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assis là sur un banc


  • le chemin, c’est celui que l’on prend

      ça laisse des traces
      par exemple j’me fous des claques, sur les fesses ou sur la joue et
      ça laisse des traces
      on se bave un peu dessus, soit, mais pas trop
      juste assez pour entretenir les séquelles juste assez pour
      les traces

      une folie passagère, que l’on a prise en stop
      on maîtrise les vitesses, bon, on maîtrise l’embrayage
      j’ai toujours quelque chose à te dire, cette révélation d’un rien profond, ce partage exclusif
      d’un néant abyssal, je t’embrasse dans la bouche

      un homme est un homme seul, même s’il se procure la compagnie d’un petit chat
      deux jambes en trop, j’ai toujours pensé que j’avais deux jambes en trop
      et que si j’avais pu m’appeler, je me serais appeler lolek
      lolek-hors-ligne

      il y a peu d’illusion, sauf à midi
      tout au fond du terrier, ou sur la cime d’un arbre mort
      faudra se réfugier, se porter disparu, le gilet de sauvetage élégamment porté
      avec des ci avec des là, on se rassérénera

      chien battu, mais dans une toute petite ville
      tu te souviens de moi ? j’étais celui qui
      celui que
      selon la pente…
      plus personne ne mourra cette nuit

    1 janvier 2022

  • la fin du monde en miniatures

      je ne mendie pas. j’en ai assez de mendier. mendier me prend au dépourvu
      exister là se mange froid, en hors-d’œuvre ou
      sous la table. d’ailleurs j’en scie le pied, pour en faire un radeau et
      dériver. dériver jusqu’à plus faim
      dériver jusqu’à plus soif

      on se donne tout l’un à l’autre, et on succombe
      on sonde un vide. c’est comme une autopsie pratiquée sur un sujet vivant, on teste le merle
      l’étau se resserrant, il va falloir faire preuve de
      lucidité, écume de l’ivresse
      ou lie

      une quantité de ferraille. cette ferraille n’achète rien
      ne rachète pas
      je laisse une femme au pas de ma porte. parfois je l’insulte, ou je lui pisse dessus
      c’est ainsi qu’elle me tient, par la honte de moi qu’elle entretient entre ses cuisses
      dans le solvant

      tombé aphone, la chanson ne sort pas
      claquer des doigts, comme s’il restait des doigts ou comme si les doigts
      n’avaient que ça à faire
      non, les doigts n’ont rien à faire
      ils claquent des dents
      à cause du froid
      à cause du froid entre autres
      à cause du froid surtout

      les jours fériés je me dis tiens
      les jours fériés on ne s’aime pas, je suis le seul à bras levé, criant présence ainsi qu’on crie famine
      les jours fériés l’amour rend fou
      l’amour éjacule un pet mou

      tâche de t’y faire
      ou tâche de t’en défaire
      je me gratte l’aisselle. l’aisselle prend feu. la forêt en automne
      non, l’aisselle s’agenouille
      elle prie
      elle se pique le sexe, comme on pique son chien

     

    la fin du monde en miniatures

    30 décembre 2021

  • l’intrinsèquement creux

      se rappelle t-on jamais avoir été le monde, ou au contraire son funeste étranger
      se rappelle t-on jamais non on ne se rappelle rien, on jouait sur le perron à sauter du perron
      au pire un coup de vent t’emporte au pire tu t’écrases
      sur ton ombre, toujours du côté face

      je te chante un histoire, est-ce que tu me chantes un histoire, non, tu ne me chantes rien
      ne faire l’objet d’aucune pitié n’endurcit pas, caresser la poitrine d’une femme incrédule, guère plus
      j’ai pourtant bien failli y laisser et la peau, et les eaux

      je flotte dans ma tombe, comme dans un vêtement trop large. je crois que je ferai mieux de me mettre à l’abri de la pluie
      tu me tires par la manche, je n’arrive pas à savoir si c’est du bras ou de la jambe. je réponds par la mer
      afin de ressusciter, une tisane ne suffira pas je la crains, ni la pince pour les clous. afin de ressusciter je le crains, il faudra s’ouvrir le cœur
      à coups de pioche

      on éventre le ventriloque, soit, mais alors que fait-on de la voix ?
      tu me tires d’un côté par les poils, de l’autre par le téton, je finis par ne plus être rien, ni personne
      réveille-moi. réveille-moi quand ton ourlet, réveille-moi quand dans ton ventre
      réveille-moi aux abois

      on a tenu bon jusque là
      maintenant on tire à soi, non la couverture mais le vent glacial, celui qu’on ne réchauffe pas entre ses paumes
      un animal revient à moi, plus béant que la mort. j’ignore de quoi il est capable
      en tout cas j’ai perdu mon peigne, j’ai perdu les dents de mon peigne
      me reste un pou

