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assis là sur un banc


  • il n’est qu’un chien parmi les loups

      il est trop tard, définitivement trop tard
      trop tard pour quoi on s’en fout désormais, puisqu’il est de toute façon défi-
      nitivement trop tard
      t’as comme l’impression d’arriver là quand la fille est repartie déjà, sans laisser ni nom ni adresse
      et qu’elle ne repassera évidemment pas

      ton soleil inexistentiel, ta vertu matricielle
      c’est pour t’entraîner à la mort
      s’il y a un miracle il y en a mille, un miracle soulignant que tout est possible, et donc le possible nécessaire
      sauf pour les mineurs en basquettes ou les chiens en déshérence

      le pain devenu dieu, on s’en partage les miettes, on en ramollit l’croûton
      dans un bouillon d’eau tiède
      c’est tous les quatre ans la même chose, il neige
      il neige et c’est là tout
      l’art de la chute

      parle-moi avec ta bouche, parle-moi avec tes mains, parle-moi tout c’qui bouge
      errer sans but, sur le chemin qui mène de la maison à la maison, vaste plaine
      trou béant

      d’abord tu me dénoues les doigts et ensuite tu me panses les paumes
      tu pourrais leur pisser dessus, les genoux écartés et accroupie dessus
      je m’y parviens pas. il y a tout ce silence et je n’y parviens pas
      le silence me dépasse

    29 mars 2022

  • les bêtes quand il pleut

      concentre-toi sur la pluie, et ne dis rien
      ton moulin ton moulin va
      si lentement…
      arpente sous la pluie, et ne dis
      toujours rien

      je m’embrasse le genou, or je m’embrasse le coude
      que je me torde que je m’endorme, je n’arrive pas à m’embrasser le sexe
      mon sexe n’est pas pour ces lèvres-là
      d’abord ce n’est pas le mien, mais moi le sien
      ensuite je m’embrasse le genou, voire le coude
      dans une tentative désespérée de ressembler à quelque chose
      ou à quelqu’un

      la nuit commence avec moi, la nuit commence dès moi
      la nuit commence et nul ne la retient, sur la grève d’une mer hostile
      le verre tremble entre mes mains

      tu penses à ce que tu dis, alors que tu ne dis rien
      ça monte ça descend, ça redescend plus loin
      sous la feuille de papier, l’abîme est représenté par un tas de cailloux

      là il se passe quelque chose, là je vis quelque chose
      un marron glacé, peut-être
      la mort sur ordonnance
      il pleut mais ça c’est parce qu’il pleut, un jour sur deux

     

    les bêtes quand il pleut

    27 mars 2022

  • si elle se promène, c’est que les cyclamens

      elle panse un nénuphar, tout froissé dans le slip
      la vente du grand pigeon gris n’aura pas suffi à éponger ses dettes
      sur le chemin du retour, le sens unique était en sens interdit

      je lui découvre deux grains de beauté sur le visage, et le visage s’ouvre
      on dirait le miroir soudainement pris d’une crampe
      je vais pour lui caresser le visage et n’en retire que carpes, métacarpes, arêtes d’un désir avorté

      la fille d’un beau salopard sait faire le grand écart
      si je n’accomplis rien, je ne suis rien. je tente ma dernière chance de n’être rien
      je m’en vais mourir trois pas plus loin – qu’elle me recouvre d’une pincée de sable, d’une
      sous sa jupe nappe phréatique

      les traces de ma faim sur le dos de ma voisine – j’y laissais et les dents et la salive
      ne pleure pas, ne pleure pas pourtant, et la salive
      s’il faut une échelle on y grimpera, s’il faut une pente on la dévalera
      discontinuons

      bien calé sur une chaise vide, disons que je prêche l’attente
      les cordes du violon ont pété l’une après l’autre, pas d’embrouille s’il te plaît
      s’il te plaît supporte-moi encore le temps de jouir, le temps de rentrer la chaise à l’abri
      d’une pluie tout aussi vide

