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assis là sur un banc


  • on se trompe de jour, on se trompe d’affection

      je me regarde dans la glace, je me regarde, tombent les graines
      or il est rigoureusement impossible que tombent les graines
      pourtant tombent les graines
      miséricorde…

      c’est dans mon mur à moi
      non dans celui d’un autre, mais dans mon mur à moi
      que s’encastre ma vie
      du coup je me fais lierre, rampant
      ou lézarde, lézard sur le néant

      visite-moi
      visite-moi non comme on visite
      quelque lointain cousin, une église de village
      mais comme gabriel, ou gabriella, vu que
      les anges n’ont pas de sexe, les anges ne
      se reproduisent pas
      même en cachette même
      avec un seul doigt

      je ne veux rien dormir par le bout de ta chemise, j’abandonne ta chemise
      il ne faut surtout pas déchirer la chemise. elle sent la femme
      elle sent la femme comme d’autres sentent la mort, à la veille de leur mort

      et donc je me réveille
      il faut se réveiller, avant que tout ne parte de travers, avant que tout ne vrille
      du coup on s’apparaît soudainement, nettement, anticonstitutionnellement comme la source
      de toute étrangeté

     

    on se trompe de jour, on se trompe d'affection

    25 octobre 2021

  • manger les p’tites grenouilles

      indéterminé, j’écrase une couche
      disons que je me couche, ou ne le disons pas, c’est pareil
      ou c’est presque pareil, nul n’étant tout à fait
      pareil à lui-même, ou n’étant pas soi-même du fait d’être pareil
      donc jamais coïncidant à soi, jamais trop divergeant non plus
      avec des fraises tout en dedans

      j’amour obscur
      pourtant je ne dis rien, t’es bien témoin que je n’dis rien
      j’amour obscur c’est tout
      je m’demande s’il y a quelque part où m’asseoir, sinon je te demande à toi
      qui prends si peu de place dans l’espace, mais tant dans mon esprit
      mon esprit le trou
      l’esprit du trou

      quelqu’un me mange les doigts, je me demande
      si ce ne serait pas ma main – enfin, je dis ma main…
      je me demande
      et quand j’en ai fini de me demander, je te demande à toi
      là où cesse le je commence le tu, ou bien l’inverse, et vice versa
      ni l’un ni l’autre effectivement : ils ne font juste pas d’enfant

      la pluie par le milieu, le reste s’étiole sur les flancs
      je ne me souviens pas avoir chanté, cependant je sais avoir chanté
      je sais m’être trompé de route, quand bien même n’était qu’une seule route
      et que revenir à soi-même par l’idée que l’on se faisait de soi-même
      sur cette route tirait la patte

    24 octobre 2021

  • à quel point je déteste les chiens

      l’abri c’est dans ta case
      l’abri c’est dans ma case aussi
      barre, le silence
      et barre de silence aussi
      alors j’me casse, j’me casse
      en un seul morceau
      l’abri trouve pas sa case

      il mord
      il mord et ce sont ses dents
      qu’il mord à la broyeuse
      il mord et c’est sa langue
      qu’il mord oh la visqueuse
      et c’est pas beau à voir, pas beau
      à entendre non plus
      ça s’écoute même pas ça juste
      pisse entre les dents, dégouline la langue

      ma mère a la télé
      c’est comme on noie les p’tits bébés
      les p’tits bébés on les noie, ou on s’en bourre tout un tube
      moi je mange devant la télé
      la télé vide
      je n’ai pas le courant
      le courant ne passe pas

      un jour je meurs de soi
      alors je me réveille la nuit
      je dis alors comme je dirais n’importe quoi
      je dis alors comme un trou qui s’ouvre à l’intérieur, et dont on ne distingue
      la rive opposée, supposé qu’il existe
      une rive opposée, mais opposée à quoi

      à l’abri dans une case
      disons que zozotant, ça voudrait dire une cage
      car tout est cage à l’esprit qui se fuit, à l’esprit sans demeure
      à l’esprit SDF disons, à l’esprit tabouret
      ce là où l’on s’assied

     

    à quel point je déteste les chiens

    22 octobre 2021

  • je danse toutes les javas

      j’attends quelqu’un
      du début à la fin, j’attends quelqu’un
      quelqu’un sonne à ma porte il n’y a pas
      de porte
      pas de sonnette
      – comment le reconnaître ?

