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assis là sur un banc


  • la nuit quand elle s’accroche

      c’est la dernière heure
      il n’y aura donc plus d’heure après cela
      je ne connais rien à rien, ne suis issu de rien, je le jure, mais avorté
      dans le rien nettoyé

      la peur aux dents
      d’un côté j’ai la peur, de l’autre j’ai les dents
      un homme libre c’est compliqué, je ferai donc l’animal sensible, le petit animal sensible
      on est peut-être heureux comme ça. peut-être même qu’on le croit vraiment, et tant qu’on finit par s’envoler
      on est des braves gens c’est vrai on est
      de modestes ordures

      tout ce dont je me souviens, c’est du froid
      permanent, le froid
      permanents les chemins qui ne mèneront jamais à soi, mèneront à n’importe quoi sauf à soi, or maintenant c’est fini
      définitivement clos
      en somme tout ouvert

      ce n’est pas la même chose. ce n’est jamais la même chose. j’y connais rien en rhétorique…
      je ne m’accompagnerai pas plus à mon dernier souffle, je ne me
      substituerai pas à l’idée que je me fais de moi-même ou de n’importe qui
      de n’appartenir à rien, je me tresse les cheveux, j’hurle au loup hurlant à la mort. on s’est trop embrassés
      on s’est tant embrassés qu’embrasser ne signifie plus rien qu’un bout de gras

      il va falloir montrer son corps. il va falloir exposer son âme. or nul n’y est prêt
      il va falloir en outre ne faire preuve de rien, d’absolument rien, ne plus endosser le rôle ne serait-ce que d’un homme
      tout au plus voyager sous une fausse identité, traînant une valise vide
      j’ignore d’où tu me tiens la main, je ne meurs pas tous les jours au même endroit
      alors embrasse-moi, embrasse-moi partout en toi

    19 avril 2022

  • milliers de femmes assises

      dans tes yeux. j’ai juste voulu savoir à quoi je ressemblais dans tes yeux
      et puis non – en fait je me suis rappelé une recette de mon enfance, avec du miel et des amandes
      beaucoup de miel, beaucoup d’amandes, et peut-être aussi le pouvoir de se transformer en toupie
      pour vaincre le vertige

      il est le mortier sublime, il s’abîme en détresse
      on est tous plus ou moins mort, mais tous un peu trop mort pour rien
      on s’appelle peu ou prou par son nom, on s’appelle pour peu qu’on s’appelle rien du tout
      et contre toute raison, ou selon toute raison, c’est là qu’on se répond

      t’as la mort parmi nous, t’as la mort parmi soi – le nous du moi tu vois, on en est déjà à l’inceste. ou à l’égocide, je sais plus
      me voilà donc maître d’un lieu qui n’existe pas, d’un non-lieu disons pur, d’une petite exception
      d’un sac de couchage

      je ne comprends pas que je ne me comprenne pas, alors que tout semblait si simple, ou du moins simplifiable
      ta moule mon cul, ton cul ma douille, j’échangeai mes morpions
      contre un retour de flamme
      et si dans le miroir tu ressembles à celle dans le miroir, c’est que je n’ai jamais réussi à être autre que moi, ça, comme à défaut de soi

      j’appelle pas ma douleur. en fait j’appelle personne – je crois me fondre en elle alors que je ne fais qu’échouer
      sur un divan mouillé.
      mon homme par ailleurs est un pur cheval d’indécence, il y a autre chose encore qui vit en moi
      et dont je suis comme l’écorce, la mue défectueuse.
      qui veut ma mort me veut encore. qui m’embrasse a la bouche de travers

      ta nuit comme elle s’en-nuite, tant qu’elle ne s’abolit pas en soi.
      je me suis passé de gants, de corps, d’esprit. j’ai ramassé les glands tombés – je ne suis finalement la femme de personne.
      que faire d’autre que mourir si l’on ne meurt pas, et que faire d’autre que mentir quand l’eau bout d’ici-là…