    25 mars 2022

  • comme une odeur de femme

      elle ne rencontre rien – que les gens d’en haut, les gens d’en bas
      leurs noms fleurissent de pauvres tombes
      elle s’en va à cloche-pied, elle fait le tour du monde, à cloche-pied

      sur sa joue traînent des traces, de sable ou de pas dans le sable
      l’ennui s’ennuie de moi, quelquefois, et donc je défriche une feuille vierge
      sur sa joue coléoptère, pigeon, la route débandade…

      elle ne naît pas n’importe où, n’importe quand, à n’importe quel moment
      elle naît dans la douleur, elle naît d’un enfant dur
      elle naît de la douleur, si dure

      ferme la porte derrière moi, ferme la porte aux anges
      le temps se désagrège, le chemin fait bien cinquante mètres
      attache-moi les poignets, attache-moi les chevilles – que le reste prenne son envol, s’il lui reste des ailes

      j’ai le cœur propre, pour ça dis j’ai le cœur propre
      elle s’accroche aux signaux, les signaux clignent des yeux
      elle s’accroche à la vie, la vie change de trottoir

     

    comme une odeur de femme


    23 mars 2022

  • sépulture-jouet

      les enfants coucou, coucou donc les enfants
      pendules à l’heure blète
      les enfants cou-

      on les enterre, les enfants
      à grands coups de pelle les enfants
      les enfants pâles

      je chevauche un néant, un néant pile
      drapé d’une décence je re-
      couvre un furoncle

      ne me regarde pas
      pense à autre chose
      à autre chose qu’à autre chose, pense
      simplement ne
      me regarde pas

      une cale
      sous le pied de l’idéal
      soutient la gorge et l’as pelvien
      dépouille pareille

      thé de mer
      la triviale ascension
      j’ai peur, absolument peur
      d’un ovale carré

      je ne m’avance
      à rien
      bon, dit comme ça, je ne m’avance
      à rien
      : une chambre, un réverbère
      dans cet ordre précis, immuable
      comme en l’homme la mort
      passe radicalement
      avant le reste

    21 mars 2022

  • tout sourire le néant

      une pluie
      d’aucun secours, une pluie
      vivre mouillé
      sous la ligne rouillée

      tu pleures un schlague
      tu m’accompagnes – non, tu t’accompagnes
      tandis que vivante je t’enterre
      dans l’air moite

      une pluie
      ce n’est qu’une pluie
      pas encore tout à fait l’ennui
      déjà presque la pluie

      ah ben là alors
      là alors ben
      j’y suis j’y reste
      non je me casse

      il sent mauvais, la tour
      il sent mauvais, le parcours également

      ainsi je m’habitue, à rien
      je me cède le passage
      merci me dit oh le passage

    c’est pas comme ça qu’on tombe, pourtant

      plus rien ne vient
      j’ai beau compter sur mes
      dix doigts plus rien ne vient

      l’espace infiniment
      ouvert vibre de mes
      non-exploits

      m’acharne sur ces doigts
      elle ne jouit pas
      tout c’que tu veux, elle ne jouit pas

     

    tout sourire le néant

    19 mars 2022

  • ne se jamais ceci, ne se jamais cela

      cris d’orfraie
      couinements
      cris d’orfraie partout dans sa douleur

      les entrants
      les sortants
      et tous ceux qui restant balisent leur douleur

      plus jamais je ne regarderai dans la direction de la mer
      je ne me nourris plus que de chiures de mouette
      à chaque inconnaissance équivaut une pelletée de terre

      si peu de distance
      entre le
      et la
      ou l’aiguille d’un chas

      ainsi donc avancé-je
      pour ainsi dire j’avance
      et j’avance
      en aveugle transi

      chien ne me
      lèche la plaie
      chien ne me douche
      ni ne m’aboie

      je rentre le
      je la sens là
      las de mort las
      rentre le se

    17 mars 2022

  • vivre au sens large

      l’homme qui jamais, oh grand jamais, ne s’est pris les pieds dans l’histoire du pays
      il a grandi parmi des boîtes de facture incertaine, dans l’ordre rigoureusement établi d’un cimetière militaire

