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assis là sur un banc


  • manger je hais le chat

      éradiquer la joie
      nous n’avons plus la légèreté de
      supporter l’innocence
      nous gardons malgré ce
      la détresse polie…

      il se passe en moi quelque chose de
      plus grand que de coutume
      l’ombre d’un arbrisseau a
      cru démesurément, s’y
      raccrochent les lambeaux
      grigris et ex-voto

      touche au sublime
      un peu plus en dessous, là
      remets les fleurs en ordre
      dans le vase brisé
      qu’au moins ça fasse propre

      il se cache quelque chose
      on ouvre grand la bouche, en laquelle
      macèrent des pensées louches
      la langue que l’on tire et qui
      troue la matière…

      si je comprends bien, je comprends rien
      le silex sou-
      lève une paupière, un poil que tu m’arraches
      de l’aisselle droite, celle dont l’épaule
      n’est jamais retombée
      – miséricorde…

      je ne paie rien
      les enfants ne paient pas
      le train ne démarre pas
      va falloir faire demi-tour, puis demi-tour encore, d’un geste de toupie
      non les enfants ne paient pas
      parce que les enfants ça compte pas

     

    manger je hais le chat

    2 novembre 2021

  • bilan d’incompétence

      pas de nok, pas de yok – qu’une façon amoureuse de dire que tout va bien, ou bien
      les hommes craquelurent les docks, ils n’y font pas attention
      tu pourrais me prêter tes lèvres pour qu’on y fasse succion, césure des lèvres sous pression

      l’image d’un homme n’est que l’image de l’image d’un homme, il hisse la voile noire
      je pleure des escargots – je ne dirai pas quelles horreurs je pisse, ni ce qu’au fond je jouisse
      je jouisse des interludes, des intermèdes. les femmes sont mon bras. elle me bourrent de tilleul, pour autant

      on s’en va sans panique, on s’en va aigre-doux, sans même y réfléchir vraiment
      on s’en va à quat’ pattes, la queue entre les douilles, on ne pleure pas si souvent, non plus
      aujourd’hui j’ai tatami. le soir et le matin j’ai tatami. tatami toute la vie

      prends-moi la main, une seule fois dans ta vie au moins, prends-moi la main – qu’est-ce que ça te coûte ?
      j’écrase une taupe, j’me lape une gnaule. je crois même que ce matin encore, j’ai chié un harakiri
      ça me rend triste parfois, ça me rend triste souvent, mais parfois j’y pense et si souvent j’y pense
      il neige dans mon lit

    31 octobre 2021

  • froid dedans, et plus au fond encore

      le point commun entre moi et moi c’est presque moi, l’équation à trois inconnues
      la peur quant au niveau de la mer aussi, qu’il baisse, qu’il remonte
      des i sans les points sur les i déambulent hagards, et nous ressemblent trop

      chien levant, marcel courant, on accorde si peu d’importance à ces choses-là, ces choses-là qui nous intimisent, nous intimident
      et dès que l’on sort du courant c’est pour renouer encore, à une forme de veillance
      on meute en chien, on couve en loup, on se dit qu’on aurait fait mieux, mais d’on ne sait quoi

      j’ai fini le paquet de chips, comme ça, sans le dire à personne
      parce que le fond du fond submerge a minima la semelle, ce qui déjà laisse à tremper la plante
      du pied, du nez, et de tout ce qu’il a fallu faire ou ne pas faire pour survivre
      peut-être malgré soi – mais qui tient encore ce genre de compte, l’âge passé ?

      je marche dans mon ombre, plus encore que l’ombre dans mon dos
      caresse-moi la tête, la nuque les épaules, et jusqu’à la racine d’un feu de détresse
      tu n’entends rien, on n’entend rien, et celui-là même qui hurle n’entend rien
      il n’a même pas fini son huître…

      les gens ils savent parler, ils savent parler et ça ressemble à des phrases, à des discours ambiants
      moi j’aime bien les gens, tels qu’ils clignotent la nuit, en bout de quai
      je voudrais tant parler fin, parler vrai comme kafka en plein naufrage, mais là on m’a volé ma bouée
      et sans ma bouée j’ai pas l’courage…

     

    froid dedans, et plus au fond encore

    29 octobre 2021

  • ventre-égout

      ça va comme dans une vision neutre, y a pas de sexe dedans
      ça va comme ça va pas, elles font comme ça, aussi
      et plus je raccourcis plus je me dis, je rame le large
      seulement je rame le large

      tous les jours on baise comme ça toutes les nuits vers
      trois-quatre heures du matin j’ouvre la f’nêtre, flétrissent mes rêves
      on peut encore commettre des rêves vers trois-quatre heures du matin, au moment même où
      veiller perd pied

      je ne retiens plus vraiment rien, je renonce à mon âme
      il y a du vert aussi, qu’on se met sur les lèvres, du vert à lèvres
      pour tromper les rongeurs
      mais tu sais de quoi je veux parler n’est-ce pas, sinon
      sombre avec moi

      elles étouffent mes portes. je vis depuis tout petit en cercles centrifuges
      elles étouffent mes vitres. il leur suffit de promener leurs rides enfantines
      sur mon trottoir glissant
      et moi en attendant, je vis de quoi ?

