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assis là sur un banc


  • dehors est une question

      qu’on se cache, ou qu’on se cache derrière son doigt, l’ombre si frêle
      j’ai un petit noyau dur, tout dur, plus vide encore que le dur
      et rien de plus dur que vide

      je m’attrape une chanson
      ou alors je me raccroche à une chanson – crois-tu qu’elle se déchire quand on l’entonne ?
      j’attaque une chanson. je pense que je lui fais très mal
      humain quel inhumain

      détache-moi la corde
      détache-moi les mains, l’esprit
      admettons que j’aie un esprit, admettons
      que j’aie les mains pleines d’esprit
      et qu’il faille les joindre, les apposer, ou encore les ouvrir
      imagine simplement les ouvrir : quel pigeon, pigeon-pigeonne
      viendrait y picorer ?

      que l’homme fasse silence, c’est tout à son honneur
      plutôt tomber que se baisser, hurler plutôt que se relever
      de rage ou d’impuissance
      entre tomber et se relever : aller faute de mieux aller, de fausse
      note en fausse note

      une lumière m’a avorté
      dehors se contente d’un dedans, mais privé-de-dehors se contente t-il d’un dedans-plus-en-dedans encore, plus rassis ?
      je vais je tends la main je touche des doigts – peut-être les miens propres quoique j’en doute
      peut-être ma teub, or ma teub tombe à l’eau

      un cheval est suprême, et donc on décapite un cheval suprême
      après ça on prétendra que je m’ennuie
      on s’apercevra même pas que je, qui que sois je, suis parti
      parti j’ai dit parti

    16 janvier 2022

  • pôle nord pôle sud, pôle nord encore

      des autres se taisent. ils ont la mort aux dents
      j’efface les visages, je n’ai pas d’âme à moi
      fermenter, il ne me reste plus qu’à
      fermenter

      tu vas me tendre un piège, tu vas me dire : allez baffe-toi d’là, et tu auras parfaitement raison, tu auras
      toute ta raison.
      je m’en vais ce matin. ou bien ce soir. des fois il faut savoir s’en aller

      je me protège des échos. comme ça, juste en levant le bras devant les yeux
      il ne s’agit plus de poésie, d’âme ni de confidences, c’est par où qu’on enfonce le couteau ?
      avec un sang de pneu crevé

      ta gueule se lave les dents, elle va là premier rang.
      vadrouille sur une seule jambe, remue les pièces dans ta poche
      ça fait gling glang, ça fait juste comme si
      on existait pour de bon

      c’est en la vie qu’on ne croit plus, tant actuelle qu’éternelle
      le néant est encore trop pour moi, j’allais dire pour nous mais non :
      le néant est encore trop pour nous, j’allais dire pour moi

     

    pôle nord pôle sud, pôle nord encore

    14 janvier 2022

  • le chien. la machine. le tas

      j’ai carrousel. monté sur une plume blanche, j’ai carrousel
      les freux ferment la danse

      une fois traversé le Danube, tout est tranquille, tout est paisible
      d’une tranquillité de terre brûlée
      on délaisse les métiers

      l’intelligence rase gratis, mais rien à foutre : là on travaille l’équilibre
      d’abord sur le pied gauche, le naturel, ensuite sur le pied droit
      jusqu’à une deux trois. ou trois fois trois. on sait jamais lequel des trois

      conditionné par la mort au charbon, j’ai verrouillé
      j’ai verrouillé l’atlas
      il était grand comme un mort un mort ça vaque à rien c’est pour ça qu’il est grand
      c’est pour ça qu’il est mort

      les jours ne sont pas heureux. les jours exhibent leurs décombres
      il faudra les ranger dans un ordre tel qu’on n’ait pas à y revenir
      me remettre debout leur coûtera un bras

      il n’y a plus d’intérêt à ce qu’on meure ensemble – la mort rendue individuelle
      la maltraitance institutionnelle
      on aura beau faire, on aura beau dire, on n’y pensera pas

      ne change pas de chemise. garde-la sous la douche
      où quelqu’un pleure tu ne relèves pas ses larmes, tu ne consoles pas, tu ne froisses pas les larmes
      j’essaie de m’habituer à moi, mais ça ne marche pas

    13 janvier 2022

  • tout part d’un ventre creux

      j’ai porté mes p’tites valises, et tu sais bien où je les porte, mes p’tites valises
      à l’orée du brouillard, mains mouillées sur la nappe
      à l’insu du haut vent, joues vérolées baisers rouillés
      ou verrouillés

