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assis là sur un banc


  • le propre sens

      quatre fois le tour du jour et autant de la nuit. on fera tout, naturellement, pour éviter de ressusciter, ramier posant sur un tas de fumier

      depuis quelque temps je n’achète plus rien, je ne regarde même plus les prix. je ne regarde même plus les filles, depuis un certain temps je ne rêve de rien

      il y a du vent mais pas tout l’temps. avec des sceaux on fabrique une pluie et si tout effectivement n’est pas rêve, tout fait semblant d’un rêve

      il va falloir rentrer. de n’avoir où rentrer n’y pourra rien, ni toute voix levée. contre la nuit seul en la nuit trouvera  t-on refuge

      on se sait mort lorsqu’on n’a plus de larmes, une fois échoué dans le verre vide. deux épingles à linge deux, par les épaules…

      je marche dans le rond. je ne dis pas que je marche en rond, ni plus que dans le rang – je dis que je marche dans le rond, depuis qu’en rond ne tourne plus

    22 février 2022

  • la femme dans tes yeux, emmurée dans tes yeux

      la nuit on sauve les meubles, le jour on les revend, comment veux-tu comment veux-tu que je t’embulles…

      je suis noir de monde. j’ai beau frotter frotter, je n’arrive pas à m’effacer

      les hommes sont en papier, juste de quoi gribouiller dessus. et donc on froisse du papier

      la tristesse incommensurable on fait un nœud dedans. au passage rien ne passe, pour être franc. anguleux frauduleux

      marche-moi partout sur le corps. sous les vêtements et sous les bras, marche-moi partout. d’un cor à l’âme

      te souviens-tu de l’appareil ? non, tu ne te souviens pas de l’appareil. l’appareil a pris possession de ta mémoire – désormais l’appareil génère ta mémoire

      j’ai la main chaude, la main étouffe. je suis la mort d’un homme évidemment cet homme
      ne me le pardonne pas

     

    la femme dans tes yeux, emmurée dans tes yeux

    20 février 2022

  • les cendres de giordano

      pluie, l’amarre, pluie. bon, il pleut quand même

      on chercher à exprimer quelque chose, tout en prenant soin de préserver son indéfinition, sa nature ou sa façon d’être con

      ma nuit tranquille vadrouille. de plus elle n’a nulle part où se rendre. des yeux passe-partout, oui, mais nulle part où se rendre

      du coup la nuit. ça se passe entre nous, la nuit. entre chien et loup, une forme subtile de la nuit sur ses franges. une débâcle au cœur de la débâcle, terrible angoisse, extase funeste

      je suis l’amant d’un petit quart de tour. il ne reste de pureté qu’un néant auquel se raccrocher

      il pleut aussi entre le pull et la poitrine nue. je ne caresse personne sauf un os

      embrasse-moi comme ivre on embrasse un poteau tard en chemin. l’impact nous révèle

      le chef-d’œuvre de nul trou, le chef-d’œuvre de nulle race. j’ai juste perdu ma propre trace

    19 février 2022

  • le putois contre soi

      j’avais un peu, un peu de temps devant moi, d’amour à gaspiller

       la vie me ronge par les deux bouts, j’avoue, par les deux bouts la vie me ronge, et davantage

      une vie à gérer, drôle de responsabilité. les morts s’enlisent à mon contact, sans trop oser se plaindre

      une vie bien ordonnée, un trou à merde pour le dire autrement. ivre de rigueur spirituelle, d’aléas débraillés

      je viens rebattre tes lèvres avec ma langue de pute. tu ne dis rien. et tu fais bien. il y a des questions qu’il vaut mieux laisser là sans réponse

       ne pas se réveiller essoufflerait l’oreiller. on vide on vide et à la fin on vide rien, avec un homme dedans

      un homme cerné de toutes parts ne trouve qu’une issue, par le haut. un homme pressé de tous côtés sort du tube. ça lui fait des vacances à peu de frais

     

    le putois contre soi

    18 février 2022

  • danube

      bouffée de chaleur. et ce dans le contexte d’un soi minimal
      rien de plus libre que le néant, ce qui nous incite à penser que le néant ne suffit pas
      et de cette insuffisance nous ne prétendons certes pas faire un miracle – non, un miracle c’est beaucoup trop, et beaucoup trop gâte le peu –
      mais quelque chose, même pas : presque rien, à peine plus que le rien, c’est à dire radicalement quoi, qui reverdirait le désert s’enfonce

      j’embrasse le couteau. comme s’il se constituait de deux lèvres qu’il faudrait entrouvrir
      faire le grand écart ne suffira pas à enjamber le danube je crains, je ne fais pas le pont je ne fais pas
      l’abri sous le pont, ni en levant les bras et en joignant les mains au-dessus de ma tête
      demeure la chance, unique et miséricordieuse, que les choses nous échappent – peut-être définitivement peut-être momentanément, peut-être
      asymptomatiquement

      soif de bois
      soif de charbon dans le bois. de cendre dans le fer et la lumière
      j’habite un cheval, et ne compte pas sortir de ce cheval, même par une nuit obscure. même au petit galop. au pas de loup
      le système des morts consiste à les élever le plus haut possible, tant il est encore temps

      j’allais dire il n’y a plus d’homme en moi, et puis j’ai pensé non : il n’y a plus que l’homme en moi, l’homme de moi
      d’une façon ou de l’autre, il s’agit bien d’une seule et même chose insinuée là, à savoir l’impossibilité d’être plus que ce que je ne suis pas, et qui tire vers l’ultraviolet
      ou vers la transparence, un genre de bleu sans le bleu, de vent dénué de souffle
      c’est comme imagine un jour de neige, un jour vraiment
      où il neige

