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assis là sur un banc


  • les beaux quartiers

      il y a des hommes il y a des hommes, bon, il y a des gens aussi
      j’ai peur lorsque je m’adresse à toi, quelconque toi, ne pas m’adresser soulage mes nerfs
      il va falloir choisir désormais, choisir entre être mort
      ou être plus profondément mort encore

      personne pour me le dire
      personne pour le dévisager, comme on montre ses seins en soulevant son pull
      j’avale une sandre, j’avale toute la morve, j’avale tout l’océan si tu y tiens vraiment
      mais surtout ne m’appelle pas, surtout ne m’appelle plus, je ne réponds qu’en l’absence

      il y a un homme et ce n’est pas l’homme qui compte, mais la trace qu’il laisse en reniflant son slip
      j’appartiens à quelque chose qui n’appartient à rien, et donc je n’appartiens pas directement à rien
      et cela même alors que je n’appartiens, entretemps, à rien

      un cheval s’y met, un cheval rebrousse
      chemin
      quant à moi je n’abandonne pas – je succombe, certes, mais je n’abandonne pas
      étant plus que ma vie
      étant plus que moi-même, ou plus moi que moi-même
      attendant de n’attendre plus, tandis que déjà je n’attends rien

      un chien. une vague. peut-être la mer à côté
      on passe à travers : franchement, on passe à travers tout
      on appelle ça un homme, comme on appellerait ça n’importe quoi, n’importe comment
      en attendant on appelle ça un homme

    7 janvier 2022

  • nu, il est resté nu trop longtemps

      les gens sont morts. c’est vrai ça alors les gens sont morts
      morts pour de bon, morts pour de mal, les gens sont à peine morts, à demi-morts
      ou morts tout entiers, selon le temps qu’il fait, plutôt froid en cette saison
      plutôt froid en toute saison

      la crève c’est bientôt la crève, la vie respire enfin
      avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà trop tard, allons donc
      se laisser pousser les couettes à novi sad, parce que sad c’est trop sad
      et que la seule dignité qu’il nous reste ne nous conduit à rien

      je crains de n’avoir rien prévu, de n’avoir rien compris
      hulule la chouette, le moyen duc la dame blanche
      mourir n’est pas le pire de moi, mourir m’élève à hauteur d’âme, j’ai peur de je n’sais quoi
      j’ai peur au fond de mon compartiment

      un chien, du muguet, rien – ce n’est pas la saison du muguet
      je m’attrape par mille lieues, je m’attrape par la queue, ce n’est toujours pas l’époque du muguet
      ni celle du lilas, soit dit en tremblant

      je retourne à la case départ, la case départ comme c’est cassant, la case départ c’est déterritorialisant
      le lieu d’avoir eu lieu, l’espoir mais sans y croire, je me trompe de train
      je me trompe de train, je me trompe de chambre, le prix reste le même, et le fantasme aussi
      l’humain juste en-deçà du prix, en-deçà du fantasme…

     

    nu, il est resté nu trop longtemps

    5 janvier 2022

  • la véridicité est-elle une preuve d’amour

      changement de ton, changement de saison, on a fait l’tour du trou
      une mort et à la suite, tout confort
      j’apprécie que tu enfonces ton doigt dans ma joue, et pourquoi pas que tu la perces de ton ongle, la vilaine baudruche
      je jette quelque chose là devant et c’est un os, peut-être même un de mes os

      une froide journée d’hiver c’est toujours ça
      de perdu, ou de mal accompagné
      pas un jour sans que je ne me quitte, ça finira par me faire pleurer
      et, va savoir, peut-être me rendre triste
      ou sinon va au diable

      il y a quelqu’un dans mes couches, il y a quelqu’un dans mon plumard
      il y a quelqu’un sous mon cache-sexe, et de bien plus important que mon sexe
      quelqu’un me ronge l’os, la raison, la vue par la lucarne

      j’ai mangé un cheval, des chevaux, le pignon de toute une rue
      même si ce n’était pas ta rue
      et même si ce n’était ma rue, au fond, qu’est-ce qu’on en a à foutre
      j’ai bien aimé marché le long de cette rue, comme j’aurais aimé marché le long de toute rue, marcher c’est fatiguant
      marcher c’est distrayant, mais marcher c’est fatiguant

