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assis là sur un banc


  • la cave en altitude

      mordre avec les dents, grogner avec la voix – on fait comme on peut, on fait avec c’qu’on a
      que sont lointains les proches, et puis se retrouver assis à côté d’un vieux croulant sous le poids de son inanité
      j’ai peur de n’importe qui, à propos de n’importe quoi – et cela me rend invincible

      je porte le poids de mes os sur mes épaules. pour une issue à l’âme j’espère qu’il existe un tire-fesse
      je vis dans une vieille maison, une maison où probablement décédèrent un certain nombre de personnes
      je n’aime pas les trous. je ne creuse pas de trous. les trous prennent la pluie
      mais ne savent la recracher

      il y a des journées comme ça où l’on préfère se retourner sur le ventre
      peut-être sommes-nous chacun à notre manière les sushimis du premier homme
      une vision rétrospective du dernier homme
      en tout cas l’idée d’un être, mal calfeutré

      je n’ai plus l’âge d’avoir une famille. mon chat ne me reconnaîtrait pas dans la rue
      je ventre à tous les coups
      je rentre aussi de moins en moins souvent, alors même que je ne sors plus du tout
      j’attrape au vol un ruban rouge – je passe le temps à attendre qu’il tourne au blanc

      sans doute n’attends-tu rien de moi, comme moi je n’attends rien de rien, si propice au miracle
      au miracle je préférerai toujours le destin, qui lui intègre la mort, et ne varie pas d’une ombre
      à quoi bon rester là accroché à l’échelle, quand l’échelle soudain se met à voler?

    23 janvier 2022

  • ou carrément des coquillages

      l’âme s’allume au contact de l’âme, de nature érotique
      du coup je me suis mis à mâchouiller la racine de l’arbre, comme si l’arbre n’était pas déjà mort, de toute éternité mort
      je ne suis pas un homme je suis ce qu’il reste d’un homme, un jeudi sur deux le sac blanc
      un jeudi sur deux le sac jaune

      pas le temps d’avoir un bras en trop, ni même un bras en plus
      tandis que seul je danse le soir, surplombant l’improbable
      je réside sur la rive d’un fleuve étrange, ou je ne réside nulle part

      s’il y a si peu de liberté c’est que nous ne savons que faire de la liberté, alors que la liberté implique de ne savoir qu’en faire
      par exemple je chie sur la pelouse
      je trouve très belle la pelouse
      la pelouse est un lieu propice au hasard métaphysique

      il y a donc une vie après la mort, et elle consiste en la vie tout court, celle d’avant la mort officielle
      tandis que la mort effective évidemment précède toute forme d’expression, de contestation
      la mort, c’est l’état d’anarchie chimiquement pur

      faut tout de même que je me lave de temps en temps, histoire de me croire partie prenante encore d’une humanité supposée
      celle qui émergea dès les premiers rites, funéraires en l’occurrence
      avec de tout petits cailloux en guise de bijoux
      ou carrément des coquillages

     

    ou carrément des coquillages

    21 janvier 2022

  • d’un décor la triste confidence

      j’vais zoner. j’ai envie de zoner
      qu’il pleuve qu’il vente, qu’il gèle qu’il grêle, moi je veux zoner
      zoner contre tout soleil entourloupeur, ou restriction mentale
      en équilibre sur la croix, ivre de ma propre mort, universelle à mon échelle

      un à un ai-je perdu mes accents – de classe ou régional, de langue co-maternelle, poivrons braisés
      mon arménie à moi prend place sur un sommet pelé mon arménie à moi
      prend le large à tout bord

      j’ai le bord d’un homme – et où tombe t-on du bord d’un homme ?
      le vertige instituerait donc l’homme ?
      je m’assaille de nuit, je m’assaille de jour, quoique le jour je me repose

      je suis la femme d’un homme, plus exactement de cet homme sans femme, je suis une alouette
      frottée contre le bois mouillé
      je ne m’y ferai jamais – à quoi à rien, à rien ne m’assimilerai
      j’ai l’exil dans la peau, germe de toute dérive, du vent dans les barreaux

      hostilité ma pure hostilité. tu te laves pas les dents
      un être de comptoir – non. le triste confort du nénuphar – non.
      j’achète des dents. j’achète des dents cependant
      personne pour me rendre ma langue, me restituer le souffle

    20 janvier 2022

  • il y a des trous là, des trous dans l’avenir

      ils sont quelconque, tellement quelconque, sans même l’art d’être quiconque
      un dieu me bande les yeux, un diable me rend la vue
      parle à ma bouche. ou mieux, si tu jamais trouves la langue pour cela, parle dans ma bouche

      une fille seule, une fille aimée de son seul doudou
      j’échange ma rage contre une simple robe
      le temps oublie tout, qui oublie tout pour toujours recommencer le même oubli, la même tare
      j’échange ma tare contre un simple doudou

