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assis là sur un banc


  • système des gares

      les petits escaliers
      tu tournes à droite et tu montes les petits escaliers
      tu descends les petits escaliers, puis tu remontes les petits escaliers
      c’est alors seulement que tu peux penser et décider du sens à donner à ta vie

      j’engageai un homme mort. un homme mort c’est plus sûr
      on ne se pointe pas comme ça n’importe où à l’improviste, même si au fond on ne fait que errer, au gré de rien, au pied du fond

      quelqu’un ressemble à mon ennemi le plus pur alors je le mets debout dans la bassine et je le lave au gant
      je lui frotte les nichons je lui lave les intestins, je lui essuie les genoux je lui nettoie les oreilles
      évidemment, il se laisse faire sans broncher

      quelqu’un m’a pris la couleur de mes yeux, le monde m’apparaît uniforme dorénavant
      je me mouche dans tes vêtements, dans chaque bout de tissu de tes vêtements, et cela non pour te souiller, ou parce que je serais enrhumé, mais par pure timidité

      elles saturent en tout point. alors je fais mon sac. je sors. je marche dans la ville
      je n’aurais jamais cru la ville si grande. je n’aurais jamais cru la ville si creuse. j’en cherche le point névralgique et je découvre la gare
      chaque point cardinal a sa gare. je me réfugie dans la gare des trains sans destination, des départs sans conviction

    21 décembre 2021

  • l’oiseau pèse-sommeil

      surveiller quoi ? le fond de la marée sans doute, le feu sur le lait ou encore la ligne trouble
      qui relie nos genoux…

      dieu n’est plus qu’à une encablure, ou son sosie
      son sosie d’ailleurs ne me ressemble pas. ni rien ne l’en distingue

      je suis un homme et qui n’a d’homme
      se pleure dans les mouchoirs

      je ne pouvais pas comme ça braire toute la vie braire
      alors je me suis mis à chantonner
      et de chantonner, subrepticement je me suis mis à dansonner

      la mort est sans limite, c’est ce que je me suis dit en revenant de Nantes, de Moulins ou d’ailleurs
      l’herbe repousse ou l’herbe ne pousse plus

      en toute circonstance, je reste illégitime
      un espace au-delà même de l’indubitable, une surface si sensible que
      rien ne l’érafle

      et sur la pluie alors, et sur la pluie qui tombe tandis que rien ne bronche
      quelque chose s’est assis, quelque chose ou quelqu’un…

     

    l'oiseau pèse-sommeil

    19 décembre 2021

  • la rémission

      un chien la nudité de l’homme, un chien est l’homme
      quand il ne se ment pas, un christ sur la dune, un sexe de cordée
      j’ai faim, quoique je n’aie faim de rien. j’ai faim
      de ne plus aucune nourriture

      un silence à genoux, une poignée de cailloux
      je voudrais réellement avoir peur de quelque chose. par exemple de toi. ou de moi devant toi
      ou de moi devant soi
      cela signifierait la même chose, sauf que la même chose en léger différé, légèrement décalée
      avant ça moi ou ça

      tu me parles mais est-ce que tu me parles
      tu m’oublies mais est-ce que tu m’oublies
      un homme se tient là face à moi et je suis le pire ennemi de cet homme
      je suis la mort de cet homme
      je suis la vérité de cet homme dépourvu de vérité
      subséquemment, d’un simple claquement de doigts, d’un simple
      battement de paupières, définitivement je m’éteins

      je m’adresse à ta joue, je m’adresse au col de ton utérus
      chaque matin chaque soir, et ce quel
      que soit le temps, je m’agenouille au seuil de ta maison
      quand bien même la porte reste ouverte, je crois que je me tue avant
      d’oser en franchie le pas
      il faudrait vérifier si effectivement je me tue avant, ou soit dit en passant

    18 décembre 2021

  • n’importe quel animal

      au carrefour d’une histoire et d’un universel, je pissenlite
      il y a un homme en moi, il y a un homme en lui aussi
      nous sommes de quelque part, ou nous sommes de nulle part
      de sous le pont ou de sur le pont
      et cela ne justifie rien

      d’un ventre
      mais de celui d’un ventre
      d’un ventre non maternel, d’un ventre non exutoire
      et d’ailleurs on ne se rappelle de rien
      nous perclus de mémoire, dont la mémoire ne se souvient
      nous sommes obscènes

      il ronge un bout de son bout, quoiqu’il en ait dépassé le bout déjà
      et plus déjà qu’un autre que soi, ne tenant qu’à un fil, un câble, une
      procédure disciplinaire
      jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une peur, rien qu’une peur, irrépressible et sans objet
      on se trompe de mémoire, entre partir et arriver la vacuité
      aura tout absorbé

      pas grand chose à dire pour atteindre à l’inessentiel
      une paire de jumelles, tu regardes au travers, de quelle couleur la jupe, la fraîcheur des joues
      je ne suis à l’abri de rien, même en n’étant qu’un parapluie, tant il pleuvait sous
      ce parapluie. non, il bruinait
      il crachouinait

