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assis là sur un banc


  • l’adieu aux papillons

    un chien, une butte
      une butte, un chien encore
      la même butte toujours, n’importe quel chien
      il y a quelqu’un au fond de moi dont la fonction consiste à recevoir mes pierres
      mes coups d’ciseaux
      mes excréments
      s’il se relève c’est que je ne suis pas définitivement couché

      une vie importe, une autre vie importe, mais si peu
      si tellement peu
      si seulement pour soi
      si tellement pour soi que finalement pour rien
      elle sourit de toutes ses dents quand elle a perdu toutes ses dents
      bref elle ne sourit pas franchement, sa bouche fait un trou dans la langue

      mes maisons s’agglutinent dans le cube d’un espace SDF
      j’appelle à moi les filles en chemise synthétique, les garçons s’étranglent dans leur propre vomi – ils doivent s’annihiler pour survivre
      le néant étant devenu leur seul espoir de survie
      c’est une bouée sans air

      il traînait du muguet partout en ce temps-là, des lilas faméliques
      aux mamelles blêmes de promesses intenables
      je me suis réfugié dans le métro comme on enfile un sous-pull à col roulé
      comme on entre à poil dans des douches collectives
      j’ai eu peur de tout, sauf précisément de mourir à cet instant-là

    5 décembre 2021

  • porte close des lilas

      tu t’abrites derrière un arbre et c’est justement cet arbre qui est mort
      il s’agit d’une ville, il s’agit des rues de cette ville, et de ses souterrains
      tu t’abrites sous un parapluie et c’est justement sous ce
      parapluie-là qu’il pleut

      un homme a mille morts à son actif, qu’il fabrique dans son ventre, ovaires branlants
      il ne se souvient cependant que de rares prénoms, de quelques prénoms c’est tout
      il faut mourir pour être plus fort encore, être plus mort encore

      de la chair à charpie, de l’âme à la débâcle – j’ai le corps d’une chute
      d’une étrange défection
      si je sors mon parapluie, c’est que la pluie se rend commune
      or sans parapluie vont les noyés

      il ne me ressemble à rien. il endosse sa peau d’âne. sous dedans se rabote une vie
      le lieu précis, l’heure exacte où le sol s’ouvrit, cédant le passage au néant, inaugurèrent la perpétuité, l’ubiquité d’un nulle part fait homme
      je ne suis jamais sorti de ma tombe
      je rescelle la plaque, si tombale entre toutes…

      brute elle ne respire
      pas
      pas ou plus rien ne l’indique
      rien ne sonde en moi la profondeur de ce vide là
      j’ouvre la bouche en priant qu’un poisson par inadvertance s’y engouffre
      – qui de moi prendra la peine de me tuer ?

     

    porte close des lilas

    3 décembre 2021

  • émanations de l’en-deçà

      il me manque quelque chose, quelque chose comme une barque, la barque au fond d’un puits
      je ne sais pas remonter, déclencher la marée. je ne sais pas soulever la surface
      c’est déjà beau qu’il y ait une surface

      il ploie sous son propre poids, il s’enfonce par le vide en lui. en lui il ne fait que s’ouvrir, s’écarter
      un peu plus loin périssent les animaux. on ne fait pas attention aux animaux
      on en oublie la raison

      j’avale un cheveu
      c’est avec peine que je l’annonce, j’avale un cheveu
      qui plus est noir
      tu es persuadée que je souffre or je ne souffre pas. je retourne le mur c’est tout
      mais je garde les draps
      ça les draps, je ne les change pas

      il pleut dans la même substance
      il se tait à la même cadence
      il va falloir ne rien faire, soutenir ne rien faire
      le regarder droit dans les yeux
      le regarder droit dans les yeux

      ne reste de chacun qu’un appel sans réponse, un écho morne
      dors dans tes bras, dors dans ta crasse – rien ne sert de réactiver l’alarme du réveil : elle ne
      retentira plus…

    2 décembre 2021

  • pur jus, j’abreuve mes souffrances

      il se résigne à n’avoir pas de vie, pas de vie c’est un naufrage
      trois bouts de bois ne font toujours pas un feu

      quelqu’un
      glisse quelque chose à l’oreille du néant, une enveloppe vide
      sur un registre similaire, voir s’attache à lui fermer les yeux

      et pourquoi la mort lui accorderait-elle ce qu’obstinément l’existence lui refuse ?
      il passe son temps à se contempler dans un miroir qui ne reflète rien, rien que le temps qui passe
      sans plus daigner se retourner

      il penche d’un côté
      et quand il a fini de pencher d’un côté, le voilà penchant de l’autre
      c’est ainsi qu’il s’enjambe, oscillant
      de l’impossibilité d’être soi
      à celle d’être autre

      la mort à petits coups de ciseaux on la défoncera pas, on n’en fera pas
      de la charpie. on restera coi sur le seuil des maisons, de toutes les maisons
      toutes les maisons pendues à la corde de nos pas perdus, de nos piétinements

      allez viens, mange ton chemin
      au bout de la nuit il y a le jour
      au bout du jour il y a le jour au bout d’la nuit
      on n’en finira pas avec la nuit, on ne la changera pas
      on aura beau tricher de tout le corps, tricher avec l’esprit…

