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assis là sur un banc


  • pardon l’amour

      peu d’accouchées sur les bancs, et l’on tire de longues langues
      dès que je tombe amoureuse, je ne sais pourquoi, si je tombe amoureuse
      que je me liquéfie ou que je m’enfonce un coton-tige dans l’oreille, je sens, j’ai la certitude
      de n’être que métaphysique

      prends-moi par la main et conduis-moi à l’abattoir, si tendrement ça m’aide un peu
      un peu c’est déjà trop, il me faut absolument l’adresse
      d’un sinistre avocat
      je veux mourir, mais pas tout à fait pour rien
      je veux mourir presque pour rien

      ça me gêne disons de ne parler que de moi, mais je tiens à mentir le plus sincèrement possible
      donc je me cache derrière ton sexe, je cache mon sexe derrière ton sexe, c’est à dire l’âme nue
      ou la mort sans la mort
      la mort nue de la mort
      ça ne se mérite pas

      un chien est revenu d’outre-tombe. il incarnait l’innocence du mal
      notre souffrance est si profonde que ses racines ont percé le néant
      il devient de plus en plus difficile de porter une bouche
      des lèvres, une langue
      être vivant ne semble plus une évidence

      un homme se reconnaît à son sacrifice
      le sang d’un homme est vraiment blanc je t’assure
      on reconnaît un homme à sa détresse
      aux taches de sang, aux flaques de pisse. aux messages sans réponse
      on reconnaît un homme à ce qu’il ne se reconnaisse plus

    14 décembre 2021

  • poisson de décembre

      un homme ne m’établit plus
      un homme n’a plus de maison
      or un homme sans maison, un homme sans maison
      il marche certes, mais il marche à côté

      je marche et quand je marche je prie pour rien
      puisque seul compte le dieu pour lequel on ne prie pas
      et seule la prière pour un dieu qui n’est pas, ou ne compte pas
      on masturbe le temps, on masturbe le temps, et le temps ne prend pas

      un homme ne m’a pas regardé
      une femme ne m’a pas regardé, non plus
      je n’existe que contre tout
      je n’existe que contre moi
      je n’existe que contre je n’existe pas
      et je reste tapi dans l’ombre du dernier homme

      un chien s’en fout, un chien survit
      qui a le courage de seulement survivre ? celui condamné à survivre, évidemment
      c’est à dire à peu près chacun, au fond du lot
      si j’avais été une femme, si j’avais été un homme, je me s’rais dit voilà, au moins t’es une femme, un homme
      au moins ça ressemble à quelque chose, d’être quelqu’un

      j’achète mes timbres à la poste
      des timbres pour l’étranger
      c’est un peu plus cher, mais les lettres d’elles-mêmes tendent à l’étranger
      de plus en plus j’ai l’impression n’avoir été qu’une bouche d’égout, une pureté dans l’œil d’un sourd
      et c’est si long…

     

    poisson de décembre

    12 décembre 2021

  • silences chargés à blanc

      elle ne referait pas le même chemin, le même chemin aller retour
      retour d’escampette

      elle s’accroche à elle comme deux bulles, deux éclats d’espoir pur
      cela se passe de moi

      partout le soleil m’enfonce des aiguilles dans la gorge
      soit décrétée l’abolition du bonheur, des sourires en coin

      je m’arrache un soupir, deux soupirs
      au troisième, je ne recouvre plus mon souffle

      les bancs le long du quai, c’est uniquement pour eux que je suis
      venu habiter là

      j’éjaculai dans son nombril. non pour remonter jusqu’à la naissance, mais plutôt pour échapper au refrain, à tout refrain
      à la procédure-même du sens

      aux confins de l’éternel, l’œil écarquillé du néant
      tout à coup tout me gratte, et me gratte partout

      je ne meurs plus qu’une fois, la tête sur les cuisses, le sexe entre les dents
      on ne s’y fait pas vraiment, on ne s’y fera pas
      à quoi à rien, de quelque manière que ce rien

    11 décembre 2021

  • parles-en à la forêt

      tremble veuf, tremble comme la maison qui tremble, la maison veuve
      une maison dans les marais
      une maison dans les maisons
      une maison partout
      et moi je lèvre avec ta lèvre. et moi je lèvre de toute lèvre avec toi, de toute bouche
      en toute maison je couche

      quelqu’un en moi n’est plus l’homme qu’il prétend, ni celui qui s’y pend
      quelqu’un en moi se regarde dans ses verres et n’y reconnaît pas ses propres yeux
      si je dis que je pisse partout ce n’est qu’auprès d’un arbre, et cet arbre bouge partout
      il ne te retrouve pas