      un chien
      l’a mordue au visage
      elle ne crie pas
      elle ne pleure pas
      elle rentre vendredi
      matin

      le temps se vide
      des yeux en forme de bouée
      surveillent le noyé
      – ne compte pas sur moi

      pourquoi tu danses
      pourquoi tu danses alors que
      depuis longtemps déjà s’est
      arrêtée la musique

      j’ai remué le hochet
      dans l’air, comme ça, j’ai remué
      le hochet
      la neige ne fond plus, la neige n’a
      jamais fondu

      j’habite une maison
      sur le dessin, pas un chemin n’y mène
      pas un chemin n’en part
      : ce n’est une maison
      que vue de l’intérieur

    20 octobre 2021

  • non pas une, mais deux bouteilles

      on dirait qu’il est mort
      on dirait qu’on l’a écrasé
      on dirait de la neige
      restée collée au sol

      un monde à
      ma dimension, une maison
      un table à ma hauteur, un lit à ma longueur
      un plancher pour les pieds

      je me suis arrêté devant toi, j’ai
      écarté les bras, fait
      comme si tu m’avais vu
      me transforme en poisson – non :
      en bocal

      je tombe
      je tombe juste à droite
      à droite du milieu
      la tête la première, le reste suit
      ou pas
      parfois le reste ne suit pas

      la gueule ouverte, pourquoi faut-il
      garder la gueule ouverte
      alors qu’on n’a pas faim
      que vomir ne vient pas

      un homme
      de chaque côté un homme
      au milieu coule un ruisseau
      et tout ce qu’il charrie
      un œil regarde l’autre c’est un homme en effet
      qui louche

     

    non pas une, mais deux bouteilles

    19 octobre 2021

  • oh mon amour, oh ma carte de séjour

      tu me préviendras le jour où tu tourneras à gauche
      les ronds-points gares factices – on tourne on tourne, on tourne en rond, à la fin croise les doigts
      de pied. de fer. d’inespérance…

      les amours vivent debout, le regard froid, le regard vitriol
      les amours mangent le foin entre les pattes d’ânes gris, de chevaux mélancoliques
      moi d’abord je penche sans raison, qui menaçais à reculons
      et depuis lors que dire, j’ai branlé fort ma honte…

      mes survivances, mes petites survivances
      on se fout une baffe et le temps de cracher sa dent on a déjà tout avouer
      les jambes vont par deux, on n’arrive pas à les décoller l’une de l’autre
      du coup j’sais pas si ça va jamais l’faire, jusqu’à saint jacques…

      mes fragments sont en sang, bon, on les ramassera de l’autre côté
      on en fera de grosses guirlandes au col de nos couleuvres
      on se pendra avec des fils d’araignée aux poutres de nos yeux
      leurs filles, à force de ne pas les toucher, à force de les avoir trop touchées, on aura tout
      ratiboisé la plaine…

      tu pleures mais quand tu pleures tu n’appelles pas
      et heureusement, dans un certain sens
      quand plus personne ne pleure le désert doit être complet, un doigt dans l’cul un œuf dans l’bec
      conçois la douleur : avoir été heureux, comme si le bonheur aurait pu suffire
      à quoi que ce fut, alors qu’il aurait simplement fallu
      crever l’écran

      mourir est un âne. un âne : un chien qui a d’l’allure
      la moitié de moi fait un crétin fini. l’autre s’enivre à la tombée du jour
      rien dans les mains, tout dans les paumes – embrasse-moi
      je ne veux pas savoir où je vais, embrasse-moi profond

    17 octobre 2021

  • et moi aussi, je vais sans ville

      les hommes ne pleurent que sur leur épaule gauche, pensant ainsi se préserver un lieu au sec
      mourir c’est ne plus avoir de retour, et devoir avancer quand rien n’avance plus
      la pluie tombe sur un monde ancien, ancien
      et ne le régénère pas

      n’bouge pas, embrasse ton fer
      sur les deux lèvres
      si tu te lèves il est alors trop tard, si tu t’affales
      rappelle-moi déjà quelle chance une âme de croiser son reflet
      hors de son propre néant ?

      je sais plus qui m’a dit, je sais plus quoi m’a dit. je m’suis dit jacadi
      venir de loin, rater de peu, si loin si peu, c’est quoi la bonne réponse
      les dés se sont jetés dans ma main comme on saute à la gorge d’un homme
      dont on n’espère plus rien

      t’as de l’eau sur le fer. tu ne penses pas
      ou tu penses qu’il ne sert à rien d’y aller, puisque de toute façon arriver
      n’existe pas. le temps le terme, mais rien n’y met
      qu’un chien finisse par rattraper sa queue et la déchire rageusement n’en fera pas pour autant
      un chien à part entière, dimanches inclus,
      et terre des bêtes…

      vivre ne s’apprivoise pas. ou bien on appelle ça la crève
      la dernière fois que le monde ressembla à quelque chose, les arbres regardaient ailleurs
      sur les marchés se vendent à prix bradés des dents, des queues de chien
      c’est pas les miens

      j’aurais pu dire à quelqu’un que je l’aimais, ça nous aurait fait gagner du temps
      l’aurait d’abord fallu qu’il s’arrête là au bon endroit, au bon moment – ce lieu sûr et cette heure fixe en face de moi fatalement inaccessibles
      tout comme inaccessible l’objet-même de ma pensée, l’absence de toute mon attention…