      ça me rend réversible. j’achète un couteau propre, un couteau qui n’ait
      pas encore servi
      j’ai l’âme d’une souche, la souche d’un néant, et j’ai le néant propre
      j’appuie sur tous les tons d’un vo-
      cabulaire obsolète. je roule encore mes clopes

      il meurt mais qu’en est-il, qu’en est-il de sa mort
      je vais dormir chez moi, pour une fois je vais dormir chez moi, ce sera chez moi et je m’endormirai
      une femme avec un marteau, un clou, s’interposera toujours entre moi
      et chez moi, entre chez moi et dors

    27 octobre 2021

  • on se trompe de jour, on se trompe d’affection

      je me regarde dans la glace, je me regarde, tombent les graines
      or il est rigoureusement impossible que tombent les graines
      pourtant tombent les graines
      miséricorde…

      c’est dans mon mur à moi
      non dans celui d’un autre, mais dans mon mur à moi
      que s’encastre ma vie
      du coup je me fais lierre, rampant
      ou lézarde, lézard sur le néant

      visite-moi
      visite-moi non comme on visite
      quelque lointain cousin, une église de village
      mais comme gabriel, ou gabriella, vu que
      les anges n’ont pas de sexe, les anges ne
      se reproduisent pas
      même en cachette même
      avec un seul doigt

      je ne veux rien dormir par le bout de ta chemise, j’abandonne ta chemise
      il ne faut surtout pas déchirer la chemise. elle sent la femme
      elle sent la femme comme d’autres sentent la mort, à la veille de leur mort

      et donc je me réveille
      il faut se réveiller, avant que tout ne parte de travers, avant que tout ne vrille
      du coup on s’apparaît soudainement, nettement, anticonstitutionnellement comme la source
      de toute étrangeté

     

    on se trompe de jour, on se trompe d'affection

    25 octobre 2021

  • manger les p’tites grenouilles

      indéterminé, j’écrase une couche
      disons que je me couche, ou ne le disons pas, c’est pareil
      ou c’est presque pareil, nul n’étant tout à fait
      pareil à lui-même, ou n’étant pas soi-même du fait d’être pareil
      donc jamais coïncidant à soi, jamais trop divergeant non plus
      avec des fraises tout en dedans

      j’amour obscur
      pourtant je ne dis rien, t’es bien témoin que je n’dis rien
      j’amour obscur c’est tout
      je m’demande s’il y a quelque part où m’asseoir, sinon je te demande à toi
      qui prends si peu de place dans l’espace, mais tant dans mon esprit
      mon esprit le trou
      l’esprit du trou

      quelqu’un me mange les doigts, je me demande
      si ce ne serait pas ma main – enfin, je dis ma main…
      je me demande
      et quand j’en ai fini de me demander, je te demande à toi
      là où cesse le je commence le tu, ou bien l’inverse, et vice versa
      ni l’un ni l’autre effectivement : ils ne font juste pas d’enfant

      la pluie par le milieu, le reste s’étiole sur les flancs
      je ne me souviens pas avoir chanté, cependant je sais avoir chanté
      je sais m’être trompé de route, quand bien même n’était qu’une seule route
      et que revenir à soi-même par l’idée que l’on se faisait de soi-même
      sur cette route tirait la patte

    24 octobre 2021

  • à quel point je déteste les chiens

      l’abri c’est dans ta case
      l’abri c’est dans ma case aussi
      barre, le silence
      et barre de silence aussi
      alors j’me casse, j’me casse
      en un seul morceau
      l’abri trouve pas sa case

      il mord
      il mord et ce sont ses dents
      qu’il mord à la broyeuse
      il mord et c’est sa langue
      qu’il mord oh la visqueuse
      et c’est pas beau à voir, pas beau
      à entendre non plus
      ça s’écoute même pas ça juste
      pisse entre les dents, dégouline la langue

      ma mère a la télé
      c’est comme on noie les p’tits bébés
      les p’tits bébés on les noie, ou on s’en bourre tout un tube
      moi je mange devant la télé
      la télé vide
      je n’ai pas le courant
      le courant ne passe pas

      un jour je meurs de soi
      alors je me réveille la nuit
      je dis alors comme je dirais n’importe quoi
      je dis alors comme un trou qui s’ouvre à l’intérieur, et dont on ne distingue
      la rive opposée, supposé qu’il existe
      une rive opposée, mais opposée à quoi

