insistent pour filer de travers, ce n’est pas le chemin qui leur manque
      non vraiment, ils ne manquent pas de chemin

    9 octobre 2021

  • ‘clabousse ta nouille

      le ciel est-il imperméable ? les pauvres jouissent-ils
      de leur pustule de pauvreté ?
      je suis un homme qui ne compte que sous soi tandis que par dessus
      la mer étale son rang
      – on la voyait d’ailleurs par le hublot
      affréter nos peines perdues…

      un homme est mort là devant moi, je lui tire la queue du trou tout comme
      me tirera la queue du trou un homme étant là mort après moi
      recrache le noyau
      sauf qu’on ne meurt pas
      sauf qu’on ne meurt plus, de nos jours
      de nos jours on dit salut, à la prochaine

      sauf que je ne fais
      plus d’am stram gram
      de pic et pic ni même de colégram
      même si l’alsace, même si la lorraine, même si la nuit, énormément limpide
      faudra y revenir ou à défaut
      faudra en revenir

      j’achète une brouette mais t’inquiète, avec ma brouette
      je n’irai pas très loin. je ne comptais d’ailleurs pas
      aller jamais si loin – aller en soi
      était déjà trop loin pour moi alors j’ai ramassé les feuilles dans ma brouette, ramasser des feuilles étant
      devenu mon métier


      je vais bien
      je veux dire, si j’allais mieux ce serait à peine pire
      cette fois-ci j’ai bien les rames mais pas la barque, heureusement que je ne travaille pas
      j’achète un slip convertible, me manquent les fesses – comment survivre
      d’une seule raie, d’un miroir si
      peu conciliant ?

     

    'clabousse ta nouille

    7 octobre 2021

  • pleure t-il des glandes

      un tabac inanimé, un bureau de tabac, quant au tabac qu’on prise
      des gens meurent par milliers, des gens vivent par milliers aussi
      en nombre égal ou à peu près
      en tout cas le compte y est
      – mais pour combien de temps ?

      s’asseoir sur un mystère – on dira bon, s’asseoir sur un mystère et quoi ?
      je m’chope toujours un rhume à la saison des rhumes, à l’humide saison
      après, le froid crève le virus – il sert entre autres à ça le froid :
      il crève le virus

      mourir en fanfare
      comme dans un film de dumont
      parce que la fanfare aime à remettre debout ce qui est tombé
      et tombée ma jambe gauche tandis que ma jambe droite
      pagayait laborieusement pour rejoindre je ne sais
      quel morne horizon…

      tu fais câlin
      quand tu fais pas câlin, tu piques des aiguilles dans ta poupée-sardine
      les aiguilles, ça n’éjacule pas
      et les poupées, seulement si on les force
      sauf qu’on les force pas
      funeste conclusion : les poupées ça jouit pas
      la preuve par l’œuf

      je me suis habitué à survivre – survivre
      ne me demande pas grand effort
      on aurait pu jouer au foot, sur une flaque de verdure et voilà tout
      faudrait quand même enfin se résoudre au fait qu’une tombe, la nôtre en l’occurrence,
      ne se creuse qu’en plein ciel

    5 octobre 2021

  • pierre-tourmente

      sainte colère, rage de vent, le nerf à nu saccage les patiences
      mais rassure-moi : mes os font des bulles
      ramant à la dérive, les bulles ne coulent pas, les bulles
      allègent les surfaces

      un siècle avant moi déjà les gens faisaient la lune
      et la queue sur la lune
      il est présentement tard, bien trop tard
      pour se souvenir
      et plus encore pour oublier

      un chien fait comme
      s’il ne l’avait pas vue
      le hasard faisant bien les choses, la nécessité quitte à déplaire
      répare cette anomalie.
      à la grâce, je réponds par la grâce
      ou bien je cligne, cligne ou décline
      comme si décidément je ne
      l’avais pas vue

      tu reprends ton sapin
      et dessous ton sapin, fuyant, tu reprends ton lopin
      moi j’aime une chèvre – tu sais comme je la kiffe, comme je l’adule, la reine-chèvre
      la chèvre ardente
      avec ses petites cornes

      c’est un sacré merdier, dont on ne se désembourbe
      qu’avec l’accent local, voire le dialecte régional
      j’ai une bête et la bête me pique – je ne la laisse pas pour autant
      s’enfuir :
      mourir ne sert à rien mis à part que mourir
      ne sert qu’à ça

