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assis là sur un banc


  • prisonnier de mon disque

      il ne s’entendait pas crier. il ne s’entendait pas tomber. il n’en tombait pas moins d’une rêche main de fer.
      et c’est toute tremblante qu’elle parut dans son rêve, alors que, depuis un certain temps déjà, il ne
      s’entendait plus rêver…

      il y a de la neige. même en hiver il y a de la neige
      j’en cueille parfois une poignée, ou j’ouvre grand la gueule pour y sentir se déposer et aussitôt fondre sur la langue quelques flocons
      à de rares exceptions près, on peut dire que je frôlai l’extase

      peut-on parler de bonheur à une femme qui dîne avec le temps ?
      je ne portais pas de masque en ce temps-là, mes gants étaient de chair humaine
      c’est comme pour le coït, la nausée viendrait plus tard, surprenant les amants atterrés

      il ne m’embrasse pas. d’ailleurs il ne m’embrasse plus. il fait comme si nuit blanche…
      son regard de cendres étale sur les choses un léger linceul d’indifférence
      il faut attendre le lundi pour se faire une idée plus ou moins précise de l’équilibre à rétablir

      je ne porte en moi que ce qui s’y répand, et s’y répand c’est vous
      après tout rien ne m’oblige, rien de surcroît ne m’autorise
      ténues les pointes de pieds sur lesquelles j’avance, et tant d’espoir châtié

     

    prisonnier de mon disque

    19 novembre 2021

  • par amour ricochet

      d’un monde croulant sous l’insignifiance, je retire ma dent
      je retire ma dent, chérie, d’un monde croulant de son insignifiance
      l’insignifiance défonce la voûte

      cours moyen un, on s’sépare, cours moyen deux
      on s’sépare du temps, on s’sépare du lieu – on s’sépare du mords-moi l’queue
      en amont le ton est dur, en aval la pente douce
      jusqu’à la mer de fer

      issu d’un croisement entre une averse et un caillou, on déplore je sais
      on déplore de nombreux morts, mais d’un caillou et d’une averse, quand même!
      on déplore même un g’nou, déporté loin au nord…

      la reconnaissance buccale, on trempe la langue dedans
      on trempe la langue dedans, on arrête avec les divergences, on cesse avec
      les diversions – juste faire attention à ne pas
      dès le départ se tromper d’bouche, la reconnaissance buccale

      rien ne se passe comme prévu, vu qu’on n’avait rien prévu
      on avait pas prévu, par exemple, de bonbons
      ni de siège éjectable, on s’est donc retrouvé nu, congénitalement nu
      dans l’air glacial nu, une main devant cachant le sexe, l’autre esquissant sur le côté
      le geste d’un timide adieu

    18 novembre 2021

  • heureux qui comme alice

      j’ai mal rêvé. ou alors j’ai rêvé de travers
      j’ai rêvé comme on pisse, en plein sommeil
      il y a les dents de d’vant et il y a les dents d’derrière, les dents d’derrière sont plus au frais
      c’est en quatre-vingt-six, en deux mille douze, et en deux mille trente-trois que dis-tu, c’est en quatre-vingt-douze
      les morts bien adéquats, les morts restent tranquilles. ils se font du pied, leurs tombes si sensibles
      si rapprochées…

      j’attends d’avoir vingt ans. à partir de vingt ans, on baise gratos
      les gens fourrent des petits poucets dans leurs poches, ça remplace les cailloux, pour quand y a pas d’cailloux
      je sais que je ne vais pas mourir, je sais que la mort n’existe pas, quatre-vingt-six deux mille douze, quatre-vingt-douze deux mille trente-trois

      j’attache ma ceinture
      c’est pas pour décoller, j’attache ma ceinture pour ne pas m’envoler
      quand on arrive de nuit, quand on débarque de nuit, quand on enterre la nuit
      y a quelqu’un devant moi, y a toujours quelqu’un devant moi, qui m’empêche de voir
      y a toujours quelqu’un devant soi que l’on n’embrasse pas, un tas de poussière raide

      je transmigre. comme je n’ai rein à faire, je transmigre
      c’est pas mon âme à moi
      les hommes les vaches, les vaches le lait, on s’est tous mis à genoux
      on a tous reçu une balle de quelque chose dans la tête
      qui nous fracasse le crâne afin qu’on respire mieux
      mieux par le crâne, du coup ça transmigre mieux

      pleure avec moi, pleure le long des voies
      il manque un ourlet à ma manche, une manche à mon bras, il manque
      je patauge quelque part, il faut bien
      patauger quelque part. une mare. je mets la mare en vente
      heureux qui comme alice…