      à l’abri dans une case
      disons que zozotant, ça voudrait dire une cage
      car tout est cage à l’esprit qui se fuit, à l’esprit sans demeure
      à l’esprit SDF disons, à l’esprit tabouret
      ce là où l’on s’assied

     

    à quel point je déteste les chiens

    22 octobre 2021

  • je danse toutes les javas

      j’attends quelqu’un
      du début à la fin, j’attends quelqu’un
      quelqu’un sonne à ma porte il n’y a pas
      de porte
      pas de sonnette
      – comment le reconnaître ?

      un chien
      l’a mordue au visage
      elle ne crie pas
      elle ne pleure pas
      elle rentre vendredi
      matin

      le temps se vide
      des yeux en forme de bouée
      surveillent le noyé
      – ne compte pas sur moi

      pourquoi tu danses
      pourquoi tu danses alors que
      depuis longtemps déjà s’est
      arrêtée la musique

      j’ai remué le hochet
      dans l’air, comme ça, j’ai remué
      le hochet
      la neige ne fond plus, la neige n’a
      jamais fondu

      j’habite une maison
      sur le dessin, pas un chemin n’y mène
      pas un chemin n’en part
      : ce n’est une maison
      que vue de l’intérieur

    20 octobre 2021

  • non pas une, mais deux bouteilles

      on dirait qu’il est mort
      on dirait qu’on l’a écrasé
      on dirait de la neige
      restée collée au sol

      un monde à
      ma dimension, une maison
      un table à ma hauteur, un lit à ma longueur
      un plancher pour les pieds

      je me suis arrêté devant toi, j’ai
      écarté les bras, fait
      comme si tu m’avais vu
      me transforme en poisson – non :
      en bocal

      je tombe
      je tombe juste à droite
      à droite du milieu
      la tête la première, le reste suit
      ou pas
      parfois le reste ne suit pas

      la gueule ouverte, pourquoi faut-il
      garder la gueule ouverte
      alors qu’on n’a pas faim
      que vomir ne vient pas

      un homme
      de chaque côté un homme
      au milieu coule un ruisseau
      et tout ce qu’il charrie
      un œil regarde l’autre c’est un homme en effet
      qui louche

     

    non pas une, mais deux bouteilles

    19 octobre 2021

  • oh mon amour, oh ma carte de séjour

      tu me préviendras le jour où tu tourneras à gauche
      les ronds-points gares factices – on tourne on tourne, on tourne en rond, à la fin croise les doigts
      de pied. de fer. d’inespérance…

      les amours vivent debout, le regard froid, le regard vitriol
      les amours mangent le foin entre les pattes d’ânes gris, de chevaux mélancoliques
      moi d’abord je penche sans raison, qui menaçais à reculons
      et depuis lors que dire, j’ai branlé fort ma honte…

      mes survivances, mes petites survivances
      on se fout une baffe et le temps de cracher sa dent on a déjà tout avouer
      les jambes vont par deux, on n’arrive pas à les décoller l’une de l’autre
      du coup j’sais pas si ça va jamais l’faire, jusqu’à saint jacques…

      mes fragments sont en sang, bon, on les ramassera de l’autre côté
      on en fera de grosses guirlandes au col de nos couleuvres
      on se pendra avec des fils d’araignée aux poutres de nos yeux
      leurs filles, à force de ne pas les toucher, à force de les avoir trop touchées, on aura tout
      ratiboisé la plaine…

      tu pleures mais quand tu pleures tu n’appelles pas
      et heureusement, dans un certain sens
      quand plus personne ne pleure le désert doit être complet, un doigt dans l’cul un œuf dans l’bec
      conçois la douleur : avoir été heureux, comme si le bonheur aurait pu suffire
      à quoi que ce fut, alors qu’il aurait simplement fallu
      crever l’écran

      mourir est un âne. un âne : un chien qui a d’l’allure
      la moitié de moi fait un crétin fini. l’autre s’enivre à la tombée du jour
      rien dans les mains, tout dans les paumes – embrasse-moi
      je ne veux pas savoir où je vais, embrasse-moi profond

    17 octobre 2021

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