     

    milliers de femmes assises

    18 avril 2022

  • la nuit mange-moi tranquille

      la fin d’un monde, soit. ou le début de rien du tout
      le fameux rien du tout
      seul avoir aimé justifie d’avoir vécu, on est d’accord
      ne plus aimer cependant fait de nous un quasi-dieu. car dieu n’aime pas.
      l’outre du sang versé. la passion liant le couteau à la plaie
      – j’aurais espéré être le vivant de quelque chose…

      ta guerre n’est pas la mienne, et pourtant c’est contre moi que tu la mènes
      nous sommes semblables depuis le temps où nous nous crachons dessus, et camarades depuis celui où nous nous essuyons l’un l’autre nos putrides bavures
      s’il y a un homme c’est qu’un autre homme effectivement
      rôde dans les parages…

      le lien s’avère si court, le lien s’avère si bref que s’essouffle le nœud, et que c’est de ce nœud néanmoins
      que le lien ne rompt pas.
      la fidélité nous trompe, on s’échange nos tampons. la fidélité se louche des yeux, rebat les cils
      nous comblerons donc ce fossé en nous y jetant, tout simplement
      en aboyant tout doucement
      en récitant nos dents

      la terre elle est comme ça, chiotte, la terre elle est comme ci – on est mal barré
      nous nous asseyons sur le muret. nous nous adossons au vent courant
      vivre ne suffit pas, et mourir ne guérira rien
      aimer à perte de vue certes, réparer ses lunettes certes, retourner là d’où l’on ne vient pas – quoi d’autre ?

      je ne pense pas qu’on se revoie jamais. avoir été n’excuse pas tout, ni même le tiers ou le quart de tout
      on chante, mais à part soi, ou entre soi. et quand on chante en soi tout un monde disparaît, réapparaît
      non, disparaît.
      mon chien n’a mordu que du vide
      on va quand même pas en faire un poème, non – mon chien
      n’a mordu que du vide

    16 avril 2022

  • sous les morts la joconde

      genre fusée ou missile, sauf que là je bouge pas d’un pouce
      je chéris mon origine et simultanément en avoir à ce point dévié me déchire
      du coup on sait plus comment se regarder, se dire frérot, camarade, ami qui mésenchante…

      mourir comme une femme, comme une femme en soi. je n’arrive pas à mourir comme une femme
      déjà que mourir tout simplement, ou mourir comme moi, ça ne marche pas trop…
      je pense être un homme du fait même de ne pas arriver à mourir, que ce soit comme femme ou autrement
      surtout quand elle ne me regarde pas, et que cela malencontreusement se voit

      j’étais encore connecté à cette époque, même si je ne restais au fond que le témoin-lige
      témoin de quoi témoin de soi, tel qu’il file vers ou se retourne
      sur un vide clandestin
      le témoin, ne serait-ce pas celui dont personne jamais ne sera le témoin ?

      j’ai des yeux partout mais jamais jusqu’au bout
      que de pardonner dépende incessamment d’être pardonné ne peut satisfaire au sens un tant soit peu moral de notre déroute active
      donc je trempe. je trempe mon pain dedans. je veux dire dans la boue

      le chien est dieu
      le chien est dieu auquel il manque l’homme, le chien est dieu enfin débarrassé de l’homme
      il erre. il s’agit en effet d’un chien errant
      comme on qualifierait l’homme de juif errant. et donc le chien d’errant humain
      d’ailleurs il parle couramment yiddish
      l’hébreu, c’est plutôt pour les hommes
      le grec pour la mer

     

    sous les morts la joconde

    14 avril 2022

  • mourir d’aplomb

      d’la pluie entre les dents, et elle veut pas partir
      j’incarne chaque fois la pensée d’un nouveau-né, les morts se mangent entre eux
      soulage-moi de la guerre – je sais pas moi, un massage aux épaules ou quoi
      soulage-moi de moi-même

      la bête elle s’en défend, la bête – elle mord à même le fer
      on ne m’embrassera jamais assez, on me crach’ra d’sus tant qu’il faudra. la mort ressource universelle
      les gens abritent un arbre sous le bras. on aime au fur et à mesure que l’on coule

      la tête la première. un joli champ de blé
      ou d’orge
      ou d’avoine
      je crois que c’est la fin du mon car seule la fin du monde peut me sauver, me sortir de ce merdier, pensent-ils
      au-dessus de nos têtes pend le panier. c’est fait exprès pour ça

      il ne restera rien
      pas même ce silence essoufflé, que plus rien ne sous-tend
      je te caresse la joue tu m’empoignes la queue – qu’a t-on donc de commun, toi et moi ?
      à défaut de vivre j’ai acheté un paquet de biscuits
      friable consolation…

      un homme est mort mais la tête à l’envers. la tête à l’envers
      du coup j’ai les pieds dans la gloire. du coup les pieds à fleur de terre, à fleur de tombe
      à quel point dois-je maigrir pour que tu aies enfin pitié de moi, c’est à dire être aussi nue que moi ?
      un jour peut-être on s’embrassera, là ou sur la bouche

      je ne sais pas quand j’avais joli, j’ai plus le temps pour ça
      j’ai plus longtemps pour rien, petit crachât de mépris aguerri
      les heures oisives, tellement oisives même qu’arrivées à expiration, elles récidivent
      et alors là tu fumes la lune…