     

    heureux qui comme alice

    16 novembre 2021

  • chèvrelune

      ai-je déambulé sur la lune, un soir qu’il pleuvait pas ? c’était mouillé quand même
      il me reste deux, trois, quatre bons points et toujours pas d’image – à quoi la pensée vaque t-elle ?
      j’embrasse un ticket sur la bouche, c’est un aller simple et c’est belgrade
      belgrade comme un baiser loupé, comme un dimanche en rade
      c’est un aller simple et ça ne fait pas de vague

      dieu n’empêche rien. il répond par leur nom à ceux qui vont sans nom
      son nom leur nom
      mais évidemment que tu n’envisages pas dieu il aurait fallu pour cela
      enfouir profond la tête dans le néant purin, et ce jusqu’à l’exquise dissolution
      où no-raison d’être embrasse à ce point ton être qu’on ne
      les dissocie plus

      les autres sur un pied, sautillent en cadence
      laisse-moi seul avec moi seul, m’esseuler à moi tout seul, m’entends-tu ?
      s’il faut se battre on se battra, la gueule défoncée, dans un cas comme dans l’autre
      dès lors chacun se vautre dans son souvenir, sa petite zone interdite

      un amoureux buvait, buvait – pour s’enhardir peut-être, se donner du courage
      ou d’être tombé si bas
      la mer monte, monte, insensiblement la mer
      monte, insensiblement les bras m’en
      tombent, tombent
      et finiront – la mer, les bras – par se rejoindre un jour ou l’autre, par se croiser, les uns toujours plus profond
      l’autre toujours plus haut, plus haut…

      j’aime un jour de congé, un jour de congé c’est beau, un jour de congé c’est brave
      je m’assois quelque part. il y a toujours un banc quelque part, il y a toujours une marche quelque part, de béton, de bitume
      il faudrait boire un coup or le coup ne tombe pas. je me repose
      je me repose d’une nuit sans trêve, d’une éternité sans flamme
      si l’on ne fait rien, c’est que rien n’y fera

    15 novembre 2021

  • sous cloche

      peu de temps après, or peu de temps après
      on a supprimé tout le nécessaire, pour ne garder que l’essentiel
      c’est à dire rien, de ci de là, rien l’ennui de le penser, la peine de le vivre
      pencher du côté droit, pencher du côté gauche, puis pencher droit, raide droit
      à pic

      on ne met pas de fleurs à toutes les tombes, on ne met pas de fleurs
      à toutes les tables non plus, on débarrasse vite fait
      on ramasse les miettes
      la pain rassis le pain moignon, le rang qu’on rompt
      je m’allonge et je laisse la mort grandir en moi, prendre ses aises, élargir
      le champ de son action. ils me font défection

      mon corps ne débauche pas. ma bouche ne débouche pas
      personne à l’arrivée, un seul homme au départ, je triture mon billet dans la poche
      la première est toujours moche, la dernière est moche aussi, dimanche et jours de grève
      et le reste du temps, tout autant

      j’attrape mon paletot, tu permets que j’attrape mon paletot ?
      de l’eau jusqu’au mollet, mais l’espoir bien à sec, j’entrave la marche
      quelqu’un arrive par derrière et me prend par la main, j’entrave la marche
      je n’ai pu voir son visage, j’ignore de qui j’ignore de quoi : j’entrave la marche

      la dernière fois que je l’ai vue elle ne mettait déjà plus de soutif, ses seins
      ne lui disaient trop rien, œcouméniques
      j’ai mangé en deuxième classe. je crois même avoir voyagé – j’ai du rester assis
      tout le long du voyage. où l’on voyage assis
      assis mais guère tranquille

