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assis là sur un banc


  • çui qui l’dit

      le cinq c’est le sept, moins le zéro, et zéro me promet
      et zéro me naufrage
      j’aime une tuile, vivre bluffe t-il ?
      j’arrive à zéro moins un j’appuie
      sur l’accélérateur, mais que j’en meure ou que j’en jouisse rien n’est fini : l’infini
      reste à recommencer

      je demeure étranger, au plus proche étranger
      j’affuble le ballon décousu d’un nez de phoque, d’un sexe très incertain mais pas trop, un peu comme un écran fatigué
      dont la vue tremblerait

      ce n’est pas mourir le plus dur, mais cette rupture dans la chaîne de solidarité
      entre morts et vivants, et donc j’assassine
      poisson mort la mémoire, j’assassine, je récite
      le prénom, le prénom ne répond pas au mien – je n’en ai point
      je n’en ai guère

      un intrus s’est glissé dans mon slip, l’intime très sensible
      je lance le frisbee vers la mer insatiable, la marée ne rapporte
      que mes dents. mes dents c’est l’essentiel

      les balkans ne tiennent pas tous sur mon banc, j’ai du faire une sélection
      un petit tri d’autofiction, sournoise séduction
      un bel harakiri soudain m’a souri. je lève un lièvre, une jupe :
      le trou fait bouh !

     

    çui qui l'dit

    7 août 2021

  • ton moulin ton moulin

      la mort prenait la forme de tes seins, et donc je l’ai sucée. j’ai pris
      mon mal en impatience, or cela coûte cher, il faut payer et me voilà
      surendetté. la mort efface la dette

      le néant
      et n’être qu’une bite contre ça, contre une bouche sans langue, une bouche sans dent, qui ne s’effondre pas
      je ne meurs plus par hasard, depuis que j’en ai fait mon destin

      la vitre parfaite, celle qui ne se raye
      même à notre image. la vitre qui jouit dès
      qu’on ne la touche, et l’homme sur la touche, l’homme qui se brise
      à peine qu’on y touche
      à peine qu’on n’y touche
      pas

      le mur a son supplice, n’en rajoutons pas
      faire de ce trou un trampoline, du plafond une simple
      erreur d’orientation, comme au jeu avec les mouches
      sauf que du côté des mouches, on ne joue pas

      mes chiens sont bourrés d’tiques, mon sang contaminé, j’exhale dernièrement
      une odeur de soumis morte malgré tout dieu m’aime encore, à travers la figure
      d’un sapin décongelé
      mon sapin dure toujours

    5 août 2021

  • azur au sol

      dieu est mon ami, or mon ami est grand
      je lui ai donc insufflé la douceur dans les oreilles et dans les yeux
      j’ignore lequel je suis mais je discerne exactement celui que je ne suis pas et quand je pisse dessus,
      il pousse un râle

      les hommes ne meurent qu’un jour sur deux, les autres comblent les trous et de fait
      accèdent à une forme subtile et inédite de la totalité
      j’en fais un cube avec mes gènes, que je balance là sur le sommier crevé

      si quelqu’un une seule fois m’avait appelé par mon nom, j’aurais porté ce nom
      et tous les avantages qui vont avec, les pass par ci, les pass par là
      passe un ange. un ange te dégomme une chatte

      de loin me parvient le pâle écho de mes silences
      tu te soulèves et je respire, tu retombes quand j’inspire. il y a des bouts partout
      de queue nulle part, qui réunirait les bouts

      on s’évade se rebelle pour se rejoindre un peu plus loin et pis merde, on se retrouve
      nu comme un ver, se jurant de dévioler toute femme, tout garçon si solitaire soit-il
      et perdant toute ses dents une à une dans l’évier
      du qui-perd-part

     

    azur au sol

    3 août 2021

  • nous la panique, nous le geste fauché

      où la vie rencontre tes dents ce sont tes dents, et ce n’est que mon ennui, dithyrambique soit, chargé en honte
      l’habitude érode la douleur, quelle chute nous éveillera, quelle faille
      ne nous trahira pas ?

      je me suis appauvri jusqu’à contenir ma propre négation mais cela ne claquait la gifle que d’une seule joue
      les cyclistes du lundi
      sont tout ce qu’il est resté des cyclistes du dimanche…

      dans ta maison où ma maison, par les serrures quelle vision
      dans ta maison souris crevée, les murs dépassent l’homme d’un toit
      dans ta maison souris crevée, plafond profond, que j’occupe
      de tout mon vide

      peu d’arbres dans les dunes, mais des piquants partout
      des tessons me suturent, la marée
      à contre-courant évidemment. évidemment que je
      n’y entends rien

      je ne pêche que le poisson qui ne mord à l’hameçon
      qu’est-ce que j’y gagne au bout du compte, si ce n’est une ombre en creux me tenant en éveil ? j’ai les soupçons – les preuves à jamais ensevelies
      sous des coulées de bave…

