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assis là sur un banc


  • la race des gens sans race, les chiens errants

      n’oublie pas. ou du moins fais semblant de ne pas oublier
      personne ne te dit allez viens c’est par là. personne ne te dit allez va jusqu’au bout
      on s’est trompé de maison, on s’est trompé de porte
      quelqu’un prétend t’avoir vu quelque part

      genre gare tes genoux
      genre caresse-moi les cuisses
      genre en tout genre, mais non
      je ne fais pas le poids face à l’apesanteur. je ne fais pas le poids face à mon propre poids
      je fais l’effort de m’envoler mais rien, je reste au sol, retenu au sol par deux guibolles et un maigre jet de pisse
      la terre d’abord. le lourd et le hideux

      tu m’abreuves un mystère
      et pourtant il n’y a pas d’autre mystère que celui de la mort, dont chacun de nous présente un visage suicidaire
      je m’épouse tu m’épouses. à force de s’épouser, peut-être finira t-on par m’aimer ?

      il y a quelqu’un dans mon berceau, et je crois qu’on s’acharne sur lui à grands coups de ciseaux
      pas franchement la saison des mirabelles, ceci dit
      en s’efforçant chacun de son côté, en persévérant dans son être comme on dit, voire en ressuscitant
      on en est arrivé à faire des trucs avec la langue, des trucs avec le sexe. ça nous laissait pas le temps de réfléchir

      à la fin c’est l’enclave, le kaliningrad de toute vacuité métaphysique, avec un peu de bleu au nez
      ça passera, se rassurait-on en reniflant
      autrement dit à quoi bon faire le ménage, quand tout n’étant que poussière
      raye le verre, ratisse le sable dans le fond des miroirs…

    10 mars 2022

  • arrêter de penser aux morts, dormir sur un tas de ronces

      un mort est né avant moi. devant moi se dressera toujours un mort
      la mort en poupe, le vent décollant les oreilles, et vice versa
      bon an mal an, alors tu choisis quoi – le côté pile ? le côté face ?
      quoi que je fasse, et pour autant que je respire, je reste à la remorque d’un mort-soit-il

      alléluia ma p’tite maison
      alléluia mes gros sabots
      j’ai vendu ma maison
      j’ai jeté mon cœur aux chiens, les chiens n’en voulurent pas
      traçant un cercle bleu sur ma temps, je me suis alors métamorphosé en une sorte de hibou
      puis en rien, avec des plumes autour, de hibou dépenaillé

      tu me parles
      sans doute ne t’attends-tu pas à ce que je parle aussi. aussi ou en retour
      or si moi je parle, c’est que déjà je suis mort. que déjà je ne suis plus moi, ni même autre que moi
      c’est de cette façon que l’on se tue les uns les autres, que l’on s’exclue
      en se parlant les uns les autres, d’une dureté de bouche

      je ne suis pas loin d’éprouver quelque chose
      après tout un homme est matière à émotion
      un homme est matière à tout ce qu’on voudra – c’est son salaire moyen et il est bas, à sarajevo comme à croix de chavaux
      plus bas que moi tu meurs, se vante la larme à l’œil
      c’est pourtant pas en suivant le courant qu’on remonte la pente, rétorque le dit œil

      mon entité est affamée, un insatiable trou
      je remets la caresse à demain, je remets la marée à demain, et la mort à plus tard
      on s’occupe comme ça, à s’entailler les paumes, à ne mourir qu’une fois sur deux
      à ne survivre qu’à la mort, à rien d’autre que la mort

    arrêter de penser aux morts, dormir sur un tas d'ronces

    8 mars 2022

  • chacun son treuil

      une universelle révolution se profile et toi tu joues encore au p’tit poucet, à chier des p’tits cailloux. t’as les épaules bien creuses, pour un marin

      il marche à l’envers. et quand il marche à l’envers, c’est pas toujours dans le bon sens. comme d’habitude, l’éternité fait fi du sens

      raccommode une chaussure, raccommode un pas. raccommode une manche, quelques pièces par le trou, de monnaie ou d’azur. raccommode un ciel pur

      chien. et quand j’avale un chien ce n’est que le début : suivent la queue du maître, les oreilles d’un lien. alors ne fais donc pas le chien

      on ira vivre ailleurs. dans la mort s’il le faut mais ailleurs. la mort puisqu’il le faut, ce soleil intérieur auquel nous demeurons dramatiquement aveugles…

      tu marches sur la nuit. et comme cela ne suffit pas, tu marches dans la nuit. elle répand en toi. elle se répand en toi à la manière d’un orgasme en négatif

      il y a le monde et quand on y remonte. on émane de nos tombes en existences brouillonnes, rugueux chemins de traverse, vivants charniers. là

