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assis là sur un banc


  • soleil-cloporte, chien ricanant

      du temps à l’état pur, du temps que rien n’occupe, néant sans
      contradicteur.
      planète morte, miroir aveugle, du temps s’écoule à vide, dure en pure perte.
      même pas la mort : rien que la pensée
      nue de la mort

      objet dur, épingle longue
      mollet. fesse. sein.
      c’est comme le vide au centre de la roue, n’être femme qu’autour d’un trou, qu’au contact d’un trou
      où vis versa. on ne
      se constitue véritablement être que face au néant, qu’au contact du trou
      de l’éternel trou en nous

      le jour venu, je jette l’éponge – je jette l’éponge j’engrosse un cheveu
      les mains posées à plat sur un ciel clandestin, choisir l’émigration
      un cheveu châtain de préférence, la ligne impure, commun fuyant
      le jour venu j’essuie l’orage, je rase les murs – les mains
      librement consentantes au toucher des confins

      le temps apporte aux choses la distance nécessaire à l’éclosion de leur conscience, c’est à dire à leur différenciation
      dans le miroir, l’image trahit le visage qui n’est plus sien en propre, mais la transgression de toute identité
      étranger à soi-même, et désormais soi-même en tant que l’on s’en découvre l’étranger – soi de son étrangeté
      l’Un révélant à l’ébahissement de tous son sexe clair intégral

      l’homme jamais vraiment parti, mais jamais tout à fait revenu non plus – comment veux-tu qu’il vive ?
      que ferait-il d’autre que vivre néanmoins ? à quelle totalité recourir quand à un bout du vide on se souvient de soi à l’autre bout ?
      l’éternité ne fait pas de saut périlleux : c’est le saut périlleux qui
      engendre l’éternité

    7 février 2022

  • soleil de nos rond-points

      la pluie imite l’homme qui chavire, ou bien qui boite
      il faut partir d’ici, absolument d’ici, de partout ailleurs il faut se défausser
      champs laissés en jachère, affections clandestines, il faut d’abord s’enfuir
      après quoi on verra où

      braire. tiens braire à tue-tête, sinistre. braire à mi-bouche
      je ne m’appelle pas. tu ne t’appelles pas. ne nous appelons pas, sauf une fois, pour une angine de poitrine
      je me sers d’un homme un homme ne me sert à rien, de rien
      je reste vide de nom, de pronom, aphone face au cri, adossé à la nuit

      clashe-mi d’dans. peur entretemps, peur
      je veux bien te chercher pou, ou dent, t’accompagner un ch’val vivant mais je crains, je crains de n’être rien pour vous je crains
      de n’être rien pour moi – ni celui que l’on croit
      ni celui selon soi

      ça fait des plombes que je marche et je n’arrive que là, jamais plus loin que là
      je pensais être né de quelqu’un, de quelque part, je croyais être là au présent
      je fais mes exercices pourtant. je supporte la nuit pourtant
      pourtant. et pourtant non

      vaste l’envergure
      vaste l’envergure après le décollage
      tout comme si je naissais d’une pluie fine entre les dents
      il vacille, or de quoi vacille t-il ?
      il est d’un homme en sorte, en quelque sorte un homme
      – un homme de nulle sorte…

     

    soleil de nos rond-points

    5 février 2022

  • équarrissage d’une pomme

      ton terrain va, qui a bu ton terrain va
      ce n’est certes pas ta femme, ton ex ni ton ex-ex-femme, qui a bu ton terrain va, va
      dans la nuit tout de même, quelque chose a sonné, un cimetière s’est levé

      il y a un homme, et puis il y a un homme encore – nous n’y sommes pour quasiment rien
      j’achète un mouchoir. je me mouche dans un coin de ce même mouchoir mais rien n’en sort, je pense n’avoir plus d’âme
      je pense avoir épuisé toute l’âme disponible, ainsi que celle de mes bêtes
      esseulé je m’agrippe à ce pauvre mouchoir

      on se reconnaîtra les uns les autres, les uns des autres au minimum
      on ne sait pas encore que désormais l’un va sans l’autre, quoique l’autre, celui-là qui pédale, continue de s’appuyer sur l’un
      on se tâte le sexe, on dit ça sent bizarre, on passe outre
      on passe outre, c’est tout ce qui importe

      je m’approche. je le sens pas. je m’approche encore un peu. je le sens toujours pas, ou à peine plus
      je t’attends à la gare routière, la gare glauque et routière, je médite un trou noir
      par avance un trou noir

      un jour j’étais pas prêt. le jour d’après guère plus, dorénavant
      je travaille pour rien, je travaille même pas, je suis un homme à reculons
      je compte pour rien, je ne compte même plus, je tire une carte, bouge un genou
      mauvaise pioche mauvaise carte, tombé sur le mauvais g’nou

      il y a un homme et il est mort, il y a un homme il crie encore
      il y a des ports pourris aussi – comme gijon, cherbourg
      cherbourg ou encore le pirée
      enfin un truc du genre

