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assis là sur un banc


  • tout ce que j’ai souillé, tu l’as aimé

      j’avais envie
      de nager contre
      le
      courant aigu
      de ses muqueuses
      ici-bas ou là-haut
      ici-haut ou là-bas
      quelque part en tout cas
      plus vif que mort

      leurs beaux bateaux
      ma ruse à moi
      mon cheval de toi
      mon sang très pur
      en toi si pure
      et leurs visages aussitôt
      muèrent en étrange
      physionomie

      qu’est-ce que
      c’est
      papier-poussière
      je revis un moment
      juste le temps de
      rembobiner le
      temps mort
      le déterrer
      le aérer

      totalement
      morte ou encore
      un peu tanguante
      j’aime l’eau froide
      ainsi que tout le
      souffle perdu
      à la tiédir.
      dehors est un
      bus en pleine
      dérive

      on mord dedans
      même quand on
      ne mord rien
      même sans dents
      sans armes
      sans la hargne
      in-dis-pen-sable
      juste à rester
      là vaguement
      debout

      nuque
      brisée
      échine
      courbée
      papa va à la mer
      papa va introduire
      la mort dans l’œuf
      passe sa rage

     

    tout ce que j'ai souillé, tu l'as aimé

    16 septembre 2021

  • vertus d’un extincteur

      si le non-sens fait mal c’est qu’il y a un sens tant à la douleur qu’au non-sens, et que de ce sens-là on espère à tout hasard extraire un essentiel

      prendre mes yeux pour des cauchemars ambulants, alors qu’on y peut lire en parallèle une intime paresse
      et qu’un intense ennui les garde droit debout

      pas de châteaux en espagne, mais Gijon me tend un plus profond miroir, en lequel l’image des choses
      concentre toute la vérité des choses, sans que cette vérité ne parvienne à annuler ces choses
      ni n’en atténue la douleur

      mourir à flot, dernier objet auquel se raccrocher pour ne pas verticalement sombrer
      il eut fallu réunir ses bras autour d’une brassée de vent mélancolique, de lilas
      sous cutanés

      à trop cracher le dos se déshydrate. je tenais surtout à te dire que seul le feu
      ressuscite le feu,
      où s’entrechoquent deux formes éculées d’une même extinction

    14 septembre 2021

  • et ne sait pas danser

      trash en l’air et tête en bas, on n’baise plus. on n’baise plus car les serpents sont déjà passés, leurs mues en matière préservative
      un temps pour se préserver, un temps pour sa tête brûler, tel est le tao
      or le tao est un plat qui se mange froid
      ou chaud, indifféremment quant à la saison

      mon miel s’est fait piquer par une abeille. un homme revenu de nulle part lui a retiré le dard
      et a soufflé dans son poumon, jusqu’à ce qu’elle retrouve le goût de vivre, le goût de tuer
      personne ne me demande de le suivre. chacun me convie à me perdre

      un homme ne me pardonnera pas d’être un homme, pas plus qu’un nuage – n’essayé-je donc que de gagner du temps ?
      il y a un tiroir en moi, un qui ne s’ouvre pas, comme si c’était moi que je refusais d’ouvrir alors je me mets un gun sur la tempe et je me hurle :
      rectangle, ouvre-toi !
      ou change de métier

      je ne sers à rien. j’ai plombé mon nichon
      le mors d’un cheval ne le retiendra pas, les rênes d’un cheval ne le dirigeront pas, et voici que je me bats pour une place assise
      contre ma propre chaise ?
      un diable hors de sa boîte, comme sorti de nulle part, et ne sait pas danser…

     

    et ne sait pas danser

    12 septembre 2021

  • chemin de malfaisance, contrefaçon de vivre

      le vent s’est caché dans mes branches, il doit bien rester en moi quelqu’un
      que je crains de décevoir, et dont la peine me ferait renoncer
      aujourd’hui, je m’en vais manger la mer
      aujourd’hui, je m’en vais à pleines dents mordre à même les couilles de la mer
      car aujourd’hui, au nom de tout ce que j’ai jamais aimé, je m’en vais brûler mon âme
      ou l’exact contraire

      un chien mourra deux tu l’auras, tu ne me soulèveras pas le bras
      sans en lécher l’odeur, et l’os, et la gamine au midi pile
      s’il faut survivre c’est que la mort ne suffit pas, ne se suffit pas à elle-même, la toujours-à-la-traîne
      la traînée
      l’aveugle à la canne perdue

      ta mère a le cancer et alors – moi aussi j’ai le cancer. un seul cancer pour tous
      je marche dans la rue et alors – la rue fait semblant d’être plate, ou droite. en vrai, la rue recule devant moi
      la flaque n’est là que pour s’y noyer, à moins bien entendu que l’on se décide
      à y sauter pieds nus

      tu me pardonneras hein, tu me pardonneras ? je sais que tu me pardonneras
      et pourtant, ce pardon ouvre la possibilité d’un retour – maudit soit ce pardon
      maudit soit le retour
      le seul retour est devant nous, bouche ouverte