    1 août 2021

  • le vide dans la tête

      le temps n’est pas méchant, il racle avec ses dents
      j’ai l’âge de n’être plus qu’une habitude, ou que par habitude, dites qu’à force de ronger son frein celui-ci
      finira par lâcher

      l’ange ne pose un pied à terre sans y perdre ses ailes, ou du moins sans y laisser quelque plume
      que l’on retrouvera tôt ou tard au chignon de certaine coquette…
      après tout pourquoi pas ?

      dieu dans un seul panier, percé se dit panier
      à quoi bon continuer, si l’on n’y risque rien ?
      seul changeant face à l’inamovible, seul immobile face à l’évanescent

      je me suis maintenu à un souffle de l’insignifiance sans jamais cependant
      m’abandonner à son harmonie. toujours en-deçà d’une pluie, perdu dans ce laps ballotté entre un flac
      et un floc

      le dieu sous la virgule, le souffle-sœur en continu
      il faudra vivre de vivre mal, ou de ne même pas vivre – le vide entre les barreaux dans la cage du moi
      sera toujours plus large que le barreau
      entre le vide et soi…

     

    le vide dans la tête

    30 juillet 2021

  • chaperon, rouge, malgré tout chaperon

      panne d’électricité gigantesque
      panne d’électricité. un jour je ploie le genou, un jour j’ouvre le parachute
      il n’y a pas d’âme entre les deux. en fait, tout l’entre-deux est occupé par l’absence d’âme
      et c’est là-dedans que retombe le sperme

      chacun d’eux tremble un peu, histoire de devenir –
      et toi et nous, et moi et soi, qui ne devenons rien, assis saugrenument sur nos talons
      il faudrait qu’on s’héberge, qu’on se pince et se tire le téton, il y a des jours comme ça
      où l’on s’effraie d’un rien. des jours comme ci
      où qu’on fait plus vraiment semblant

      t’as soif. tu te bourres la gueule de neige. il parait qu’on passe à côté de soi, qu’on se rate de peu, la tombe vide
      ciel maussade, l’entrejambe moite. j’y verse une gourde. on n’aime pas les enfants
      rien de plus sale que de s’aimer soi-même. rien de plus sale que l’innocence

      je suis une bombe dans ma maison, et ma maison une bombe en moi. du coup je ne reconnais plus les lieux
      et que l’on jette une balle au milieu, style un nouveau-né dans un ban de requins, il ne se passe rien
      tout rentre chez soi – exceptés le ballon, le parc vidé de son sable et de son sceau, la pluie qui se retient
      de tomber trois fois pour rien, merdique mélancolique…

      jusqu’à preuve du contraire, nous sommes immortels. et l’immortalité se trompe de trou
      j’ai baissé ma culotte, il y avait des ronds au fond de l’eau. le fond de l’eau est rond, aussi
      effectivement, les ronds remontent, d’une immortalité blessée…

    28 juillet 2021

  • ces yeux de bistre

      les hommes qui ne meurent pas vivent plus longtemps, en compensation je suppose
      de leur inconséquence. les hommes dans la bouche desquels
      on trouverait des morceaux de dinde ou de pintade, si nous prenait l’idée d’y farfouiller
      s’enfoncent dans la terre quand d’autres, depuis toujours et même avant, avant d’avant, d’avant
      les éléphants, mais partent, partent en fumée…

      je n’ai jamais aimé que dis-tu, je n’ai jamais aimé. la langue des yeux les yeux d’la langue au bulldozer – n’empêche
      n’empêche que terre est ronde, globalement, et que mère marron. j’ai secoué les paupières
      je n’ai jamais aimé ça veut dire j’ai les pieds tout glacés

      de tout livre je ne lis que la page vingt-neuf. ça suffit amplement
      j’embrasse un refrain d’eau, je lui écarte les cheveux pour dégager la bouche. la bouche c’est important
      la bouche un trou. la ville ne pardonne pas

      je me soutiens tu me soutiens, et pourtant nous tombons
      nous tombons chacun le tour, mains dans les poches, le sexe aux pôles
      je reviens de ma maison ma maison a perdu moitié d’toit, portes et fenêtres éventrées – ne reste que le lit
      un lit pour labourer

      j’appelle un chien un chien, et déjà vide, la tombe. nique ta veuve
      j’arrête pas de me déboîter le moellon. j’aurais du t’acheter un jeu, t’offrir un orgasme, même mineur
      sur le qui-vive néanmoins, les géants cardinaux
      ont l’air bête et méchant comment dire, immuablement bête
      et particulièrement méchant