    6 mars 2022

  • soupe populaire. popular soup

      dieu m’a fait sauter sur ses genoux – ça nous aura fait bien rigoler. puis la nausée, n’oublions pas la nausée…

      les manches parlent aux manches. les câbles passent sous le coude. je parle bien entendu de la mer entre deux rives. on se retrousse le câble. pauvres de nous…

      parle-moi de ta pitié. ne me dis pas que tu n’as rien à dire au sujet de ta pitié. c’est quand s’entrouvre l’obscur, et qu’en émane comme un relent de sexe

      le sens de l’éternité c’est moi. tout se resserre autour de l’axe, du foyer : les hommes les bêtes, l’herbe, les femmes aussi. et même les insectes

      il n’y a pas de point de non-retour. le point de non-retour est déjà le retour. le retour tout craché

      disons qu’il ne manque rien. on saute à pieds joints dans le néant et quelque chose fleurit en nous, dont nous n’aurons été que le fumier, la bouse nourricière

      tout mon feu s’est frigorifié, couille morte de dieu. j’allège j’allège, mais la douleur me plante. je continue à alléger quand même

     

    soupe populaire. popular soup

    4 mars 2022

  • j’ai plutôt rentré mes poules

      voilà – tant qu’une voix résonne c’est que quelqu’un habite encore, la plaque n’est pas scellée
      personne ne voudra mourir avec toi, et d’autant moins pour toi
      mourir ensemble soulage un peu, mais de pas grand chose au demeurant, et d’à peine plus que l’inessentiel, semblerait-il
      quoiqu’il ne semble pas
      quoiqu’il ne semble rien
      c’est l’impression qu’ça donne

      comment un être assez pur pour redonner confiance pourrait-il échapper au massacre ?
      on se blottit tout contre nos animaux – on se blottit contre nos bœufs, nos chevaux, contre nos veaux ou nos perdreaux. maudit le froid
      un homme m’a parlé d’elle. m’a parlé d’elle à ce propos. mieux vaut éviter de parler de soi en général
      même si soi ne mage pas d’pain

      un chien m’a bavé d’sus – qu’est-ce que j’y peux ?
      je relève une barrière – un train m’a passé d’sus, ou était-ce la frontière ?
      je ne ressens aucun plaisir à traîner par ici, aucun plaisir à traîner l’innocence, à la souiller
      quand elle lève les yeux au ciel, je m’aperçois qu’il y a un ciel. alors je réalise que le ciel ne sera jamais assez profond

      je saigne des yeux. ça me prend dès que ça me prend, je saigne des yeux
      je m’avance jusqu’au bord, et qui me dit que je ne tomberai pas ?
      je sais que je ne tomberai pas, je me dis que je ne tomberai pas, je me dis que le vide est en moi et non moi dans le vide, ça ne me fait rien vraiment
      ça finit par m’être égal
      un dieu n’a plus que ça en poche, que ça en poche comme c’est moche

      quelqu’un frappe à ma tombe
      ça serait quand même étrange en telle situation de craindre les fantômes
      quelqu’un se frotte le sexe contre mon visage. je ne comprends pas vraiment pourquoi moi
      quelqu’un – il s’agit sans aucun doute de quelqu’un – agite un petit mouchoir blanc dans ce qui semblerait être ma direction
      je ne vois pas comment j’aurais pu devenir la direction de quoi que ce soit
      j’habite une chambre, de la manière exacte que l’on abrite une tumeur sous son crâne