    28 décembre 2021

  • triste, pas triste, s’en aller mors au vent

      maison neutre, porte qui claque sans un bruit. demain réitère l’opération, dans la crédulité qu’un jour ça marche enfin, qu’on rouvre les fenêtres
      au silence radieux, au square des batignoles, ou de la rue de lagny
      tout ça pour ça, me rabroues-tu…

      vieille naine, femme en jachère. faut bien que je te lèse dis donc, faut bien que je t’ennuie un peu
      je m’adosse au brouillard. parfois je reste là, enceinte de quelque chose, enceinte d’un marais, d’un espoir trisomique
      je tends la main et j’en retire une algue – et ben quoi, tu croyais tout de même pas repêcher toute la mer !

      j’apporte ma langue, j’apporte mes orteils – j’apporte entre les deux tout l’inconfort de vivre
      j’apprends mon nom sur toutes les télés, j’apprends mon nom de toute contre-vérité. je me laisse traire la chèvre aussi, de temps en temps
      maudit le bon côté. des choses

      on ne se rend compte de rien. ou du moins du fait qu’on ne soit pas vraiment né. on en parle avec les mains
      non pas faute de voix, non pas faute de langue, on parle avec les mains pour dévier du refrain
      et puis avec le trop de pommes, on fait de la compote

      je me suis rassis et je t’ai attendue. entre le banc et moi les fesses faisaient office parfois d’amortisseurs, de bouée ou encore de tremplin
      je ne t’ai pas entendue arriver, ainsi ne suis pas sûr que tu sois jamais venue – ça reste un lac mou au fond du ventre, un sol très incertain
      je me suis rassis là, bancal tabouret, me repassant en boucle l’écho rance de nos pas perdus
      à arpenter les brèches

     

    triste, pas triste, s'en aller mors au vent

    26 décembre 2021

  • chétives

      si je réfléchis bien, je ne réfléchis rien. tu t’embêtes dans ton coin, tu t’embêtes dans mon coin tout autant
      j’ai la preuve qu’un être par son néant déborde infiniment de son être. alors on le caresse de ci de là, on lui lave le sexe, ça le détend un peu

      parle-toi comme tu me parles, et parle-moi plus tard. personne n’est là pour me porter mon doudou, porter mon duvet ou retirer les clous
      je te lèche la bouche comme ça c’est dégueulasse, je te cède le passage le passage cède un schlague. c’est le ventre nu qui me fait peur, plus que toute autre chose

      j’attrape ta houle, quelqu’un m’a dit j’attrape ta houle,, alors je me suis laissé faire
      je me suis laissé faire comme on se laisse aller, et c’est pas toujours facile avec les barbelés
      je lèche ta bouche et cela finit par une crampe

      mon dieu se porte mieux après sa cure de désintoc-
      sication, mon dieu se porte comme une plume. un charme. j’achève ma tonte
      j’achève ma tonte et mon carnage, mon dieu se porte comme un gant, lui qui ne prend ni gant ni fleurs
      pour me gifler

      j’ai l’impression d’avoir un pouls à ch’val. j’ai l’impression de n’avoir rien obtenu. ou pas grand chose en général
      tu marches dans mon ombre et bientôt ce sont mes pas que tu ensevelis sous ton invisibilité. je pense que le temps n’est pas encore venu
      de je n’sais où, mais venu pour rester

    24 décembre 2021

  • les chiens les cordes, les ânes les licornes

      des abeilles naviguent tout le long de mon corps. certes elles ne butinent pas, mais elle ne piquent pas davantage
      que font donc les abeilles tout le long de mon corps, et quel est donc ce corps exposé aux abeilles, qui n’ose à peine jouir, ou mouiller son caleçon ?

      je me suis lové dans le love can’t be dead, mais couilles crevées, poches éventrées, fragile le sommeil qu’on ne loue qu’aux deux quarts
      si tu reviens vers moi vers moi ne pousse plus. il se ratatine tout sec, se dévisse le nombril

      ma terre est toute entière, sauf qu’elle ne touche pas le sol, qu’elle rebondit aigrie sur ses baskettes de misère
      si dans le noir à tâtons tout à coup tu retrouves mes testicules, lâche la bobinette, repose la chevillette et fuis vers l’est, le plus rapidement possible par le train de munich, brno, bratislava…

      j’ai mangé le casse-tête. il a fallu cent ans pour réouvrir le langage, casser le code, renouer à la langue-mère
      ils ne possédaient rien, vautrés dans leur radical dénuement. alors ils m’ont offert un coup, me voyant nu de même
      y a des gens faut pas croire, ne profitant d’aucune situation. ils vivent simplement le long du canal, ou aux abords de toute autre surface ou corps liquide

      mon corps si léger, si léger – on croirait presque qu’il lévite délivré d’amitiés
      mon corps si tendu, si tendu – et si le ressort pète ce n’est pas au monde de s’écrouler, mais aux assaillants refoulés de refaire surface
      en guise de croque-morts, toutes ces poupettes jupes fleuries, ont creusé mon absence

