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assis là sur un banc


  • sous cloche

      peu de temps après, or peu de temps après
      on a supprimé tout le nécessaire, pour ne garder que l’essentiel
      c’est à dire rien, de ci de là, rien l’ennui de le penser, la peine de le vivre
      pencher du côté droit, pencher du côté gauche, puis pencher droit, raide droit
      à pic

      on ne met pas de fleurs à toutes les tombes, on ne met pas de fleurs
      à toutes les tables non plus, on débarrasse vite fait
      on ramasse les miettes
      la pain rassis le pain moignon, le rang qu’on rompt
      je m’allonge et je laisse la mort grandir en moi, prendre ses aises, élargir
      le champ de son action. ils me font défection

      mon corps ne débauche pas. ma bouche ne débouche pas
      personne à l’arrivée, un seul homme au départ, je triture mon billet dans la poche
      la première est toujours moche, la dernière est moche aussi, dimanche et jours de grève
      et le reste du temps, tout autant

      j’attrape mon paletot, tu permets que j’attrape mon paletot ?
      de l’eau jusqu’au mollet, mais l’espoir bien à sec, j’entrave la marche
      quelqu’un arrive par derrière et me prend par la main, j’entrave la marche
      je n’ai pu voir son visage, j’ignore de qui j’ignore de quoi : j’entrave la marche

      la dernière fois que je l’ai vue elle ne mettait déjà plus de soutif, ses seins
      ne lui disaient trop rien, œcouméniques
      j’ai mangé en deuxième classe. je crois même avoir voyagé – j’ai du rester assis
      tout le long du voyage. où l’on voyage assis
      assis mais guère tranquille

     

    sous cloche

    13 novembre 2021

  • tout au fond des terriers, ou dans un arbre mort…

      de trois à cinq heures du matin, je sors du cercueil, ou disons
      mon cercueil s’élargit aux dimensions de l’horizon, à quelques pouces près celles de
      ma psyché psychanthropique
      ou bien de son envers – c’est la plage ou c’est la mer, la plage sous la mer, et qui déborde un peu
      de trois à cinq heures du matin, quand je déborde un peu…

      quelque chose, quelque part, chante
      c’est en moi et je n’y suis pour rien, quelque chose chante je ne
      reconnais pas ma voix, je ne reconnais pas mes mots
      c’est en moi panier percé, je ne le retiens pas, je n’y reconnais pas mon souffle non plus
      quelque chose, quelque part, chante
      et je ne l’entends pas

      je n’ai pas d’ami
      j’ignore sincèrement pourquoi je n’ai pas d’ami, on ne touche pas
      le sexe de son ami
      par le fenêtre je n’ai pas d’ami, par la porte je n’ai pas d’ami, un ami me dégoûte
      je n’ai pas de sexe pour un ami

      on n’écrase pas tous les escargots sur son chemin, seulement quelques uns
      tout au fond des terriers, ou dans un arbre mort…
      le doigt dans l’œil du miroir, un peu après minuit dans le coin des consignes
      le doigt dans l’œil du mort, ça c’est dit ça c’est fait, je rentre chez moi

      chez moi je rentre. par où que j’aille, quoi que je reste, je rentre chez moi
      au pied levé chez moi, à cloche-pied chez moi, ou claudiquant
      je marche dedans, dès le lever je te dis que je marche dedans
      c’est dégueulasse j’en conviens, mais je rentre chez moi
      qu’importe où je me noie…