    3 mars 2022

  • la lutte finale, ou l’enfant-luge

      les oiseaux font les mariolles – n’oublions pas qu’ils restent en suspens dans les airs tant d’heures au cours de la journée
      et quand ils dorment donc, cessent-ils pour autant d’être mariolles ?
      je ne baise plus. je ne baise plus car je ne me compromets plus, le rapport est limpide
      limpide la distance séparant la voix de son écho propre, son écho triste

      au final il suffit de s’en référer à dieu, ou même à ce qui le surpasse et voilà
      le plus profond en moi n’est qu’abîme de lumière – comment dès lors ne succomberais-je pas ici-bas à l’exil, à la trahison, à la démangeaison ?
      mon cheval en est un faux, qui galope sur place. je fais semblant de le monter, semblant d’en être fier
      la chute, elle, ne ment pas. la chute recense les os

      virtuose. avec les genoux quelque peu détraqués
      j’attrape en plein vol la queue d’une comète, ça ne m’avance à rien mais bon
      ça ne m’avance à rien de baigner dans un bonheur ou dans l’acide gastrique – la moindre image en l’esprit constitue déjà une preuve d’extraversion
      tout se trouve en dehors, tout me prive du dedans, le dedans même m’arrache au dedans, lequel reste en dehors

      la pluie sur ton gazon, bon, on devra renoncer
      on reconstruit des ponts par-dessus le grand vide, des ponts ne reliant aucune rive à aucune autre rive, il n’y a pas de rive
      rien qu’un ou des ponts, en construction, ou en déconstruction que sais-je, ne reliant rien à rien
      en tout cas pas à moi, ni moi à soi

      un chien m’a dit pourquoi changer, et dans quel sens ?
      j’ai l’impression de tournoyer sur moi-même, un peu comme une danseuse sur son axe dans une désuète boîte à musique
      sauf que ferait défaut la musique
      nous luttons contre le froid, luttons tous contre le froid
      c’est ce auquel nous nous attelons en toute circonstance : nous luttons contre le froid

     

    la lutte finale, ou l'enfant-luge

    1 mars 2022

  • sexe d’un banc, d’un toboggan

      les yeux bandés. les yeux bandés j’ai essayé, mais ça n’a rien donné
      les yeux ouverts non plus, ça n’a pas marché
      la cloque ou la béquille – on avait le choix entre
      la cloque ou la béquille
      le sein ou l’églantier

      voilà les hommes. on n’était pas prêt. pas prêt pour les hommes, même pas
      prêt pour les accueillir à vrai dire
      on a conduit jusqu’à ce que la route s’enlise dans le sable d’une plage et peut-être que la mer n’y était pas
      imagine ça, imagine un instant : une plage à laquelle manquerait la mer, à jamais retirée…

      tout ma pourrit la vie, mais j’ai trouvé le graal
      peut-être pas le saint, ou pas si saint que ça, mais en tout cas le graal
      il y a un homme derrière tout ça, je ne souhaite pas d’un homme, juste derrière tout ça
      c’est comme la nature : qui a encore besoin de la nature ?
      qui a besoin d’un homme ?
      ou d’une planche à pain ?

      un animal bouffe mon toit
      un animal bouffe mon plafond, mes combles, mon grenier
      un animal c’est moi, et je veux tuer cet animal
      on fait partie des choses auxquelles on ne résiste pas, moi je veux tuer cet animal
      il me bouffe la bile, le sommeil, les ongles
      il me rappelle mon enfance

      je parlais dans le désert, ou me parlait le désert
      que raconte le désert de plus que ce que je lui raconte
      on se gratte. on finit par se gratter partout et en tout genre – se gratter jusqu’au sang, pour peu qu’on soit digne de saigner
      et même au-delà, qu’il serait si dégradant de préciser, ou seulement d’évoquer
      quand l’ennui nous rabote

    28 février 2022

  • tout ce qu’on meurt en soi

      j’abîme quelque chose en moi, quelque chose de précieux, quelque chose qui me greffe la profondeur, ou me creuse unilatéralement
      il me faudrait renouer – qu’importe à quoi, renouer c’est tout, rendre un axe à l’espace
      une amarre au néant

      des hommes se sont habitués à ce que je les vête de robes de poupée, et tant pis s’ils m’en gardent rancune tant que
      de plaisir crissent les miroirs, et rejoignent le sable – ses songes, sa solarité en quelque sorte
      quelque chose à peigner, accordez-moi seulement quelque chose à peigner

