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assis là sur un banc


  • pissenlit oh le beau pissenlit

      je ne sais plus quel homme habite chez moi, coquelicot hors-sol…
      tu t’es montré(e) comme être, tu t’es montré(e) comme ne pas être, si j’ai fini par adhérer à mon propre destin était-ce simplement  pour ne pas te
      me
      se perdre, petite vérole ?

      ma laisse a perdu son poteau, je ressuscite une image dépourvue de contour, de contenu
      sur le dos de la cuillère, je signe non je saigne
      mon nom, soulèvement des terriers

      il y en a qui s’appellent, se rappellent, se faisant l’écho l’un de l’autre ou de soi-même et quand ça fuit
      quand le son brut verge défaite se fond dans l’ombre crue
      si tu sais d’où je viens, d’où la mer en conséquence me regarde, croisant les doigts…

      môle après tout, arpente le long – je squatte un sévère non-lieu
      l’instant précis où l’on se toise évalue la portée de mon inexistence
      j’approche ma bouche à ton esquive
      j’approche ma bouche tu t’égouttes

      un pâle clébard aboie au soleil noir qui
      nous avalera tous, donc j’emboîte
      le pas à mon absence, nul ne m’emporte nul ne me porte
      sur son cœur ou sur ses
      épaules – quelqu’un respire encore, piétinant le chemin qui de nulle part à nulle part
      ne mène qu’à ce banc

     

    pissenlit oh le beau pissenlit

    16 juillet 2021

  • clair écueil

      à chaque voix pénètre un son
      une charrue, un son
      la main qui m’a giflé celle aussi m’a guidé, comme en guise d’adieu
      quand d’autre fois l’amour me prend au mot…

      caresse un gnon. dis-lui que toi aussi tu t’es mouché dans le même mouchoir
      qu’elle est sortie sans payer, le poinçonneur ayant du s’absenter un moment
      plus ou moins long, plus ou moins court selon
      – un ciel à portée de souffle soudain…

      la pluie sans doute, et tout le matériel aimant
      il pleut sur son amant, or je ne ressens rien
      les yeux grand bien ouverts, fatalement ouverts, je ne ressens rien
      s’elle vient par la droite, elle n’arriver jamais jusqu’ici
      s’elle vient par la gauche elle ne respire pas

      panier percé, la mer à son chevet
      j’attrape le plus clair de mon temps, j’en laisse couler un peu, malgré tout
      voire déborder
      avec mes pieds j’ai formé comme une digue, elles étaient là
      depuis le commencement du monde, elles étaient là

      buvant la tasse
      et j’ai compté jusqu’à trois
      à trois seulement, mais n’en finissant pas
      l’éternité me tenant à l’écart, me repoussant du pied, me cassant le genou
      j’ai toujours eu le genou un peu trop haut – c’est au niveau du sol que je ne
      m’habituais pas, au ras de l’entresol

    13 juillet 2021

  • dans le ventre de la mauvaise mère

      et s’il n’y avait rien – je veux dire, autre chose que rien
      dans le coin le plus désert de l’âme, c’est à dire d’un profond rien
      avec en contraste une allumette qui n’éclairerait rien
      qu’un rien craquerait, et qu’un souffle de ce même rien
      soufflerait…

      j’ai perdu mes yeux, la lumière de mes yeux
      et puis le reste aussi, auquel la dite lumière aurait pu prêter vie
      j’ai perdu mon bagage, dans ce bagage un cœur et dans ce cœur, l’insondable souvenir de ce cœur et c’est en cale sèche
      comme au fond de toute eau
      que repose aujourd’hui le bagage perdu

      les hommes ont la barbiche tranquille, mais mon dieu n’est que gruau
      une saleté de grau quotidien, car j’ai perdu mon ombre
      ainsi que le cheval dont cette ombre fut l’ombre
      le cheval ou l’animal, la bête en quelque somme, ce qui remue
      encore dans le dormeur. le dormeur sans sa canne
      le dormeur sans ses yeux…

      il y a des jours comme je peux, puis il y a des jours comme je coule
      des paupières qui s’entrouvrent sur un espace en laisse, un jet de pisse l’horizon
      je n’en reprendrai pas
      pas un seul de plus, une gorgée
      ce qui coule remonte, ou c’est qu’alors le niveau baisse – il n’aime pas ça
      dans un sens comme dans l’autre, il n’aime pas ça

      on s’en va
      on s’en va quelque part, par là
      comme on se serait réparti entre nous la bombe et ses éclats, l’injure et ses crachats
      roulant à contre-sens, rembobinant le retour, et déminant toue idée de résurrection, à l’arrache-clou si besoin, on s’en va
      tant il n’y a plus d’heure pour ça, ni de pas se rendant, on s’en va…