    3 février 2022

  • les larmes du pangolin

      dieu ne fit-il
      qu’une croix, qu’un vague signe
      de croix sur la poitrine, la mer sous le niveau
      du poisson triste
      on en a attrapé un
      on en a attrapé deux
      on n’a jamais attrapé que notre queue, elle glissant rouge
      d’entre les dents

      une valve. un tronc.
      ce n’est pas la même chose. la même chose est une valve, un tronc.
      je veux bien qu’on me décapite, mais cela soulagera t-il
      l’ennui vraiment ?

      vivre est une dame. vivre est une
      dame entre nous. j’allais au restaurant, désormais je ne vais plus
      au restaurant
      le restaurant est partout
      le restaurant est en tout
      il n’y a que la dame d’une part, nulle part de restaurant

      ça y est je sais, je sais enfin je sais
      de quoi je suis né, de quoi suis-je l’infraction, de quel
      crime et le coupable, et le châtiment
      je t’embrasse dans le mille, soit, j’espère te rende heureuse
      ton chien ta mère tout ça tout ça, ta mère ton chien – on n’en est plus
      à un os près, n’est-ce pas

      dieu d’un grand oui-non, d’un grand oui-non oui tout un dieu
      ne m’adresse plus la parole faut dire que
      j’lui ai volé sa femme faut dire que
      j’lui ai volé ses gosses, son chien, son jardin
      son chien dans son jardin, ses gosses
      sa femme à la fenêtre…

     

    les larmes du pangolin

    2 février 2022

  • mal de dent de l’immanence

      toujours toujours, le côté vide, le dur sans résistance
      après moi la bruine, le cheval sous la bruine, la danse du ventre mou
      il rigole. non vraiment c’est bizarre comme il rigole. il rigole sans les dents

      ne me parle pas
      tout comme tu me caresses le dos avec un gant de fer, ne me parle pas
      mais silencieusement
      en outre. et silencieusement
      outre un gant de silence, ne me parle pas : ne romps pas
      l’impossibilité pure

      j’entends mugir la nuit, la nuit
      torpiller mon essence.
      quelqu’un se met debout, se dresse sur les épaules du néant
      notre appel restera sans réponse, et nous-mêmes ne répondrons à rien
      à rien c’est déjà quelque chose, sauf si toutefois quelque chose n’est rien
      et rien pas grand chose, finalement

      caresse-moi le devant, ça m’occupera un peu
      je me peigne le devant, je me peigne le coude – je me frotte le pouce, pourtant
      quelqu’un ne me raccompagnera pas jusqu’à ma porte
      quelqu’un ne me raccompagnera pas jusqu’à ma chambre
      quelqu’un ne me dira pas son nom

      un monde inhabitable. tout juste hantable. avec une barbe de trois jours
      il manque un peu de table, il manque un peu d’assiette
      les habits du dimanche sont devenus trop courts. c’est factuel
      il manque un peu de hauteur, le ciel a fini par prendre ses distances. logique…

    31 janvier 2022

  • l’absence de frontière nord

      manger debout n’est pas un raccourci. vivre assis n’en fera pas un messie
      il vague à l’âme, il s’effondre sur le trottoir, se recroqueville où ça, dans un coin, du quotidien évidemment
      un coin devient vite son coin, son coin d’absence, de basse lutte
      il a la trouille du côté cour

      tel un trou où coule un homme : une âme
      tiens, j’ai dit une âme
      jacadi a dit tiens, j’ai dit une âme, tel un trou où coule un homme
      ça fait toujours ça de perdu
      et puis ça s’illumine, une âme
      il paraît même qu’à la fin, tout comme à la soi-disant origine, ça s’illumine une âme
      entre les deux flotte, se débat, ultimement coule un homme

      on aurait dit un homme, quoique ce fut en-dessous déjà
      d’un homme
      plus un enfant cependant – un enfant ça s’asperge, ça éclabousse partout
      l’un court dans un sens, l’autre dans l’autre sens, c’est comme ça
      il vont jusqu’à se cogner l’un contre l’autre et si cela n’arrive, ils poursuivront ainsi, à l’aveuglette

      un jour un testament. à ouvrir. se découvrir déshérité
      avancer mais comme à contre courant sur un tapis roulant, sans progresser d’un pas
      d’autre part, faire don de soi au paysage
      il y a comme une armée de poussière se soulevant contre le rien, et vive le vent d’hiver