    12 novembre 2021

  • tapine avec les dents

      retarder le moment où, le moment quand, retarder
      quand tout me pousse au désistement, toucher du doigt ce dont
      se désister est l’impensable
      du doigt le moment où, du moment que, pendant lequel
      crucial bancal

      ballade-moi la pluie
      durant la pluie, comme on crèche en corbac, sous le préau d’hiver
      il ne reste de moi que le fantôme d’une dépouille, et même pas
      je viens à dieu sans fleurs, démaquillé, je viens à dieu par le train de minuit

      jour de grève
      jour universel, de grève universelle
      il manque un peu
      il manque un peu de tout, il manque un peu de langue, ou de chair à la langue
      je n’irai pas jusqu’au bout, chacun saute avant la fin, chacun
      ferme les yeux avant l’écrasement, en ouvre un autre, d’œil
      un œil firmament

      je marche comme je marche, c’est à dire à l’envers
      pas à reculons, non, mais à l’intérieur des pas, tout en dedans des jambes
      la moelle me brûle, de mes tibias, le cartilage de mes genoux, l’absence me brûle
      l’absence me brûle la moelle du colon, la barre des gencives
      mon sexe crie famine

      pour qui je mange, pour qui je lève mon verre
      pour qui la chiasse me prend quand j’absorbe le lait blanc
      pour qui les clous, le vent enfonce les clous, pour qui le poids de toute éternité sur ma tête d’épingle
      pour qui je dors et au final, pour qui je veille, insomniaque méduse

     

    tapine avec les dents

    10 novembre 2021

  • or le fond ne change pas, le fond s’approfondit

      j’emménage avec toi
      les yeux fermés d’abord, puis les yeux debout mais le reste du corps toujours fermé
      fermé ou éteint, comme tu voudras
      j’emménage avec toi, alors ne m’en veuille pas si dans un premier temps, je couche sous le lit
      je ne prends pas de place sous le lit

      disons le rebord de la fenêtre, voilà, le rebord de la fenêtre
      je saute dans le vide, on se sent tellement chez soi, à tomber dans le vide
      il ne faudrait jamais s’écraser, seulement tomber à perpétuité, éjecté d’une fenêtre vide
      rien ne me sépare vraiment du vide que la conscience un jour de devoir m’écraser, mettre un terme à ce vide
      et curieusement, c’est cela même me séparant du vide qui le creuse en premier lieu

      j’ai dix sous de côté, t’en donne un ce soir, ce qui fait qu’il m’en reste sept et demi en comptant les menues dépenses de la journée
      je ne sais pas ce qu’on va foutre de mon sexe, si ce sera jamais possible de le croiser avec ton sexe, combler le vide
      on pourrait se sucer mutuellement le pouce pour commencer, histoire d’en comparer les goûts, puis le goût de nos salives sur nos pouces respectifs
      nos pouces respectables

      les enfants ne pleurent pas, ils ont trop peur pour ça
      je m’agenouille mais la prière ne vient pas, je pousse de toutes mes forces mais la prière ne vient pas, je n’ai aucune force
      dieu me sent là. il suffirait d’un mot or le mot ne sort pas, un mot de moi pour l’arracher à son silence, le délivrer de son impuissance
      de mon impuissance
      en chien de faïence comme en chien de paille de toute façon, on ne se regarde pas
      on n’ose plus

      tu préfères que je ne regarde pas
      tu préfères que je me tourne
      tu préfères que je parle pour parler, c’est à dire pour ne rien dire, camoufler le silence
      un silence si gênant parfois qu’on lui ferme la bouche, qu’on le bâillonne honteusement
      tu préfères que je regarde ailleurs, comme si ailleurs n’était pas le miroir inversé d’ici même, de cette obscénité
      fallait pas se mettre nue, non plus…

    8 novembre 2021

  • bleu de vierge, tache de vin

      je les scie mais je les respecte, les béquilles
      je ne me suis jamais senti si dénudé, démuni désemparé que face à une femme
      me confessant son agression
      les larmes que l’on ne verse pas nous persécutent
      j’ai moi-même beaucoup trop froid pour être une maison, une porte à son poste

      un jour un homme a fait une blague tandis que je mourais de faim
      enfin pas tout à fait, puisque je ne suis pas vraiment mort, semble t-il
      quoique cela ne me rassure pas totalement
      et par ailleurs, cela insinuerait que ne pas être mort ne consiste qu’à sembler…

      j’ai eu ou je n’ai pas eu la scarlatine. je regarde de si haut de si loin mon enfance, si haut et si loin que je n’en sens plus rien
      si ce n’est par les trous qui persistent en mon âme et conscience, ces trous ne faisant pas la différence
      entre qui je suis et qui je fus, entre naguère et désormais, ces trous comme des yeux au travers desquels
      je me vois, tétanisé