      je fais naufrage
      à gauche comme à droite, devant comme derrière, je fais naufrage
      et même tout au fond, je fais naufrage
      sur la terre comme au ciel, je fais naufrage
      et vogue mon naufrage…

      tu viens tu t’approches et tu poses tes paumes sur les paumes de mes mains
      je n’ai pas vécu jusqu’ici pour vivre jusqu’ici, tu abolis donc l’absence de toute raison et de toute justification à ma maigre existence
      tu m’adjures par ce geste : sois là maintenant, meurs avec moi
      c’est vrai c’est tellement simple de mourir quand on sait où mourir, quand on situe exactement le lieu à partir duquel commence l’éternité

      un cerf s’est cassé une patte
      il est à terre, il ne peut plus se relever
      quelqu’un sursaute, tourne la tête dans sa direction mais sans l’apercevoir
      je ne pense pas qu’un cerf ait grand chance de survivre à une patte cassée
      parles-en à la forêt

     

    parles-en à la forêt

    9 décembre 2021

  • là je ne chante plus

      tu me ding, tu me dong, tu me ding dingue dong. ça tombe tu penses à moi
      il n’y a rien dans mon livre qu’un ruisseau en panique
      tu lèves la main, mais si haut que je ne l’atteins pas. du coup je te mords le téton
      pour me venger
      pour te venger
      ou pour, risquant le tout pour le tout, t’atteindre quelque part, quelque part au plus près

      c’est un chien merveilleux, c’est un chien formidable, et quand il se dresse sur ses pattes de derrière et se met à bander, on croirait presque un homme
      heureusement qu’il ne mord qu’à la cuisse. heureusement
      qu’il ne vit qu’en pensée, comme toute pensée

      je sauve les morts, les morts solvables – ceux qui n’ayant vécu ne peuvent tout à fait mourir
      ils ne refranchissent pas la frontière qu’ils n’ont jamais auparavant franchie
      ceux qui écartent les jambes je les nique. ceux qui gardent les jambes serrées je les engloutis d’un geste sombre
      ou alors passant derrière je les nique également, d’un pur coquelicot

      tu vois, même encore à présent, je ne m’adresse qu’à soi, béance exubérante
      qu’il pleuve sur la neige ou verglace la pluie, je cours en marge, je cours en marge de soi
      ou de ses avatars
      là moi je suis nu de toi

      et dans la nuit qui plonge, et dans la vie qui a très peur, je t’arrête un instant
      entre le cerf-volant et la terre il n’y a que ma main, entre la main et le vent qu’un triste cerf-volant
      ce n’est plus qu’il faille mourir, mais que désormais on le doive…

    8 décembre 2021

  • meilleur son, meilleure ciguë

      l’atroce entre dans mon corps. on rappelle ça être soi
      on trouve un arbre au milieu et c’est celui-là qu’on extermine. on lui éclate la tronche
      tout au fond d’un pliage savant on découvre également le point rose, ou violet, selon les feutres disponibles

      tu m’appelles comment, tu m’appelles pourtant, je ne reconnais pas le nom par lequel tu m’appelles
      je réponds malgré tout. je réponds dès que la bouche vide, dès qu’on ne sait plus quoi dire
      je réponds par mon nom. mon nom dont le nom qu’on s’ignore, d’où celui-là
      une bouche ne s’ouvre pas, une bouche
      refuse de mordre, de sucer, de s’approprier la bouche

      je parle à mon étang, mon étang mon marais, mais ça reste plus classe de dire mon étang
      j’avale une pilule, je coupe une pilule en deux, de la même façon qu’on coupe sa pelure, ou sa peluche en deux
      il faudra remonter jusqu’à la racine de misère, revenir au terre-vide, au meurtre de l’indien
      puis ensevelir mes organes génitaux dans un trou creusé avec mes mains, que je recouvrirai ensuite de fleurs qui n’y ressemblent pas
      puisqu’elles n’existent pas

      le pire, c’est de renaître
      renaître trahit tout. renaître n’a pas d’odeur. il rompt la fidélité
      j’ai le pansement mais sous le pansement la blessure pullule, on la racle avec les dents
      on la suce avec la langue, tu me diras aussi
      on la creuse avec le temps