      à un moment donné je n’ai plus eu la force
      de porter mes valises, elles m’ont déposé là
      et continué seules la route
      sans daigner se retourner
      sur mes cernes gonflées

      j’ai paille en l’œil, foin, tout un round baller
      un jour si gris me rend vieille fille, serre-tête en peau d’nichon
      un jour si triste en peau de couille un jour si rouille
      un sapin nu

      de l’universel là, en peau d’chagrin ou macérant au fond des intestins,
      je retire mon épingle – je fais donc je défais, je
      fais défection
      la très pure défection

      je te souffle sur la joue bon, ç’aurait pu être pire
      je te souffle dans l’vagin et ça gonfle, ça gonfle, puis ça dégonfle
      allez vas-y, promène tes p’tites valises, tes p’tites valises en peau d’sapin…

     

    tout part d'un ventre creux

    11 janvier 2022

  • n’importe où n’importe comment, dans un sac de couchage

      traces de dents, lave tes dents, allez vas-y brosse-toi les dents
      l’amour pour soi mange l’amour de soi, c’est une femme et c’est un ogre, c’est le jour de marché
      j’appelle au secours, mais au secours de quoi

      une poupée m’écrase une réflection, une poupée m’écrase un mégot
      dans l’œil en nage, dans l’œil qui d’un coup d’œil
      mesure toute l’ampleur du désastre
      l’épave me saborde

      d’un chien ne m’est resté que… pas même la charogne, d’un chien ne m’est resté que l’os ou
      la queue du chien
      j’ai bien ouvert la bouche mais il était trop tard, trop tard pour l’ouvrir trop tard pour
      la refermer

      quelque part mais pas n’importe où, quelque part mais pas nulle part
      le songe a définitivement délégitimé toute réalité, ça sert à ça aussi
      de vivre à l’état brut, se mouvoir au ras d’exister, retrousser sa chemise
      au cas où elle serait tombée heureusement elle
      n’est pas tombée

      par terre c’est debout, et debout trop loin déjà – je dors dans un sac de couchage
      un homme remonte à la surface, on se demande vraiment ce qui
      descend au fond, s’attarde, prend la peine de creuser
      il ne manquerait là qu’un fleuve ou une rivière, pour traverser la ville…

    10 janvier 2022

  • quand même et toujours

      le temps que j’installe un spot, le temps
      que j’achète la mort en moi, ce n’est déjà plus moi
      déjà j’existe pas
      alors le temps, le temps qu’il parte ou
      le temps qu’il reste, on le passera quand même

      dormir. dormir quand même
      dormir avec un rasoir. on se rase sous le plus strict minimum
      ceci dit je me suis offert
      je me suis offert à quelqu’un de brut, quoique singulièrement volatile
      j’achève le tout à grands coups de crosse, à grands coups de fusil à pompe

      vivre adieu. vivre adieu pour toujours
      toujours peut-être long, durer longtemps mais j’existe depuis
      et quand je dis j’existe, ça veut dire qu’une douille au combat
      ça veut dire qu’une jambe à l’envers, comme à contre-courant
      qu’un homme se prétende sûr de n’aller pas à l’encontre de son propre destin

      la porte c’est toujours d’aller
      vers plus de porte ouverte, alors on a endommagé la courbe
      on a prétendu n’être pour rien au fait de n’être rien, de n’y être pour rien ni personne
      j’avais un avion, un avion à emporter, maintenant je n’ai plus rien – je n’ai plus rien à emporter

      il y a un homme, une vache
      cependant ce n’est qu’un homme, cependant qu’une vache
      on n’a plus de quoi mourir, on leste du chien, de la vache
      on leste un vide énorme, on n’a plus rien à mourir

     

    quand même et toujours

    8 janvier 2022

  • les beaux quartiers

      il y a des hommes il y a des hommes, bon, il y a des gens aussi
      j’ai peur lorsque je m’adresse à toi, quelconque toi, ne pas m’adresser soulage mes nerfs
      il va falloir choisir désormais, choisir entre être mort
      ou être plus profondément mort encore

      personne pour me le dire
      personne pour le dévisager, comme on montre ses seins en soulevant son pull
      j’avale une sandre, j’avale toute la morve, j’avale tout l’océan si tu y tiens vraiment
      mais surtout ne m’appelle pas, surtout ne m’appelle plus, je ne réponds qu’en l’absence

      il y a un homme et ce n’est pas l’homme qui compte, mais la trace qu’il laisse en reniflant son slip
      j’appartiens à quelque chose qui n’appartient à rien, et donc je n’appartiens pas directement à rien
      et cela même alors que je n’appartiens, entretemps, à rien

      un cheval s’y met, un cheval rebrousse
      chemin
      quant à moi je n’abandonne pas – je succombe, certes, mais je n’abandonne pas
      étant plus que ma vie
      étant plus que moi-même, ou plus moi que moi-même
      attendant de n’attendre plus, tandis que déjà je n’attends rien

      un chien. une vague. peut-être la mer à côté
      on passe à travers : franchement, on passe à travers tout
      on appelle ça un homme, comme on appellerait ça n’importe quoi, n’importe comment
      en attendant on appelle ça un homme