     

    dans le ventre de la mauvaise mère

    11 juillet 2021

  • de l’amour et de ses trois rivières

      mais quelqu’un pendait là au bout d’une corde sensible où s’en est-il enfui ?
      Creil, Babylone, l’éden honteux. on s’assoit sur une marche
      parce que quoi qu’il advienne, on finit toujours par s’asseoir sur une marche
      ou la dorsale d’un banc

      quatre et quatre et un font le mystère, j’ai apporté mon maillot d’bain, au cas où
      même si je sais que je ne me baignerai pas
      la mare beaucoup trop sale pour moi, la vie beaucoup trop sale pour moi, et vice versa.
      et même pas mal

      mon mari s’est tapé la boulangère – d’où le pain chaud, les croissant croustillants
      je viendrai un jour te lécher le genou, je ramperai tout le long d’une veine et j’en externaliserai la fonction – je sais tant j’ai appris
      à jouir sur ordonnance. à me livrer pieds e poings tordus au-delà même du corps
      au-delà même de l’âme

      je ne ressusciterai pas. non là je fais grève
      de la résurrection. je t’apporte un kiwi. j’espère que tu aimes les kiwis. j’en ai attrapé un tout seul
      et de mes propres mains. d’ailleurs ne fais pas attention si elles sont un peu sales, ces mains : c’est leur façon à elles
      d’être nues

    9 juillet 2021

  • pauvre dame, pauvre margouleuse

      nos vies ne dépendent pas de nous. elles grattent à l’est. elles tapinent
      et chevauchant le grand rien j’ai rêvé toute une nuit. puis sans gémir, le corps au féminin
      c’est banal. et si lourd. si lourd et si banal

      j’ai le corps assassin, depuis tout petit j’ai le corps assassin. de la rouille en bouse
      il faut que quelque chose se passe or la seule chose qui puisse se passer c’est le rien, revêtant quelque robe
      en deuil, mais plus en deuil de rien, de quiconque ni personne

      un homme s’est établi là par hasard. il a dit que se rejoindre impliquait de s’abandonner. il raconte n’importe quoi
      il se raconte n’importe qui. un homme a retroussé les manches du naufrage. il bruinait sur ses cheveux
      un homme a retroussé le gland de dans sa vulve

      par le jet net, par le jet vide, j’ai abattu quelque chose, de l’ordre de la distance
      je suis même allé quelque part, soi-disant
      on n’a pas à se vanter d’être vivant, on n’a pas à se vanter d’être mort. entre les deux puant la pisse. renouant son lacet
      récidive le néant

      petits lardons, tasse de thé – qu’est-ce qui en définitive te tracasse la cervelle
      je me suis mal exprimé. à moins que n’ait finalement déteint sur moi
      l’ombre d’un faux nuage, la lassitude en plus. au bout d’une main mollement tendue les doigts un à un
      se déchaussant

     

    pauvre dame, pauvre margouleuse

    6 juillet 2021

  • tremble majong

      les yeux dans l’plâtre. la main armée d’une caresse pleine d’épines
      et si je m’achète un couteau, et si je rôde le soir en bordure de parc…
      où rentrer, qui ne soit lié à aucune dérive ?

      la lumière abîme tout, invisibilise l’essence et plus que l’essence encore: l’évidence de son absence
      par exemple je pose un galet sur un autre galet, et l’idée-même que cela n’en fera jamais une tour
      me ramène à la raison flottante, celle qui ne compte…

      les pieds à plat, et par contraste
      avec la terre qui tourne.
      à maison l’cul mais où comptes-tu aller, toute porte close et les bistrots déserts?
      un homme s’est noyé dans sa propre pisse, étranglé de ses propres mots
      comme il passait par là, attentif à ne déranger la moindre brise…

      le champ je ne laboure pas, c’est comme
      marcher dans des chaussettes mouillées, le champ
      je ne le foule pas. je ne me foule pas, c’est juste un truc immense, une fleur de verre
      ça ne se déplace pas

      les bouches enfoncées dans leurs gosiers, ainsi réduites, dégurgitent un lourd silence. j’ai bien d’la peine
      j’ai bien d’la peine à admettre que tout ne finit pas
      par retomber, par s’esclaffer, couper tout c’qui dépasse j’ai bien d’la peine
      à quitter toute la peine