     

    sous cloche

    13 novembre 2021

  • tout au fond des terriers, ou dans un arbre mort…

      de trois à cinq heures du matin, je sors du cercueil, ou disons
      mon cercueil s’élargit aux dimensions de l’horizon, à quelques pouces près celles de
      ma psyché psychanthropique
      ou bien de son envers – c’est la plage ou c’est la mer, la plage sous la mer, et qui déborde un peu
      de trois à cinq heures du matin, quand je déborde un peu…

      quelque chose, quelque part, chante
      c’est en moi et je n’y suis pour rien, quelque chose chante je ne
      reconnais pas ma voix, je ne reconnais pas mes mots
      c’est en moi panier percé, je ne le retiens pas, je n’y reconnais pas mon souffle non plus
      quelque chose, quelque part, chante
      et je ne l’entends pas

      je n’ai pas d’ami
      j’ignore sincèrement pourquoi je n’ai pas d’ami, on ne touche pas
      le sexe de son ami
      par le fenêtre je n’ai pas d’ami, par la porte je n’ai pas d’ami, un ami me dégoûte
      je n’ai pas de sexe pour un ami

      on n’écrase pas tous les escargots sur son chemin, seulement quelques uns
      tout au fond des terriers, ou dans un arbre mort…
      le doigt dans l’œil du miroir, un peu après minuit dans le coin des consignes
      le doigt dans l’œil du mort, ça c’est dit ça c’est fait, je rentre chez moi

      chez moi je rentre. par où que j’aille, quoi que je reste, je rentre chez moi
      au pied levé chez moi, à cloche-pied chez moi, ou claudiquant
      je marche dedans, dès le lever je te dis que je marche dedans
      c’est dégueulasse j’en conviens, mais je rentre chez moi
      qu’importe où je me noie…

    12 novembre 2021

  • tapine avec les dents

      retarder le moment où, le moment quand, retarder
      quand tout me pousse au désistement, toucher du doigt ce dont
      se désister est l’impensable
      du doigt le moment où, du moment que, pendant lequel
      crucial bancal

      ballade-moi la pluie
      durant la pluie, comme on crèche en corbac, sous le préau d’hiver
      il ne reste de moi que le fantôme d’une dépouille, et même pas
      je viens à dieu sans fleurs, démaquillé, je viens à dieu par le train de minuit

      jour de grève
      jour universel, de grève universelle
      il manque un peu
      il manque un peu de tout, il manque un peu de langue, ou de chair à la langue
      je n’irai pas jusqu’au bout, chacun saute avant la fin, chacun
      ferme les yeux avant l’écrasement, en ouvre un autre, d’œil
      un œil firmament

      je marche comme je marche, c’est à dire à l’envers
      pas à reculons, non, mais à l’intérieur des pas, tout en dedans des jambes
      la moelle me brûle, de mes tibias, le cartilage de mes genoux, l’absence me brûle
      l’absence me brûle la moelle du colon, la barre des gencives
      mon sexe crie famine

      pour qui je mange, pour qui je lève mon verre
      pour qui la chiasse me prend quand j’absorbe le lait blanc
      pour qui les clous, le vent enfonce les clous, pour qui le poids de toute éternité sur ma tête d’épingle
      pour qui je dors et au final, pour qui je veille, insomniaque méduse

     

    tapine avec les dents

    10 novembre 2021

  • or le fond ne change pas, le fond s’approfondit

      j’emménage avec toi
      les yeux fermés d’abord, puis les yeux debout mais le reste du corps toujours fermé
      fermé ou éteint, comme tu voudras
      j’emménage avec toi, alors ne m’en veuille pas si dans un premier temps, je couche sous le lit
      je ne prends pas de place sous le lit

      disons le rebord de la fenêtre, voilà, le rebord de la fenêtre
      je saute dans le vide, on se sent tellement chez soi, à tomber dans le vide
      il ne faudrait jamais s’écraser, seulement tomber à perpétuité, éjecté d’une fenêtre vide
      rien ne me sépare vraiment du vide que la conscience un jour de devoir m’écraser, mettre un terme à ce vide
      et curieusement, c’est cela même me séparant du vide qui le creuse en premier lieu

      j’ai dix sous de côté, t’en donne un ce soir, ce qui fait qu’il m’en reste sept et demi en comptant les menues dépenses de la journée
      je ne sais pas ce qu’on va foutre de mon sexe, si ce sera jamais possible de le croiser avec ton sexe, combler le vide
      on pourrait se sucer mutuellement le pouce pour commencer, histoire d’en comparer les goûts, puis le goût de nos salives sur nos pouces respectifs
      nos pouces respectables