      être mort ne m’intéresse pas, seul mourir en vaut la chandelle
      je rase les murs, les aisselles. il faut penser à emporter de quoi manger
      on essaiera de ne pas trop faire le dégoûté, si ce n’est par empathie du moins
      par politesse…

      je ne sais pas le besoin le plus pressant, entre me protéger ou respirer, mon assiette pleine d’arêtes
      un train de nuit nous a fait passer la frontière, c’est toujours au petit jour que l’on perd pied
      il est devenu si naturel de ne se retrouver nulle part

      j’ai démoli ma maison, coup de pioche à coup de pioche, je n’ai rien laissé debout
      mon sexe rédige son testament
      si froide soit-elle, il nous faut traverser la rivière

     

    il y a des trous là, des trous dans l'avenir

    18 janvier 2022

  • dehors est une question

      qu’on se cache, ou qu’on se cache derrière son doigt, l’ombre si frêle
      j’ai un petit noyau dur, tout dur, plus vide encore que le dur
      et rien de plus dur que vide

      je m’attrape une chanson
      ou alors je me raccroche à une chanson – crois-tu qu’elle se déchire quand on l’entonne ?
      j’attaque une chanson. je pense que je lui fais très mal
      humain quel inhumain

      détache-moi la corde
      détache-moi les mains, l’esprit
      admettons que j’aie un esprit, admettons
      que j’aie les mains pleines d’esprit
      et qu’il faille les joindre, les apposer, ou encore les ouvrir
      imagine simplement les ouvrir : quel pigeon, pigeon-pigeonne
      viendrait y picorer ?

      que l’homme fasse silence, c’est tout à son honneur
      plutôt tomber que se baisser, hurler plutôt que se relever
      de rage ou d’impuissance
      entre tomber et se relever : aller faute de mieux aller, de fausse
      note en fausse note

      une lumière m’a avorté
      dehors se contente d’un dedans, mais privé-de-dehors se contente t-il d’un dedans-plus-en-dedans encore, plus rassis ?
      je vais je tends la main je touche des doigts – peut-être les miens propres quoique j’en doute
      peut-être ma teub, or ma teub tombe à l’eau

      un cheval est suprême, et donc on décapite un cheval suprême
      après ça on prétendra que je m’ennuie
      on s’apercevra même pas que je, qui que sois je, suis parti
      parti j’ai dit parti

    16 janvier 2022

  • pôle nord pôle sud, pôle nord encore

      des autres se taisent. ils ont la mort aux dents
      j’efface les visages, je n’ai pas d’âme à moi
      fermenter, il ne me reste plus qu’à
      fermenter

      tu vas me tendre un piège, tu vas me dire : allez baffe-toi d’là, et tu auras parfaitement raison, tu auras
      toute ta raison.
      je m’en vais ce matin. ou bien ce soir. des fois il faut savoir s’en aller

      je me protège des échos. comme ça, juste en levant le bras devant les yeux
      il ne s’agit plus de poésie, d’âme ni de confidences, c’est par où qu’on enfonce le couteau ?
      avec un sang de pneu crevé

      ta gueule se lave les dents, elle va là premier rang.
      vadrouille sur une seule jambe, remue les pièces dans ta poche
      ça fait gling glang, ça fait juste comme si
      on existait pour de bon

      c’est en la vie qu’on ne croit plus, tant actuelle qu’éternelle
      le néant est encore trop pour moi, j’allais dire pour nous mais non :
      le néant est encore trop pour nous, j’allais dire pour moi

     

    pôle nord pôle sud, pôle nord encore

    14 janvier 2022

  • le chien. la machine. le tas

      j’ai carrousel. monté sur une plume blanche, j’ai carrousel
      les freux ferment la danse

      une fois traversé le Danube, tout est tranquille, tout est paisible
      d’une tranquillité de terre brûlée
      on délaisse les métiers

      l’intelligence rase gratis, mais rien à foutre : là on travaille l’équilibre
      d’abord sur le pied gauche, le naturel, ensuite sur le pied droit
      jusqu’à une deux trois. ou trois fois trois. on sait jamais lequel des trois

      conditionné par la mort au charbon, j’ai verrouillé
      j’ai verrouillé l’atlas
      il était grand comme un mort un mort ça vaque à rien c’est pour ça qu’il est grand
      c’est pour ça qu’il est mort

      les jours ne sont pas heureux. les jours exhibent leurs décombres
      il faudra les ranger dans un ordre tel qu’on n’ait pas à y revenir
      me remettre debout leur coûtera un bras

      il n’y a plus d’intérêt à ce qu’on meure ensemble – la mort rendue individuelle
      la maltraitance institutionnelle
      on aura beau faire, on aura beau dire, on n’y pensera pas

      ne change pas de chemise. garde-la sous la douche
      où quelqu’un pleure tu ne relèves pas ses larmes, tu ne consoles pas, tu ne froisses pas les larmes
      j’essaie de m’habituer à moi, mais ça ne marche pas