     

    pur jus, j'abreuve mes souffrances

    30 novembre 2021

  • la mer à grande eau

      je ne me parle plus, ou si peu
      ou si mal
      et donc en bout de moi je ne te parle plus, comme on se touche le sexe en pensant à autre chose
      ou en ne pensant à rien
      inamoureusement

      un ciel a baissé les bras, ça l’a sans doute soulagé
      je parle à mon mickey, mon mickey me dit, retourne t’en d’où tu viens
      je regarde alentour, incrédule. je me demande si je ne dois pas faire de stocks
      de bois, de cornichons, d’alcool de PQ
      de chaussettes en attendant
      de douleurs raisonnables

      je suis un homme sur son bateau, un homme sur l’eau et cependant
      cependant je ne vois d’eau nulle part, à perpétuité, ni de bateau
      conséquemment je coule à pic. je suis un homme qui coule à pic, à pic et en suspens
      un homme qui coule en suspens

      j’abrite un arbre
      tu me diras j’ai pas les branches pour ça, ni le feuillage
      tu me diras j’ai pas les bras pour ça, tout repliés sur soi, recroquevillés
      sur moi
      cet arbre sensé m’abriter en fait pousse à l’intérieur de moi et me transperce de part en part, me crucifie, m’écartèle par en dedans
      m’expulse de mon intérieur
      le vilain t-arbre

      mon poing dans la figure du miroir, lequel d’entre eux saigna le plus
      je décrypte avec appréhension les données de ma mortalité infantile. j’y vois de beaux jouets, des formules maléfiques
      je vais plonger, je vais plonger dorénavant, dans le froid absolu de moi-même

      j’embrasse
      tes pieds avec circonspection, j’embrasse
      j’embrasse le large…

    29 novembre 2021

  • de la renarde la fine gueule, la mamelle blême

      avec pour tout interlocuteur le vide – le vide en soi j’imagine, entre autres le vide en moi
      une vie régie par cette soif asséchante d’errance et de transcendance d’une part, et la pulsion amoureuse de l’autre, ou lorsqu’elles s’entrelacent
      la débandade en somme… après tout c’est le ciel, avant ça je quémande
      encore un peu de toi, que s’embrase le vide

      un homme est là, rouge en tout point
      comment donc est-il possible d’avoir une vie, une vie du feu de dieu ?
      j’en ai marre chaque jour de m’effondrer au pied d’une croix
      que n’orne nul crucifié – une croix vide, vacante, inébranlable inconsistance
      si je meurs c’est qu’un homme me rattrape. il me faut apprendre à faire sans

      touiller l’béton, on passe son temps toute queue dehors à
      touiller l’béton. personne ne me
      perforera le regard – le regard court, atalante, le regard floute
      à la balle au prisonnier seule la balle s’évadait, jusqu’à me laisser là, esseulé, sur un banc de côté
      ou sur la touche

      tu dis que tu meurs, mais tu ne meurs pas beaucoup. ainsi discrètement, j’embrasse tes fesses
      qui tient la pelle ? on se repasse la pelle. une pelle pour toi, une pelle pour le zombie – de quel espoir nais-tu ?
      un homme vit dans sa langue, un homme sur toute la langue – bave
      j’adore qui me tient là, au point névralgique, à peine si je rate ou si j’en jouis :
      ainsi discrètement, je tranche le nœud

      je me suis réfugié dans l’irréalité d’un bonhomme en papier
      en carton d’emballage
      – ne m’assujettis pas

     

    de la renarde la fine gueule, la mamelle blême

    27 novembre 2021

  • ne dis rien, soulage un ange, fais comme un pas

      je l’ai toujours aimée, sauf que je ne l’aimais pas. c’est la vie…
      c’est la conscience de mon inconscience moi qui m’abat, et me fait jouir
      tout comme je l’aimais, alors même que je ne l’aimais pas
      faut dire que grenadine, grenadine tout le temps

      je m’arrête à un piquet, que faire à ce piquet, si ce n’est s’arrêter
      il faut attendre longtemps, et plus longtemps encore, pour rien
      j’essuie mon tire-bouchon. je m’ le rentre dans l’cul, je tire – j’essuie mon tire-bouchon
      je ne me sens pas très à l’aise j’avoue, avec toutes ces lubies, ces contes à dormir assis, entrelacé

      j’invente un jeu. allez hop, on dit que j’invente un jeu
      un jeu en forme de non-poème, sauf que c’est un poème quand même
      une ouverture sur le futur ? non, évidemment. une ouverture sur l’ennui, plus que profond, de dieu
      dieu en l’occurrence ne sert pas de couverture, ni d’alibi
      plus il s’efface, plus il se réalise. et plus je me sens perdu

      les gens à la fenêtre prennent la posture de gens à la fenêtre
      alors qu’en fait ce sont des gens déjà à moitié engagés hors de la fenêtre
      c’est fou comme la fenêtre au dernier moment les rattrape, les happe, et les vide de tout contenu
      de contenu sans contenant, un courant d’air quoi, un contre-courant d’air
      tant manque l’air à ma fenêtre…