    12 avril 2022

  • mon amour, mon ambulance

      la nuit supporte la nuit, l’amour l’amour, et le cintre mon fantôme…
      un là naît là de moi. un homme aussi, quand bien même il se tait. on l’entend pas se taire ce qui n’empêche
      son silence de nous percer les tympans

      à la cantine aujourd’hui, c’est macchabée
      tournent les choses dans le sens d’un drame ultime. je ne réponds de rien
      je ne réponds à rien. c’est toi que je vois dès que je me penche sur le miroir
      toi le mazout, toi l’ardoise
      toi le temps mis à se compter nu

      décapite le son
      un immeuble entier. tel je me sens dépossédé
      et dans la caresse ce besoin de proximité, de reconnexion, bouchonner la racine
      oh mon être, oh mon malêtre, oh ces résurgences irrépressibles de salpêtre
      mange entre ami, mange ton ami, mon ami se réveille de la mort

      les hommes nus dans ma patrie. mon père est mort. même pas parvenu à la résurrection
      les hommes nus ratiboisent ma patrie. j’ai pris mon sac, ou ma besace. la douleur dans mon sac
      on tiendra bon

      chaque nuit j’amorce un peu. chaque nuit je rêve
      d’abroger le je qui me gouverne, de ne plus dire je, l’abolir dans un silence plus large. chaque nuit je
      superpose les billes, me demandant
      comment les faire tenir en équilibre l’une sur l’autre, les billes…

     

    mon amour, mon ambulance

    10 avril 2022

  • mettre le monde en veille

      les hommes sont morts, mais pas tous. ou pas tous en même temps
      il arrive que l’on parte. il arrive que l’on arrive aussi sans doute, sans savoir vraiment où
      ainsi font les petites oubliettes…

      la nuit venue j’écrase pas nue. je me mets à l’écart
      et l’écart entre deux, mort d’œuf, repère d’ovipares
      je crois que ce que j’aime en dieu ma cuisse ce n’est pas dieu, mais la soutenabilité d’un au-delà

      ventre-chemise, et tu m’en diras tant
      le chien te suit de loin, et de moins en moins loin. je te dis gare au chien
      gare au chien non pas tant qu’il aboie, mais quand il se met
      à te parler dans ta langue, ta propre langue, ta langue purulente
      ta bénie langue de pute

      tu ne me rattraperas pas. nul ne me rattrape désormais
      j’ai pas la verge de cette chanson-là, je m’omni-bulle
      et si tu veux on se caresse le ventre, la naine blanche le trou noir, et d’ailleurs
      je suis mort entretemps, comme on meurt entretemps, à l’intention de
      va savoir quoi, va savoir qui

      chien méchant n’engrange pas lune. il hurle à la foule du vent
      on va crever comme ça, tous à genoux et les mains sur la nuque, sagement sur la nuque
      à force de lécher le miroir peut-être y fera t-on naître un visage…

    6 avril 2022

  • qui vole l’obole de la bouche des morts

      je marche au travers d’histoires courtes
      sur une route sans fin puisque intégrant son au-delà, ou d’un au-delà duquel elle n’est que la trace ou dont je
      ne suis que la trace, écrite
      c’est grave, mais peut-être pas tant que ça, finalement

      la voie est libre
      cela signifie qu’il existe une issue, pas forcément heureuse mais issue toutefois
      quasiment une échappatoire
      une échappée belle quand bien même laide, puisqu’avant tout échappée
      ce qui se dit tel que cela s’entend dans la langue des signes

      il y a l’un
      et plus un encore que l’un, l’ombre de l’un, dont on peine à discerner les limites
      et qui puise en mon esprit ses pensées défectueuses, ses réminiscences tronquées
      j’admire un homme noyé de haut en bas, malgré tout persistant à s’enfler d’un air incroyablement pur

      j’enfile des pas de loup
      je me fais le ventriloque d’un loup
      mon hurlement glace tout un bois, et gèle la distance qui me sépare de ma profonde raison d’être
      à moins qu’il n’existe à mon être nulle raison, tant profonde que superflue
      et que tout cela ne soit que mots, brouillon d’un poème équivoque

      c’est bizarre mais une fois transpercé, le chemin le plus court consiste à traverser toute la lance
      mon sommeil git en mille morceaux sur le miroir de l’éveil
      je dis miroir comme je pourrais tout aussi bien parler de mer selon toutes ses coutures
      et sous un œil rond

      l’homme du bout du monde ressemble à une femme, une femme qui
      regarderait dans l’autre sens, n’importe
      quel autre sens, mais d’où remonterait
      le mugissement des fonds