     

    et moi aussi, je vais sans ville

    15 octobre 2021

  • chante-mi d’dans

      j’ai beaucoup joué ces derniers temps
      avec la queue
      du loup
      c’est pas comme si vêtu
      d’une bête peau d’âne je retournais
      à mon caillou, ceint d’une vague
      échouée…

      tu aurais pu t’appeler un nom, une autre maison
      mais dans tes pas las se noyaient
      les jambes d’un étranger

      et alors qu’est-ce qu’il a fait
      à part jouer dans le sable
      et se tromper d’objet ?
      et sinon qui réveillera
      tout d’un brame, tout d’une route
      les peinards absents ?

      là n’est pas l’heure, là n’est pas
      le lieu, la réponse à pas d’question
      – jusqu’où dans la lumière
      creuser, grimper, ramper :
      risquer son âme ?

      toute bourrée, toute pointue, toute
      part de miel en moi – celle bra-
      vant le fauve en moi

      je ne suis pas la victoire
      j’ignore ce qu’est la victoire
      des montagnes meurent à mes pieds, à mon chevet
      le vide même se prend à rêver…

    13 octobre 2021

  • qu’est-ce qu’une barrière

      ils m’ont attrapé par les jambes et m’ont croisé avec un serpent
      comment le néant se greffe t-il à une branche de prunier ?
      ou le sexe d’un grand Il à l’entrejambe d’une
      marelle bancale ?

      j’admets ne pas connaître, j’admets
      ne pas avoir connu, ni même y avoir collé ma bouche, poussé ma langue
      un bout de chemin, pire : l’écho de pas obscurs sur ce bout de chemin, pire : un pan d’ombre étouffant l’écho de pas obscurs
      sur ce bout de chemin, creux

      avec un je au milieu, ou circonférençant le milieu
      l’homme de personne et pourtant il a une vie, presque à lui
      une vie comme un appel au secours, un 115 hors de servir, un homme hors homme
      un vide que nul saut ne vient enfreindre

      on parle de qui on parle de quoi, auxquelles oreilles en éventail ?
      quand on n’est plus qu’âme, tout âme, en quel néant s’efface t-on ?
      s’il faut sauter de quelque pont que ce soit de nul pont
      ou alors de soi
      du tout bas de soi

      je ne suis d’aucun poème; aucun poème ainsi ne m’aime t-il
      à peine prononcé mon nom que je me nomme déjà fuite
      et fuite n’a de cesse…

     

    qu'est-ce qu'une barrière

    11 octobre 2021

  • pluie battante

      la pluie c’était la pluie, le reste rien, trempé pour rien ou déployant un parapluie
      les uns allaient, les autres revenaient, posant un cul au sec, ou décroisant leur verge
      on s’aimera le temps qu’il faut, on se faufilera parmi les herbes hautes
      les filles ratisseront les coins

      on pourra lire et relire, entre les deux sauter les lignes
      j’ai une route – une route malgré tout, ça s’inverse
      un paysage rigoureusement plat également
      je ne vais pas disparaître mille fois pour n’en réapparaître qu’une, et cependant…
      j’avale tes poils ça cale une soif

      dans la forêt y avait un borgne, et le borgne se caressait
      si tu as vu un homme c’est que tu n’as pas vu d’homme
      tu m’as bien vu pourtant, même si moi je ne t’ai pas reconnue. en plus de pire il y a pis que pire
      il y eut un homme. un homme vient de se reconnaître borgne

      un chien, rien qu’un chien
      nous préservera de l’ultime
      or moi je ne dispose pas de satan à mon bord, ni de rame élégante, pas même de premier amour
      j’attends que la mort passe, et la mort passera, ainsi que passe ce pour lequel
      nous avions renoncé à tout

      les hommes sont les fantômes des hommes, l’herbe recouvre leurs champs
      ou alors s’habillent en noir, une chaise à leur immédiate proximité
      dés qu’il peuvent aller droit, ils insistent pour filer de travers, ce n’est pas le chemin qui leur manque
      non vraiment, ils ne manquent pas de chemin

    9 octobre 2021

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