    25 novembre 2021

  • maison d’abord

      l’homme est la maison de l’homme, du coup ça jette un froid
      c’est un d’ces jours hélas, on se sent plexiglass
      ta mère s’endort dans mes bras, ton père s’endort dans mes bras, et même ton petit chien
      s’endort dans mes bras. je délivre les corps de leur âme, ça les allège un peu

      j’ai une histoire à te raconter, même si ça ne semble pas a priori
      une histoire très intéressante, et que par ailleurs tu n’as strictement
      rien à foutre de mes histoires. mais cette histoire indifférente, bien qu’insuffisante
      raconte notre insuffisance, souligne notre indifférence – qui pourrait dire à quel point
      elle tourne mal, ou finit bien

      j’aère. vu que je n’ai pas grand chose à faire, j’aère
      l’homme étant la masure de l’homme, j’aère, ça limite les moisissures
      un coup tu me regardes comme ci, un coup tu me regardes comme ça, et toujours de travers, pourtant
      des bulles on en fait tous les jours, tous les jours elles éclatent – l’homme est certainement
      la débâcle de l’homme, ou même de quelqu’un d’autre

      on ne fait plus de projet : on ne creuse pas le temps, et ça fait moins de déchets
      on pleure toutes les dix secondes – il suffit de compter jusqu’à dix, ce qu’on apprit
      avant même de rentrer en CP, et en anglais s’il vous plaît, avec la voisine
      que draguait mon frère à l’époque, et qui s’est suicidée par la suite
      parce que mon frère il en aimait une autre

     

    maison d'abord

    24 novembre 2021

  • se planter de mémoire. le sexe d’une naine

      il tombe de l’eau toutes les secondes, il tombe de l’eau toutes les matières
      et puis c’est fini. il faut bien le reconnaître, c’est fini. poignée de mer gerbe de roses, etcetera
      poignée de main, alcool limpide. il aurait fallu s’entendre bafouiller quelques mots, ou ce silence à cran en guise d’épitaphe
      il tombe de l’eau, mais pas que sur les chiens

      caresse-moi debout, couché s’est mal assis
      sur un seul moignon je tourne en rond, en rond c’est confortable
      d’un léger tournis malgré tout, on finit par être pris. cela pèse sur la hanche
      un trou d’air ça surprend, caresse-moi debout, d’aplomb ou même d’un cil vers le milieu

      je me suis mélangé à la bande sonore. après m’en être recouvert le corps
      notre vie dans le bunker, au demeurant s’asseoir là, l’antenne tendue, à soupeser de loin l’ombre de sa propre inertie
      une fois le socle brisé il faudra réapprendre à rester en suspens dans l’air vicié, et endurer le froid

      je mange des trucs bizarres. il faut dire que je n’ai pas l’habitude
      passer sa vie à récurer sa fosse, à regarder filer sa chance entre les jambes des pleureuses
      franchement je devrais mieux me nourrir. et m’hydrater régulièrement. prendre soin de soi garde ses distances
      au lieu de ça se mettre à saigner, du nez, du front, et de toutes ses bassesses…

      étend ses jambes à la dérive
      glisse un regard terreux sous le ciel misérable
      renoue sans enthousiasme avec une ancienne maîtresse
      s’accroche désespérément aux grilles du parloir
      et se demande sur quel pied esquisser le premier pas, hein, sur quel pied ?

     

    se planter de mémoire. le sexe d'une naine

    22 novembre 2021

  • effaçage des marques, gommage des traces

      un tournant dans la vie, et mal le prendre vous envoie dans l’décor
      dans l’décor
      plutôt morne, le décor d’un tournant
      mais dès lors qu’on retire le décor, que reste t-il ?

      je parle à la différence
      je lui demande à quoi, puisque je me le demande, elle ressemble
      ressemble t-elle à ma propre dissemblance ? ressemble t-elle à sa propre ressemblance ?
      je me demande à quoi, puisque je le lui demande, ressemble une espérance

      vivre en cachot, vivre en cachotier
      avec pour toute ouverture la main tendue d’une poignée de barreaux
      et pour toute amitié une crampe perpétuelle, un carré de pernicieuses orties
      vivre en crachat, en crachotant, vaille que vaille, portant sur le dos la misère d’un seul homme
      et c’est pas cher payé

      j’ouvre l’armoire et qu’est-ce que je découvre dans l’armoire ? rien. il n’y a rien dans l’armoire
      un vide noir, inhumain
      j’entre dans l’armoire, m’enferme dans l’armoire et qu’est-ce que j’y trouve ? rien. mon visage n’est pas celui que je pensais
      celui que je pensais s’est dissipé avec les rêves. à la place de mon visage il n’y a pas de visage

      c’est attention qu’il faut dire, c’est attention sinon tu vas mourir
      ou sinon tu vas tomber
      et tu tombes effectivement
      pas vraiment besoin de volonté pour se relever. on se relève et puis c’est tout, avec la même inintentionnalité, la même immatérialité qu’il nous fallut pour tomber
      la même impersonnalité, pour faire chic

    21 novembre 2021

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