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assis là sur un banc


  • la mer à grande eau

      je ne me parle plus, ou si peu
      ou si mal
      et donc en bout de moi je ne te parle plus, comme on se touche le sexe en pensant à autre chose
      ou en ne pensant à rien
      inamoureusement

      un ciel a baissé les bras, ça l’a sans doute soulagé
      je parle à mon mickey, mon mickey me dit, retourne t’en d’où tu viens
      je regarde alentour, incrédule. je me demande si je ne dois pas faire de stocks
      de bois, de cornichons, d’alcool de PQ
      de chaussettes en attendant
      de douleurs raisonnables

      je suis un homme sur son bateau, un homme sur l’eau et cependant
      cependant je ne vois d’eau nulle part, à perpétuité, ni de bateau
      conséquemment je coule à pic. je suis un homme qui coule à pic, à pic et en suspens
      un homme qui coule en suspens

      j’abrite un arbre
      tu me diras j’ai pas les branches pour ça, ni le feuillage
      tu me diras j’ai pas les bras pour ça, tout repliés sur soi, recroquevillés
      sur moi
      cet arbre sensé m’abriter en fait pousse à l’intérieur de moi et me transperce de part en part, me crucifie, m’écartèle par en dedans
      m’expulse de mon intérieur
      le vilain t-arbre

      mon poing dans la figure du miroir, lequel d’entre eux saigna le plus
      je décrypte avec appréhension les données de ma mortalité infantile. j’y vois de beaux jouets, des formules maléfiques
      je vais plonger, je vais plonger dorénavant, dans le froid absolu de moi-même

      j’embrasse
      tes pieds avec circonspection, j’embrasse
      j’embrasse le large…

    29 novembre 2021

  • de la renarde la fine gueule, la mamelle blême

      avec pour tout interlocuteur le vide – le vide en soi j’imagine, entre autres le vide en moi
      une vie régie par cette soif asséchante d’errance et de transcendance d’une part, et la pulsion amoureuse de l’autre, ou lorsqu’elles s’entrelacent
      la débandade en somme… après tout c’est le ciel, avant ça je quémande
      encore un peu de toi, que s’embrase le vide

      un homme est là, rouge en tout point
      comment donc est-il possible d’avoir une vie, une vie du feu de dieu ?
      j’en ai marre chaque jour de m’effondrer au pied d’une croix
      que n’orne nul crucifié – une croix vide, vacante, inébranlable inconsistance
      si je meurs c’est qu’un homme me rattrape. il me faut apprendre à faire sans

      touiller l’béton, on passe son temps toute queue dehors à
      touiller l’béton. personne ne me
      perforera le regard – le regard court, atalante, le regard floute
      à la balle au prisonnier seule la balle s’évadait, jusqu’à me laisser là, esseulé, sur un banc de côté
      ou sur la touche

      tu dis que tu meurs, mais tu ne meurs pas beaucoup. ainsi discrètement, j’embrasse tes fesses
      qui tient la pelle ? on se repasse la pelle. une pelle pour toi, une pelle pour le zombie – de quel espoir nais-tu ?
      un homme vit dans sa langue, un homme sur toute la langue – bave
      j’adore qui me tient là, au point névralgique, à peine si je rate ou si j’en jouis :
      ainsi discrètement, je tranche le nœud

      je me suis réfugié dans l’irréalité d’un bonhomme en papier
      en carton d’emballage
      – ne m’assujettis pas

     

    de la renarde la fine gueule, la mamelle blême

    27 novembre 2021

  • ne dis rien, soulage un ange, fais comme un pas

      je l’ai toujours aimée, sauf que je ne l’aimais pas. c’est la vie…
      c’est la conscience de mon inconscience moi qui m’abat, et me fait jouir
      tout comme je l’aimais, alors même que je ne l’aimais pas
      faut dire que grenadine, grenadine tout le temps

      je m’arrête à un piquet, que faire à ce piquet, si ce n’est s’arrêter
      il faut attendre longtemps, et plus longtemps encore, pour rien
      j’essuie mon tire-bouchon. je m’ le rentre dans l’cul, je tire – j’essuie mon tire-bouchon
      je ne me sens pas très à l’aise j’avoue, avec toutes ces lubies, ces contes à dormir assis, entrelacé