    4 janvier 2022

  • t’es l’beau pâle

      chemin l’bonheur, bon, rater un coche
      tu te souviens mais si tu ne te souviens pas, c’est que le passé
      n’est pas encore tout à fait advenu
      on en ramassera par milliers, du muguet, on en fera un p’tit bouquet

      les larmes amères ont noyé le tout petit poisson. il s’est dit (le tout petit poisson), remonte le courant, on verra bien après
      sauf qu’après c’est tombeau vide, le puits tari
      sauf qu’après c’est mauvaise pioche, c’est baignade interdite

      j’allais à ta rencontre. tout le temps que j’allais, j’allais à ta rencontre
      avec les palmes avec les chaînes, avec le masque avec le casque, j’allais à ta rencontre
      une mer a sonné à ma porte – aurais-je bien fait d’ouvrir, bien fait de verrouiller, de sonner à mon tour
      ou bien de faire le mort ?

      c’est la fin, je tire le rideau, j’en ferai pas une jupe
      c’est la fin, je fais passer l’chapeau, le trou par le chapeau
      merde le chapeau, déchire le rideau, on se faufile entre les claques
      il y a des claques qui nous laissent de marbre
      avec un genre de croix à l’en-tête
      ou de cercle vicieux

     

    t'es l'beau pâle

    2 janvier 2022

  • le chemin, c’est celui que l’on prend

      ça laisse des traces
      par exemple j’me fous des claques, sur les fesses ou sur la joue et
      ça laisse des traces
      on se bave un peu dessus, soit, mais pas trop
      juste assez pour entretenir les séquelles juste assez pour
      les traces

      une folie passagère, que l’on a prise en stop
      on maîtrise les vitesses, bon, on maîtrise l’embrayage
      j’ai toujours quelque chose à te dire, cette révélation d’un rien profond, ce partage exclusif
      d’un néant abyssal, je t’embrasse dans la bouche

      un homme est un homme seul, même s’il se procure la compagnie d’un petit chat
      deux jambes en trop, j’ai toujours pensé que j’avais deux jambes en trop
      et que si j’avais pu m’appeler, je me serais appeler lolek
      lolek-hors-ligne

      il y a peu d’illusion, sauf à midi
      tout au fond du terrier, ou sur la cime d’un arbre mort
      faudra se réfugier, se porter disparu, le gilet de sauvetage élégamment porté
      avec des ci avec des là, on se rassérénera

      chien battu, mais dans une toute petite ville
      tu te souviens de moi ? j’étais celui qui
      celui que
      selon la pente…
      plus personne ne mourra cette nuit

    1 janvier 2022

  • la fin du monde en miniatures

      je ne mendie pas. j’en ai assez de mendier. mendier me prend au dépourvu
      exister là se mange froid, en hors-d’œuvre ou
      sous la table. d’ailleurs j’en scie le pied, pour en faire un radeau et
      dériver. dériver jusqu’à plus faim
      dériver jusqu’à plus soif

      on se donne tout l’un à l’autre, et on succombe
      on sonde un vide. c’est comme une autopsie pratiquée sur un sujet vivant, on teste le merle
      l’étau se resserrant, il va falloir faire preuve de
      lucidité, écume de l’ivresse
      ou lie

      une quantité de ferraille. cette ferraille n’achète rien
      ne rachète pas
      je laisse une femme au pas de ma porte. parfois je l’insulte, ou je lui pisse dessus
      c’est ainsi qu’elle me tient, par la honte de moi qu’elle entretient entre ses cuisses
      dans le solvant

