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assis là sur un banc


  • potentiellement méchant

      tourner le dos au même, même armé d’un couteau et ne se rend pas compte
      j’ai rêvé d’une bouée de sauvetage, sauf que la mer n’y étais plus. et je sais pas si je portais encore un caleçon à cette étape de ma déconnexion
      à force de bonds sur le côté j’ai fini par perdre pied et m’endormir dans un champ d’orties blanches, lesquelles contiennent
      les vingt-deux acides aminés

      un soleil charmant, joli pet de travers – ma sagesse aborde une immensité sans dent
      je tape dedans, et quand je dis je tape dedans je ne parle pas d’un ballon, d’un chien ni d’un fessier boudinant, mais, la terre retenant son peu de souffle restant, d’un vol en rase-motte dont l’issue consiste en l’issue-même
      la porte close en descendant

      l’infini de la mort gagne sur le présent, grignote toujours un peu plus de mon espace, que mon espace est blême
      il faut encore un homme afin qu’il puisse arriver quelque chose à cet homme, ou par cet homme à ce qui ne survient que pour autant que quelque chose y survienne
      : un homme par exemple – et quoi d’autre en effet qu’un homme, ou autre chose entre les deux, de flou d’indéfini

      la dernière cigarette est celle dont la fumée ne se dissipera jamais tout à fait
      et j’incarne au fond le trou de cette mémoire. d’un style certes convenu. et les chiens dans la ville en auront reconnu les remparts
      si bien que si je vis en moi, c’est que je n’y habite déjà plus vraiment…

     

    potentiellement méchant

    28 août 2021

  • vide mon porc

      de toute la nature morte et de toute la nature morte, le lien est mort. le lien est mort et je n’y puis rien faire
      il y a un arbre aussi, ou ce qui semble être un arbre, en tout cas l’être d’un âme, bordant la route
      réalité cachée réalité crachée, sous couvert d’un jour creux

      on s’y perd. caillou jeté dans la mare, on s’y perd
      il fait donc jour plus tôt que prévu, les horaires de marée
      ont sonné la décrue. un ciel fait le mur, mur assis sur un mur
      puis retombe au milieu, un peu comme en enfance, légèrement au milieu

      j’ai beau marger, les mollets gonflent
      me reste un souvenir encore du temps où j’avais des souvenirs
      avec des rideaux qu’on entrebâille, quelques poils frisonnants débordant du slip
      me rangeant sur le côté, j’imagine que je ne sers à rien
      d’autre qu’à ne pas me faire écraser

      j’ai bouffé mes bonbecs. il m’en reste trois papiers tout froissés dans la poche
      dont un où s’inscrit le taux de mon absence, ou de l’attention présente portée à cette absence
      d’après laquelle les choses ressemblent précisément à ce qu’elles ne sont pas – petits commerces inessentiels en enfilade d’une rue pas plus longue que mon bras

      fuir devient l’impératif, l’espace à qui sans corps, le souffle à qui soupire
      autour de moi le vide entier se décompose en mille détails insignifiants sur le miroir inversé de la conscience
      j’avale ma pisse
      c’est comme qui dirait j’ravale ma pisse

    26 août 2021

  • wu wei en gare de surdon

      éjaculer dans la mer morte ou presque
      morte

      la porte qu’on est comme en anglais la porte
      fasse qu’on en sorte

      va t’en ton ch’min
      va t’en ton crabe
      térébenthine

      boire la bave et se demander
      où la bouche, sur quelle touche-pas-la-bouche

      ça pue du genou. hommes nous ne
      nous lavons pas. c’est par la mou qu’on rase

      la pluie c’est quand il pleut, mais pas longtemps. au doigt mouillé le sexe
      de ma femme

      dans tous les cas le cas contraire, i faut yaller
      retour à pas d’odeur, morbide farandole

      la voix, tout ce qui subsiste du néant d’un homme. sauf
      si la mort vie profonde

      pleure dans ton tube, pleure partout, mais pleure à l’œil
      les derniers poèmes se liront en braille

      la fin du monde, avec chignon et os dans l’nez
      l’épingle au téton droit
      la vodka du bon schleuh

      pas de flic
      que des bruyères
      : toute une rue en pente…

     

    wu wei en gare de surdon

    24 août 2021

  • l’amie sans fin

      s’il fait froid, tu aères plus souvent. il faut vivre n’est pas méchant
      il faut vivre prend place auprès d’un homme en berne. et monte la garde
      s’il fait froid, te rendors tout tremblant. ne te rends pas malade