      j’invente un jeu. allez hop, on dit que j’invente un jeu
      un jeu en forme de non-poème, sauf que c’est un poème quand même
      une ouverture sur le futur ? non, évidemment. une ouverture sur l’ennui, plus que profond, de dieu
      dieu en l’occurrence ne sert pas de couverture, ni d’alibi
      plus il s’efface, plus il se réalise. et plus je me sens perdu

      les gens à la fenêtre prennent la posture de gens à la fenêtre
      alors qu’en fait ce sont des gens déjà à moitié engagés hors de la fenêtre
      c’est fou comme la fenêtre au dernier moment les rattrape, les happe, et les vide de tout contenu
      de contenu sans contenant, un courant d’air quoi, un contre-courant d’air
      tant manque l’air à ma fenêtre…

    25 novembre 2021

  • maison d’abord

      l’homme est la maison de l’homme, du coup ça jette un froid
      c’est un d’ces jours hélas, on se sent plexiglass
      ta mère s’endort dans mes bras, ton père s’endort dans mes bras, et même ton petit chien
      s’endort dans mes bras. je délivre les corps de leur âme, ça les allège un peu

      j’ai une histoire à te raconter, même si ça ne semble pas a priori
      une histoire très intéressante, et que par ailleurs tu n’as strictement
      rien à foutre de mes histoires. mais cette histoire indifférente, bien qu’insuffisante
      raconte notre insuffisance, souligne notre indifférence – qui pourrait dire à quel point
      elle tourne mal, ou finit bien

      j’aère. vu que je n’ai pas grand chose à faire, j’aère
      l’homme étant la masure de l’homme, j’aère, ça limite les moisissures
      un coup tu me regardes comme ci, un coup tu me regardes comme ça, et toujours de travers, pourtant
      des bulles on en fait tous les jours, tous les jours elles éclatent – l’homme est certainement
      la débâcle de l’homme, ou même de quelqu’un d’autre

      on ne fait plus de projet : on ne creuse pas le temps, et ça fait moins de déchets
      on pleure toutes les dix secondes – il suffit de compter jusqu’à dix, ce qu’on apprit
      avant même de rentrer en CP, et en anglais s’il vous plaît, avec la voisine
      que draguait mon frère à l’époque, et qui s’est suicidée par la suite
      parce que mon frère il en aimait une autre

     

    maison d'abord

    24 novembre 2021

  • se planter de mémoire. le sexe d’une naine

      il tombe de l’eau toutes les secondes, il tombe de l’eau toutes les matières
      et puis c’est fini. il faut bien le reconnaître, c’est fini. poignée de mer gerbe de roses, etcetera
      poignée de main, alcool limpide. il aurait fallu s’entendre bafouiller quelques mots, ou ce silence à cran en guise d’épitaphe
      il tombe de l’eau, mais pas que sur les chiens

      caresse-moi debout, couché s’est mal assis
      sur un seul moignon je tourne en rond, en rond c’est confortable
      d’un léger tournis malgré tout, on finit par être pris. cela pèse sur la hanche
      un trou d’air ça surprend, caresse-moi debout, d’aplomb ou même d’un cil vers le milieu

      je me suis mélangé à la bande sonore. après m’en être recouvert le corps
      notre vie dans le bunker, au demeurant s’asseoir là, l’antenne tendue, à soupeser de loin l’ombre de sa propre inertie
      une fois le socle brisé il faudra réapprendre à rester en suspens dans l’air vicié, et endurer le froid

      je mange des trucs bizarres. il faut dire que je n’ai pas l’habitude
      passer sa vie à récurer sa fosse, à regarder filer sa chance entre les jambes des pleureuses
      franchement je devrais mieux me nourrir. et m’hydrater régulièrement. prendre soin de soi garde ses distances
      au lieu de ça se mettre à saigner, du nez, du front, et de toutes ses bassesses…

      étend ses jambes à la dérive
      glisse un regard terreux sous le ciel misérable
      renoue sans enthousiasme avec une ancienne maîtresse
      s’accroche désespérément aux grilles du parloir
      et se demande sur quel pied esquisser le premier pas, hein, sur quel pied ?