      les enfants ne pleurent pas, ils ont trop peur pour ça
      je m’agenouille mais la prière ne vient pas, je pousse de toutes mes forces mais la prière ne vient pas, je n’ai aucune force
      dieu me sent là. il suffirait d’un mot or le mot ne sort pas, un mot de moi pour l’arracher à son silence, le délivrer de son impuissance
      de mon impuissance
      en chien de faïence comme en chien de paille de toute façon, on ne se regarde pas
      on n’ose plus

      tu préfères que je ne regarde pas
      tu préfères que je me tourne
      tu préfères que je parle pour parler, c’est à dire pour ne rien dire, camoufler le silence
      un silence si gênant parfois qu’on lui ferme la bouche, qu’on le bâillonne honteusement
      tu préfères que je regarde ailleurs, comme si ailleurs n’était pas le miroir inversé d’ici même, de cette obscénité
      fallait pas se mettre nue, non plus…

    8 novembre 2021

  • bleu de vierge, tache de vin

      je les scie mais je les respecte, les béquilles
      je ne me suis jamais senti si dénudé, démuni désemparé que face à une femme
      me confessant son agression
      les larmes que l’on ne verse pas nous persécutent
      j’ai moi-même beaucoup trop froid pour être une maison, une porte à son poste

      un jour un homme a fait une blague tandis que je mourais de faim
      enfin pas tout à fait, puisque je ne suis pas vraiment mort, semble t-il
      quoique cela ne me rassure pas totalement
      et par ailleurs, cela insinuerait que ne pas être mort ne consiste qu’à sembler…

      j’ai eu ou je n’ai pas eu la scarlatine. je regarde de si haut de si loin mon enfance, si haut et si loin que je n’en sens plus rien
      si ce n’est par les trous qui persistent en mon âme et conscience, ces trous ne faisant pas la différence
      entre qui je suis et qui je fus, entre naguère et désormais, ces trous comme des yeux au travers desquels
      je me vois, tétanisé

      je partirai demain, comme chaque jour je partirai demain, sauf que demain je n’irai nulle part
      demain je resterai bien au froid, pour une éternité de plus, et j’en saboterai la chanson
      chanter ne me va guère, danser danse sans moi, danser piétine ma tombe
      j’habite le non-lieu

      si tu ne soupires pas souffle-moi sur la bouche, cela me soulagera d’un cri tant retenu
      j’ai peur par la gouttière, j’ai peur par la lucarne, ce qui est tout pour moi n’est rien pour moi, je ne suis rien pour ce qui est tout pour moi
      pour tout je ne suis rien, bien moins qu’un coquelicot

     

    bleu de vierge, tache de vin

    6 novembre 2021

  • quelque chose ne passe pas

      réchauffe l’hirondelle, ça peut toujours servir
      entre deux faims par exemple
      deux jeûnes nauséeux
      pour le bouton il te suffira simplement
      d’appuyer dessus

      le cours grave, la manche large
      j’appuie sur la détente, rien ne détonne
      on reste là, idiot
      et comme anéanti
      coincé en plein abîme

      elle s’élance d’une corde
      d’un trait net en plein jour
      si le jour est plein, dont je en quelque sorte
      se trouve éliminé
      et si vide, le saut à
      la corde élimée

      si je frappe une main contre mon autre main, si je claque une joue contre mon autre joue
      si je me démantibule la mâchoire ce n’est pas forcément pour
      le bien de l’humanité, je reconnais
      – je me recoiffe sur un bout de miroir, à la sauvette, parce que c’est ainsi que l’on vit
      : à la sauvette

      il dormait tranquillement
      il avait soif de ça, de dormir tranquillement
      la vie viendrait après, transgressant tous les genres
      les genres de ci, les genres de ça, que sais-je encore ?

      oui bon, j’étale mon fumier
      mon fumier de par soi, par contre sans passion
      la passion ça rend dingue, la passion ça rend pleutre, je m’en vais donc
      pisser dans un coin
      arroser mon fumier

    4 novembre 2021

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