    10 septembre 2021

  • temps du partage

      mon chien s’est mordu la langue, mon chien s’est mordu la dent, alors mon chien s’est mordu l’anus
      il est mort ce matin
      le vent lui servira de tombe
      comme il sert de tombe à tout un chacun
      avec les mouches

      mais revient le temps du partage
      du partage du pain dur
      tant dur était le pain, d’un christ non ressuscité, d’un christ rassis, d’un christ qui ne nous aurait
      pas laissés tomber, la douleur jusqu’à ce qu’elle sourie et se nomme pitié
      si la pomme pourrit c’est que son cœur est mort, c’est que son cœur
      a cessé de saigner

      tu fais ce que tu veux avec la mie de pain mais je reste moi le héros d’un jour encore non advenu
      en attendant j’arpente la grève, à m’en faire saigner la plante des pieds
      on ne mourra pas sans se dire au revoir – mieux : on ne mourra pas
      sans s’être vraiment retrouvés
      à jamais retrouvés

      il me faut digérer toute la mort non pour mériter, mais pour supporter tant de beauté – la beauté ne se livrant qu’au néant, comme la grâce relève d’une chute
      mais justement je me suis pissé partout, la mort n’arrivant pas à tout nettoyer je suis tombé dessus
      je n’étais qu’un enfant

     

    temps du partage

    8 septembre 2021

  • un rasoir pour deux

      sous mon casque il y a un crâne, les insectes s’écrasent sur la visière – être homme, n’est-ce pas choisir le lieu de son décès, élire son puits ?
      de quelle femme eus-je été l’homme ? l’homme n’est-il homme que d’une femme – dès la deuxième se confondant déjà à la bouée
      de son propre naufrage ?

      le pays le plus gris ne résiste pas à ses fleurs – l’homme-bouche a tété son moignon
      quand je me regarde de travers c’est de travers que je me regarde, le pôle nord en pleine poitrine
      et le nombril à découvert

      j’en reviens à ma moelle épinière. je cours en rut à travers la sapinière
      le cache-sexe d’un jour si gris. je lui demande si ça va – ça va ça va, ça va entre deux piles
      de linge toujours sale, quoi qu’on y fasse

      des chants dans les herbages, des orties plein le slip, tu gratteras jusqu’au sang l’allumette fringante
      il faut mourir en ordre. des gens marchent sans cesse juste de n’avoir nulle part où aller., on leur procure des tentes
      cela ne suffit pas – je leur livre mes rites, mon gîte, encore ma tante
      quand le feu s’éteindra, les cendres renaîtront, prédisent-ils

      j’ai un cheval par hasard, faut dire que j’ai acheté un cheval par hasard
      parce que chez nous, on achète les chevaux, on achète tout – nos dents, nos propres baisers, nos simples hasards, dépourvus de coïncidence
      et jusqu’à notre propre écho, miroir d’un cri qu’on n’a jamais poussé

    7 septembre 2021

  • sous l’parapluie

      les hommes font de jolis morceaux, de jolis morceaux par terre, dans le miroir des femmes
      je suis tombé sur mes genoux et j’ai prié, j’ai prié jusqu’à ce que dieu ne me réponde pas essentiellement
      puis j’ai fermé le robinet, tellement fermé le robinet qu’il fuit depuis partout
      notamment sur les terrasses

      j’ai parlé pour parler, mais d’abord pour m’entendre. m’entendre signifiait que quelque chose était là, dont la voix parvenait
      je suis né par mégarde, entre deux poteaux de rugby et dans un champ de ronces – il faut bien mourir de quelque chose me diras-tu, alors je suis né quelque part :
      un des envers les plus pauvres du pays, dont la maternité justement vient d’être fermée, comme vient d’être refermée
      la cage où l’on prétend confiner le néant

      ils s’en vont, tous s’en vont, nous déchirant en partant comme si devenus trop lourds – eut-il été préférable de ne pas s’attacher ?
      je les aimais comme on aime une pompe et voilà désormais la pompe à sec, sifflet coupé
      j’ai tué dieu pour être seul, seul face à tous les absents du monde entier, et le monde en son entier
      tenait dans mon cœur vide

      un genre de mouche verte m’a piqué sauvagement, tandis qu’innocemment je siestais
      entre l’ici et le rien je fais le funambule – maigre la terre, avec un sexe au milieu avide de caresses
      si ton chien a un accent un tant soit peu picard bats-le, et si tu retournes à tes origines retrouve-toi face au
      premier venu, tout juste né de la
      dernière pluie