      à ce propos un être étrange
      m’a rappelé à moi, ou m’a claqué une bise, froide et désespérément sèche
      des armoires pleurent des cadavres, je tourne le dos à toutes les arêtes
      je tourne le dos à tous les poissons et de cent coups poignardé, d’un banc plus que de neige inondé, me réinvestit la nostalgie
      d’un espace clos, définitif
      d’un espace clos, en marge de toute marge

      c’est la dernière fois que j’habite une maison, si vaste fut-elle
      il y a des mains et je les pose à plat sur les cuisses, ainsi font les mains
      tout homme incarnant le dernier homme, je ne ferai pas exception, je me rincerai la bouche avant que de tirer la langue
      mais je ne m’habituerai jamais, jamais, à rien
      pas même à la douleur

     

    tout ce qu'on meurt en soi

    26 février 2022

  • la version longue

      il y a des morts. il y a des morts partout
      on finirait par s’y habituer si seulement nous étions en capacité de
      nous habituer à quoi que ce soit
      il y a des morts partout, et jusque dans ma bouche, et jusque dans ma couche
      on s’étouffe d’une arête, d’une touffe de poils broutée je ne sais où…

      mon chien agonise de la syphilis, on garde peu d’espoir
      j’essaie autant que faire se peut de chausser mes propres traces, avant qu’elles ne fondent
      j’espère conserver suffisamment de légèreté en moi pour m’évaporer, dès que la colle cessera de faire effet
      qui me rattache à moi-même ou à quelconque sol

      une fois les insectes décimés, il faudra tâcher de combler nos désirs, ou plutôt de satisfaire à nos pulsions de la manière la plus brute, la plus directe et la plus automatique possible
      il n’y a de politique ou de stratégie que de séduction, les miroirs brisés abattent nos coquetteries de comptoir
      au comble de notre vulnérabilité, sans pitié mis à nu, si dépourvus que le néant même ne saurait nous rassasier, nous abdiquons
      nous abdiquons la mort, la faim, le terme ultime tout autant que le bonheur présent, simple présage

      les souvenirs m’ont inventé, j’ai du essuyer les draps, voulu recoudre une plaie indélébile à la surface de l’océan
      puisque c’est ainsi qu’on le nomme, ainsi qu’on s’y soumet, nous délestant de toute grandeur intérieure, de toute dignité
      comme quand tout notre plaisir dépend exclusivement du plaisir que l’on procure à l’autre, joli dégât des eaux
      – l’autre, dont l’unique fonction consiste à ne pas être moi…

    25 février 2022

  • myriam dans le rouge

      tous les poèmes commencent par la nuit, le jour vient par surcroît
      ou disons-nous le jour s’ensuit. s’ensuit le jour
      or du jour et de la nuit qui tombe, qui se relève ? qui de sa béquille bat la mesure du chemin, remue le fond ?
      qui de son creux susurre des choses dont seul le creux retentira ?

      voici donc une abeille, voilà donc une histoire
      un homme entretemps n’a donc fait que passer
      on lui caresse un chou, on lui grattouille une couille, un homme entretemps grandit de son néant, c’est à dire
      d’être infiniment moins que soi

      je reste dans mon corps brûlé. je soufflerais sur les cendres, cela va de soi, si ne me manquait le souffle
      le ciel n’est pas un rideau que l’on tire à sa guise dans un sens ou dans l’autre – ni le jour ni la nuit ne s’y trompent
      passant de ceci à cela, un deuil perpétuel hante nos âmes, une fidélité amère

      je pourrais retracer les yeux fermés le plan de ma déroute – l’amarre, la bitte et la dérive
      une seule mort ne me suffira pas, je souffle dans un cercle pour des bulles provisoires
      et si j’enfante un songe ce n’est certainement pas dans l’espoir qu’un songe me délivre
      ni ne me prenne par le main pour franchir les barbelés et traverser le champ

      poussière, je m’invente un futur – je le ceins opportunément d’un pagne, ou le couvre d’un voile de mariée, gaze légère sur un serment de fer
      abstenons-nous de préciser toutefois que le fer rouille
      ou que le printemps qu’encule un soleil borgne
      accouchera d’un semblant d’hirondelle…

     

    myriam dans le rouge

    23 février 2022

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