      souffle, tornade, abats les vieilles branches
      je m’appelle emmanuelle, mais emmanuelle comment, emmanuelle-sors-du-bois
      qui fait ouh, ouh, voilà le loup, et le loup que fait-il
      il hausse les épaules, et rengaine sa salive

      espérer vivre encore, en réchapper de quelconque manière, relève du vulgaire. on touche là de près au sexe
      on lui fourre un doigt dedans on lui crève un tympan, etc…
      je ne me suis jamais senti si libre depuis que mère est morte, depuis que lit en braille

      le point de non-retour définitivement passé, le point de non-retour
      le sens du collectif est redevenu tel qu’un homme qui se suicide suicide l’humanité entière

      invite-moi
      ne me suggère pas ce qu’il faut dire, ce qu’il faut taire, invite-moi doigt sur la bouche
      désormais la seule stratégie praticable consiste à libérer de l’espace, à
      délester les paniques

     

    vivre au sens large

    15 mars 2022

  • un si petit voyage

      j’offre mon soutien-gorge, j’apporte toute ma mort
      au nain de ce comté, aux fleurs de mon jardin
      glander o galaxie, glander à perte d’âme
      rejoindre le convoi de nos libertés infondées…

      la pluie n’a même pas entamé mon visage
      je me suis finalement retrouvé un abri, un espace sans porte
      les animaux sortent la nuit. pour nous ce n’est que vendredi

      dieu répare les bagnoles
      dieu ne se soucie guère de l’entretien des routes
      mourir nous enfonce plus profondément dans l’être, débusque les alouettes dans les fonds de miroir

      je viens raser quelque chose de vieux
      je viens raser la tête pouilleuse d’un vieux
      je viens récupérer la salive d’un vieux
      un vieux à tous les étages, un vieux dans chaque dortoir

      donc un genou
      et plus haut qu’un genou, l’espoir d’un vie sans trêve
      des camions partout, des chariots, des locomotives
      des vélos et pour ceux qui n’ont plus leur fonction, ou dont les jambes molles ou la femme s’envole : une chaise
      encastrée dans le vide

      l’amour fait bien les choses, faut juste s’essuyer après, comme si ça nous avait sali
      j’ai un homme mort dans ma cabine. avec deux-trois accessoires et la curieuse invocation, j’en fais une pure femme
      quelque chose à l’unisson

    13 mars 2022

  • on attendait quelqu’un de l’étranger

      tu t’abrites derrière mon nom, mais est-ce encore un nom ?
      chaque jour une vie m’abandonne – faut dire que le temps n’arrange pas les choses, pourri par conviction, sans considération
      tu sais quoi : exploser ne tient pas la route, exploser ne tient pas l’espace
      ça explose et c’est tout

      pourquoi tu m’attends ? tu sais bien que jamais je n’arriverai
      même admettant que je sois un jour parti, il n’y a aucune chance que j’arrive jamais
      cependant tu m’attends – c’est vrai au fond, que faire d’autre qu’attendre
      que piétiner le temps
      que saigner du néant ?
      de ne pas avancer, je sais que tu m’attends

      froissé, jeté, méchamment, j’ouvre la bouche. j’ouvre la bouche malgré tout
      tu m’embrasses à moitié gauche, une âme se tient toujours au milieu, faut donc tordre la bouche
      tout ce que j’ai fait je l’ai fait pour rien, en appuyant dessus
      de toutes mes faiblesses

      quelque chose se broie au dedans. quelque chose de noir, d’indispensable
      nous forniquons vous forniquez, mais toujours à côté, toujours à la marge
      la seule question c’est comment supportons-nous, comment supportons-nous d’être, comme si de rien n’était ?
      comment consentons-nous à nous nourrir de cadavres ?

      j’ai mélangé les eaux usées et les eaux de source. au piquet le temps fait grève
      à soi tout seul un suicide collectif, tout au bout de la solitude un mort fait le guet
      tu me demandes mon nom, je te réponds comme je peux. je te demande le tien tu me réponds marie
      ou bien n’importe quoi d’autre

     

    on attendait quelqu'un de l'étranger

    11 mars 2022

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