     

    sous l'parapluie

    5 septembre 2021

  • dernier homme avant la mer

      je me suis mépris sur le sens à donner à mon inexistence, l’inexpression ne contenant que le deuil d’une porte définitivement ouverte comme à tout ce qui se rate

      il ne fit rien – par exemple de l’accordéon, du son en pressurant le vide, un minimum vital qui ne le raccorde qu’à l’idée de sa fondamentale inadéquation

      qu’un arbre crache la forêt ne lui rendra pas les dents propres. il a fallu l’allonger sur le dos, ou sur une planche, puis la casser au milieu

      apparemment il faisait rage. à l’extérieur non plus rien de très sage. la mort en mille morceaux a du grincer des dents, si j’en crois ma propre mâchoire

      main basse sur tout ce qui respire, ou fait mine d’exister alors tiens-toi coi, reste du bon côté du souffle et tout finira par s’apaiser dans un néant sans crainte, malgré le sang qu’il perd

      car dieu ne dispose plus que d’un seul œil, l’autre naviguant à vue de visage en visage et leur air incrédule reconstituant les signes
      d’un paysage en perdition…

    3 septembre 2021

  • l’éternel non-retour

      le dieu d’avant la porte, après la porte c’est trop tard, il tend son gant et sous son gant nulle main ne défile, nul doigt ne se faufile

      j’arrive donc à la raison pure, la raison pure de raison comme on déblaie la neige – mais à quoi bon déblayer neige qui ne cesse

      défection, alors là tout à coup, on fait la défection. il ne reste de monde que les lèvres tendues à en embrasser le creux

      blanc dans les yeux, blanc dans les poches, on ne mange pas ses béquilles avec passion, ni ne s’épanche de façon propre sur ce qui finalement ne jouit pas très longtemps

      quarante-neuf fois le mont vouloir, avant de retomber au terme vide, lequel n’appartient qu’à soi

      on s’amoure à l’arrache. à force de se concentrer sur l’inessentialité on a même oublié de quel côté étaler sa production, sur quel sol recomposer ses têtues négations

      le square mange ses grilles ça le distrait un peu, et de peu digeste en empalement sûr, l’espace recommence exactement là où il s’était tu : dans nos bouches vagabondes…

     

    l'éternel non-retour

    1 septembre 2021

  • tomber amoureux de nastassia philippovna

      il y a des gens qui pleuvent beaucoup, pleurent du beurre
      et dansent en boucle les raisons profondes de s’abstenir, tel qu’on se tient droit et droitement à plus ou moins
      longue échéance on meurt, juste mais alors très juste à
      côté de la plaque

      tombe après tombe, ban de poissons traversant l’espace ou rasant
      le gazon. entre nous la verveine, la poisse sous le bras
      et le vide du cœur. j’abîme un certain temps, ou alors je médite: je médite
      ces bombes réfractaires, ces éclats d’obus clairs et j’en appelle
      ams stram gram et j’en appelle…
      écarte-moi les g’noux

      quelque chose meurt depuis la fin des temps et je n’ose y dire quoi
      champignon vénéneux, qu’on lèche dans le sens d’un sexe à l’envers, un sexe à reculons
      bras ballants de la sainte trinité j’abats le jour
      à la faux comme à la fraîche, j’abats le jour
      jusqu’à me gratter l’cul de la pleine conscience

      j’oublie un ch’min. je remonte sur le pont j’oublie d’une route – entre la mort et l’infini se dresse un triste musicien
      j’embrasse ta bouche. jusqu’à en user la langue les lèvres à la corde, j’embrasse ta bouche. jusqu’à l’os de la bouche j’embrasse ta bouche
      s’est pendu le musicien à chacune des cordes mais que veux-tu moi, je n’oublie pas ta bouche

      du zéro à l’infini la droite est courbe, la gauche s’enferre dans la mer anales coulent les larmes du pendu universel, de sa mère ou de sa femme, j’ai fait le tour de l’univers en un seul vélomoteur
      sa fille avait déjà fui le foyer, une fois trois quarts le tour du néant
      poker menteur, pouilleux massacreur, comprendras-tu jamais à quel point je suis vivant, désespérément vivant ?

    30 août 2021

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