     

    ces yeux de bistre

    26 juillet 2021

  • manger chaud, manger froid

      l’histoire
      ne se répète pas, vu qu’il  n’y a pas d’histoire, et pas d’histoire dès qu’on la vit
      à moins qu’on ne se mette à vivre dès que
      plus d’histoire, un chemin de traverse bordé de pluvieuses averses
      – on trempe un peu
      devant on se dit
      un peu trop tard on se le dit

      je me suis amusé à rien, même pas
      à la toile d’araignée, à l’araignée migraine ni même
      à toi singulièrement nue, et de toute ta
      nudité nue – ramasse-soi de mille appeaux

      de la vase éclot le lotus, c’est banal
      j’ai mangé mon poisson
      j’ai chié mes arêtes
      j’ai gueulé j’ai chialé dans le vide – m’apportes-tu un bras, un poignet, un doigt, une bague à ce doigt
      le courage de rien et l’ardeur à défaire, voilà donc le courage

      un chien mesure cent mètres, je vais à cloche-pied
      sans la cloche sans le pied, je vais à cloche-pied – comment explique ça
      le petit gland soupire
      le petit gland soupire, mon tour viendra

      je n’attends rien de moi, évidement
      cela claque des dents, cela claque de partout, jusqu’à Portsmouth
      le nombril de dieu, le centre névralgique de nulle part se situe absolument partout : je ne suis jamais
      arrivé à Ouistreham

    23 juillet 2021

  • d’accouchée d’accouchante

      il ne pleut pas, je n’ai donc aucune excuse
      appartenir à quelque chose de plus grand que soi, qui ne soit pas le rien, le vaste négligeant, le vide extrême, saccage le front de mer
      imagine aboutir au lieu où non seulement dieu n’existe pas mais où cette inexistence-même
      n’existe pas, ou que rien ne valide

      je n’ai rien fait j’ai juste voulu
      manger mon corps, et faute de corps juste
      dégueuler tout mon saoul, je ne t’ai pas touché les poils du pubis
      pas pissé sur tes pieds nus, ni gratter les aisselles en soutirer le suc
      je me suis simplement tranché la sexure, comme si de rien n’était et vraisemblablement
      de rien cela n’était

      quand je ne sais pas quoi foutre je fume, et dès l’origine je sus qu’il n’y avait rien à foutre
      dès lors s’ouvrait le paysage, un paysage c’est ça, par l’entrebâillement d’un chemin
      après quoi je pris le sexe entre mes mains. mes mains le sexe. il ne se passa rien
      nous n’avons pas discuté

      ta mère était tranquille, trimballant son cadavre, au mieux sa carcasse
      de ci, de là, de ci et de là
      si j’étais un homme je revendiquerais une mère
      si j’étais une mère je servirais de piquet de grève et pourquoi pas
      me chier dessus, vu le temps qu’on s’y blesse…

      j’ai soulevé votre robe aussi haut que je pus cependant je n’ai rien vu
      rien entendu, rien reniflé
      j’ai même cru un instant que vous vous étiez absentée
      quand le zéro partout zéro, condition exclusive du mirage, or quand le mirage partout zéro, zéro partage, et cette histoire de dents
      se cognant contre les dents, contre-courants des langues
      je ne survis que par ma douleur mais où donc ma douleur
      se terre t-elle ?

     

    d'accouchée d'accouchante

    21 juillet 2021

  • chien la margelle, mais margelle pure

      chien, sans arrêt chien, mais chien partout
      le néant croît, crache-toi dessus et le ciel te crachera
      dessus
      – y a pas de parapluie
      pour ni contre ça

      à partir de l’âme et au-delà, j’ai trempé mon quignon
      dans le lait tiède. survivre retoque les hasards, fuir va dans le sens
      d’une luge en pente libre

      quelle est la mort d’une tombe vide, de quelle absence parle t-on
      qui ne répondrait à aucun nom ? les tresses, les nattes
      et même les chignons ébouriffés, les vagues affligées de leur creux
      – à force d’être soi, on n’a plus rien été

      en prenant soin de moi, or de moi je ne sais prendre soin
      un homme en moi se refuse à poser une main ne serait-ce que charitable sur mon épaule
      ou toute autre partie de mon corps
      et quand je jouis, c’est le bouchon périphérique

      je n’aime pas les morts – coule entre les morts et moi
      toute l’eau d’une chasse, je ne ressens
      aucune pitié à mon égard, et l’homme sans pitié en effet ne mérite
      pas d’exister, dût-il se réfugier
      derrière les roses…

    18 juillet 2021

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