      il monte le son. il en faut plus pour coucher sa maison
      toucher tout ce qui est mou le laisse sur sa soif, et sans-voix monte le son
      git comme une bête au fond du trou, saccage toute issue

      remonte le chauffage. que ça brûle d’un côté autant que ça gèle de l’autre
      je ne suis rempart à rien. le mal qui ronge me lèche les mains, puis tout le corps
      et tout le corps à l’avenant – il lui reste à saisir quelque chose par le centre ou au milieu

      j’échafaude un non-plan, puis je rentre dedans, avec toute la vigueur que je ne me connais pas
      gonflent les nuages, et vont s’effilochant. l’idée fixe d’un lit ne les effleure pas
      tu t’allonges et tandis qu’allongée là, j’affûte ma boule de cristal

      la dernière fois que je l’ai vue un miroir m’a littéralement défiguré, traversé le visage
      une simple barrière n’a pas pu s’ériger. la guérite à son bord
      pendu sans sa corde je navigue entre deux eaux. il faut bien passer le temps

    22 août 2021

  • les gens dans les villages

      l’amie n’a plus d’ombre sur sa nuque, l’amie
      s’est rasé l’ombre de la nuque, le poil narguant l’anus. il fut un temps
      il fut un temps jadis
      l’amie s’est rasé l’ongle sur mon dos

      que je n’emporte rien. qu’on laisse traîner là
      mes affaires ma gomme, mes crayons de stupeur. j’encule tout par terre
      que l’on ne me retienne pas, ni rien de moi, ni moi de soi. le train c’est confortable. plus confortable que le car
      le train c’est cher.
      que je n’emporte pas

      extraire un pied d’la vase soit, mais si c’est pour le replonger dans la même vase…
      sortir un pied le maintenir hors flot soit, l’autre
      portera tout le poids, s’enfonçant doublement
      à la rame ou au sceau, devant me tend miroir
      et miroir m’en balance

      j’y reviens. et comme j’en reviens, me croise à mi-chemin
      la main droite dans mon dos cherche celle de gauche. mon dos ne mesure pas
      il y a une tristesse et cette tristesse nous vieillit – ainsi
      devançons-nous l’éternité

      d’où l’idée d’un détour, d’un détour sur soi
      le rien restant, seul restant, prend l’odeur de la mer
      or la mer ne dort pas. le phare l’en empêche
      le phare l’en empêche chaque fois
      le phare m’en empêche, aussi

     

    les gens dans les villages

    20 août 2021

  • dormir la mort

      crâne debout, grève de la marche – de toute marche
      s’il pleut c’est qu’il pleut, sur le crâne de l’homme, ou plus bas sur ses genoux
      il ne fait pas la différence
      il faut bien que quelqu’un lui rappelle qu’il ne fait plus la différence, que toute différence
      ici-bas estompée

      je ne mets pas les pieds dans l’eau, ne pousse pas l’aventure si loin
      c’est ainsi que j’honore la mer même si ça leur ferait plutôt du bien, aux pieds
      quelqu’un reste en arrière, il a certainement ses raisons comme a certainement sa raison propre la mer
      qui n’ose trop s’en approcher

      un pétard cramé en guise de cervelle j’avance, j’avance à reculons
      en rendre difficile l’accès élargit le paysage, contenant contenu par excellence
      excellence le lieu où je me retrouve dans la mesure où j’en réchappe, m’en échappe
      c’est un pied juste au-dessus de l’eau, rondelle d’incertitude

      dormir la mort, dormir là plus profonde, la comme une sonde
      ça fait longtemps que je ne me retourne plus sur un bout de soleil, ne me triture plus la plaie d’un bout de fil de fer tordu
      je quitte mon banc
      d’avoir pissé sur moi, je quitte mon banc
      j’entre en totale désertion

    18 août 2021

  • dans l’œil du cyclope

      fais ce que tu veux, moi je parle à ta maison de poupée
      je colle ma bouche à la porte de ta maison de poupée, et lui susurre des secrets de poupée
      de poupée déséquilibrée, de poupée démantibulée
      on mourra rouges

      la représentation du monde tourne en rond sur les mille boîtes à jouets. on jouit dedans
      toupie on jouit dedans
      cela fait cent ans qu’on manque un but, toujours le même but, et leurs ailes à chaque bord
      ramant à vide, quoique à outrance

      d’arrivée au bord de la mer, tu me remplis les yeux
      de vin nouveau, diabolo-fraise. tirer le ver
      du nez, ne recouvrera pas l’odorat
      l’odorat m’a quitté

      le ventre vide les côtes hautes, je retourne au zéro, au zéro nul partout
      j’embouteille du vide, une flaque autour est de saison. une flaque toute saison
      il y a des soirs où je m’essuie encore un peu

      ainsi s’achève le passé, les pieds devant la mort au bide
      aléatoire la balle rebondissante mais toujours à hauteur fixe
      d’un même élan la hauteur nulle
      or nul n’y croit