     

    qui vole l'obole de la bouche des morts

    4 avril 2022

  • rue paillasson

      maître Zhuang pioche allègrement dans mon sac de cacahuètes, ce que je finis je l’avoue par regarder d’un mauvais œil. parce qu’on a beau dire, il y a des choses qui ne se font pas. il y a des choses qui portent atteinte à la dignité c’est clair
      j’ignore si maître Zhuang ne s’aperçoit de rien ou s’il fait mine de ne s’apercevoir de rien – toujours est-il qu’il essuie ses doigts gras sur son pull
      un pull de grosse laine

      dès le réveil, j’ouvre les hostilités : je balance le chat par la fenêtre, je ne dis pas bonjour à ma bite, je jure en me brûlant à la casserole d’eau bouillante
      ça pleure de tous côtés – ça pleure du fond des êtres, du fond des choses, du fond des murs. ça pleure jusqu’en-dedans de mon propre corps, de la plante des pieds à la fontanelle
      et va donc savoir pourquoi, ça s’arrête juste derrière les yeux

      les hommes s’ouvrent les veines. les hommes s’ouvrent les veines en toute circonstance, heureuse comme malheureuse
      au fil des ans le temps s’étiole, l’éternité tremblote. j’ai un animal dans la poitrine – parfois un rat,  parfois une bergeronnette
      on s’enivre comme on peut, on s’enivre avec ce qu’on trouve. avec rien quand on ne trouve rien. je sais pas si ça en vaut vraiment la peine

      dans ma rue traîne tout un tas de choses, outre les courants d’air
      dans ma rue ne meurent que les enfant qui meurent, les autres leur marchent dessus, sans penser à mal
      dans ma rue les uns pourchassent les autres, souvent les mêmes d’ailleurs. de temps en temps une nouvelle, timide, délicate, fait corps à la propre ombre
      dans ma rue les chiens pissent dans les coins, les hommes sur les cuisses des femmes, tous pissent quelque part en somme
      et finissent par se pardonner les uns les autres, notamment faute d’énergie. faute d’énergie probablement

    2 avril 2022

  • radeau céleste l’acédie

      passe l’éponge sur tout le corps, et finis par les pieds
      d’abord le pied droit, le gauche ensuite
      essuie enfin les pieds avec la serviette prévue à cet effet et à portée de main sur le dossier de la chaise. essuie moi donc
      d’abord le pied droit, le gauche ensuite. et tout c’qui fuit

      venir depuis très longtemps lui dire. venir depuis très longtemps me dire. on se dit on, on se dit tu, on se touche les bouts de chacun quelque chose
      c’est avec ça qu’on vit, débordant légèrement du passé sur le présent, du présent sur l’absence, de l’absence sur autre chose qui ne dit pas son nom

      l’étranger s’est assis à ma droite. c’est chaque fois la même chose. et dans le même ordre. l’ordre qui stabilise un tant soit peu le néant, évitant par là un basculement, voire carrément une chute, laquelle lui serait fatale
      ainsi donc l’étranger s’est assis à ma droite. et nous avons roulé longtemps comme ça, la nuit durant, sans dire un mot

      sur chaque jour la mort s’acharne. quelque chose résiste et scintille dans la gueule du loup, ou perce dans la nuit
      les yeux du loup peut-être, d’un désir pernicieux. d’une irrépressible concupiscence. d’une fièvre vénérienne
      quoi qu’il en soit sur chaque jour la mort s’acharne. elle ne s’arrêtera donc jamais
      donc jamais

      du jus pour les enfants. les grands on les trouera de mémoire, on leur fera bouffer leurs tripes. mais les enfants non : pour les enfants, ça sera du jus à volonté
      eux qui ne reconnaissent ni la mort ni son prix



    31 mars 2022

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