     

    se planter de mémoire. le sexe d'une naine

    22 novembre 2021

  • effaçage des marques, gommage des traces

      un tournant dans la vie, et mal le prendre vous envoie dans l’décor
      dans l’décor
      plutôt morne, le décor d’un tournant
      mais dès lors qu’on retire le décor, que reste t-il ?

      je parle à la différence
      je lui demande à quoi, puisque je me le demande, elle ressemble
      ressemble t-elle à ma propre dissemblance ? ressemble t-elle à sa propre ressemblance ?
      je me demande à quoi, puisque je le lui demande, ressemble une espérance

      vivre en cachot, vivre en cachotier
      avec pour toute ouverture la main tendue d’une poignée de barreaux
      et pour toute amitié une crampe perpétuelle, un carré de pernicieuses orties
      vivre en crachat, en crachotant, vaille que vaille, portant sur le dos la misère d’un seul homme
      et c’est pas cher payé

      j’ouvre l’armoire et qu’est-ce que je découvre dans l’armoire ? rien. il n’y a rien dans l’armoire
      un vide noir, inhumain
      j’entre dans l’armoire, m’enferme dans l’armoire et qu’est-ce que j’y trouve ? rien. mon visage n’est pas celui que je pensais
      celui que je pensais s’est dissipé avec les rêves. à la place de mon visage il n’y a pas de visage

      c’est attention qu’il faut dire, c’est attention sinon tu vas mourir
      ou sinon tu vas tomber
      et tu tombes effectivement
      pas vraiment besoin de volonté pour se relever. on se relève et puis c’est tout, avec la même inintentionnalité, la même immatérialité qu’il nous fallut pour tomber
      la même impersonnalité, pour faire chic

    21 novembre 2021

  • prisonnier de mon disque

      il ne s’entendait pas crier. il ne s’entendait pas tomber. il n’en tombait pas moins d’une rêche main de fer.
      et c’est toute tremblante qu’elle parut dans son rêve, alors que, depuis un certain temps déjà, il ne
      s’entendait plus rêver…

      il y a de la neige. même en hiver il y a de la neige
      j’en cueille parfois une poignée, ou j’ouvre grand la gueule pour y sentir se déposer et aussitôt fondre sur la langue quelques flocons
      à de rares exceptions près, on peut dire que je frôlai l’extase

      peut-on parler de bonheur à une femme qui dîne avec le temps ?
      je ne portais pas de masque en ce temps-là, mes gants étaient de chair humaine
      c’est comme pour le coït, la nausée viendrait plus tard, surprenant les amants atterrés

      il ne m’embrasse pas. d’ailleurs il ne m’embrasse plus. il fait comme si nuit blanche…
      son regard de cendres étale sur les choses un léger linceul d’indifférence
      il faut attendre le lundi pour se faire une idée plus ou moins précise de l’équilibre à rétablir

      je ne porte en moi que ce qui s’y répand, et s’y répand c’est vous
      après tout rien ne m’oblige, rien de surcroît ne m’autorise
      ténues les pointes de pieds sur lesquelles j’avance, et tant d’espoir châtié

     

    prisonnier de mon disque

    19 novembre 2021

  • par amour ricochet

      d’un monde croulant sous l’insignifiance, je retire ma dent
      je retire ma dent, chérie, d’un monde croulant de son insignifiance
      l’insignifiance défonce la voûte

      cours moyen un, on s’sépare, cours moyen deux
      on s’sépare du temps, on s’sépare du lieu – on s’sépare du mords-moi l’queue
      en amont le ton est dur, en aval la pente douce
      jusqu’à la mer de fer

      issu d’un croisement entre une averse et un caillou, on déplore je sais
      on déplore de nombreux morts, mais d’un caillou et d’une averse, quand même!
      on déplore même un g’nou, déporté loin au nord…

      la reconnaissance buccale, on trempe la langue dedans
      on trempe la langue dedans, on arrête avec les divergences, on cesse avec
      les diversions – juste faire attention à ne pas
      dès le départ se tromper d’bouche, la reconnaissance buccale

      rien ne se passe comme prévu, vu qu’on n’avait rien prévu
      on avait pas prévu, par exemple, de bonbons
      ni de siège éjectable, on s’est donc retrouvé nu, congénitalement nu
      dans l’air glacial nu, une main devant cachant le sexe, l’autre esquissant sur le côté
      le geste d’un timide adieu