      tombé aphone, la chanson ne sort pas
      claquer des doigts, comme s’il restait des doigts ou comme si les doigts
      n’avaient que ça à faire
      non, les doigts n’ont rien à faire
      ils claquent des dents
      à cause du froid
      à cause du froid entre autres
      à cause du froid surtout

      les jours fériés je me dis tiens
      les jours fériés on ne s’aime pas, je suis le seul à bras levé, criant présence ainsi qu’on crie famine
      les jours fériés l’amour rend fou
      l’amour éjacule un pet mou

      tâche de t’y faire
      ou tâche de t’en défaire
      je me gratte l’aisselle. l’aisselle prend feu. la forêt en automne
      non, l’aisselle s’agenouille
      elle prie
      elle se pique le sexe, comme on pique son chien

     

    la fin du monde en miniatures

    30 décembre 2021

  • l’intrinsèquement creux

      se rappelle t-on jamais avoir été le monde, ou au contraire son funeste étranger
      se rappelle t-on jamais non on ne se rappelle rien, on jouait sur le perron à sauter du perron
      au pire un coup de vent t’emporte au pire tu t’écrases
      sur ton ombre, toujours du côté face

      je te chante un histoire, est-ce que tu me chantes un histoire, non, tu ne me chantes rien
      ne faire l’objet d’aucune pitié n’endurcit pas, caresser la poitrine d’une femme incrédule, guère plus
      j’ai pourtant bien failli y laisser et la peau, et les eaux

      je flotte dans ma tombe, comme dans un vêtement trop large. je crois que je ferai mieux de me mettre à l’abri de la pluie
      tu me tires par la manche, je n’arrive pas à savoir si c’est du bras ou de la jambe. je réponds par la mer
      afin de ressusciter, une tisane ne suffira pas je la crains, ni la pince pour les clous. afin de ressusciter je le crains, il faudra s’ouvrir le cœur
      à coups de pioche

      on éventre le ventriloque, soit, mais alors que fait-on de la voix ?
      tu me tires d’un côté par les poils, de l’autre par le téton, je finis par ne plus être rien, ni personne
      réveille-moi. réveille-moi quand ton ourlet, réveille-moi quand dans ton ventre
      réveille-moi aux abois

      on a tenu bon jusque là
      maintenant on tire à soi, non la couverture mais le vent glacial, celui qu’on ne réchauffe pas entre ses paumes
      un animal revient à moi, plus béant que la mort. j’ignore de quoi il est capable
      en tout cas j’ai perdu mon peigne, j’ai perdu les dents de mon peigne
      me reste un pou

    28 décembre 2021

  • triste, pas triste, s’en aller mors au vent

      maison neutre, porte qui claque sans un bruit. demain réitère l’opération, dans la crédulité qu’un jour ça marche enfin, qu’on rouvre les fenêtres
      au silence radieux, au square des batignoles, ou de la rue de lagny
      tout ça pour ça, me rabroues-tu…

      vieille naine, femme en jachère. faut bien que je te lèse dis donc, faut bien que je t’ennuie un peu
      je m’adosse au brouillard. parfois je reste là, enceinte de quelque chose, enceinte d’un marais, d’un espoir trisomique
      je tends la main et j’en retire une algue – et ben quoi, tu croyais tout de même pas repêcher toute la mer !

      j’apporte ma langue, j’apporte mes orteils – j’apporte entre les deux tout l’inconfort de vivre
      j’apprends mon nom sur toutes les télés, j’apprends mon nom de toute contre-vérité. je me laisse traire la chèvre aussi, de temps en temps
      maudit le bon côté. des choses

      on ne se rend compte de rien. ou du moins du fait qu’on ne soit pas vraiment né. on en parle avec les mains
      non pas faute de voix, non pas faute de langue, on parle avec les mains pour dévier du refrain
      et puis avec le trop de pommes, on fait de la compote

      je me suis rassis et je t’ai attendue. entre le banc et moi les fesses faisaient office parfois d’amortisseurs, de bouée ou encore de tremplin
      je ne t’ai pas entendue arriver, ainsi ne suis pas sûr que tu sois jamais venue – ça reste un lac mou au fond du ventre, un sol très incertain
      je me suis rassis là, bancal tabouret, me repassant en boucle l’écho rance de nos pas perdus
      à arpenter les brèches