    4 juillet 2021

  • mauvaise tournure

      je ne me reconnais pas dehors, je ne me reconnais pas dedans. dedans est encore trop dehors. je me trouve
      en dehors du dehors, mais sans dedans non plus. un peu comme le reflet
      d’un ciel pataugeant dans la flaque

      quelque chose à regarder, comme afin de saisir quelque chose qui
      d’un dedans regarderait. une tombe dont on ne fait pas mystère
      l’inexpugnable à ses côtés

      galeuse la brebis, c’est pas nous la brebis. nous, l’herbe que l’on broute
      pousse à l’envers, crisse sous le regard absent et pourquoi absent le regard
      au profil bas, à loucher vers le haut

      l’homme sans ébahissement, avec un trou gros comme ça en guise d’œil à travers tout le ventre. le ventre à sec
      un émerveillement sec il n’a pas pris une ride, le rond dans l’eau d’une bouche velue,
      recluse au creux de l’épaisseur

      que le poisson soit rouge, que le poisson soit vert, le poisson mis en terre
      un triste anniversaire
      une marée feignasse
      je ratisse et qu’est-ce que je ratisse, qu’est-ce que je ramasse de ce ratissage ?
      un os de seiche. c’est tout ce que je récupère du large

     

    mauvaise tournure

    2 juillet 2021

  • eaux usées, perdues ou mortes

      mort-vivant mais pas outre mesure, de l’un plus que de l’autre, sujet planant
      non identifié et redondant. il y a de l’espoir dit-on le courant va
      revenir sous peu et les échelles
      redescendre sagement dedans les caves

      minutieusement c’est pas comme si tu m’avais vu,
      bretelles tombantes, à la mi-nu
      j’échange mon sabre contre un trèfle, j’ai tellement peur
      de mal finir. alors je te suce à l’envers

      il y a des yeux, des yeux surtout, une marée de courant mort
      j’abats un mur le mur repousse, une femme me touche je ne réap-
      parais nulle part
      – qui donc nous empêche ?

      la mort est drôle, parle à travers
      mes oreilles déconfites. je crains de vivre à
      contre-courant, à
      contre-jour, j’acharne un jet, très peu de douceur
      ressort d’un tel régime
      – qu’un doigt enfonce la nuit

      peupliers, on en met dans les angles
      j’ai mal à ma douleur, c’est pas grave
      grave n’est pas grave
      le chien fredonne de l’aznavour non mais qui donc
      de nos jours fredonne de l’aznavour ?
      le chien

      tu bleu, tu doubl bleu. il te pleut sur les reins, le cul et les paupières – ouvre-toi humanitaire
      réveille-toi camarade, ton moulin va trop vite et c’est mouillé qu’on nage
      c’est mouillé qu’on reflue
      tu t’ébroues parapluie

    30 juin 2021

  • zéro chameau

      ronds de suture
      mais ronds quand même
      en quelque morte

      tu sèmes
      à tout hasard
      des pluies au nord

      ronds de fumée
      large enjambée
      – flotter dedans

      un ciel seulement, mais
      un ciel ouvert
      un ciel en pente

      j’en attrape un
      le remets dans le sac
      un homme s’évade

      un homme seulement, ciel sous verre
      penché sur
      son ombre maigre

      si profond qu’une
      enclume y
      flotte nue

      entre les branches
      entre les algues d’un
      astre mourant

      t’as la démence
      d’un chat qui pue
      la vulve à vif

      on se remémore peu :
      un ventre
      vers les sous-bois

      batifolant, des seins
      de vénitienne
      la seine en contrebas

      j’ai si peur de rester
      en place, chasse gardée
      rêve d’almanach

      c’est pas comme si
      rêveur et le rêvé pêchaient
      du même bord

      maintes fois, maints courants d’eau
      j’épluche la pomme
      d’un seul tirant

      il n’y a plus rien en moi
      coiffé d’un ras nuage
      – la soif m’a déserté

     

    zéro chameau

    27 juin 2021

  • tulipes

      depuis qu’elle pense
      elle ne danse plus
      la panne

      je retrouve ma maison
      penchée
      sur un obus

      quelque chose me ronge
      mais ce n’est pas
      un ciel, j’ai l’impression

      un chemin de travers
      une béquille
      le redresse

      je pleure une flamme
      crache un mollard
      tabac

      froid mais tabac
      je crache un froid
      venin

      fiole
      un jour-sans me
      rentre dedans

      coincé entre
      deux yeux, passe frivole
      ou l’arme à gauche

      monte quelque part
      reprend la chute
      en sens inverse

      depuis un jour
      n’importe lequel
      ma tombe fuit

      colmate la brèche
      un ciel nature
      le néant méconnu

      et puis une bêche
      un coup de bêche
      racine fendue

      retourne en rond
      rond dans le sens
      vacant du centre

      rien ne m’oblige
      juste une envie de
      passer le temps

      tulipes, comment assumer
      le feu de toutes ces
      tulipes ?

    25 juin 2021

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