      je partirai demain, comme chaque jour je partirai demain, sauf que demain je n’irai nulle part
      demain je resterai bien au froid, pour une éternité de plus, et j’en saboterai la chanson
      chanter ne me va guère, danser danse sans moi, danser piétine ma tombe
      j’habite le non-lieu

      si tu ne soupires pas souffle-moi sur la bouche, cela me soulagera d’un cri tant retenu
      j’ai peur par la gouttière, j’ai peur par la lucarne, ce qui est tout pour moi n’est rien pour moi, je ne suis rien pour ce qui est tout pour moi
      pour tout je ne suis rien, bien moins qu’un coquelicot

     

    bleu de vierge, tache de vin

    6 novembre 2021

  • quelque chose ne passe pas

      réchauffe l’hirondelle, ça peut toujours servir
      entre deux faims par exemple
      deux jeûnes nauséeux
      pour le bouton il te suffira simplement
      d’appuyer dessus

      le cours grave, la manche large
      j’appuie sur la détente, rien ne détonne
      on reste là, idiot
      et comme anéanti
      coincé en plein abîme

      elle s’élance d’une corde
      d’un trait net en plein jour
      si le jour est plein, dont je en quelque sorte
      se trouve éliminé
      et si vide, le saut à
      la corde élimée

      si je frappe une main contre mon autre main, si je claque une joue contre mon autre joue
      si je me démantibule la mâchoire ce n’est pas forcément pour
      le bien de l’humanité, je reconnais
      – je me recoiffe sur un bout de miroir, à la sauvette, parce que c’est ainsi que l’on vit
      : à la sauvette

      il dormait tranquillement
      il avait soif de ça, de dormir tranquillement
      la vie viendrait après, transgressant tous les genres
      les genres de ci, les genres de ça, que sais-je encore ?

      oui bon, j’étale mon fumier
      mon fumier de par soi, par contre sans passion
      la passion ça rend dingue, la passion ça rend pleutre, je m’en vais donc
      pisser dans un coin
      arroser mon fumier

    4 novembre 2021

  • manger je hais le chat

      éradiquer la joie
      nous n’avons plus la légèreté de
      supporter l’innocence
      nous gardons malgré ce
      la détresse polie…

      il se passe en moi quelque chose de
      plus grand que de coutume
      l’ombre d’un arbrisseau a
      cru démesurément, s’y
      raccrochent les lambeaux
      grigris et ex-voto

      touche au sublime
      un peu plus en dessous, là
      remets les fleurs en ordre
      dans le vase brisé
      qu’au moins ça fasse propre

      il se cache quelque chose
      on ouvre grand la bouche, en laquelle
      macèrent des pensées louches
      la langue que l’on tire et qui
      troue la matière…

      si je comprends bien, je comprends rien
      le silex sou-
      lève une paupière, un poil que tu m’arraches
      de l’aisselle droite, celle dont l’épaule
      n’est jamais retombée
      – miséricorde…

      je ne paie rien
      les enfants ne paient pas
      le train ne démarre pas
      va falloir faire demi-tour, puis demi-tour encore, d’un geste de toupie
      non les enfants ne paient pas
      parce que les enfants ça compte pas

     

    manger je hais le chat

    2 novembre 2021

  • bilan d’incompétence

      pas de nok, pas de yok – qu’une façon amoureuse de dire que tout va bien, ou bien
      les hommes craquelurent les docks, ils n’y font pas attention
      tu pourrais me prêter tes lèvres pour qu’on y fasse succion, césure des lèvres sous pression

      l’image d’un homme n’est que l’image de l’image d’un homme, il hisse la voile noire
      je pleure des escargots – je ne dirai pas quelles horreurs je pisse, ni ce qu’au fond je jouisse
      je jouisse des interludes, des intermèdes. les femmes sont mon bras. elle me bourrent de tilleul, pour autant