     

    n'importe quel animal

    16 décembre 2021

  • pardon l’amour

      peu d’accouchées sur les bancs, et l’on tire de longues langues
      dès que je tombe amoureuse, je ne sais pourquoi, si je tombe amoureuse
      que je me liquéfie ou que je m’enfonce un coton-tige dans l’oreille, je sens, j’ai la certitude
      de n’être que métaphysique

      prends-moi par la main et conduis-moi à l’abattoir, si tendrement ça m’aide un peu
      un peu c’est déjà trop, il me faut absolument l’adresse
      d’un sinistre avocat
      je veux mourir, mais pas tout à fait pour rien
      je veux mourir presque pour rien

      ça me gêne disons de ne parler que de moi, mais je tiens à mentir le plus sincèrement possible
      donc je me cache derrière ton sexe, je cache mon sexe derrière ton sexe, c’est à dire l’âme nue
      ou la mort sans la mort
      la mort nue de la mort
      ça ne se mérite pas

      un chien est revenu d’outre-tombe. il incarnait l’innocence du mal
      notre souffrance est si profonde que ses racines ont percé le néant
      il devient de plus en plus difficile de porter une bouche
      des lèvres, une langue
      être vivant ne semble plus une évidence

      un homme se reconnaît à son sacrifice
      le sang d’un homme est vraiment blanc je t’assure
      on reconnaît un homme à sa détresse
      aux taches de sang, aux flaques de pisse. aux messages sans réponse
      on reconnaît un homme à ce qu’il ne se reconnaisse plus

    14 décembre 2021

  • poisson de décembre

      un homme ne m’établit plus
      un homme n’a plus de maison
      or un homme sans maison, un homme sans maison
      il marche certes, mais il marche à côté

      je marche et quand je marche je prie pour rien
      puisque seul compte le dieu pour lequel on ne prie pas
      et seule la prière pour un dieu qui n’est pas, ou ne compte pas
      on masturbe le temps, on masturbe le temps, et le temps ne prend pas

      un homme ne m’a pas regardé
      une femme ne m’a pas regardé, non plus
      je n’existe que contre tout
      je n’existe que contre moi
      je n’existe que contre je n’existe pas
      et je reste tapi dans l’ombre du dernier homme

      un chien s’en fout, un chien survit
      qui a le courage de seulement survivre ? celui condamné à survivre, évidemment
      c’est à dire à peu près chacun, au fond du lot
      si j’avais été une femme, si j’avais été un homme, je me s’rais dit voilà, au moins t’es une femme, un homme
      au moins ça ressemble à quelque chose, d’être quelqu’un

      j’achète mes timbres à la poste
      des timbres pour l’étranger
      c’est un peu plus cher, mais les lettres d’elles-mêmes tendent à l’étranger
      de plus en plus j’ai l’impression n’avoir été qu’une bouche d’égout, une pureté dans l’œil d’un sourd
      et c’est si long…

     

    poisson de décembre

    12 décembre 2021

  • silences chargés à blanc

      elle ne referait pas le même chemin, le même chemin aller retour
      retour d’escampette

      elle s’accroche à elle comme deux bulles, deux éclats d’espoir pur
      cela se passe de moi

      partout le soleil m’enfonce des aiguilles dans la gorge
      soit décrétée l’abolition du bonheur, des sourires en coin

      je m’arrache un soupir, deux soupirs
      au troisième, je ne recouvre plus mon souffle

      les bancs le long du quai, c’est uniquement pour eux que je suis
      venu habiter là

      j’éjaculai dans son nombril. non pour remonter jusqu’à la naissance, mais plutôt pour échapper au refrain, à tout refrain
      à la procédure-même du sens

      aux confins de l’éternel, l’œil écarquillé du néant
      tout à coup tout me gratte, et me gratte partout

      je ne meurs plus qu’une fois, la tête sur les cuisses, le sexe entre les dents
      on ne s’y fait pas vraiment, on ne s’y fera pas
      à quoi à rien, de quelque manière que ce rien