    18 novembre 2021

  • heureux qui comme alice

      j’ai mal rêvé. ou alors j’ai rêvé de travers
      j’ai rêvé comme on pisse, en plein sommeil
      il y a les dents de d’vant et il y a les dents d’derrière, les dents d’derrière sont plus au frais
      c’est en quatre-vingt-six, en deux mille douze, et en deux mille trente-trois que dis-tu, c’est en quatre-vingt-douze
      les morts bien adéquats, les morts restent tranquilles. ils se font du pied, leurs tombes si sensibles
      si rapprochées…

      j’attends d’avoir vingt ans. à partir de vingt ans, on baise gratos
      les gens fourrent des petits poucets dans leurs poches, ça remplace les cailloux, pour quand y a pas d’cailloux
      je sais que je ne vais pas mourir, je sais que la mort n’existe pas, quatre-vingt-six deux mille douze, quatre-vingt-douze deux mille trente-trois

      j’attache ma ceinture
      c’est pas pour décoller, j’attache ma ceinture pour ne pas m’envoler
      quand on arrive de nuit, quand on débarque de nuit, quand on enterre la nuit
      y a quelqu’un devant moi, y a toujours quelqu’un devant moi, qui m’empêche de voir
      y a toujours quelqu’un devant soi que l’on n’embrasse pas, un tas de poussière raide

      je transmigre. comme je n’ai rein à faire, je transmigre
      c’est pas mon âme à moi
      les hommes les vaches, les vaches le lait, on s’est tous mis à genoux
      on a tous reçu une balle de quelque chose dans la tête
      qui nous fracasse le crâne afin qu’on respire mieux
      mieux par le crâne, du coup ça transmigre mieux

      pleure avec moi, pleure le long des voies
      il manque un ourlet à ma manche, une manche à mon bras, il manque
      je patauge quelque part, il faut bien
      patauger quelque part. une mare. je mets la mare en vente
      heureux qui comme alice…

     

    heureux qui comme alice

    16 novembre 2021

  • chèvrelune

      ai-je déambulé sur la lune, un soir qu’il pleuvait pas ? c’était mouillé quand même
      il me reste deux, trois, quatre bons points et toujours pas d’image – à quoi la pensée vaque t-elle ?
      j’embrasse un ticket sur la bouche, c’est un aller simple et c’est belgrade
      belgrade comme un baiser loupé, comme un dimanche en rade
      c’est un aller simple et ça ne fait pas de vague

      dieu n’empêche rien. il répond par leur nom à ceux qui vont sans nom
      son nom leur nom
      mais évidemment que tu n’envisages pas dieu il aurait fallu pour cela
      enfouir profond la tête dans le néant purin, et ce jusqu’à l’exquise dissolution
      où no-raison d’être embrasse à ce point ton être qu’on ne
      les dissocie plus

      les autres sur un pied, sautillent en cadence
      laisse-moi seul avec moi seul, m’esseuler à moi tout seul, m’entends-tu ?
      s’il faut se battre on se battra, la gueule défoncée, dans un cas comme dans l’autre
      dès lors chacun se vautre dans son souvenir, sa petite zone interdite

      un amoureux buvait, buvait – pour s’enhardir peut-être, se donner du courage
      ou d’être tombé si bas
      la mer monte, monte, insensiblement la mer
      monte, insensiblement les bras m’en
      tombent, tombent
      et finiront – la mer, les bras – par se rejoindre un jour ou l’autre, par se croiser, les uns toujours plus profond
      l’autre toujours plus haut, plus haut…

      j’aime un jour de congé, un jour de congé c’est beau, un jour de congé c’est brave
      je m’assois quelque part. il y a toujours un banc quelque part, il y a toujours une marche quelque part, de béton, de bitume
      il faudrait boire un coup or le coup ne tombe pas. je me repose
      je me repose d’une nuit sans trêve, d’une éternité sans flamme
      si l’on ne fait rien, c’est que rien n’y fera

    15 novembre 2021

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