     

    meilleur son, meilleure cigüe

    6 décembre 2021

  • l’adieu aux papillons

    un chien, une butte
      une butte, un chien encore
      la même butte toujours, n’importe quel chien
      il y a quelqu’un au fond de moi dont la fonction consiste à recevoir mes pierres
      mes coups d’ciseaux
      mes excréments
      s’il se relève c’est que je ne suis pas définitivement couché

      une vie importe, une autre vie importe, mais si peu
      si tellement peu
      si seulement pour soi
      si tellement pour soi que finalement pour rien
      elle sourit de toutes ses dents quand elle a perdu toutes ses dents
      bref elle ne sourit pas franchement, sa bouche fait un trou dans la langue

      mes maisons s’agglutinent dans le cube d’un espace SDF
      j’appelle à moi les filles en chemise synthétique, les garçons s’étranglent dans leur propre vomi – ils doivent s’annihiler pour survivre
      le néant étant devenu leur seul espoir de survie
      c’est une bouée sans air

      il traînait du muguet partout en ce temps-là, des lilas faméliques
      aux mamelles blêmes de promesses intenables
      je me suis réfugié dans le métro comme on enfile un sous-pull à col roulé
      comme on entre à poil dans des douches collectives
      j’ai eu peur de tout, sauf précisément de mourir à cet instant-là

    5 décembre 2021

  • porte close des lilas

      tu t’abrites derrière un arbre et c’est justement cet arbre qui est mort
      il s’agit d’une ville, il s’agit des rues de cette ville, et de ses souterrains
      tu t’abrites sous un parapluie et c’est justement sous ce
      parapluie-là qu’il pleut

      un homme a mille morts à son actif, qu’il fabrique dans son ventre, ovaires branlants
      il ne se souvient cependant que de rares prénoms, de quelques prénoms c’est tout
      il faut mourir pour être plus fort encore, être plus mort encore

      de la chair à charpie, de l’âme à la débâcle – j’ai le corps d’une chute
      d’une étrange défection
      si je sors mon parapluie, c’est que la pluie se rend commune
      or sans parapluie vont les noyés

      il ne me ressemble à rien. il endosse sa peau d’âne. sous dedans se rabote une vie
      le lieu précis, l’heure exacte où le sol s’ouvrit, cédant le passage au néant, inaugurèrent la perpétuité, l’ubiquité d’un nulle part fait homme
      je ne suis jamais sorti de ma tombe
      je rescelle la plaque, si tombale entre toutes…

      brute elle ne respire
      pas
      pas ou plus rien ne l’indique
      rien ne sonde en moi la profondeur de ce vide là
      j’ouvre la bouche en priant qu’un poisson par inadvertance s’y engouffre
      – qui de moi prendra la peine de me tuer ?

     

    porte close des lilas

    3 décembre 2021

  • émanations de l’en-deçà

      il me manque quelque chose, quelque chose comme une barque, la barque au fond d’un puits
      je ne sais pas remonter, déclencher la marée. je ne sais pas soulever la surface
      c’est déjà beau qu’il y ait une surface

      il ploie sous son propre poids, il s’enfonce par le vide en lui. en lui il ne fait que s’ouvrir, s’écarter
      un peu plus loin périssent les animaux. on ne fait pas attention aux animaux
      on en oublie la raison

      j’avale un cheveu
      c’est avec peine que je l’annonce, j’avale un cheveu
      qui plus est noir
      tu es persuadée que je souffre or je ne souffre pas. je retourne le mur c’est tout
      mais je garde les draps
      ça les draps, je ne les change pas

      il pleut dans la même substance
      il se tait à la même cadence
      il va falloir ne rien faire, soutenir ne rien faire
      le regarder droit dans les yeux
      le regarder droit dans les yeux

      ne reste de chacun qu’un appel sans réponse, un écho morne
      dors dans tes bras, dors dans ta crasse – rien ne sert de réactiver l’alarme du réveil : elle ne
      retentira plus…

    2 décembre 2021

  • pur jus, j’abreuve mes souffrances

      il se résigne à n’avoir pas de vie, pas de vie c’est un naufrage
      trois bouts de bois ne font toujours pas un feu

      quelqu’un
      glisse quelque chose à l’oreille du néant, une enveloppe vide
      sur un registre similaire, voir s’attache à lui fermer les yeux

      et pourquoi la mort lui accorderait-elle ce qu’obstinément l’existence lui refuse ?
      il passe son temps à se contempler dans un miroir qui ne reflète rien, rien que le temps qui passe
      sans plus daigner se retourner

      il penche d’un côté
      et quand il a fini de pencher d’un côté, le voilà penchant de l’autre
      c’est ainsi qu’il s’enjambe, oscillant
      de l’impossibilité d’être soi
      à celle d’être autre

      la mort à petits coups de ciseaux on la défoncera pas, on n’en fera pas
      de la charpie. on restera coi sur le seuil des maisons, de toutes les maisons
      toutes les maisons pendues à la corde de nos pas perdus, de nos piétinements

      allez viens, mange ton chemin
      au bout de la nuit il y a le jour
      au bout du jour il y a le jour au bout d’la nuit
      on n’en finira pas avec la nuit, on ne la changera pas
      on aura beau tricher de tout le corps, tricher avec l’esprit…

     

    pur jus, j'abreuve mes souffrances

    30 novembre 2021

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