      on s’en va sans panique, on s’en va aigre-doux, sans même y réfléchir vraiment
      on s’en va à quat’ pattes, la queue entre les douilles, on ne pleure pas si souvent, non plus
      aujourd’hui j’ai tatami. le soir et le matin j’ai tatami. tatami toute la vie

      prends-moi la main, une seule fois dans ta vie au moins, prends-moi la main – qu’est-ce que ça te coûte ?
      j’écrase une taupe, j’me lape une gnaule. je crois même que ce matin encore, j’ai chié un harakiri
      ça me rend triste parfois, ça me rend triste souvent, mais parfois j’y pense et si souvent j’y pense
      il neige dans mon lit

    31 octobre 2021

  • froid dedans, et plus au fond encore

      le point commun entre moi et moi c’est presque moi, l’équation à trois inconnues
      la peur quant au niveau de la mer aussi, qu’il baisse, qu’il remonte
      des i sans les points sur les i déambulent hagards, et nous ressemblent trop

      chien levant, marcel courant, on accorde si peu d’importance à ces choses-là, ces choses-là qui nous intimisent, nous intimident
      et dès que l’on sort du courant c’est pour renouer encore, à une forme de veillance
      on meute en chien, on couve en loup, on se dit qu’on aurait fait mieux, mais d’on ne sait quoi

      j’ai fini le paquet de chips, comme ça, sans le dire à personne
      parce que le fond du fond submerge a minima la semelle, ce qui déjà laisse à tremper la plante
      du pied, du nez, et de tout ce qu’il a fallu faire ou ne pas faire pour survivre
      peut-être malgré soi – mais qui tient encore ce genre de compte, l’âge passé ?

      je marche dans mon ombre, plus encore que l’ombre dans mon dos
      caresse-moi la tête, la nuque les épaules, et jusqu’à la racine d’un feu de détresse
      tu n’entends rien, on n’entend rien, et celui-là même qui hurle n’entend rien
      il n’a même pas fini son huître…

      les gens ils savent parler, ils savent parler et ça ressemble à des phrases, à des discours ambiants
      moi j’aime bien les gens, tels qu’ils clignotent la nuit, en bout de quai
      je voudrais tant parler fin, parler vrai comme kafka en plein naufrage, mais là on m’a volé ma bouée
      et sans ma bouée j’ai pas l’courage…

     

    froid dedans, et plus au fond encore

    29 octobre 2021

  • ventre-égout

      ça va comme dans une vision neutre, y a pas de sexe dedans
      ça va comme ça va pas, elles font comme ça, aussi
      et plus je raccourcis plus je me dis, je rame le large
      seulement je rame le large

      tous les jours on baise comme ça toutes les nuits vers
      trois-quatre heures du matin j’ouvre la f’nêtre, flétrissent mes rêves
      on peut encore commettre des rêves vers trois-quatre heures du matin, au moment même où
      veiller perd pied

      je ne retiens plus vraiment rien, je renonce à mon âme
      il y a du vert aussi, qu’on se met sur les lèvres, du vert à lèvres
      pour tromper les rongeurs
      mais tu sais de quoi je veux parler n’est-ce pas, sinon
      sombre avec moi

      elles étouffent mes portes. je vis depuis tout petit en cercles centrifuges
      elles étouffent mes vitres. il leur suffit de promener leurs rides enfantines
      sur mon trottoir glissant
      et moi en attendant, je vis de quoi ?

      ça me rend réversible. j’achète un couteau propre, un couteau qui n’ait
      pas encore servi
      j’ai l’âme d’une souche, la souche d’un néant, et j’ai le néant propre
      j’appuie sur tous les tons d’un vo-
      cabulaire obsolète. je roule encore mes clopes

      il meurt mais qu’en est-il, qu’en est-il de sa mort
      je vais dormir chez moi, pour une fois je vais dormir chez moi, ce sera chez moi et je m’endormirai
      une femme avec un marteau, un clou, s’interposera toujours entre moi
      et chez moi, entre chez moi et dors

    27 octobre 2021

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