    13 janvier 2022

  • tout part d’un ventre creux

      j’ai porté mes p’tites valises, et tu sais bien où je les porte, mes p’tites valises
      à l’orée du brouillard, mains mouillées sur la nappe
      à l’insu du haut vent, joues vérolées baisers rouillés
      ou verrouillés

      à un moment donné je n’ai plus eu la force
      de porter mes valises, elles m’ont déposé là
      et continué seules la route
      sans daigner se retourner
      sur mes cernes gonflées

      j’ai paille en l’œil, foin, tout un round baller
      un jour si gris me rend vieille fille, serre-tête en peau d’nichon
      un jour si triste en peau de couille un jour si rouille
      un sapin nu

      de l’universel là, en peau d’chagrin ou macérant au fond des intestins,
      je retire mon épingle – je fais donc je défais, je
      fais défection
      la très pure défection

      je te souffle sur la joue bon, ç’aurait pu être pire
      je te souffle dans l’vagin et ça gonfle, ça gonfle, puis ça dégonfle
      allez vas-y, promène tes p’tites valises, tes p’tites valises en peau d’sapin…

     

    tout part d'un ventre creux

    11 janvier 2022

  • n’importe où n’importe comment, dans un sac de couchage

      traces de dents, lave tes dents, allez vas-y brosse-toi les dents
      l’amour pour soi mange l’amour de soi, c’est une femme et c’est un ogre, c’est le jour de marché
      j’appelle au secours, mais au secours de quoi

      une poupée m’écrase une réflection, une poupée m’écrase un mégot
      dans l’œil en nage, dans l’œil qui d’un coup d’œil
      mesure toute l’ampleur du désastre
      l’épave me saborde

      d’un chien ne m’est resté que… pas même la charogne, d’un chien ne m’est resté que l’os ou
      la queue du chien
      j’ai bien ouvert la bouche mais il était trop tard, trop tard pour l’ouvrir trop tard pour
      la refermer

      quelque part mais pas n’importe où, quelque part mais pas nulle part
      le songe a définitivement délégitimé toute réalité, ça sert à ça aussi
      de vivre à l’état brut, se mouvoir au ras d’exister, retrousser sa chemise
      au cas où elle serait tombée heureusement elle
      n’est pas tombée

      par terre c’est debout, et debout trop loin déjà – je dors dans un sac de couchage
      un homme remonte à la surface, on se demande vraiment ce qui
      descend au fond, s’attarde, prend la peine de creuser
      il ne manquerait là qu’un fleuve ou une rivière, pour traverser la ville…

    10 janvier 2022

  • quand même et toujours

      le temps que j’installe un spot, le temps
      que j’achète la mort en moi, ce n’est déjà plus moi
      déjà j’existe pas
      alors le temps, le temps qu’il parte ou
      le temps qu’il reste, on le passera quand même

      dormir. dormir quand même
      dormir avec un rasoir. on se rase sous le plus strict minimum
      ceci dit je me suis offert
      je me suis offert à quelqu’un de brut, quoique singulièrement volatile
      j’achève le tout à grands coups de crosse, à grands coups de fusil à pompe

      vivre adieu. vivre adieu pour toujours
      toujours peut-être long, durer longtemps mais j’existe depuis
      et quand je dis j’existe, ça veut dire qu’une douille au combat
      ça veut dire qu’une jambe à l’envers, comme à contre-courant
      qu’un homme se prétende sûr de n’aller pas à l’encontre de son propre destin

      la porte c’est toujours d’aller
      vers plus de porte ouverte, alors on a endommagé la courbe
      on a prétendu n’être pour rien au fait de n’être rien, de n’y être pour rien ni personne
      j’avais un avion, un avion à emporter, maintenant je n’ai plus rien – je n’ai plus rien à emporter

      il y a un homme, une vache
      cependant ce n’est qu’un homme, cependant qu’une vache
      on n’a plus de quoi mourir, on leste du chien, de la vache
      on leste un vide énorme, on n’a plus rien à mourir

     

    quand même et toujours

    8 janvier 2022

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