     

    dans l'œil du cyclope

    16 août 2021

  • l’amorce d’un pied nu

      ils ne voulaient pas se faire, se défaire
      se dire ni se dédire – ils ont finalement réussi à attraper le loup
      par la queue
      et le loup les a bouffé

      le deuil, c’est de se refuser à abandonner ce que l’on a aimé, refuser de le sacrifier afin de survivre soi-même, ou de vivre une vie à soi
      le deuil c’est de continuer à mourir avec nos morts, à vivre de leur mort plutôt que de les trahir, d’ainsi trahir l’amour en nous, sans lequel nous nous dégoûterions de vivre
      – tuer son passé à coups de rame, à la faucille ou aux chardons, délivrer la mort de ses morts pour vivre de mort pure…

      passer sous les radars, entre les gouttes et jusqu’à un certain point
      pour un éternel autre. il ne fait jamais chaud, par ici
      doux n’est pas chaud
      doux n’est pas froid non plus
      comme un pays qui pourrit à l’intérieur de nous

      n’appartenir qu’à soi égale être perdu, les jours où l’on s’immonde
      que ce soit par la vie, que ce soit par la mort, je fais tout pour échapper à la terre
      j’en ai pourtant plein la bouche, de la terre
      ou de ce pain rassis

      trouver refuge sous un arbre nous préservera un moment de la pluie
      après, on verra
      une piscine où plonger, un ciel à creuser, inversé si nécessaire, quitte à se dissoudre dans la mort intérieure
      au bout de laquelle, va savoir, une paire de jambes nouvelles…

    14 août 2021

  • on s’arrange avec les dents

      … qu’entre l’os et la plume flottait l’idée d’un ange. c’est pas toute la misère c’est juste un blanc
      tanguant entre deux seins – ouvrir fermer, fermer ouvrir
      creuser le vide

      il fait tout l’temps, quel que soit l’temps il fait tout l’temps
      beau ou de merde, on ne ressemble qu’à soi, la tête à grand peine émergeant
      du rien confidentiel
      et j’m’en fous plein partout

      vulve comme elle te châtre, avec les dents devant, rampant
      s’il y a un homme ce n’est que l’idée d’un homme, déviante, ou dérivant d’un toit, d’une poutre
      enfin, ce n’est que ce qu’on se raconte…

      si j’arrive quelque part c’est qu’il est déjà trop tard, et trop tard
      n’avorte pas.
      j’aurais voulu disparaître, disparaître de moi, et du reste avec moi. j’avais pas apporté
      ma brosse à dents. violette, ma brosse à dents. juste pour la reconnaître

      je recule mais jusqu’où, c’est la seule question
      acculé à la mer on sait qu’on n’ira pas plus loin, oui mais d’ici à pas plus loin quelle marge, quel large ?
      évidemment que je demeure là
      où tu, nul, je
      ne m’attends pas

     

    on s'arrange avec les dents

    12 août 2021

  • ta moule

      chaperon rouge, mais rouge quand même. pas de pardon, 
      rien que des cyclistes.
      la mort dans l’âme et l’âme dans la mort, bûcher privé de bûches
      j’ai du hurler l’absence. tout sauf muette, l’absence muette

      tu t’es donc résigné à un seul chapeau. j’aurais du m’en douter, ou mourir
      un peu plus tôt, ou bien à bon escient mais le plus pur suicide
      est le suicide raté – sinon à quoi bon ?

      au fond de soi enfin au fond de soi, pour cesser de mentir naturellement mais pas seulement 
      : pour se retrouver là où l’on est, tant qu’on y est là et pas ailleurs, encore ailleurs
      que le poisson respire, et que la mer languit…

      comprendre mais que comprendre, la chance n’y suffit plus
      la mort perdait ses os, je ne portais pas à conséquence, tel oiseau sur sa croix
      sa croix d’inconséquence

      tout le monde n’est pas mort, restent ceux ne sachant pas encore morts :
      rue d’une triste convention, la noix qui casse les dents, barrage infranchissable
      et puis ces lourds radiateurs comme en apesanteur – se sentir à ce point
      coupable de vivre, jouissant à reculons…

    10 août 2021

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