    7 janvier 2022

  • nu, il est resté nu trop longtemps

      les gens sont morts. c’est vrai ça alors les gens sont morts
      morts pour de bon, morts pour de mal, les gens sont à peine morts, à demi-morts
      ou morts tout entiers, selon le temps qu’il fait, plutôt froid en cette saison
      plutôt froid en toute saison

      la crève c’est bientôt la crève, la vie respire enfin
      avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà trop tard, allons donc
      se laisser pousser les couettes à novi sad, parce que sad c’est trop sad
      et que la seule dignité qu’il nous reste ne nous conduit à rien

      je crains de n’avoir rien prévu, de n’avoir rien compris
      hulule la chouette, le moyen duc la dame blanche
      mourir n’est pas le pire de moi, mourir m’élève à hauteur d’âme, j’ai peur de je n’sais quoi
      j’ai peur au fond de mon compartiment

      un chien, du muguet, rien – ce n’est pas la saison du muguet
      je m’attrape par mille lieues, je m’attrape par la queue, ce n’est toujours pas l’époque du muguet
      ni celle du lilas, soit dit en tremblant

      je retourne à la case départ, la case départ comme c’est cassant, la case départ c’est déterritorialisant
      le lieu d’avoir eu lieu, l’espoir mais sans y croire, je me trompe de train
      je me trompe de train, je me trompe de chambre, le prix reste le même, et le fantasme aussi
      l’humain juste en-deçà du prix, en-deçà du fantasme…

     

    nu, il est resté nu trop longtemps

    5 janvier 2022

  • la véridicité est-elle une preuve d’amour

      changement de ton, changement de saison, on a fait l’tour du trou
      une mort et à la suite, tout confort
      j’apprécie que tu enfonces ton doigt dans ma joue, et pourquoi pas que tu la perces de ton ongle, la vilaine baudruche
      je jette quelque chose là devant et c’est un os, peut-être même un de mes os

      une froide journée d’hiver c’est toujours ça
      de perdu, ou de mal accompagné
      pas un jour sans que je ne me quitte, ça finira par me faire pleurer
      et, va savoir, peut-être me rendre triste
      ou sinon va au diable

      il y a quelqu’un dans mes couches, il y a quelqu’un dans mon plumard
      il y a quelqu’un sous mon cache-sexe, et de bien plus important que mon sexe
      quelqu’un me ronge l’os, la raison, la vue par la lucarne

      j’ai mangé un cheval, des chevaux, le pignon de toute une rue
      même si ce n’était pas ta rue
      et même si ce n’était ma rue, au fond, qu’est-ce qu’on en a à foutre
      j’ai bien aimé marché le long de cette rue, comme j’aurais aimé marché le long de toute rue, marcher c’est fatiguant
      marcher c’est distrayant, mais marcher c’est fatiguant

    4 janvier 2022

  • t’es l’beau pâle

      chemin l’bonheur, bon, rater un coche
      tu te souviens mais si tu ne te souviens pas, c’est que le passé
      n’est pas encore tout à fait advenu
      on en ramassera par milliers, du muguet, on en fera un p’tit bouquet

      les larmes amères ont noyé le tout petit poisson. il s’est dit (le tout petit poisson), remonte le courant, on verra bien après
      sauf qu’après c’est tombeau vide, le puits tari
      sauf qu’après c’est mauvaise pioche, c’est baignade interdite

      j’allais à ta rencontre. tout le temps que j’allais, j’allais à ta rencontre
      avec les palmes avec les chaînes, avec le masque avec le casque, j’allais à ta rencontre
      une mer a sonné à ma porte – aurais-je bien fait d’ouvrir, bien fait de verrouiller, de sonner à mon tour
      ou bien de faire le mort ?

      c’est la fin, je tire le rideau, j’en ferai pas une jupe
      c’est la fin, je fais passer l’chapeau, le trou par le chapeau
      merde le chapeau, déchire le rideau, on se faufile entre les claques
      il y a des claques qui nous laissent de marbre
      avec un genre de croix à l’en-tête
      ou de cercle vicieux

     

    t'es l'beau pâle

    2 janvier 2022

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