    16 février 2022

  • morte saison

      quand il ou elle tombe à l’eau, on le rattrape
      on l’attrape par la peau du cou, et on le sort de l’eau
      c’est la moindre des choses
      la moindre des choses que ne pas le ou la laisser se noyer
      on aurait pu lui balancer un tuba, une bouée, ou encore assécher l’océan mais non, on a préféré l’arracher
      lui soumettre une toute autre douleur

      j’ai un manteau trop long. j’ai un manteau trop noir. je ne sais plus comment déboutonner ce manteau
      une couleuvre viendra à bout de toutes les souris. il y en a une à la cave. il y en a une sous les combles
      je tâte dans le noir le voile de la mariée. je le tâte et le retâte. mes doigts finiront par s’y user
      c’est dans le noir qu’ça s’passe

      un homme est mort par ma faute, mais la mort n’est pas la mort par ma faute
      j’ai beau faire défiler les annonces immobilières jusqu’à la fin des temps, je ne trouve pas chez moi
      supposé que chez moi existe bien quelque part, je ne le trouve pas
      je jette une pierre pour fonder mon foyer là où elle retombera, or aucune pierre jamais
      n’est retombée
      jamais
      même si jamais n’est pas toujours

      j’ai carrément effacé les couleurs
      en plus, j’ai diminué les contrastes – on ne sait jamais
      il pleut par intermittence, et donc il ne pleut pas par intermittence également
      il va falloir supporter de vivre
      et une fois qu’on aura fait ça, ou peut-être simultanément, la nécessité faisant loi, il va falloir
      supporter de mourir
      c’est le froid. mais d’où vient tant de froid ? et comment malgré tout ce froid littéralement étouffé-je ?

      il y a peut-être un air que je n’aurais pas du fredonner, un air qui m’a traversé l’esprit sans que j’y pense
      je me suis surpris à me caresser la joue – surpris de me découvrir une joue, une main,
      une inconsistante caresse…

     

    morte saison

    14 février 2022

  • l’abandonné l’abandonnant

      un homme, un tout petit homme, est mort
      c’est à dire que non, c’est à dire qu’il s’est
      simplement cassé le nez. et d’ailleurs même avec un nez cassé on continue de respirer
      si on ne respire plus, on est mort. même avec un nez cassé on est mort, si on ne respire plus
      un nez cassé ne sert à rien si l’on ne respire plus, et respirer sert d’autant plus que l’on respire mal
      un nez cassé récupère l’air

      j’ai mangé ma taupe
      d’abord je l’ai faite cuire, très longtemps cuire, sous la terre cuire
      j’ai préparé le feu – un feu ça sert toujours. à cuire sa taupe notamment
      un feu ça sert toujours, même quand un feu ça sert à rien
      je ne suis pas une taupe. juste enceinte d’une taupe. point central une taupe

      il ne faut pas tout l’temps manger
      il ne faut pas tout l’temps dire « à quoi bon »
      il faut laisser au temps une
      respiration complète. complète ça veut dire le cycle complet. le tour total
      il ne faut pas tout l’temps sourire, ou vomir. ou compter et recompter ses doigts et sur ses doigts le nombre de fois où… le nombre de fois qu’elle…
      et tant pis si l’on n’a jamais aimé que l’idée qu’on s’en faisait – on se fait tellement d’idées
      qu’à la fin la réalité se réduit à ce qui reste quand il n’y a plus d’idée
      cette déchéance-là…

      une femme m’a mordu
      je ne lui avait rien fait, et pourtant elle m’a mordu. comme ça, sans raison, apparente ou quoi
      alors j’ai grillé le feu rouge
      j’ai pris mon temps, soit, mais j’ai grillé le feu rouge
      je me suis réveillé d’un homme mort. ou d’une femme morte. ça reste indéterminé
      on se réveille et on n’a pas forcément la tête aux détails, aux effets secondaires ou autres
      dommages collatéraux. on naît la bouche ouverte