     

    triste, pas triste, s'en aller mors au vent

    26 décembre 2021

  • chétives

      si je réfléchis bien, je ne réfléchis rien. tu t’embêtes dans ton coin, tu t’embêtes dans mon coin tout autant
      j’ai la preuve qu’un être par son néant déborde infiniment de son être. alors on le caresse de ci de là, on lui lave le sexe, ça le détend un peu

      parle-toi comme tu me parles, et parle-moi plus tard. personne n’est là pour me porter mon doudou, porter mon duvet ou retirer les clous
      je te lèche la bouche comme ça c’est dégueulasse, je te cède le passage le passage cède un schlague. c’est le ventre nu qui me fait peur, plus que toute autre chose

      j’attrape ta houle, quelqu’un m’a dit j’attrape ta houle,, alors je me suis laissé faire
      je me suis laissé faire comme on se laisse aller, et c’est pas toujours facile avec les barbelés
      je lèche ta bouche et cela finit par une crampe

      mon dieu se porte mieux après sa cure de désintoc-
      sication, mon dieu se porte comme une plume. un charme. j’achève ma tonte
      j’achève ma tonte et mon carnage, mon dieu se porte comme un gant, lui qui ne prend ni gant ni fleurs
      pour me gifler

      j’ai l’impression d’avoir un pouls à ch’val. j’ai l’impression de n’avoir rien obtenu. ou pas grand chose en général
      tu marches dans mon ombre et bientôt ce sont mes pas que tu ensevelis sous ton invisibilité. je pense que le temps n’est pas encore venu
      de je n’sais où, mais venu pour rester

    24 décembre 2021

  • les chiens les cordes, les ânes les licornes

      des abeilles naviguent tout le long de mon corps. certes elles ne butinent pas, mais elle ne piquent pas davantage
      que font donc les abeilles tout le long de mon corps, et quel est donc ce corps exposé aux abeilles, qui n’ose à peine jouir, ou mouiller son caleçon ?

      je me suis lové dans le love can’t be dead, mais couilles crevées, poches éventrées, fragile le sommeil qu’on ne loue qu’aux deux quarts
      si tu reviens vers moi vers moi ne pousse plus. il se ratatine tout sec, se dévisse le nombril

      ma terre est toute entière, sauf qu’elle ne touche pas le sol, qu’elle rebondit aigrie sur ses baskettes de misère
      si dans le noir à tâtons tout à coup tu retrouves mes testicules, lâche la bobinette, repose la chevillette et fuis vers l’est, le plus rapidement possible par le train de munich, brno, bratislava…

      j’ai mangé le casse-tête. il a fallu cent ans pour réouvrir le langage, casser le code, renouer à la langue-mère
      ils ne possédaient rien, vautrés dans leur radical dénuement. alors ils m’ont offert un coup, me voyant nu de même
      y a des gens faut pas croire, ne profitant d’aucune situation. ils vivent simplement le long du canal, ou aux abords de toute autre surface ou corps liquide

      mon corps si léger, si léger – on croirait presque qu’il lévite délivré d’amitiés
      mon corps si tendu, si tendu – et si le ressort pète ce n’est pas au monde de s’écrouler, mais aux assaillants refoulés de refaire surface
      en guise de croque-morts, toutes ces poupettes jupes fleuries, ont creusé mon absence

     

    les chiens les cordes, les ânes les licornes

    22 décembre 2021

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