     

    l'absence de frontière nord

    30 janvier 2022

  • comme on dit détache-moi

      vingt-sept morts, outre le mot de la fin, le fin mot de la désespérance
      te rase la joue droite, te rase la joue gauche
      à part ça je dirais que les marges m’obsèdent : ne flotte qu’une marge
      il faut voir grand, lorsqu’on ouvre les yeux en grand
      et tout petit, lorsqu’on fait les petits yeux

      elle gagne du terrain, machine arrière, elle gagne du terrain
      je cours à reculons, comme une bête dont on aurait échangé le cul et la tête
      il reste tant de vide à pourvoir, le vide envahit tout
      et le cœur, alouette
      et le bide, éloïse

      mauvais traitement, mauvaise résilience
      les pieds sur la croix, les coudes
      appuyés sur les épaules du christ en croix
      j’ai du mal à y voir clair, j’ai du mal à y voir trouble, de même
      j’y vois comme on n’y voit rien, d’un rien probablement clair

      je n’y pense pas
      que j’avance ou que je reste quoi, je n’y pense pas, c’est ça
      c’est ça ou bien je penche un peu, c’est ça dès lors je tangue, un peu
      un peu je n’y pense pas
      ou pas plus que ça
      dedans est tellement dehors qu’on ne sait plus où se foutre à l’abri de quoi

      c’est bon, ça va, va-t’en tranquille
      la nuit si faible, faible l’éternelle, ne te tracasse pas
      pas au milieu ni sur les bords, outre mesure la nudité
      un gros cache-col, apporte-moi un gros cache-col si tu peux
      la nudité m’en veut

    29 janvier 2022

  • ventre expérience. plus rien dedans

      penser qu’on avait pied, alors qu’on
      ne faisait que marcher sur l’eau
      ou sur le vide
      plus exactement piétiner le vide
      et c’était déjà miracle
      miracle que mirage

      tiens, il y a quelqu’un à l’intérieur
      quelqu’un qui s’ignore, certes, mais quelqu’un qui se tâte
      quelqu’un front au nord
      et dans la mer il boit un coup, deux coups
      et dans la mer il boit la tasse, entière
      pour ça c’est bien pratique, la mer

      patauger dans la bruine, ou juste à côté de la bruine – dans une mare au hasard
      tâtonner dans la brume, l’épais brouillard
      on aurait dit change de ton, comme on aurait dit baisse le son
      mais non

      c’est quand on n’a rien, quoi qu’il en semble
      et quand on n’a rien c’est qu’on n’a rien, quoi qu’on en pense
      qu’on pleure boutique, baisse paupières – ouvre les yeux c’est de ça qu’on fabrique
      le vide ambiant, et celui tout intime
      le vide intime

      retour à l’essentiel, comme quatre et quatre font deux, et deux et deux ne font plus qu’un
      manger du bus, toute la journée manger du bus, cracher du pneu
      je suis venu j’ai vu mais j’ai mal entendu, je crois
      je n’ai pas bien compris, je crois

      mesurer la famine à l’aune de nos dents
      de loup de lait, l’aune de notre langue, pendue pendante
      j’ai quelque chose à écrire dans un coin
      je t’écris quelque chose dans un coin

     

    ventre expérience. plus rien dedans

    27 janvier 2022

  • et n’oublie pas la puissance déclamatoire

      minuscule encombrant, petite fleur des temps
      millepertuis millepermuis, pisse-aigre des champs nus
      il y a une boîte dans la chambre et dans cette boîte un ciel
      un supposément ciel
      un ciel dont on ne tombe pas
      un soubassement ciel

      vertige mal ordonné. on commence par soi. par où donc commencer ?
      un paysage fait le mort. d’une misère la pieuvre, je n’ lui fais plus confiance
      j’ai simplement raté, par principe, le coche et la ricoche

      juste, le combat
      que l’on ne mena pas
      les ordres les contre-ordres, l’expresso du matin
      aucune accoutumance ne viendra à bout de mon angoisse d’être
      j’aborde le piton par le versant est
      m’assurant ainsi de demeurer à l’ombre
      presque éternellement

      un jour. un autre jour peut-être
      les ombres affleurant à la surface blême du paravent
      du paravent mais il somnole
      les rêves
      lui bavent dans la bouche

      j’étends mes jambes
      afin que
      tu puisses m’enjamber, me coller sexe sur la bouche, taper dans l’œil, arc-boutoire
      un grand frisson disons, vaste frémissement
      le manque d’éternité comme un soupçon d’éternité

    26 janvier 2022

  • vivre se tue, oh maybellene

      mon menu froc, ma terre sauvage, et cependant tu sens mauvais
      tu sens les plumes et le goudron – tu sens l’orange aussi
      amère

      dans l’obligation marie
      d’être tout autre que celui
      auquel tu as toujours accordé ta préférence
      et sauvegardant malgré tout les apparences
      les apparences malgré tout
      leur joie de se rendre à nos yeux neutres…

      je m’essaie à quelque chose, voire à quelque chose de trop
      le toboggan dans un parc, n’importe
      quel parc précisément
      toucher le fond
      de la culotte, du désespoir, troisième étage la porte à droite
      à panser des blessures jamais reçues…

      un chignon
      dans la vie, je me retrouve juste avec la couleur d’un chignon
      fidèle au rendez-vous manqué, aux pénibles jonquilles pataugeant dans l’eau saumâtre
      d’un vase
      on sait jamais quoi faire d’un vase

      dors de tout bord. ou sinon endors-toi
      retiens-toi
      redresse-toi face à la vague imbue de son vide intérieur
      pisse dans le miroir
      ça te changera les idées ou bonnement
      t’ôtera toute idée
      quoi de la tête

     

    vivre se tue, oh maybellene

    24 janvier 2022

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