     

    pierre-tourmente

    3 octobre 2021

  • où qu’on enfonce le doigt

      la nuit habite un homme cru. un homme habite une baraque délibérément vide
      c’est la vie d’un homme, et qu’est-ce que la vie d’un homme, la vie d’un homme est vide
      vide de tout ce qui l’encombre, l’entrave, émet ce petit son
      quand on appuie dessus
      ou qu’on enfonce le doigt

      je parle très mal allemand, j’écrase les chips entre mes doigts gras
      si je ne t’entends guère c’est que tu ne parles guère, je vois défiler toutes ces paresses où personne ne ride. on dort un minimum
      sinon on meurt. on finit
      par dormir un minimum

      un homme n’est pas un homme tant qu’il n’est pas un chien
      quelqu’un de la fenêtre d’en face m’observe avec insistance sans même m’apercevoir
      moi par exemple je ne me vois pas. je cherche ta langue dans le noir mais je ne me vois pas
      je ne sens pas ma langue
      je trempe désespérément mais je ne goûte pas ma langue

      un lien m’a tissé dès lors indéfectible. je ne ressemble pas.
      je pense que si je tends la main une joue finira par s’y fracasser. je pose par terre
      je pose par terre, là sans prétendre à rien, puis je m’appelle bras
      je rappelle ce bras, le replie sous la manche. un homme meurt et vit sous ses bras

    1 octobre 2021

  • chien, chiourme, et la potence

      chacal, chacal lové
      on se battra pour moi, on se bat bien pour du vent
      il paraît qu’un effort n’en valait pas la peine. on a fini par s’aimer, vu qu’il ne restait rien
      à aimer, parachever, persévérer dans la durée
      durée trouée

      on s’embrasse par contumace, avec des bouches en plastique mol
      les grands sèment le vent. les moindres, seulement moindres, récoltent la poussière, de sauvages tourbillons par-delà la poussière
      on transperce la mort de nos petites cuillères et même, de nos petites cuillères,
      qu’on lui déterre les yeux

      j’arrive un jour mais j’arrive pas. et le jour court encore
      si je savais où aller, j’irais. si je savais qu’être je l’éviterais. d’un sombre rocher je me suis jetée
      ou bien défenestrée, peu importe puisque
      à la mer ou autre sol n’ait jamais succombé, retourne à ton émigration

      j’arrive à peine à te dévisager. faut dire
      que regarder ne me regarde pas. ou plus. ne me regarde plus.
      j’ai toujours craint les dimanche j’ai toujours craint
      qu’il advienne quelque chose un dimanche. un dimanche
      a envahi toute ma vie

      je te lance un gifle mais le temps qu’elle te parvienne ce n’est plus que caresse
      que caresse entends-tu, que caresse le sens-tu, ébréchée presque rance
      ce qu’il y a de pur en moi s’est vidé de sa race et a jeté sa pierre
      sur la marelle d’un outre-temps

     

    chien, chiourme, et la potence

    29 septembre 2021

  • le mercredi que le jeudi

      le jour vient et vaut mieux, que ça, que dalle
      à l’aveuglette, puisque la raison d’être s’effondre, vénus extirpée de sa coquille et se rasant
      les poils du pubis ou se pressant sous un para-
      pluie en forme de pluie

      je ne sais plus rien
      j’éprouve la mort la mort me bannit de son champ je dresse ma tente vingt pas plus loin
      je ne sais plus ce que j’éprouve
      le temps perdu nous est rendu intact. j’embrasse une bouche la bouche m’en tombe…

      j’abreuve un meurtre, quelque chose comme un meurtre
      un meurtre consenti, un meurtre consentant
      heureusement mon animal navigue, lequel sombre tout autant mais selon
      un sens divergeant, curieusement navigue

      va falloir trépasser. c’est à dire consentir
      à l’un comme à l’autre, et plus encore à rien
      j’aime un cheval, quoiqu’un cheval aille sans selle
      sans pass sans bistrot, à cru le mors aux dents, j’intègre
      la perception. la perception dure toujours

      un châle. une vie comme ça
      on n’aboutit à rien, on aboutit à ça
      parfois je risque de tomber, d’autrefois je ne risque de rien
      tandis que sur ma chaise, je vise, je vise à l’infini

    27 septembre 2021

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