    11 décembre 2021

  • parles-en à la forêt

      tremble veuf, tremble comme la maison qui tremble, la maison veuve
      une maison dans les marais
      une maison dans les maisons
      une maison partout
      et moi je lèvre avec ta lèvre. et moi je lèvre de toute lèvre avec toi, de toute bouche
      en toute maison je couche

      quelqu’un en moi n’est plus l’homme qu’il prétend, ni celui qui s’y pend
      quelqu’un en moi se regarde dans ses verres et n’y reconnaît pas ses propres yeux
      si je dis que je pisse partout ce n’est qu’auprès d’un arbre, et cet arbre bouge partout
      il ne te retrouve pas

      je fais naufrage
      à gauche comme à droite, devant comme derrière, je fais naufrage
      et même tout au fond, je fais naufrage
      sur la terre comme au ciel, je fais naufrage
      et vogue mon naufrage…

      tu viens tu t’approches et tu poses tes paumes sur les paumes de mes mains
      je n’ai pas vécu jusqu’ici pour vivre jusqu’ici, tu abolis donc l’absence de toute raison et de toute justification à ma maigre existence
      tu m’adjures par ce geste : sois là maintenant, meurs avec moi
      c’est vrai c’est tellement simple de mourir quand on sait où mourir, quand on situe exactement le lieu à partir duquel commence l’éternité

      un cerf s’est cassé une patte
      il est à terre, il ne peut plus se relever
      quelqu’un sursaute, tourne la tête dans sa direction mais sans l’apercevoir
      je ne pense pas qu’un cerf ait grand chance de survivre à une patte cassée
      parles-en à la forêt

     

    parles-en à la forêt

    9 décembre 2021

  • là je ne chante plus

      tu me ding, tu me dong, tu me ding dingue dong. ça tombe tu penses à moi
      il n’y a rien dans mon livre qu’un ruisseau en panique
      tu lèves la main, mais si haut que je ne l’atteins pas. du coup je te mords le téton
      pour me venger
      pour te venger
      ou pour, risquant le tout pour le tout, t’atteindre quelque part, quelque part au plus près

      c’est un chien merveilleux, c’est un chien formidable, et quand il se dresse sur ses pattes de derrière et se met à bander, on croirait presque un homme
      heureusement qu’il ne mord qu’à la cuisse. heureusement
      qu’il ne vit qu’en pensée, comme toute pensée

      je sauve les morts, les morts solvables – ceux qui n’ayant vécu ne peuvent tout à fait mourir
      ils ne refranchissent pas la frontière qu’ils n’ont jamais auparavant franchie
      ceux qui écartent les jambes je les nique. ceux qui gardent les jambes serrées je les engloutis d’un geste sombre
      ou alors passant derrière je les nique également, d’un pur coquelicot

      tu vois, même encore à présent, je ne m’adresse qu’à soi, béance exubérante
      qu’il pleuve sur la neige ou verglace la pluie, je cours en marge, je cours en marge de soi
      ou de ses avatars
      là moi je suis nu de toi

      et dans la nuit qui plonge, et dans la vie qui a très peur, je t’arrête un instant
      entre le cerf-volant et la terre il n’y a que ma main, entre la main et le vent qu’un triste cerf-volant
      ce n’est plus qu’il faille mourir, mais que désormais on le doive…

    8 décembre 2021

  • meilleur son, meilleure ciguë

      l’atroce entre dans mon corps. on rappelle ça être soi
      on trouve un arbre au milieu et c’est celui-là qu’on extermine. on lui éclate la tronche
      tout au fond d’un pliage savant on découvre également le point rose, ou violet, selon les feutres disponibles

      tu m’appelles comment, tu m’appelles pourtant, je ne reconnais pas le nom par lequel tu m’appelles
      je réponds malgré tout. je réponds dès que la bouche vide, dès qu’on ne sait plus quoi dire
      je réponds par mon nom. mon nom dont le nom qu’on s’ignore, d’où celui-là
      une bouche ne s’ouvre pas, une bouche
      refuse de mordre, de sucer, de s’approprier la bouche

      je parle à mon étang, mon étang mon marais, mais ça reste plus classe de dire mon étang
      j’avale une pilule, je coupe une pilule en deux, de la même façon qu’on coupe sa pelure, ou sa peluche en deux
      il faudra remonter jusqu’à la racine de misère, revenir au terre-vide, au meurtre de l’indien
      puis ensevelir mes organes génitaux dans un trou creusé avec mes mains, que je recouvrirai ensuite de fleurs qui n’y ressemblent pas
      puisqu’elles n’existent pas

      le pire, c’est de renaître
      renaître trahit tout. renaître n’a pas d’odeur. il rompt la fidélité
      j’ai le pansement mais sous le pansement la blessure pullule, on la racle avec les dents
      on la suce avec la langue, tu me diras aussi
      on la creuse avec le temps

     

    meilleur son, meilleure cigüe

    6 décembre 2021

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