     

    les chiens les cordes, les ânes les licornes

    22 décembre 2021

  • système des gares

      les petits escaliers
      tu tournes à droite et tu montes les petits escaliers
      tu descends les petits escaliers, puis tu remontes les petits escaliers
      c’est alors seulement que tu peux penser et décider du sens à donner à ta vie

      j’engageai un homme mort. un homme mort c’est plus sûr
      on ne se pointe pas comme ça n’importe où à l’improviste, même si au fond on ne fait que errer, au gré de rien, au pied du fond

      quelqu’un ressemble à mon ennemi le plus pur alors je le mets debout dans la bassine et je le lave au gant
      je lui frotte les nichons je lui lave les intestins, je lui essuie les genoux je lui nettoie les oreilles
      évidemment, il se laisse faire sans broncher

      quelqu’un m’a pris la couleur de mes yeux, le monde m’apparaît uniforme dorénavant
      je me mouche dans tes vêtements, dans chaque bout de tissu de tes vêtements, et cela non pour te souiller, ou parce que je serais enrhumé, mais par pure timidité

      elles saturent en tout point. alors je fais mon sac. je sors. je marche dans la ville
      je n’aurais jamais cru la ville si grande. je n’aurais jamais cru la ville si creuse. j’en cherche le point névralgique et je découvre la gare
      chaque point cardinal a sa gare. je me réfugie dans la gare des trains sans destination, des départs sans conviction

    21 décembre 2021

  • l’oiseau pèse-sommeil

      surveiller quoi ? le fond de la marée sans doute, le feu sur le lait ou encore la ligne trouble
      qui relie nos genoux…

      dieu n’est plus qu’à une encablure, ou son sosie
      son sosie d’ailleurs ne me ressemble pas. ni rien ne l’en distingue

      je suis un homme et qui n’a d’homme
      se pleure dans les mouchoirs

      je ne pouvais pas comme ça braire toute la vie braire
      alors je me suis mis à chantonner
      et de chantonner, subrepticement je me suis mis à dansonner

      la mort est sans limite, c’est ce que je me suis dit en revenant de Nantes, de Moulins ou d’ailleurs
      l’herbe repousse ou l’herbe ne pousse plus

      en toute circonstance, je reste illégitime
      un espace au-delà même de l’indubitable, une surface si sensible que
      rien ne l’érafle

      et sur la pluie alors, et sur la pluie qui tombe tandis que rien ne bronche
      quelque chose s’est assis, quelque chose ou quelqu’un…

     

    l'oiseau pèse-sommeil

    19 décembre 2021

  • la rémission

      un chien la nudité de l’homme, un chien est l’homme
      quand il ne se ment pas, un christ sur la dune, un sexe de cordée
      j’ai faim, quoique je n’aie faim de rien. j’ai faim
      de ne plus aucune nourriture

      un silence à genoux, une poignée de cailloux
      je voudrais réellement avoir peur de quelque chose. par exemple de toi. ou de moi devant toi
      ou de moi devant soi
      cela signifierait la même chose, sauf que la même chose en léger différé, légèrement décalée
      avant ça moi ou ça

      tu me parles mais est-ce que tu me parles
      tu m’oublies mais est-ce que tu m’oublies
      un homme se tient là face à moi et je suis le pire ennemi de cet homme
      je suis la mort de cet homme
      je suis la vérité de cet homme dépourvu de vérité
      subséquemment, d’un simple claquement de doigts, d’un simple
      battement de paupières, définitivement je m’éteins

      je m’adresse à ta joue, je m’adresse au col de ton utérus
      chaque matin chaque soir, et ce quel
      que soit le temps, je m’agenouille au seuil de ta maison
      quand bien même la porte reste ouverte, je crois que je me tue avant
      d’oser en franchie le pas
      il faudrait vérifier si effectivement je me tue avant, ou soit dit en passant

    18 décembre 2021

  • n’importe quel animal

      au carrefour d’une histoire et d’un universel, je pissenlite
      il y a un homme en moi, il y a un homme en lui aussi
      nous sommes de quelque part, ou nous sommes de nulle part
      de sous le pont ou de sur le pont
      et cela ne justifie rien

      d’un ventre
      mais de celui d’un ventre
      d’un ventre non maternel, d’un ventre non exutoire
      et d’ailleurs on ne se rappelle de rien
      nous perclus de mémoire, dont la mémoire ne se souvient
      nous sommes obscènes

      il ronge un bout de son bout, quoiqu’il en ait dépassé le bout déjà
      et plus déjà qu’un autre que soi, ne tenant qu’à un fil, un câble, une
      procédure disciplinaire
      jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une peur, rien qu’une peur, irrépressible et sans objet
      on se trompe de mémoire, entre partir et arriver la vacuité
      aura tout absorbé

      pas grand chose à dire pour atteindre à l’inessentiel
      une paire de jumelles, tu regardes au travers, de quelle couleur la jupe, la fraîcheur des joues
      je ne suis à l’abri de rien, même en n’étant qu’un parapluie, tant il pleuvait sous
      ce parapluie. non, il bruinait
      il crachouinait

     

    n'importe quel animal

    16 décembre 2021

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