    13 février 2022

  • amours tombales

      j’ai un homme et j’ai le degré zéro de l’homme – quel est le degré zéro de l’homme ?
      je mords un chien. comme je ne sais pas quoi faire je mords un chien. j’écoute une femme
      me parler de la fois où un chien l’a mordue au visage – ce n’était pas mon chien puisque je n’en ai pas
      ce n’était pas moi non plus, en tout cas pas cette fois

      j’ai peur de quelqu’un d’autre. pas de moi : de quelqu’un d’autre
      de moi face au néant, ou du néant en moi. de moi face à l’autre, ou encore de l’autre en moi
      il y a toute une inaction et de cette inaction on fera une montagne, un sapin sans les boules
      ni les guirlandes

      le dé vas-y, caresse-moi le dé
      dis-moi que tu n’as jamais rien vu rouler comme ça
      et tomber de côté

      un homme est nu. on soutient donc qu’un homme est nu. on souille sa nudité
      sa nudité qui voudrait se cacher, se rendre invisible, afin de parachever cette nudité, de la parfaire
      on appuie sur un cheval qui sort et effectivement c’est le cheval qui sort, mais si on appuie sur l’homme nu alors ce n’est plus l’homme, mais seul le cri qui sort

      on ne l’entend pas. on a beau tendre l’oreille on ne l’entend pas, le cri
      on ne peut pas parler de cri, même étouffé, mais d’une explosion de stupeur, d’un éclat d’étouffé
      j’ai mangé ma serviette. tout le temps que tu me torturais le sexe, je bouffais ma serviette
      j’ai comme le hoquet là, j’ai comme la vase
      qui me déborde de partout

     

    amours tombales

    11 février 2022

  • impasse issue. séjour exil. un lit gonflable

      j’ai fini tous les livres, du coup, j’les recommence
      dans le même ordre, j’les recommence
      que la fin rattrape le début, j’les recommence
      c’est une barque qui fait le tour du monde, et encore le tour du monde, jusqu’à ce qu’un mur se dresse devant elle
      ou que s’ouvre l’abîme

      ne t’absente pas trop longtemps s’il te plaît : t’absenter me rend présent à moi-même, m’y livre sans défense
      et lors je coule…
      et puis il faudra remettre cette moustiquaire – je sais bien qu’on n’a pas de moustiques par chez nous, et que la moustiquaire ne protège de rien mais il faudra
      malgré tout
      réinstaller la moustiquaire. j’y tiens

      j’ai l’impression d’être à la fois la mer
      et celui qui ne sait pas nager, et duquel les rivages sournoisement s’écartent
      tu tombes à l’eau tu portes des bas. quand tu refais surface c’est que l’eau a fléchi, ou que l’un de vous a renoncé
      à prendre l’autre pour miroir

      n’y pense plus. dis-toi bien que ça ne marche pas, et n’y pense plus
      la chose est morte. sur un lit d’herbes froides, la chose est morte
      ça se voit par la fenêtre. ça se sent non ça sent rien, ouvre en grand la fenêtre
      d’un départ d’oiseau ou d’un retour de flamme il n’est pas ici question, referme la fenêtre

      quelqu’un m’a mis au lit. je ne sais pas quel lit, et je ne sais pas qui
      je crois bien que je dors déjà, et que cela ne change rien à ma condition d’effaré
      le fait d’être endormi depuis toujours ne m’a pas échappé – d’ailleurs j’ai scellé les barreaux
      de mon lit (prétendons qu’il s’agisse de mon lit)
      de ma perpétuité
      ainsi que de mon agonie

    10 février 2022

  • tu vas cramer tes nénuphars

      au bout du compte n’importe quoi. il ne
      se retourne même pas sur son propre passage, on le verrait se faire de la main
      un simple signe d’adieu. la séparation cause la déchirure, la déchirure
      un certain saignement

      cela n’a plus d’importance. on se raccroche à son vélo, son vélo aux trois quarts enterré
      debout sera content. debout pliera. debout ploiera. puis debout tombera
      un sourire renaissait sur ses lèvres. c’est émouvant voir un sourire renaître
      sur des lèvres gercées

      cela fait froid dans le dos
      il ne se passe rien sans que j’aie froid dans le dos
      où que je tourne le dos, je ne parviens pas à en détacher l’ombre
      j’ai beau frotter, frotter, le froid perdure, pénétrant
      que dire d’autre du froid si ce n’est pénétrant

      j’ai des sous le matin. j’ai des sous chaque matin. je ne sais
      que faire de ces sous. je reste assis à ma table. il vaut mieux que je reste assis à ma table. je ne sais
      que faire du matin, que faire assis là à ma table, que faire de la table
      j’y pose mes sous. pas tous : des sous. de quoi payer la consommation, je suppose. nous savons de source sûre cependant
      que je ne consomme pas, ou si peu. que je suis et demeure là à simple titre
      d’indication

      je ne me noierai pas. cette fois je ne me noierai pas
      je ne tousserai même pas
      mes jambes deux rames. mes bras deux rames. mon sexe une rame
      ma tête un tuba
      pas question dans ces conditions de se noyer ou quoi que ce soit de ce genre, je resterai fidèle à la surface
      je resterai fidèle à l’air ambiant
      je ne rentrerai plus chez moi

     

    tu vas cramer tes nénuphars

    8 février 2022

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